Brotier, Paroles mémorables , 1790, in-12, p. 82-8 j
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connaissons assez Claveret pour savoir à quel point il était esclave des moindres désirs d^un personnage important. Il n'y avait pas d'esprit plus complaisant et plus domestique que le sien. Son parasitisme était même tel, et il portait si bien partout des airs de valet, qu'on disait qu'il l'avait été en effet. Les uns prétendaient avoir tâté des sauces de sa façon dans la cuisine de certains grands seigneurs ', et, suivant d'autres, il avait été sommelier d'une assez médiocre maison où il avait connu Corneille « en lui versant à boire 2.» Tous ces quolibets étaient revenus contre lui, à la file, lorsqu'il avait eu la sottise de se mêler à la querelle du Cid, dans le parti des adversaires de Corneille. Ce fut pour lui une triste campagne. Il ne s'en pardonna pas l'insuccès et le pardonna moins encore au poëte. Il lui fallait une revanche. Il l'attendit trente ans, et comme on va le voir, il la manqua encore lorsque le moment fut venu. N'ayant pu, chez Corneille, avoir raison du poëte, il s'en prit au gentilhomme. En 1664, l'occasion se trouva bonne, il la saisit.
Que s'était-il passé ^ nous allons le dire, en revenant ainsi, selon notre promesse, sur la noblesse de Corneille et ses vicissitudes.
En 1664 donc, au mois de mai, un édit avait paru qui supprimait toutes les lettres de noblesse accordées, tant par le roi régnant que par son père, depuis un demi-siècle, c'est-à-dire depuis le r^ janvier de l'année 1614. C'en était fait de la gentilhommerie de Corneille, car elle ne datait, on le sait, que de 1637, et la Normandie n'avait pas été ici plus épargnée que les autres provinces. Ses nobles de fraîche date avaient même, dans l'édit, leur article spécial h
1 . Lettre pour M. de Corneille contre les mots de la lettre sous le nom d'Ariste, etc., 1637, in-8.