‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 77 sur 105 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

3. V. un article de M. Ludovic Lalanne dans VAtlienaum du 26 mars 1853, p. 301.

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Voilà notre poète retombé en pleine roture, ce qui pour nous ne semble pas un grand mal, mais ce qui était alors une véritable déchéance Non-seulement on perdait, à de telles suppressions, tous les frais du blason qu'on n'avait pas manqué de se faire fabriquer chez Ségoing, d'Hozier ou quelque autre, mais on se retrouvait mis à la taxe, comme le dernier croquant. Ni plus ni moins qu'un vilain, on redevenait taillable et corvéable. Par surcroît, on devait essuyer encore les moqueries des mauvais plaisants qui, n'ayant jamais pu être nobles, s'en vengeaient sur ceux qui ne l'avaient été qu'un instant. Claveret fut de ces plaisantslà. Il guettait depuis trente ans sa vengeance contre Corneille, et, s'en croyant bien sûr cette fois, il fit sans tarder une pièce à l'adresse des nobles si brusquement démonétisés et replacés sous la férule des percepteurs d'impôt. Cette pièce, assez piètre au point de vue littéraire, mais curieuse comme actualité , n'a pas moins de cinq actes en vers. Son titre est FEcuyer, ou les Faux Sobles mis au billon. Dès la dédicace, que Claveret adresse aux vrais nobles, l'attaque commence contre les faux. Il y déclare l'édit parfaitement juste et très-opportun. Il ne fallait pas moins, suivant lui, (( dans ce grand chaos de la France , oii tant de gens d'une naissance basse et méprisable entreprenoient de marcher de pair avec les vrais nobles, en usurpant le titre d'écuyer qu'ils ne méritoient pas ». Ceci va droit à Corneille, dont le titre nobiliaire était en effet celui d'écuyer, auquel il ajoutait quelquefois le nom de sieur de Damville.

C'est en 1665 que parut la pièce de Claveret, et alors Corneille avait si bien fait, qu'il était déjà peut-être au-dessus de ses attaques, c'est-à-dire rétabli dans la possession du titre que lui avait enlevé l'édit. Un sonnet au roi, qui n'a été retrouvé qu'il y a dix ans à la Bibliothèque impériale ',

1. Recueil de Théodore et Denys Godefroy, portefeuille n'' 217.

avait suffi pour cela. Grand Royj disait en finissant Corneille, après avoir rappelé l'édit dont il était victime,

Grand Roy, ne souffre pas qu'il ait tout son effet, Et qu'aujourd'hui ta main , pour moy si libérale, Reprenne le seul don que ton père m'a fait.

Je ne saurais dire si la grâce demandée se fit ou non attendre, mais il est certain qu'elle fut accordée. Corneille, à la fin de sa vie, pouvait reprendre le titre d'écuyer, sieur de Damville ; et, après lui, son fils aîné le porta. Il n'est pas douteux que l'exemption d'impôt, qui en était la conséquence, fut octroyée en même temps.

Tous les petits nobles de Normandie n'eurent pas le même bonheur. Il est vrai que, n'ayant pas puisé leur noblesse à une aussi noble source, ils n'avaient pas des droits égaux à ceux de Corneille. L'impôt continua de frapper tout l'arrièreban de haute et basse Normandie. Il en résulta de grands mécontentements, dont profitèrent, dix ans après, La Tréaumont et le chevalier de Rohan. Les conjurés qu'ils recrutèrent pour leur entreprise, si vite avortée, étaient presque tous de cette petite noblesse normande ' . Quand les fils du complot eurent été saisis et lorsqu'on eut mis la main sur les chefs, c'est encore le vieux poëte normand qui, pour demander grâce, intervint avec Cinna, l'impérissable plaidoyer de la clémence. Au mois de novembre 1674, peu de jours avant l'exécution du chevalier de Rohan, la pièce, choisie exprès, fut jouée devant Louis XIV; il s'en montra profondément ému 2, et il aurait certainement pardonné, si ses ministres ne lui eussent fait sentir la nécessité d'un exemple ?.'Ce fut une noble tentative perdue, non pas tout

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