SCENE IV
Les MÊMES; PIERRE (qui est entré à la fin du récit du Marquis).
Pierre.
Non, monsieur!
Le Marq uis.
Quoi^
Pierre.
C'est vous que l'on trouve plaisant, Quoique vous contiez mal. . .
Le Marqjuis.
Ma//
Pierre.
Très-mal!
Le Marq uis.
Par exemple !
Je radote.
Écoutez le vrai de l'anecdote. . . Le Marcluis (à part).
D'où sort-il^ celui-là?
Marie (àpart).
Quel est donc son projet ?
Pierre.
C'était l^été dernier, pendant qu'on assiégeait
La ville de Douai. L'un desfds du poète j
Bon diable^à ce qu'on dit, mais plus mauvaise tète...
Le Marquis.
Ah ! vous le connaissez'^
Pierre.
Un peu, vous allez voir. . .
Servait, comme cadet y dans l'armée. Un beau soir, L'ennemi, s' ennuyant dans la place investie, Fit, sans nous prévenir, une brusque sortie Qui valut au cadet une blessure au pied.
Marie.
Il est mort y...
Pierre.
Non... il n'est pas même estropié .
Il boita quelques jours, ce fut tout. Fort en peine, Sa pauvre mère alors écrit pour qu'il revienne. Il obtient son congé du maréchal, et part. Il arrive à Paris, comment ? sur un brancard. Triste équipage ! mais pas de riche litière Pour le fils du poète : il n'eut que la civière Que deux hommes portaient, et, sur l'humble grabat, Cette paille, qui fut la cause du débat. Du sang de la blessure encor toute tachée, Sur le seuil de la porte, elle était en jonchée . . .
Marie.
Et y
Pierre.
Le reste est connu.
(Au Marquis.)
Pour ceci, maintenant,
Vous n'aurez plus, j'espère^ un rire impertinent, Monsieur, . .
Le Marqjliis.
Mais...
Pierre.
Apprenez d'ailleurs que l'on ne nomme L'auteur du Cid qu'avec respect. . .
Marie.
C'est un grand homme!
Pierre.
Plus encore, un vieillard ! Sachez qu'en sa maison, Oîi par le seul mérite on s'est fait un blason^ La carrière d'honneur est largement fournie : Les fils donnent leur sang, le père son génie.
Le Marq uis.
Soit ! Mais enfin, Monsieur, saurai-je, s'il vous plaiî, De quel droit...
J'ai refait ce récit incomplet ^
Le Marquis.
Oui, Monsieur, justement; et de quel droit encore...
Pierre.
Je ne puis tolérer qu'un sot, une pécore, Un fat.,.
Le Marquis.
Hé!
Pierre.
Parle mal d'un homme respecté ?
Ma raison est, Monsieur y fort simple, en vérité : C'est moi qui suis le fils de Corneille.
Marie.
Ah!
Pierre.
Moi-même.
Marie (à demi-voix).
Vous en faisiez mystère à celle qui vous aime... C'est mal !
Le Marq uis (qui a entendu).
On s'adorait, c'est bon.
Pierre.
Vous dites f
Le Marqjjis.
Rien !
Je m' en vais /je m'en vais : c'est tout.
Pierre.
J'y compte bien.
Le Marquis (à part).
Papa Cauchois j sans doute, ignore ceci. Comme ^ Bouffi d'orgueil, gonflé d'argent, il n'est pas homme A prendre un tel cadet, surtout s'il peut savoir
( Il tire un papier de sa poche.) Certain détail y il faut...
Pierre (lui frappant sur l'épaule).
Adieu !
Le Marq uis (s'éloignant. — Apart).
Non... au revoir !
(Il sort.)