‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 94 sur 105 · PIERRE, MARIE · texte numérisé non relu

PIERRE, MARIE

Marie ( avec le ton du reproche ) .

M'avoir laissé songer à je ne sais quel conte; M'avoir dissimulé, comme on cache une honte, Ce bonheur l... tel qu'un rêve à peine le promet Ah ! qu'on vous haïrait, si l'on ne vous aimait !

N'importe ! Indifférent, contre vous je proteste,

Oui...

Pierre.

J^ aurais trop d'orgueil, si je n'étais modeste :

La gloire d'un grand nom est si lourde à porter l

Tenez , rien qu'à le dire, on semble s'en vanter !

Je suis bien fier du mien; pourtant je me résigne

Souvent à le cacher, par peur d'en être indigne.

Et je ne suis pas seul à raisonner ainsi :

Le frère de mon père eut ces craintes aussi.

Il s' est fait appeler partout Monsieur de l'Isle;

Maisa-t-ilpu tromper un seul instant la ville,

Et de ce nom nouveau recueille-t-il le fruit ?

Celui qu'il voudrait fuir le couvre de son bruit;

Sur ses pas, en tous lieux, un écho se réveille

Qui, lui jetant ces mots : Pierre et Thomas Corneille,

Lui fait trop bien sentir combien est accablant

Le poids dont le génie écrase le talent I

Je n'ai pas, quant à moi, cherché la poésie,

Et n'allez pas penser que c'est apostasie ;

Non, j'ai craint d'insulter au culte paternel

En sacrifiant mal sur son illustre autel.

Une fois , cependant, je me suis cru poète ;

La Muse a commencé son refrain dans ma tête ;

Et j^ai failli répondre au prélude vainqueur :

C'est que l'amour venait de m'envahir le cœur...

Marie.

L'amour L..

P lERRE.

Pour VOUS, Marie.. . Ah ! le joli poème ! Incomparable, il tient en trois mots : Je vous aime ! Mais il les dira tant, qu'on le croira bavard. Vous auriez demandé plus d'éloquence et d^art, Vous aimez tant les vers !

Marie.

Oui.

Pierre.

Cette chère étude De vos loisirs, longtemps fit mon inquiétude...

Mari e.

Commenta

Pierre.

Et si j'ai craint, tenez, de me nommer, Cest que je désirais d'abord me voir aimer. . .

Marie.

Pour vous seuU

Pierre.

Oui. « Mon nom V éblouira, disais-je.

Ce sera pour son cœur comme l'appât d'un piège. Et vers lui s'en ira son adoration. Son amour ne sera qu'une admiration. »

Aussi, comme on en voit que leur richesse effraie, SHls veulent s'assurer d'une affection vraie ^ Moi, cherchant votre amour tout désintéressé, J'ai caché le seul bien qui me sera laissé.

Marie.

Et maintenant, Monsieur aA- il encore un doute? Ma pensée est à lui; mais sait -il qu'il l'a toute ? Croit-il, autant que moi, combien il est aimé /

Pierre.

Si je ne croyais pas, me serais-je nommé f

Marie.

Quel bonheur! Vite, il faut, Monsieur, qu'on me présente. Mais^ d'abord, pensez-vous que chez vous on consente?...

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