‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 13 sur 46 · Voir ci-dessus, t. I, p- ^î^J · texte numérisé non relu

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plusieurs mois on ne lui payait plus. Après avoir montré par un des rares témoignages qu'on en a ce que pouvait valoir le cœur d'Agrippa, nous allons maintenant rapporter un fait qui, tout à l'honneur de son caractère, accuse, accidentellement au moins, chez lui une loyale sincérité, qui malheureusement ne lui est pas habituelle. Il s'agit de ses relations avec le dominicain Petrus Lavinius, d'après une autre correspondance que nous avons annoncée en même temps que celle de Paulus Flammingus et qui appartient comme elle à l'année 1526 i,

Petrus Lavinius, religieux dominicain, maître en théologie, était venu de son couvent de Mâcon prêcher, cette année même, le carême à Lyon. Il avait, dans la maison de son ordre que possédait cette dernière ville, rencontré Agrippa en compagnie de quelques amis, et avait été, comme précédemment Claude Dieudonné aux Célestins de Metz, émerveillé de son savoir et probablement aussi de la séduisante hardiesse de quelques-uns de ses discours. Son esprit en était resté fort agité. Un de ses amis venant un peu plus tard à Lyon, il lui avait remis une lettre d'introduction auprès du savant étranger, lui confiant verbalement ce qui causait ses inquiétudes. Il demandait à Agrippa de venir à son secours,

1. l,a corrospondfinco eiilrn Agrippa ot In doiiiinicaiii PoUnis Lavinius ne comprend que qualre leLlres seulcinenl de l'année 15-20, imprimées dans la Correspondance générale, livre IV, n'« 17, 19, 34, /i5.

et de le lirer du trouble où il était plongé (Ep. IV, 17). Nous ne connaissons pas dans leur ensemble les questions soumises par le père Lavinius à l'examen de celui qu'il saluait des titres de très savant, très éloquent jurisconsulte, médecin et théologien Irismégiste ' ; car Agrippa, usant de la même réserve, lui avait transmis verbalement par le iidèle messager qui retournait à Màcon une partie de ce qu'il avait à lui répondre. Nous savons cependant que dans ces questions il s'agissait, pour une certaine part au moins, d'astrologie ; car c'est de cet objet que parle Agrippa dans sa réponse écrite ; et il le fait en des termes très dignes d'attention.

— L'astrologie divinatoire ou judiciaire, comme on l'appelle, est, dit Agrippa, toute superstition et vaine conjecture. C'est aux yeux des hommes éclairés une science qui ne repose que sur des données incertaines. Les philosophes en rient ; les chréti^ns^ la repoussent ; les saints conciles la condamnent. Estil possible que toi dont l'office est de détourner les autres de ces vaines spéculations, tu sois troublé ou, pour mieux dire, aveuglé par je ne sais quel obscurcissement de la raison ; et que, cherchant l'ancre du salut, tu viennes consulter Dieu à Accaron, comme s'il n'était plus en Israël? Notre esprit et nos sens parvinssent-ils à justifier de pareilles doctrines, il resterait encore à leur opposer la diversité des

1. « H. G. Agrippaî jurisconsuUo, medico, el Unologo Trisme- « o-isLo, erudissimo el eloqucnUssuno » (Ep. IV, 17).

opinions qu'elles engendrent et les ambiguïtés dont elles s'enveloppent, pour nous séduire et nous tromper. Et d'ailleurs, pour quelques prédictions qui se trouvent parfois confirmées, que d'erreurs^ que de mensonges dans les pronostics des astrologues ! Comment s'y reconnaître? Non, tout est vanité et incertitude; et, comme dit Salomon, plus l'homme creuse dans ses recherches, moins il trouve. Cependant ne crois pas que je veuille me dérober au travail que tu réclames de moi ; je ferai ce que tu désires ; je te dirai ce que je sais et ce que je pourrai me rappeler ; mais n'accorde pas, je t'en prie, à tout cela plus d'attention qu'il no convient à un chrétien, à un homme religieux, à un vrai théologien. Et maintenant ne vois dans mes paroles, s'il s'y trouve quelque chose qui sente la réprimande, que cela seulement que se doivent, sans aller plus loin que de l'un à l'autre, des J'rères en Jésus-Christ. Pour le reste, je charge le messager de te le transmettre (Ep. IV, 19).

Quelle différence entre cette attitude et celle qu'Agrippa prenait, deux ans auparavant, dans des circonstances analogues, avec le disciple en astrologie de Strasbourg M On ne saurait d'ailleurs voir dans le langage qu'on vient d'entendre l'œuvre d'artifice d'un homme craintif qui chercherait à se blanchir, on déguisant sa pensée aux yeux d'un membre de la redoutable milice de Saint-Dominique. Non,

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