Voir au chapitre premier, loin. I, p. 9J-II
fort bien se faire aussi qu'elles concernassent quelqu'autre ouvrage, le traité de pyromachie par exemple, dont Agrippa s'occupait également à la même
époque (Ep. IV, M).
Maintenant, quelles sont les causes auxquelles on peut attribuer ce grand naufrage de la fortune d'Agrippa, à la cour de France? Il y était arrivé au commencement de l'année lS2i, attiré par de séduisantes espérances. Il y avait été bien traité d'abord ; il y avait reçu une charge honorable et lucrative. Pendant deux années, jusqu'au printemps de l'an 1S26, il ne paraît pas avoir eu grandement lieu de se plaindre. Cependant, dès le milieu de la seconde année, dès le mois d'août 1525, quand la reine quitte Lyon, la faveur d' Agrippa semble avoir déjà diminué. On le laisse dans cette ville que la cour abandonne. Sa situation s'aggrave ensuite. Ses gages ne sont plus payés. Quelques mois s'écoulent ; il tombe dans la gêne ; il est bientôt aux prises avec le besoin. Il élève la voix ; on ne daigne pas même écouter ses plaintes.
— Je n'ai rien à me reprocher, écrit-il le 30 septembre 1526 (Ep. IV, 51), sinon, ajoute-t-il le 3 novembre suivant, de n'avoir pas craint d'annoncer un peu trop librement peut-être des malheurs prochains (Ep. IV, 62) .
Cependant on saisit, dans la correspondance de cette époque, certains traits d'où il résulterait qu'Agrippa pouvait attribuer sa disgrâce bien moms aux prédictions qu'il aurait faites qu'au refus peut-être
d'en faille de nouvelles, et à la résistance, quelque peu blessante dans la forme, qu'il aurait opposée sur ce point aux exigences de la reine, laquellle réclamait de lui des calculs et des thèmes astrologiques. Nous avons dit, à propos de frère Lavinius, le religieux dominicain de Mâcon, que vers ce temps en effet Agrippa, renonçant à ces vaines spéculations, n'avait pas hésité à en proclamer l'inanité. Nous avons ajouté que, si à cette époque et même ultérieurement encore on peut lui attribuer quelques actes en contradiction avec cette résolution, il faut rapporter le fait aux exigences d'une situation que domine le besoin. En môme temps à peu près qu'il adressait au dominicain Lavinius les exhortations dont nous avons parlé, il écrivait à un ami ce qui suit: — Si la vie et la fortune des hommes dépendent des astres, qu'avons-nous à demander? Laissons faire Dieu dans les cieux, oii il ne peut y avoir ni mal ni erreur. Hommes, prenons les choses humainement, et ne dépassons pas la mesure de nos forces. Chrétiens, conflons-nous au Christ; laissons l'heure et le moment entre les mains de Dieu le père, qui en a décidé daus sa toute-puissance. Mais si tout ce que nous disons des astres est faux, bien vaine assurément est la science de l'astrologue. Cependant il est des hommes craintifs- qui- s'effraient des fantômes, et qui croient plutôt à ce qui n'est pas qu'à ce qui existe. D'autant plus avides do connaître l'avenir que cela est moins possible, ils accordent aux combinaisons astrologiques le pouvoir tout à fait invrai-
semblable de dominer les lois fatales qui gouvernent les choses. Ils mourraient, s'il n'y avait des astrologues pour les satisfaire ; et ils viennent me demander les secrets du présent et de l'avenir, comme si c'était mon métier de faire de Tastrologie. Quant à moi, pour ne pas tromper leur attente, je leur adresse mon pronostic avec double glose et tous les accessoires nécessaires; ils reconnaîtront ainsi que si je suis astrologue, comme ils le veulent, je suis aussi prophète, et que je sais profiter de leur sottise (Ep. IV, 8).
Cette lettre qui n'est pas datée, est rangée par les éditeurs de la Correspondance avec celles du mois de mai 1S26. Elle appartient, comme on le voit par sa teneur, à une époque où Agrippa ne croyait plus à l'astrologie et en outre ne craignait pas d'en convenir, quoiqu'il consentît à en faire quelquefois encore pour en tirer profit ; rôle peu honorable assurément, qui devait à la longue lui répugner, vis-àvis des gens surtout dont l'opinion pouvait avoir de l'importance à ses yeux. Nous avons un exemple de cette dernière disposition d'esprit d'Agrippa, dans ce qui concerne le père Lavinius, le dominicain de Mâcon, qu'il prend alors la peine de tirer lui-même de l'erreur sur ces matières. Il paraît avoir voulu adopter une semblable attitude à la cour de France, où il avait peut-être commencé par spéculer un peu, on a quelque raison de le croire, sur sa réputation d'astrologue et de prétendu sorcier. L'avait-on pris alors au sérieux dans ces termes? Fut-on ensuite
amené ainsi à considérer sa résistance à certaines importunités, comme du mauvais vouloir? C'est ce qu'on pourrait croire, d'après la correspondance que nous avons entre les mains. La reine, à ce qu'il paraît, l'aurait pressé sur ce point. Le 3 août 1526, au plus fort de ses perplexités touchant sa pension qui n'était plus payée, il fait allusion aux exigences de cette sorte, dont il aurait été l'objet. Cette allusion est contenue dans une lettre écrite alors de Lyon à Chapelain.
— Les insensés privés de la raison s'élèvent quelquefois, dit-il, au sentiment des choses divines et voient ce que ne voient pas les sages. Frustré, abusé de toutes parts, je deviens fou de désespoir. Peutêtre en viendrai-je ainsi jusqu'à prophétiser, comme on veut que j'en aie le pouvoir. Puissé-je alors, pour obéir à la reine, lui prédire du bonheur. Mais les fameux devins dont on a conservé la mémoire, Cassandre à Troie, Polybe à Corinthe, Remigius à Rhodes, Cornélius à Padoue, n'ont jamais annoncé que mort, que guerres et que massacres. Inspiré par les furies qui me tourmentent, j'ai bien peur de ne savoir mieux faire, à moins qu'un Apollon bienfaisant ne vienne à mon secours. Alors je m'assois sur le trépied fatidique et j'adresse aussitôt mes oracles à la reine. En attendant, je meurs de faim. Je vais donc exécuter les superstitieux calculs astrologiques dont cette princesse se montre si avide; mais, sache-le bien, c'est à regret et contraint par clic que je le fais. J'ai cependant écrit au séné-
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Chai ^ de lui parler de cela, de la prier de ne plus abuser de moi pour ces indignes artifices, et de ne pas condamner à de semblables niaiseries ^^J^^"^^^ qui peutla servir par de plus sérieux travaux (Ep. 1\ ,
^\grippa répète souvent les mêmes plaintes; il cède cependant, tout en protestant.
- Je calculerai, puisqu'il le faut, les révolutions astrologiques du roi, écrit-il le 8 août 1526, mais c'est bien malgré moi, tu le sais, et ce n'est que sous la pression d'importunes supplications que je m abaisse h ces frivoles enfantillages (Ep. IV, 30).
Enfin, le 24 du même mois, il annonce quel œuvre désirée est accomplie.
J'ai enfin construit pour le roi, dit-il, les lameux cercles astrologiques dont la reine est si friande. Je voudrais maintenant qu'elle me fit savoir par qui je dois les lui envoyer. Je l'ai fait prévemr par notre sénéchal. Pourvu qu'il ait reçu ma lettre
(Ep. IV, 36). . ^ .
La reine se rend cependant, à ce moment même et avant d'avoir rien vu, aux résistances d' Agrippa. Il est difficile de reconnaître tout d'abord si c'est par simple ménagement pour lui et pour ses susceptibilités; ou bien, si c'est par un sage retour à la raison La princesse paraît, en tout cas, blessée des ob^ servations qui lui ont été présentées à cette occasion.
Hier, écrit de Blois Chapelain, à la date du