Nous ne connaissons pas la date exacte de l'arrivée do
porter alors à son ami le complément d'un ouvrage dont il lui avait déjà fait parvenir le commencement, et dont il est souvent question dans leur correspondance. Cet ouvrage, dont nous avons dit quelques mots au chapitre précédent, est un traité en trois livres de Marcus Damascenus, sur la nature de râmc. Brennonius en avait retrouvé le manuscrit, de la main même de l'auteur suivant lui, oublié, poudreux et tout meurtri dans un coin; et il en avait commencé, h l'intention de son cher Agrippa, la transcription
— C'est un second ouvrage de notre Marcus Damascenus, nostn Marci Damasceni opiis secundum, lui disait-il alors.
Brennonius semble indiquer en parlant ainsi
Brennonius à Cologne. Le 1" septembre 15-20, Agrippa lui écrit qu'il l'y aUend pour la Saint-Michel, 29 de ce mois (Ep. II, Gl); le 27 il écrit lui-même qu'il est près de partir pour s'y rendre (Ep. II, 59). Il en est reparti, pour retourner à Metz, le jour de Sainte-Catherine, 25 novemljre 1520 (Ep. III, G).
1. « Nostri Marci Damasceni opus secundum, de variis admi- « randisque animœ liumanœ naturis intitulatum, quod in nos- « trorum civium penelralibus, vetustate mucidum, neglectum, « disruptum, pedibusquc calcatum, autoris manu propria scrip- « tum forte reperi, ad te mittere- dccreveram ; sed negotiis « variis distractus, illum transcribere non potut. Verumtamen « priinum ejus librum in prœseritiarum gralanter accipias, « qucm tibi pro dignitale mcritisquc tractandum, ordinandum, « corripiendum , emendandumque commendo. Subséquentes « v;ro duos ])03tliac pcr otium transcriptos ut ad te mittantur « pro pos'^e curubo... » (Ep. II, 53).
quel'auLeur éLaitdéjà haut placé dans leur commune estime, et qu'il leur était connu par d'autres écrits. Nous ignorons, quant à nous, ce qu'est ce Marcus Damascenus dont nous n'avons trouvé la mention nulle part. Peut-être s'agit-il de quelqu'un des nombreux hérésiarques signalés sans plus de détails, du ii« siècle au x«, sous le nom de Marc, par les historiens ecclésiastiques. Saint Irénée, dans son livre des hérésies, en cite un notamment qui était disciple de Valentin, et qui vivait encore vers la fin du ne siècle. Il appartenait à la grande famille des gnostiques et, joignant la magie à l'hérésie, passait pour faire des miracles, au moyen desquels il agissait tout particulièrement, est-il dit, sur la crédulité des femmes. Pénétré des doctrines cabalistiques, il attribuait, ajoute-t-on, une vertu spéciale à l'alphabet grec, lequel contenait, suivant son sentiment, la plénitude et la perfection de la vérité 1, Les écrits d'un pareil auteur, s'il pouvait s'en rencontrer quelqu'un, étaient bien faits pour captiver Agrippa et Brennonius. Peut-être ce dernier avait-il trouvé ""un ouvrage, plus ou moins authentique, méintant par son caractère d'être attribué à ce prétendu thaumaturge ou à quelque autre personnage du même genre. C'est ce que nous ne saurions dire. Nous ne connaissons le traité en trois livres de la nature do l'âme, que par la manière
1. Sevestre, Dictionnaire de palrologie, t. III, pp. 570 et 1236, dans la Nouvelle encyclopédie Ihéologique de Mignc, t. XXII.
dont il en est parlé dans la correspondance do Brennonius et d'Agrippa.
— C'est, dit quelque part celui-ci, un admirable ouvrage, resté jusqu'à présent inconnu et que je voudrais publier, si j'étais certain de n'y pas perdre et ma peine et mon argent ^ Livre des plus intéressants, ajoute-t-il, et tout à fait magique (Ep. III, 5G].
De la part d'Agrippa, c'était là un grand éloge pour le traité de la nature de l'âme. Le titre du livre et la manière dont il est loué par Agrippa suffisent pour nous faire soupçonner quelqu'une de ces œuvres de philosophie hermétique, qui faisaient les délices d'un homme dont nous connaissons l'admiration pour les ouvrages de ce genre. On comprend avec quelle curiosité le traité de la nature de l'âme était attendu par lui, depuis la première annonce qu'il en avait reçue de Brennonius; celui-ci ayant fait cette découverte, à ce qu'il semble, après le départ de Metz de son ami. Sur sa première ouverture à ce sujet, Agrippa qui attendait Brennonius à Cologne, lui recommande d'apporter avec lui le précieu.K volume ~.
« 1. « Sunt eliam pencs me pleraque alia aliorum doctorum « et anliqua et recenlia scripla hactenus incognita, inter qiuc « est opus Marci Damasceni, de variis admirandisque ani- « marum iialuris -, liber tolus inagicus. PIcec omnia aliquando « in publicum daturus essem, modo ne et operam et impen- « sam omnino perditurus sim n (Ep. III, 56).