‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 3 sur 46 · Vale et ad proxima Pentecostes fesLa lolpsnm ciim · texte numérisé non relu

Vale et ad proxima Pentecostes fesLa lolpsnm ciim

(j CHAPITRE CINQUIÈME

— J'arrive pour la PcnlecôLc avec Marcus Damascenus, répond le 12 avril Brennonius (Ep. 11,49).

Le retard apporté cependant par le curé de Sainte- Croix à la réalisation du voyage projeté, celui qu'il met également à faire la transcription promise par lui de l'ouvrage, ne font qu'irriter l'impatience d'Agrippa, qui, après en avoir reçu le commencement, réclame avec instance la suite, à plusieurs reprises (Ep. II, 54, S7, 61 ; III, 6).

■— Quelque peu que tu en aies transcrit, envoiele-moi, je t'en prie, écrit-il le 20 juin, et joins-y la table au moins de l'ensemble

Brennonius était allé au-devant de ses désirs, sur ce dernier point au moins ; car, le 17 du même ^ mois, il lui avait expédié la table en question Un peu plus tard, le 27 septembre, il annonce de nouveau sa visite, si souvent remise, et le livre II du

« Marco Damasceno ColoiikB apud nos infallibililer prœ- (c senlato « (Ep. II, 47). La lettre qui contient ce passage devait être nécessairement^ précédée de celle de Brennonius, qui, sous le n" 53 du livre II, contient l'annonce de la découverte. Ce'le-ci ne porte aucune date, ce qui explique la transposition qui on est faite par les éditeurs.

1. « Tu interea Marci Damasceni residuos libros, seu quan- « tulumcunque de illis jam transcriptum est, per prœsenlium « latorem, qui mihi priorem bona fide reddidit, nunc iterum « transmittas , unaquo librorum eorumdem et capituloruni « indiciJin » (Ep. II, 57).

2. « Marci Damasceni nostri secundum librum negoliis « quam plurimis distractus, ut vides, scribere non potui -, sed « trium librorum cjus labulam ad te milto » (Ep. II, 55).

fameux traiLé dont il doit apporter quelque chose avec lui (Ep. II, 59).

— Apporte avec toi le tout, lui réplique Agrippa, nous en ferons terminer ici la transcription (Ep. II, 01).

Brennonius vient à Cologne en effet, mais sans donner, nous ne savons pourquoi, satisfaction complète à son ami, qui, au mois de février suivant, attendait encore le livre III du traité de la nature de l'âme. C'est Agrippa qui, à ce moment, est à son tour près de se mettre en voyage. Il va passer par Metz. Brennonius lui promet pour ce moment le complément désiré du merveilleux ouvrage. Sa lettre est datée du jour do Saint-Mathias, 24 février 1521 ^ Le 21 mars. Agrippa est encore à Cologne ; mais il annonce son prochain départ (Ep. III, 6). Il ne tarde pas, en effet, à passer à Metz où il peut enfin entrer en possession du trésor tant souhaité. Nous voyons, par un document ultérieur, qu'en 1524 le précieux volume était entre ses mains (Ep. III, 56).

Si nous nous sommes arrêté quelque peu au récit de ce petit épisode, ce n'est pas pour l'importance que peuvent avoir ni l'ouvrage de Marcus Damascenus, ni môme la curiosité passionnée avec laquelle il est accueilli par Agrippa. Il nous semble présenter un autre genre d'intérêt, en fournissant

I. « Gum autem veneris, torlium Marci Damasccni librum « reperics, in quo qiiid in ipso delerminaverat, uL scires, in « margine annotavi » (Ep. 111, 5).

un spécimen de ccLLo chasse aux manuscrits, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui, pour des objets plus dignes d'estime d'ailleurs, remplit la vie des lettrés, il cette date de la renaissance des études et de la résurrection en quelque sorte de l'antiquité.

Nous venons de voir Agrippa quittant sa ville natale, quelques mois après y être rentré ce semble avec tant de joie. Cette source de satisfaction est maintenant épuisée. Il dirige d'un autre côté ses désirs. Une espérance l'attire à Genève, et, pour se rendre dans ce lieu, il prend une voie qui le fait repasser par Melz; cette ville qu'il a maudite quand il a dû y vivre, mais que, par une contradiction dont son caractère inconstant rendrait parfaitement raison, il regrette peut-être, maintenant qu'il n'est plus obligé d'y demeurer. Il vient alors par eau de Cologne à Metz. Notons en passant le fait, comme une particularité des usages de ce temps. Agrippa remontait le Rhin et la Moselle, et voyageait en bateau. Les voies fluviales paraissent avoir été alors très ordinairement pratiquées. C'est également en suivant les rivières, nous le verrons par la suite, qu'Agrippa descend plus tard de Lyon à Paris.

Une épreuve douloureuse attendait Agrippadans ce voyage. La femme bicn-aimée associée à son sort depuis six ou sept ans, l'épouse qu'il avait amenée avec lui d'Italie, tombée gravement malade dans les derniers temps de son séjour à Cologne, mourait en traversant Metz. Elle y reçoit la sépulture dans l'église

AGUIPPA A COLOGNE, A GENl^E ET A FRIBOURG 9

môme do Sainte-Croix, dont Brennonius, l'ami de son mari, était le cure. Agrippa semble avoir été fort attaché à cette femme, aux mérites de laquelle il rend hommage dans plus d'un passage de ses lettres. L'inquiétude qu'il manifeste dès les premiers symptômes de sa maladie, donne une juste idée du chagrin sérieux que dut lui causer sa perte (Ep. III, 6).

On ne trouve cependant aucune mention directe de la mort de cette femme dans la correspondance d'Agrippa. Cette particularité prouverait, s'il en était besoin, que, malg^ré l'opinion contraire énoncée par certains biographes, le fatal événement eut lieu à Metz, oîi Agrippa se trouvait entouré à ce moment des amis qu'autrement il n'aurait pu manquer d'en informer par lettres, comme il l'avait fait de la maladie commencée à Cologne qui avait précédé et causé ce malheur (Ep. III, 6). La même particularité permet de se rendre tout naturellement compte du fait très certain, et qui semble inexplicable à Bayle, de la sépulture donnée à Metz à cette première femme d'Agrippa; ce qui se comprendrait, en effet, difficilement si elle fût morte ailleurs que dans cette ville. Mais Bayle paraît avoir ignoré qu'il en eût été ainsi. Le fait est d'ailleurs incontestable; il est attesté par plusieurs traits de la correspondance ultérieure du curé de Sainte-Croix, Brennonius, avec Agrippa, relativement aux fondations pieuses concernant l'épouse que celui-ci avait perdue, et aux anniversaires célébrés pour elle dans l'église desservie par son ami (Ep. IV, i20, 27).

On a peu de renseignements sur* celte première femme d'Agrippa. On ne la connaît guère que par les éloges qu'il accorde, en certaines circonstances, à ses excellentes qualités.

— Je rends grâces à Dieu, dit-il dans une lettre datée de 1518, de m'avoir donné en elle une épouse selon mon cœur, jeune, belle, ayant de nobles et bons sentiments, partageant mes idées et mes goûts, incapable de me causer une contrariété; et sur laquelle je sais que je pourrai compter quoiqu'il arrive, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune 1 (Ep. II, 19).

Nous rappellerons qu'elle était d'origine italienne et qu'Agrippa l'avait épousée à Pavie, vers la fin de 1514 ou au commencement de lolS, ainsi qu'on peut l'inférer de quelques indications fournies par sa correspondance de ce temps. Ces renseignements sont confirmés et complétés en quelques points par le chroniqueur messin, Philippe de Vigneulles, qui

1. « Ego quidem Deo oranipoLenti innumeram liabeo graliam, « qui uxorcm mihi conjùnxit secundum cor meum, virginem « nobilem beno moralam, adolescentulam formosam, quae ita « ad meam vivit consuetudinem, ul ne contumeliosum verbum « inter nos intercidat, atque, quo felicissimum me dixero, « quorsum se res vertunt, in prosperis et adversis semper œque « mihi benigna, affabilis, constans, integerrimi animi, sani con- « silii, semper apud se manens. » (Ep. II, 19). — Nous doutons que le mol « nobilem », associé ici à l expression « bene moratam », doive être entendu dans le sens propre, et qu'il exprime, à propos de la première femme d'Agrippa, l'idée de noblesse de naissance.

avait vu à Metz, où die oLaiL paraît-il fort remarquée, la première femme d'Agrippa, en 1518 etl519. Nous avons cité précédemment un passage de ses écrits dans lequel il est dit que cette femme native dePavie, enLombardie, était « la plus mignone et la plus diversement acoustrée » qu'on eût jamais vue au pays de Metz. On ignore du reste son nom; mais on sait qu'elle avait donné à son mari un fils nommé Théodoric, lequel existait déjà lorsque ses parents durent quitter Pavie, après les désordres de guerre occasionnés par le retour des Français dans le nord de l'Italie en d515. Cet enfant fut certainement amené ù Metz par son père, car il était encore avec lui à Genève en 1S21 Agrippa semble avoir été attiré à Genève ^ par

1. Le peu que nous savons de cette première femme d'Agrippa et de son fils est réuni à ce qui concerne ses deux autres femmes et ses sept enfants, dans une note de l'appendice (no VIII).

2. On ne connaît pas la date exacte de l'arrivée à Genève d'Agrippa. La dernière lettre datée de Cologne, que nous ayons de lui, est du 21 mars 1521, et il était alors très près d'en partir (Ep. III, 6). La correspondance publiée n'en contient ensuite plus aucune avant le 6 des calendes de juillet, 26 juin 1521, date à laquelle on lui écrit qu'on a appris, tardivement cependant, son arrivée à Genève (Ep. III, 7). 11 y était vraisemblablement depuis quelque temps déjà. Du 21 mars à une date quelque pou antérieure au 26 juin, se placent ainsi son départ de Cologne, son voyage avec son passage à Metz, et la perte qu'il y fit de sa première femme, son arrivée enfin en Suisse, et son inslallalion à Genève.

l'espérance d'y obLenir du duc de Savoie une pension ou un emploi dont il avait pu être question antérieurement, et qu'il se flatta même quelque temps encore d'obtenir, en réalisation d'une ancienne promesse (Ep. III, 24, 29, 30). C'est h cette espérance qu'il se reportait assurément, lorsque de Cologne, quelques mois auparavant , il écrivait à son ami Brennonius, à Metz, qu'il retournait en Savoie.

— Je vais passer ici l'année présente encore, lui disait-il ; mais, l'an prochain, je compte me transporter en Savoie (Ep. II, 54).

Genève, oîi arrivait Agrippa en 1321, n'avait pas encore pris, au point de vue politique, la situation qui lui était réservée dans un prochain avenir, au sein de la Confédération suisse. La condition de cette ville était alors incertaine, entre la domination des ducs de Savoie qui tendaient à y asseoir définitivement leur souveraineté, et un régime d'indépendance dont les partisans tournaient leurs regards du côté des cantons suisses, avec l'espoir de trouver chez eux un appui. Genève était une grande ville qui, avec le royaume de Bourgogne, depuis le ix" siècle était de l'Empire, et oii l'autorité avait été longtemps disputée à ses évêques par ses comtes. La prépondérance était d'abord restée aux évêques dans la cité, pendant que les comtes se maintenaient en possession d'un district voisin, constituant ce qu'on appelait proprement le comté de Genevois. Vers la fm du xiv° siècle, la famille de ces comtes s'étant éteinte, le comte de Genevois était échu aux comtes

do Savoie, fails ducs un peu plus tard, en 1417 ; lesquels, en outre, avaient déjà dans la ville elle-mcmo certains droits de vice domnat ou de vicariat impérial.

Ces princes s'étaient trouvés par là en mesure de balancer à Genève la puissance des évôques ; et, dans le courant du xv" siècle, leur autorité était même arrivée à primer celle de ces derniers. L'évêque perdant toujours du terrain dans cette compétition, la question de prépondérance avait fini par se poser exclusivement entre le duc de Savoie et le corps même de la cité, qui toujours avait joui d'ailleurs d'une liberté propre et de certains privilèges. Les évêques se bornèrent alors à favoriser, suivant les circonstances, tantôt l'un, tantôt l'autre de ces deux partis.

Au moment où Agrippa arrivait à Genève, en 1321, l'évêque de cette ville était un prince de la maison de Savoie, tout naturellement porté vers le parti des ducs. Il s'était mis à la traverse des tentatives faites par la ville, depuis quelques années, pour former une confédération avec les cités suisses de Berne et de Pribourg. Cette alliance ne devait se nouer définitivement qu'en 1S26 seulement. En 1521 s'organisait dans Genève le parti qui l'y portait, le parti des Eidgenosse ou confédérés, combattu par le parti des ducs de Savoie, dit le parti dos Mamelus ou Mameluks. Ce parti des Eidfjenosse n'avait encore à ce moment qu'un caractère purement politique; c'était .le parti de l'indépendance. Il devait bientôt prendre une couleur reli-

gicuse, en accepLanL et propageant les opinions de la réforme. Son nom, qui signifiait proprement confédéré, cessant alors d'être exclusivement l'équivalent de celui d'indépendant, devenait à peu près synonyme de celui de réformé. Popularisé parle rôle que prit peu à peu Genève dans le protestantisme français, il se généralisa plus tard en se dénaturant, et, passant par la forme contractée Eidgenot, fournit, à ce qu'on croit, la fameuse dénomination de Huguenot C[m devint, vers le milieu du xvi" siècle, celle des protestants de France.

Dès le début de son séjour à Genève, Agrippa s'y montre en étroites relations d'amitié avec un homme dont il s'était déjà précédemment trouvé rapproché en Italie ou en Savoie, à Turin ou à Chambéry, et qui, à cette époque, est activement mêlé au jeu des partis que nous venons de signaler. Cet homme est Euslachc Chapuys i, chanoine de Genève, oflicial de l'évêque Jean de Savoie à ce moment, puis de son successeur Pierre de la Baume (1523) ; plus tard conseiller du duc de Savoie ; conseiller ensuite et ma-ître des requêtes de l'hôtel de l'empereur Charles-Quint (1027), et enfin son envoyé auprès du roi d'Angleterre Henri VIII (1529- 1S46). Chapuys avait été, dès 1517, un des agents

1. L'orlliographe du nom français de Chapuys, Ohapusius dans la correspondance latine d'Agrippa, est fl.xce par une signature de lui, dont le fac-similé est donné par M. L. Charvet, dans son mémoire sur la ■correspondance de ce personnage avec Agrippa. {Remia samisimnc, 1871.)

AGRIPPA A COLOGNE, A GENÈVE ET A PRIBOURG lo

chargés par l'évêque Jean de Savoie d'empêcher l'alliance de Genève avec Fribourg. Plus tard, il devait se mêler aux intrigues de l'évêque Pierre de La Baume avec l'empereur et avec le connétable de Bourbon (lo24-lS2S). Il peut s'être trouvé ainsi la cause première des relations de ce prince avec Agrippa, et par là n'avoir pas été étranger à la disgrâce ultérieure de celui-ci, à la cour du roi François et de la reine Louise de Savoie, sa mère.

Nous possédons un billet, d'un sens quelque peu énigmatique, adressé en 1 522 par Ghapuys à Agrippa, et dans lequel il paraît dire à celui-ci que la nécessité où il est par sa position de ménager l'opinion publique et de répondre à des devoirs plus sérieux, lui défend de prendre part à une réunion projetée par l'ami à qui il écrit et par quelques autres, pour une partie de plaisir, à ce qu'il semble i. L'amitié qui unissait Chapuys h Agrippa ne paraît pas s'être ressentie de cette réserve obligée de l'offlcial de Genève ; comme en témoigne leur correspondance ultérieure, pendant qu'Agrippa était à Fribourg d'abord (1523), à Lyon ensuite {lo24-lo25), et beaucoup plus tard dans les Pays-Bas (1531). Nous voyons encore Agrippa composer à l'adresse de Ghapuys, vers 1532, sa plainte, Querela, contre les théo-

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