Au chapitre i'^'', l. 1, [>■ CC
auxquelles avec son ami Brennonius il prête attention, non sans une pointe marquée de dédain cependant.
A l'astrologie se rapportent les premières études d'Agrippa, au sortir de l'enfance, dans la maison de son père, sous son influence et sous sa direction même, à ce qu'il semble ; plus lard, l'habileté à laquelle on le voit prétendre pendant toute sa vie pour les observations et les constructions astrologiques, jusque dans des temps oii le docte personnage ne les considère plus, il le donne au moins à penser, que comme un jeu savant en quelque sorte, et où il montre dans certains cas de la complaisance encore, dans d'autres une dédaigneuse résistance à s'y prêter. Au même ordre de faits appartiennent les crédules dispositions et les exigences de la reine Louise de Savoie à Lyon, et, à Metz, l'attitude décidée du physicus Laurent Prison, le défenseur convaincu de l'astrologie contre Luther, l'auteur d'horoscopes pour les nobles familles de la cité, l'éditeur des petits livres de pronostics et de prédictions. Le disciple de Strasbourg, en 1S23, et le religieux dominicain Petrus Lavinius de Mâcon, en 1526, se signalent dans le voisinage d'Agrippa et sous son mfluence comme autant d'adeptes de l'astrologie.
Pour la sorcellerie, qui est la note aiguë dans ce concert de superstitions de toutes sortes, sans nous arrêter à la légende qui, malgré l'inanité de ses données, est au moins un témoignage des idées régnantes sous l'influence desquelles se sont constitués
ses récits, nous nous contenterons de rappeler, dans l'histoire d' Agrippa, sa lutte contre l'inquisiteur de Metz, pour tirer de ses mains une vieille femme que ce terrible champion des bonnes doctrines voulait brûler comme sorcière, et ce que plus tard Brennonius écrit à son ami, qu'après son départ ce moine abominable a pu en livrer au feu une autre moins bien défendue contre ses entreprises. On sait d'ailleurs qu'on a brûlé des sorciers et des sorcières pendant tout le xvi« siècle, au xvii« également et jusque dans le xviii" même C'est un devin, une espèce de sorcier, un véritable suppôt du diable
1. C'est la sorcellerie, en particulier, qui a eu à soutenir le plus longtemps les rigueurs de la persécution dirigée de toute ancienneté contre les sciences et les arts occultes. Tandis que leurs autres branches commencent, dès le xvi-' siècle, à bénéficier d'une certaine tolérance, la sorcellerie est alors, et pour longtemps encore, l'objet des plus sévères condamnations. En Allemagne, et dans le seul évôché de Wurzbourg. on brûle pendant la guerre de Trente Ans. de 16^ à 1629, cent cinquante-sept sorcières. En Angleterre, il y a encore dans le Lancashire, de 1694 à 1701. dix procès de sorcellerie sous la magistrature de Holt ; en Ecosse, Hopkins, envoyé par le long parlement, fait pendre en un an soixante sorciers et sorcières. Les lois contre la magie restent en vigueur dans les trois royaumes, jusqu'au règne de Georges II (1727). En France, le parlement de Rouen adresse, en 1672, au roi une requête contre un ordre de surseoir à un procès intenté à des magiciens; en 1718. un sorcier est encore brûlé par arrêt du parlement de Bordeaux. (Gœrres. La mystique divine, naturelle et diabolique. Trad. franc., t. V, pp. 503, 512. - Alfred Maury, La magie et l'astrologie, pp. 220, 222.)
que le duc de Vendôme voyait avec effroi dans Agrippa, quand il refusait d'attacher son nom à côté du sien, aux lettres de sûreté que celui-ci demandait pour passer de la France dans les Pays-Bas, en 1528.
Les spéculations de la cabale s'accusent, d'un autre côté, dans certains actes d'Agrippa, dans son explication du traité de Reuchlin à l'université de Dole en 1309; travail d'exposition avec lequel il faut signaler comme significatives, l'attention qu'il éveille chez les personnages éminents groupés autour de la chaire du jeune lecteur, et l'attaque dirigée contre lui à cette occasion par le franciscain Gatilinet. C'en est assez pour prouver quelle chose sérieuse c'était que la cabale pour les esprits de ce temps. Le père Ghrysostome de Verceil, le riche marchand génois Augustino Pornari, le majordome du légat Gampegi, Dom Bernardus de Palirineriis, font encore de la cabale avec Agrippa.
Quant à la philosophie hermétique, Tritheim, le savant abbé de Spanheim et de Wurzbourg, Brennonius, le curé de Sainte-Groix de Metz, admirateur et transcripteur du traité sur l'âme de Marcus Damascenus, le célestin Glaude Dieudonné, le religieux augustin d'Anvers, Aurelio d'Aquapendente, sont des partenaires dignes d'Agrippa, dignes du lecteur autorisé qui, à l'université de Pavie, expliquait, devant le marquis de Mantoue et un nombreux auditoire, le Pimander d'Hermès Trismégiste.
Abrégeons. Nous en avons dit assez pour mon-
trer dans les épisodes de la vie d' Agrippa que nous venons de rappeler, ce que sont les sciences et les arts occultes au xvi^ siècle. Les esprits sont alors généralement portés de ce côté. On voit les adeptes qui les pratiquent, obligés, il est vrai, d'user encore de réserve dans bien des cas, et subissant certaines contraintes; mais on les voit aussi bénéficiant déjà de quelque tolérance et, sur bien des points, d'un commencement de liberté. C'est dans les conséquences de cette situation qu'est le trait caractéristique de l'époque, en ce qui regarde les sciences et les arts occultes.
Rapprochés, pendant tout le moyeu âge, sous le voile du mystère imposé à ces spéculations hasar- ' dées, les deux principes d'activité qui les animent, l'esprit de crédulité, la superstition, il faut l'appeler par son nom, et l'esprit de sérieuse recherche, la curiosité scientifique, sont près de se séparer. Grâce à la liberté qui s'annonce pour la pensée, il leur sera permis enfin de se dégager d'une indigne et compromettante promiscuité. La contrainte qui les rivait l'un à l'autre, commence à se relâcher. Encore un pas dans cette voie, et cette contrainte sera
levée tout à fait.
Au grand profit de l'humanité, l'esprit de superstitieuse crédulité et l'esprit de recherche scientifique se sépareront bientôt. Des destinées bien différentes leur sont désormais réservées : à l'esprit de crédulité, à la superstition, l'amoindrissement graduel d'un champ d'action depuis trop longtemps usurpé,
AGniPPA A BONN, A LYON ET A GRENOBLE 429
et les défaites successives infligées à leur abusive autorité par le progrès des lumières ; à l'esprit de recherche et de curieux examen, à la science, le bénéfice de ces progrès, la complète liberté d'action, et une carrière illimitée à parcourir dans toutes les directions.
Pour ceux que l'aveugle superstition dominerait encore, il y aura toujours, mais dans des conditions de plus en plus abaissées, des croyances singulières et des spéculations mystérieuses de toute origine et de toute sorte. Quant à ceux qu'inspirent le désir de savoir avec la noble volonté de chercher et d'apprendre ; à ceux-là s'off'rentle champ indéfini oîi se meut la science, et les vastes horizons ouverts à ses applications dans les arts et dans l'industrie, sources providentielles de puissance et de bien-être pour les hommes.
APPENDICE
LE NOM D'aGRIPPA
Nous avons établi, au commencement de notre chapitre ii (t. I, p. 123), que le nom de famille d'Agrippa devait être Cornelis, forme germanique à laquelle correspondraient la forme latinisée Cornélius et les formes françaises Cor7ieiUe et Cornille. Henri était son prénom ou nom de baptême; Agrippa et de Nettesheim étaient des surnoms tout personnels- le premier pris par lui de très bonne heure à l'université de Paris, et tiré du nom antique de Cologne, Colonia Agrippina son heu de naissance; le second dont on ne connaît pas l'origme, lequel apparaît tardivement au frontispice de ses ouvrages, dans les derniers temps seulement de sa vie, et que ses enfants n'ont pas conservé, comme ils ont fait de celui d Agrippa.
La forme germanique Cornelis nous est donnée par des pièces authentiques contemporaines d'Agrippa, relatives aux fonctions qu il a exercées à Metz (Append. n» XIII). La forme latirnsee Cornélius se retrouve à chaque pas dans les écrits de toute sorte qu'il nous a laissés, et dans les nombreuses éditions quon en a données. Des deux formes françaises, CarncMe et Cornille, la première est celle qui appartient le plus expressément à notre langue; c'est celle qui. au temps même d Agrippa, était usitée, notamment à Lyon. Elle së
432 APPENDICE
produit dans une pièce du xvi' siècle que nous donnons plus loin (Append. n» VIII), où elle est employée pour désigner Agrippa dans une déclaration fournie par des gens qui ravalent connu dans cette ville. La forme CornUle appartient spécialement aux provinces de langue française des Pays- Bas où Agrippa vécut aussi. C'est ainsi qu'on le nommait à la cour de Malines. à Anvers et à Bruxelles. On trouve ce nom de Cornille dans la lettre de privilège qui lui est expédiée en français à la chancellerie de Malines, le 12 janvier 1529 (1530, n. s.), pour l'impression de ses ouvrages, et qui est imprimée en tête de plusieurs de ses livres; on le voit aussi dans les comptes de la maison de la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite d'Autriche, où on ht. entre autres, parmi les articles relatifs aux funérailles de cette princesse : « A Henry Cornille Agrippa, docteur en deux drois et indice claire de l'Empereur nostre sire, la somme de xij livres en « tant moins de ce qu'il mérileroit. à faire et composer cer- « tains épitaphes et aultres escriptz qu'il a emprins faire pour « servir à l'obsèque et à l'honneur et mémoire perpétuelle de « madicte feue Dame. » j
M. le comte B. de Quinsonas, au tome III. pp. 387^411 de ses Matériaux pour servir à l'histoire de Marguerite d'Autriche (3 vol in-80, 1860). a reproduit, d'après les originaux conserves aux archives de Belgique, de nombreux extraits de ces comptes, parmi lesquels se trouvent, avec le paragraphe Précédent plusieurs articles où la forme Oornille est employée également et donnée comme prénom de divers individus. Nous avons reproduit un de ces exemples ci-dessus page 219, note 1. On voit par là que cette forme Gormlle n'est pas spéciale au nom d'Agrippa, mais qu'elle était usitée généralement dans les provinces de langue française des Pays-Bas, ou elle correspondait à la forme toute française Corneille.
Corneille et Cornille sont deux traductions françaises du latin CorneUus. On s'explique ainsi leur origine. On ne comprendrait pas ce que serait ni d'où viendrait la forme Cornelis, si l'on n'y reconnaissait pas le type origina.ro du
nom (le famille d'Agrippa sur lequel il avait formé le latin Cornélius suivant un usage des lettrés de son temps.
Nous rappellerons maintenant qu'en établissant (t. I, p. 112). le caractère propre de chacun des noms Henri, Corneille, Agrippa, de NetLesheim, et en signalant le premier comme ie prénom, le second comme le nom de famille, le troisième et le quatrième comme les surnoms du personnage, nous avons invoqué, entre autres, comme preuves à l'appui de notre opinion à cet égard celles qui ressortent des pièces de la correspondance d'Agrippa.
Parmi les quatre cent cinquante-une lettres que comprend la correspondance d'Agrippa, à côté de celles qui émanent de lui, cent quatre-vingt-dix-huit sont écrites à son adresse par divers individus. Dans une partie de ces cent quatre-vingtdix-huit lettres, toute formule de salutation est omise, ou bien elle est représentée par les expressions Vir doclissime, Doclor doclissime ou quelqu'autre analogue. Dans d'antres lettres, en assez grand nombre, le destinataire es', salué de son surnom d'Agrippa; dans quatre, de son prénom Henrice seulement (Ep. II, 5, 7; III, 39, 57); dans treize, de son nom de famille, soit seul, soit accompagné du prénom ou du surnom, ou de l'un et l'autre à la fois, ainsi : Gomeli (Ep. II, 10, 11; III, 36, 44, 47, 50; V, 16; VI, 29), HenricB Corneli (Ep. I, 3- 11,18; III, 78), Agrippa Corneli (Ep. I. A2), Henrice Corneli Agrippa (Ep. I, 50). Dans aucune de ces lettres ne se rencontre le surnom de Netlesheim, on ne le trouve même pas dans un document ou Agrippa n'avait rien négligé de ce qui pouvait relever son importance personnelle, dans un mémoire adressé par lui en 1530 au conseil de Malines et où il se nomme luimême. Ego, Ilenricus Cornélius Agrippa (Ep. VI, 7). Le surnom de Nettcsheim n'est qu'une qualification d'apparat introduite tardivement pour produire de l'elTet au frontispice imprimé des livres de l'auteur. C'est là qu'il paraît pour la première fois. Il ne se montre après cela que dans deux circonstances seulement, où il n'a pas d'autre caractère : 1" en téte Je l'Epîtro dôdicatoire imprimée en 1531 avec la Philosophie T. II.
j5,34 appendice
occulte (Ep. VI, 13); 20 en tète d'un mémoire adressé en 1533 au sénat de Cologne (Ep. VII, 26). Dans l'un et l'autre cas, le surnom en question ne ligure d'ailleurs pas dans le corps de la pièce elle-même, mais dans un intitulé seulement qui peut très bien n'avoir pas fait partie de sa rédaction primi-
tive. , ,
Le nom de Nettesheim n'appartient certainement pas a la
famille d'Agrippa. 11 est tout personnel à celui-ci et n'a été pris par lui que vers la fin de sa vie. sans qu'on sache à quel titre. Nous avons constaté (t. I, p. 121) que ce surnom n'a pas ete conservé par ses enfants. Dans des documents authentiques qui les concernent, ils ne le prennent pas, et ne le donnent même pas à leur père en parlant de lui. Ces documents sont une enquête datée de 1560 et une quittance par procuration de 157-^ Dans la première, un des fils d'Agrippa, Henri Corneille Agrippa, agit tant pour lui que pour son frère. Jehan Corneille Agrippa, et prend la qualité de « lils naturel et legic< time de feu noble homme maitre Henri Corneille Agrippa, en „ son vivant docteur ez droictz, natif de la ville de Coloxgne en « Allemagne et habitant Lyon. » Dans la pièce de 1572, ce môme fils d'Agrippa est nommé et qualifié « noble Henry Corneil (sic) Agrippa de Saint-Anlhoine de Viennois. » Il habitait cette dernière localité (Append. n" VllI,.
LES PRÉTENTIONS d'aGRIPPA A LA NOBLESSE DE NAlSSANdÉ
Agrippa manifeste, à diverses reprises, des prétentions à Ui noblesse de naissance ; elles paraissent peu fondées. Dans notre chapitre v (tome II, pp. 74 à 84), nous avons dit pourquoi Il est bon d'indiquer les circonstances et de signaler les termes mômes dans lesquels ces prétentions se produisent C'est d'abord, d'une manière peu explicite, dans -luel-
qiies-unes de ses lettres, ensuite plus formellement au frontispice de ses livres.
Dans une lettre écrite en 1526 à son ami Chapelain où il exprime le regret de s'être fié aux promesses qui l'ont attiré à la cour de France, il dit : « 0 ter quaterque stultus Agrippa, « qui clarus imaginibus avitis, clarus propriis titulis, militia « doctrinaque partis, clarus tôt publicis muneribus pace et « belle optime gestis... ad... hanc medicee artis. . professionem « me contuli « (Ep. IV, 5-2j. - En 1531. après une énuméralion du même genre, il explique comme il suit l'iUusl ration de ses ancêtres par leurs services envers les souverains : « Pater « et avi et atavi et trilavi Gœsarum Romanorum Austriaco- « rumque principum a longo eevo ministri fuerunt. Horum ves- « tigiaet egoinsecutus. divo Maximiliano Gœsari et pace et bello « non segniter inservivi » (Ep. VI. 18). - La même année, dans une requête au conseil privé de Malines, il parle, avec un peu plus de précision, des conditions de sa naissance dans les termes suivants : « Sum enim non solum ingenuus, sedet « spectabdis génère, nec tantum clarus imaginibus avitis sed et « propriis titulis militia doctrinaque partis » (Ep. VI, 22). — En 1532, dans son mémoire à la reine Marie, revenant sur les services de ses ancêtres, il dit: « Majores mei abavis et atavis « Austriacis principibus semper addicti » (VII, 21).
Dans ces textes d'une sincérité plus que douteuse empruntés aiLX lettres d'Agrippa, ce qu'il dit des services de ses ancêtres que nous ne connaissons pas, perd beaucoup de sa valeur par le rapprochement qu'on peut faire de ses assertions à cet égard avec ce qu'il rapporte, en mainte occasion, des siens propres que nous connaissons. Ce qu'il dit en môme temps de sa noblesse nest rien moins que probant. Les « imagines avitœ >. ne sont qu'une figure de rhétorique; et les expressions « inge- « nuus et spectabilis génère . s'accordent aussi bien avec la condition d'une famille de bonne bourgeoisie qu'avec celle dune race aristocratique. Jl n'y a dans tout cela que de vagues et incertaines indications. Mais en 1530 les prétentions 'ormelles d'Agrippa éclatent au frontispice du traiu'. de rincer-
APPENDICE
Ulude et de la vanilô des sciences, où on lit : « Splendida. no-
.s nnhUitaUs » et son association aux unes us
» nolDiiuaus e ,roiUpnr=i le neu d'authenticité ne sont
docteur dont on connaît daiUems lepeu u
faites nour lui donner crédit, ^"un deinière observation, c'est que dans le grand noml^e des lettres écrites par divers correspondants l^^^-f^ ^ .rippa, on ne trouve pas une seule allusion a sa prétendue nobles e de naissance, car on ne peut donner cette signUic tien à la formule suivante dans la suscripUon dune le de 1519 où le mot « nobilis » est évidemment une pure qualiUcation de courtoisie : « Nobili ac strenuo militi utriusqne j un « ^.edicinarumque doctori domino Cornelio Agrippa. sena,u « urbis Metensis a consiliis primario. « Il est 1^°" de fa re observer d'ailleurs que cette adresse ^^^'^^^^ VZL; produite en tète de la lettre qu'elle concerne dans la Gonespondance générale (Ep. H. 18), mais seulement avec le rappel qui en est fait dans l'édition des Œuvres (^F^^. t. H. 5 8), exécutée longtemps après la mort d'Agnppa vers on 1 o au plus tôt, comme nous le dirons ailleurs ^Append. n XXXll).
LA. CHEVALERIK DOREE d'aGRIPPA
Nous avons montré, dans notre chapitre v (t. II, p. 48), c. que c'était que le titre de chevalier doré qu'on voit Agr.ppa s'arro-er en diverses circonstances, notamment lors de limpressimr et sur le frontispice de ses livres. « Armatœ m. Ui. : equesauratus », y est-il dit. C'est aux honneurs de la chevaleue niil taire, on le voit, qu'il visait ainsi. Sans revenir sur les explication; où nous sommes entrés à ce sujet, il nous semble
NOTE iir. /(.37
bon de rapprocher les uns des autres, pour les considérer dans leur ensemble, les textes où Agrippa exprime celte prétention, dont nous avons reconnu le peu de fondement (t. II, p. 58).
Dans un premier texte, lequel remonte à l'an 1518 (1519, n. s', le mot « miles » qui s'y rencontre pourrait bien n'avoir encore que le sens général d'homme de guerre, ainsi que nous l'avons fait remarquer (t. If, p. 5i, note 1), plutôt que la signification particulière de chevalier. Ce texte se trouve dans une lettre à l'évêque de Gyrène, où Agrippa s'exprime ainsi : Plu- « res jam annos Csesareo jussu, atque ex oflicio meo miles, « Gœsarea regiaque castra secutus sum. Pluribus conllictibus « haud segniter interfui. Ante faciem meam prœcedebat mors « et ego insequebar minister illius, dextera mea prona in san- « guinem, sinitra mea dividebat spolia. Venter meus de prœda « saturatus est, et gressus pedum meorum super cadavera tru- « cidatorum » (Ep. Il, 19). — On ne trouve non plus rien de bien précis encore dans le passage suivant où, sous la date de 1526, Agrippa se dit : « Clarus propriis titulis militia doctrina- « que partis, clarus tôt publicis muneribus pace et belle op- « time gestis » (Ep. IV, 52). - Vient ensuite, en cette môme année 1.326, la première mention de la fameuse chevalerie dorée, dans une lettre à Chapelain, où il est question de l'entrée d'Agrippa, comme médecin, au service de la reine Louise do Savoie, mère de François h-<- : « Nec opus fuisset me hic ex « aurato milite principis tuto scatophagum medicum fieri » (Ep. IV, 62). - En 1527, il écrit : « Ego... qui haclenus hu- « mano sanguine sacralus miles... >> (Ep. V, 19). — En 1531 il dit : « Militaribus insignibus decoratus... sub diversorum rc- « giim imperatoribus milili;e prœfectus, nitido coruscans œre « slrenua edidi facinora » (Ep. VI, 22). - Enfin, en 1532. le titre de chevalier doré est rappelé formellement dans le mémoire à la reine Marie : « Avo tuo, Maximiliano Cœsari, a « prima aîtate destinatus aliquandiu illi a minoribus secretis « fui, Deinde in Italicis castris seplennio illius slipondio mili- « tavi... auratus eques, quem ordinem non procario mihi re- « demi, non à transmarina percgrinaiione uiutuavi, non in
438 APPENDICE
« regum inthronisalione impudenli insoleulia surripui, sed in « publicis prœliis. média acie, bellica virtute commerui. De- ,< functo Maximiliano... sub variis et principibus et aristocra- « liarum optimatibus et democratiariim magistratibus, per Ita- « liam, per Hispaniam, per Angliam, perque Gallias, nunc mi- « lilia nunc literis stipendia merui; multa prœclara facmora « oessi multa strenue perpetravi, quorum mihi iide dignis- « simi èt testes sunt et testimonia » (Ep. VII. 21). - Entre les deux pièces de 1526 et de 1532. le titre de chevalier dore, « armatœ militiœ eques auratus », avait paru vers la lin de U30 accolé au nom d'Agrippa, sur le frontispice du traité de 1 incertitude et de la vanité des sciences.
Nous avons dit (t. II, p. 46 à 71) ce qu'il faut penser de la mention de la chevalerie dorée sur les livres publiés par Agrippa, aussi bien que de la présence du titre de chevalier associé à son nom dans le privilège impérial qui, en 1529 (1530, n s ) lui est octroyé sur sa demande pour l'impression de ses ouvrages (Append.no XXVIII). Il n'y a aucun argument a tirer de là en faveur du droit qu'aurait pu avoir Agrippa de se donner pour chevalier. Le titre d'un livre est ce que le fait son auteur - quant au privilège, il était d'usage dans les chancelleries de reproiluire purement et simplement, dans un instrument de cette sorte, les noms et qualités pris par celui qui l'avait, impétré. Dans l'un et l'autre cas, nous n'avons ici rien de plus qu'une déclaration d'Agrippa.
Il ne ressort non plus contre notre thèse aucune conséquence de la suscription d'une lettre adressée en 1518 (1519, n. s.), par l'évôque do Cyrène à Agrippa, qui en lui écrivant s'était qualifié lui-même, ainsi que nous l'avons rappelé tout à l'heure, « ex officie meo miles. » L'évêque lui répond, de son côté, dans les mômes termes: « Nobili ac strenuo militi... Heurico Gornelio « A<^rippœ » (Ep. II, 18-, Opéra, t. II. p. 578). Ce passage est d'aiUeurs, dans le grand nombre des lettres adressées a Agrippa que nous possédons, le seul où soit mentionné ce titre de « miles ». Encore est-il douteux qu'il faille l'entendre dans le sens particulier de chevalier, plutôt que dans celui
plus général d'homme de guerre, suivant l'observalion consignée à ce sujet au commencement de la présente noie.
Ces textes ne sauraient infirmer, on le voit, le doute qu'il est permis de concevoir sur la légitimité du titre de chevalier doré que prend Agrippa, sans en marquer nulle part avec précision l'origine; sans signaler notamment le fait dans les documeuts, et il nous en a laissé plus d'un, où cette indication serait naturelle; sans dire enfin de la main de qui, en quelles circonstances, à la suite de quelle journée de combat, il aurait obtenu cette distinction, puisque c'est ainsi qu'il prétend l'avoir conquise.
ÉTUDES ET TRAVAUX d'aGRIPPa SUR LES SGIE^CES ET LES ART.S OCCULTES
La partie la plus originale des études et des travaux d'Agrippa est celle qu'il a consacrée aux sciences et aux arts occultes. Les témoignages qui s'y rapportent sont répandus dans toutes les parties de notre livre. Nous voudrions réunir ici quelques indications qu'il donne, en différents lieux, sur la manière >dont il a été introduit et dont il a ensuite persévéré dans ces spéculations.
L'astrologie paraît avoir été pour lui le point de départ de ces études commencées dès sa première jeunesse dans la maison paternelle, comme il le dit au chapitre lxxx de son traité de l'incertitude et de la vanité des sciences : « Ego quoquo <c hanc artem (astrologiam) a parentibus puer imbibi; dcinde « non modicum temporis et laboris in ea amisi » [Opéra, t. II, p. oC). - L'évèque de Cyronc lui rappelle dans une lettre écrite do Cologne, en 1500. qu'il l'a vu hésitant naguère entre 1 orthodoxie et ces doctrines réprouvées : « Litersoras, rogo, « quidtibi m aslrologia judiciaria placeat dispiiceiUve... Qua-
APPENDICE
c- lis Liu's slL in eam animas vellem scire; cum, quando apud « nos causas ageres, ambiguus nobis visus fueras forte pr.e « quadam, nescio ([uali, doolrina inter sacrum supersUtiosum- « que ut videre videbar, cui tum inluerebas et scripto com- . mendabas » (Ep. T, -il)- - L'astrologie, qui avait été, comme il le déclare, l'objet do ses premiers travaux, est la brandie des sciences occaUes à laquelle il paraît avoir été le plus lonotcmps attaché. Il a pu en faire à Metz avec le médeom Laurent Frison, a L. Frisius », en 1518-1519; il en fait encore à Lvon, on 1524-1526, pour la reine Louise de Savoie, peut-être aussi pour le duc de Bourbon. 11 ne croit plus cependant à ces vaines spéculations-, mais il s'y livre alors par obéissance, ditil pour les caprices des grands, et en vue du proDt qu'il peut tirer ainsi de leur solUse : « Tandem didici lotam hauc et om- « nem (astrologiam) nuilo alio fundamento inniti nisi mens « nu-is et figmenlis imaginationum..., abjecique jamdudum ex ce animo- nec reassumerem unquam, nisi me potentum violenlse
« preces sœpe rursus irapingere compellerent. suade-
« rolque domeslica militas me aliquando iUorum frui debere . stuUitia, et nugas tantoperœ cupientibus, nugis obseqm » (^J»em.t.lI,pp.56-57).-Nous avons expliqué (t. II, p. 152) comment ayant perdu toute confiance dans les données de cette prétendue science, il la cultivait encore, indépendamment des nrolils qu'il pouvait on tirer, comme un exercice savant, comme une sorte de jeu dont il s'appliquait à observer consciencieusement les règles en le pratiquant.
\,.rippa s'était nourri~des ouvrages hermétiques d Albert le Grand • '< Post dialecticam, naturaliumque rerum pervcst.ga- « tionem, insuper totam cœlorum militiam perlustranm, duci- « bus duabus illis magnis Magni Alberti sapientiis, quas in « Spécula suo, opuscnlo non admodum laudalo. doscrib.t >. (Ep II 10) - Il faisait, avant 1510, de la philosophie hermetinue avec Tritheim, le savant abbé de Spanheiin et de ^^ urziour. puis en Italie, vers 1515, à Pavie devant un auditoire auqull \i explique le « Pin.ander . et à Yerceil avec e pere Chrysostomç; un peu plus tard, à MeU, en lolS et Id19, a^cc
le célesliti Claude Dieudonné eL avec le curé de Sainte-Croix, Broiinonius, qui avait découvert le traité « De animœ natura », de iMarcus Damascenus.
Sur d'autres matières qui rentrent plus ou moins dans le ca- ■ (Irc des sciences occultes, sur les doctrines de liaimond Lullc, il dit avoir reçu les leçons d'Andréas Gantenus : « Andréas, « Pctrus, .Tacobus, germani fratres, natione Frisones, cogno- 'i mine Canterii unica cum sorore adhuc pueri decennes, in
« omni disciplinarum génère egregie disseruere ; Ijorum
« Andréas mihi liujus artiftcii (Raimundi Lullii artis brevis) « praeceplor contigit » (Opéra, t. II, p. 333 .
A coté de cela, nous avons vu Agrippa faire de la cabale à Dole, où en 1509 il explique le traité de Reuchlin « De verbo
mirifico », et plus tard encore, vers 1532, dans les Pays-Bas, où il cultive cette singulière science avec Augustino Fornari, et avec Dom Bernardus de Paltrineriis, le majordome du cardinal (îampegi.
Signalons encore l'alcliimie, aux travaux de laquelle il se livrait à Paris dès 1507; puis à Avignon en 1509; à Metz en 1518 et 1519, où Tyrius, Thirion l'horloger, la cultivait sous ses yeux avec passion; à Anvers enfin, où il ne demande plus guère à ses alambics et à ses cretisets que des produits pharmaceutiques.
Quant à la magie proprement dite et aux œuvres qui s'y rapportent, nous n'aurions sur ce qu'a pu en faire Agrippa que les notions in.lirectes fournies par ses écrits, par sa Philosophie occulte principalement, et celles très peu sûres qui rcssorlent des légendes populaii'es attachées à son ,nom, si, dans un passage de sa correspondance avec lui. Dom Bernar- 'lus de Paltrineriis, le majordome du cardinal Campegi ne rappelait certain miroir magique qu'il lui avail fait voir (Appeiid.,n"IX); d'où l'on peut conclure qu'à l'époque où Agrippa vivait dans les Pays-Bas, c'est-à-dire vers la lin de sa vie, il se livrait encore aux artidces de la magie.
APPENDICE
ÉTUDES d' AGRIPPA EN THÉOLOGIIÎ
Agrippa, confond volonliers, et il le marque dans plusieurs passages de ses écrits, la théologie avec ce qu'il appelle les lettres sacrées, où, il comprend des thèses qui côtoyaient le domaine de la religion, comme la fameuse question de la monogamie de sainte Anne qui l'a beaucoup occupé. Il considérait aussi comme appartenant à la théologie les doctrines hermétiques, celles, par exemple, qui sont répandues dans le « Pimander » et dans le traité de Reuchlin* De verbo miriflco ». Cette confusion était acceptée par d'autres que par lui également, ainsi que le prouve la suscription d'une lettre qui lui est adressée en 1526 dans ces termes : « Frater Petrus Lavi- « nius, ordinis prœdicatorum, sacra3 theologise magister.H. Gor- « nelio Agrippœ jurisconsulto. medico et theologo trlsmegisto » (Ep. IV, 17).
Agrippa nous olTre une vue d'ensemble de ses travaux sur ces matières un peu mêlées, dans le passage suivant d'un de ses ouvrages : « Ego certe theologi nomen mihi arrogare non « ausim...°Sed ne quis a theologicis tam alienum (me)^putet « ut in prophanorum numéro reputarl meruerim,... Ghnsti « cultus. sacrarumque literarum continua attrectatio excusant... « (et)... publicœ theologicse lectura3 mefe, et sacrarum litera- « rum expositiones, et libri editi, variique sermones et decla- « mationes... In Dola Burgundi:o publica lectura sacras literas « professus sum, ob quam ab hujus studii docloribus in coUegium « receptus... sum-, in Britanniam... apud Johan. Goletum... in <c divi Pauli Epistolas desudavi... illo docente...; apud Golonienses « meos, coram universo studio totoque theologico cœlu. theolo- « gica placita quœ vos vocabulo non admodum latino Quodli- « îdfl dicitis haud non theologice declamavi... ; (in Ilalia)... a
« sacris lectionibus non desLUi, doncc per Rêver. Cardinalem « S- Crucis in Pisanum concilium receptus. . sacris quœsUoni- « bus operam dedi. Tandem Papiaa... tlieologicam calliedram in « publicis scholis ascendi; porro apud Taurinum gymnasium « theoiogica lectione in publicis scholis sacras literas publiée « interpretatus sum. Reliquum... inter diversa scripta mea « extant de sacris literis tractantia opuscula, De triplici ra- « tione cognoscendiDeum, De homine. De peccato original!, De « sacramenlo malrimonii, Gommentaria in Epistolas ad Roma- « nos, Commentaria in Trismegistum, placita quasdam theo- « logica el sermones eL epistolas... Quod si illi -solummodo « Iheologi habendi sunt qni in scholastica palœstra accedente « magistrorum noslrorum... calcule, magnis contenlionibus, « ample fastu, nec immodico symposio Iheologici magistratus « coronam ambientes, scholastici Doctores creati sunt... certe « hac lege... me inter prophanos numerare necesse erit... abs- « que scholastico theologias titulo. » (Opéra, t. II. pp. 595-597.^ Ce passage est emprunté au traité intitulé « De Beat£e Annœ « monogamia propositionum defensio. »
Dans cet écrit, lequel date de 1519. Agrippa, résumant toutes ses prétentions à la science théologique, avoue néanmoins implicitement qu'il n'est pas docteur en théologie. On ne le voit nulle part en clTet prendre ce titre, comme il le fait ailleurs de certains autres, sans y être plus autorisé du reste. Il déclare aussi, dans une autre occasion, n'avoir commencé que tardivement ses' études tiiéologiques et ne les avoir pas poussées bien loin, après être resté trop longtemps attaché à celles d'ordre profane : '< Porro laudas quia, secularibus « utcumque abjectis. me sacris literis mancipaverim... En « lute in parte nosti quemadmodum post dialccticam, natura- « liumque rerum pervestigationem. insuper totam cœlorum « mihtiam perlustrarim.... Tandem, ut vcrum fatear. con- « sumpto multo tempore ac laboribus... nihil superlucratus « sum ex his omnibus praeter peccatum. Omnia siquidem liœc « ex fide non sunt. Sed gratia Dei tantas humanarum scientia- « rum vanitatos aliquando cognoscens.. . ad sacras literas quam-
ÂPPENDIC12
« Vis sero loto mesUulio conluli » lEp.U, 19).- A.ripim expnme encore lo re.rot .le n'avoir pas obtenu la maîtrise dans celle faculté spéci;io plutôt que dans les lettres profanes, ou ce .rade lui avait coûté tant d'opiniâtres travaux. « Apud Co- : on enses sophistas non modico temporis dispendio. ad lau- ^::sque;.agisteri..n.auedesudavi. longe ,^^e us « tune facturus si pro scholastic.s m.s n^g-' '^^^ ■ «laborem iUum tempusque impendissem... (Opem, t. n.
'c'est dans le même esprit qu'il adresse à Cantiuncula, au commuent de ses relations avec lui. de chaudes exhortations à se porter vers l'étude des lettres sacrées : « Ego
l^r ad charlsmata meliora, ad studia sacrarum hterarum « et cognitionis Dei » (Ep., II, U). Agrippa n'était pas du tout, on le voit, docteur ni même très versé en théologie, quoiquon ait quelquefois prétendu le contraire, et que lui-même ait pu le •donner à penser.
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