ET EN MÉDECINE
Nous avons formulé dans notre chapitre v (t. II. pp. 71 à 74) le b ections qu'on peut-opposer aux préte^vtmns dAgrjppa ouchant le triple doctorat eu l'un et l'autre dro, auss bien q 'n médecine. Elles reposent notamment sur l'évidente impossibilité où il a été, étant connus son histoire et l emploi de son en.ps, de faire les études qu'aurait exigées la conque de ces grades, et sur cette considération que son prétendu d crat'en médecine étant, on en est certain. apocr,q^ie rassociation qu'il fait du titre de docteur on médecuio cejm ,e docteur en l'un et l'autre droit permet concevo lo chant la légitimité de celui-ci. un doute que .lusuf.e 1 man.le
avérée do l'aiUre. Agrippa est néanmoins très positif dans ses alTirmations louch.int les grades scientifiques ou universitaires qu'il prétend ainsi posséder. Il peut être bon, croyonsnous, de réunir pour les mettre ensemble sous les yeux du lecteur ses asserllons à ce sujet.
En 1518 (1519, n. s.), dans une lettre à l'évôque de Cyrène, administrateur spirituel de l'archevêché de Cologne, Agrippa lui annonce qu'il est près d'abandonner les sciences profanes, pour se livrer exclusivement aux lettres sacrées, et il s'exprime ainsi : «... Gratia Dei tantas humanorum scientiarum « vanitates aliquando cognoscens , post utriusque juris et « medicinœ, lU meorum desiderio satisfacerem qui me docto- « rem malunt quam doctum, acceptis scholastico more tiara « et annulis, ad sacras literas quaravis sero toto me studio « contuli... » (Ep. II. 19). - En 1531. dans une supplique adressée au conseil privé des Pays-Bas, il établit ainsi ses titres à la considération : «... Sum enim non solam ingenuus, sed « et spectabilis génère, nec tantum clarus imaginibus avitis, «sed et propriis titulis, militia doctrinaque partis; nec modo « scliolasticis tyaris, sed etiam militaribus insignibus decora- « tus... Inde per Italiœ, Galli», Germaniœ celebrata gymnasia « pulpito donatus publicis Iheatris prœlegi, splendida fama doc- « tor... » (Ep.VI, 22).— En 1532 enfin, dans une requête adressée à la reine Marie, gouvernante des Pays-Bas, Agrippa dit encore : « ... Nunc literis, nunc militia, diverse conditionis ha- « bitu, geminam utriusque laudem œquavi; pericula quoque « varia superatus, nunc miserrimis nunc fœlicissimis par ha- « bitus, utriusque fortunte mensuram implevi ; jamque octo « linguarum mediocriter doctus, sed illarum sex adeo peritus, « ut singulis. non loqui modo et intelligere, sed et eleganter « orare, dictare et transferre noverim, tune prseter multimo- « dam etiam abstrusarum rerum cognitionem, periliam et cy- « clicam eruditioncm, utriusque juris et medicinarum doctor « evasi, antea etiam auralus eques... Tandem... in Lugdu- « nensem Galliam concessi, ubi inter caetera numora, Rcgiic « matris physicus aliquot annis extiti. . Nunc... équestre et
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« docloralB decus meum conlumeliis conculcarunl (ingralis- « tissimi homines) » (Ep. VU, 21).
Bien que dans ce dernier document Agrippa ose encore, en 153') joindre son prétendu titre de docteur en médecine à celui de docteur en l'un et l'autre droit, depuis deux ou trois ans déjà il avait dû renoncer à l'afficher publiquement, et même a exercer l'art auquel il correspondait. Nous avons amplement exposé ces particularités dans notre chapitre vu (t, II, pp. 239- ^b'' Aussi sur le frontispice du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences publié à la fin de 1530, le titre de docteur en médecine ne ligure-t-il pas, mais celui seulement de docteur en droit, « ulriusque juris doctor », qu'Agrippa n'était, on peut le croire, pas plus fondé à, s'arroger que l'autre, mais qui, en fait, n'avait, à ce qu'il parait, soulevé aucune opposition. Agrippa restait jusqu'à preuve du contraire, et sur ses formelles déclarations généralement acceptées, docteur réputé, « splendida forma doctor », comme il le dit en 1531 (Ep. VI, 22). C'est ainsi que cette qualification a pu lui être quelquefois appliquée dans la suscription des lettres qu'on lui adressait {Opéra, t. II, p. 578, et Ep. IV, 17), et même, ce qui paraîtra plus extraordinaire, dans le privilège impérial qui lui est octroyé le 12 janvier 1529 (1530. n. s.) pour l'impression de ses ouvrages; particularité dont on ne saurait d'ailleurs rien inférer, nous l'avons déjà fait observer, en faveur de la légitimité'des titres revendiquées par Agrippa, étant donné l'usage des chancelleries à ce sujet.
L'inanité avérée des prétentions d'Agrippa au grade de docleur en médecine est un des arguments que nous avons fait valoir contre celles affichées par lui au titre de docteur en l'un et l'autre droit. Cette inanité est irréfragablement prouvée par l'interdiction certaine de toute pratique de la médecine dont le frappe, vers 1529, le corps des médecins d'Anvers (t. II, p. 2'i0). Une seule objection, croyons-nous, pourrait s'élever contre cette argumentation, c'est que cette interdiction fût purement locale et fondée uniquement sur le privilège, tout local aussi, du corps des médecins d'Anvers ou
des Puys-Bas; qu'Agrippa enfin dépourvu, il esL vrai, do litres scientifiques dans cette contrée, pût en avoir eu ailleurs. A cette objection nous répondrons que nulle part Agrippa ne justifie la possession par lui de litres de ce genre, et que partout où il a exercé la médecine, en Suisse, ou en France, c'est, on peut l'affirmer, malgré la privation de ces titres, dans des conditions d'oLi ressort la preuve .qu'il ne les avait pas, et en vertu seulement de commissions susceptibles d'y suppléer comme nous le démontrerons (Append., n° YII).
Après les assertions formelles et plusieurs fois répétées d'Agrippa touchant les titres scientifiques auxquels il prétendait, on pourrait hésiter à les lui disputer, malgré toutes les raisons qu'on a de le faire, si l'on ne savail de plus combien il est enclin à se vanter gratuitement de mérites qui ne lui appartiennent pas. Cette considération aggrave et confirme les doutes fondés qui s'élèvent contre la réalité de son prétendu doctorat en médeine d'abord, en l'un et l'autre droit ensuite, aussi bien que contre ses prétentions à la noblesse de naissance et à la chevalerie, comme nous lo disons ailleurs (Append. n"^ II et III). De tous ces titres fastueux dont il aime à se parer, il ne reste pas grand chose debout, croyons-nous, après examen; et l'on ne peut guère lui reconnaître avec quelque probabilité que le grade modeste de maître ès-arts, dont il ne parle pas beaucoup, mais qu'il indique cependant accidentellement comme nous l'avons établi précédemment (t. I, p. lîG). Ce titre de maître ès-arts n'est d'ailleurs pas à dédaigner, il prouve l'accomplissement d'un cours d'études libérales correspondant à peu près aux humanités de notre enseignement moderne.
Si l'on ne peut accorder à Agrippa les litres scientifiques correspondant à des études spéciales plus élevées, on ne saurait lui refuser au moins de n'être pas absolument étranger à celles-ci, et d'avoir cerlainement réussi à acquérir dans une vie laborieuse après tout, malgré le décousu de ses travaux en tout genre, des connaissances réelles en médecine notamment, ainsi qu'en droit et môme en théologie, c'est ce dont témoignent ses écrits. Pour co qui est de la prétention
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énoncée par lui de posséder plus ou moins parfaitement huit langues, parmi lesquelles il en aurait parlé six avec facilité (Ep VJI, 21^ nous dirons qu'on peut sans diiliculie admettre qu'il en est trois au moins dont on ne saurait douter qu'il ne fût parfaitement maître ; l'allemand, qui était sa langue maternelle, le latin, dont il s'est servi dans les nombreux écrits qu'il nous a laissés, le français, qu'il a du parler dans' les lieux où il a passé la plus grande partie de sa vie. à Paris, à Avignon, à Lyon, à Metz, à Genève, en Bourgogne et dans les Pays-Bas ; sans compter que nous possédons un écrit, unique il est vrai, de lui dans cette dernière langue, la traduction de son traité du sacrement de mariage dont nous avions parlé dans notre chapitre vi (t. II, pp. 119-120^ Quant auK cinq autres langues qui compléteraient, avec les trois précédente , le nombre de huit signalé par Agrippa, on pourrait y c mpter peut-être l'italien qu'il avait dû pratiquer pendant un 4our de sept années en Lombardie; après quoi on est réduit aux conjectures pour en trouver quatre encore, dont une qu'il aurait, prétend-il, parlé couramment. On pense d aboi d à l'espagnol ou à l'anglais, qu'il avait entendus dans ses voyages de 1508 et de 1510, puis au grec dont il avait pu prendre quelque teinture, dans le commerce des savants et des ettré Tl'arabe, à l'hébreu ensuite, dont ses travaux caba is- Ces et quelques autres du même genre lui avaient peut-être
annris au moins quelques mots. , , ,„.
Tn résumé. Agrippa n'était vraisemblablement pas doc eu ;
mais il était loin d'être -un ignorant. Tout en f-^- ^es i^^" Terves sur les prétentions très probablement exagérées et paies fatuités qu'en cela, comme en bien d'autres choses il affiche n ne peut lui refuser le mérite d'une culture in- ÏÏrect;elle qui le plaçait à cet égard tingué; ainsi que la commune renommée le P^^^l'^^^'^'^;^' leurs de son temps, non sans forcer quelquelo.s cependant la note vraie, il est permis de le penser.
• l'exercice par agrippa de la JlliDECIXE
On peut s'étonner qu'Agrippa, obligé à Anvers de renoncer à la pratique de la médecine faute d'un grade ou titre scienliflque régulier, ainsi que nous l'avons montré dans notre chapitre vu (t. II, pp. ■:39-251), ait été auparavant, pendant plusieurs années, en possession du droit de l'exercer sans cette garantie. C'est que, au xvi" siècle, le droit d'exercer la médecine non-seulement résultait généralement d'une autorisation accordée par les facultés et corporations de médecins qui en avaient le privilège, et, dans ce cas, il accompagnait ordinairement la collation du grade de docteur ; mais qu'il pouvait encore procéder d'une simple commission donnée sans autre condition que le bon plaisir par un souverain, par un prince, par une ville, ou tout autre détenteur de l'autorité, en possession des pouvoirs publics. Aussi voyons-nous Agrippa, vers l'époque où il se décide pour la première fois à exercer ouvertement la médecine, rechercher à Genève l'office de médecin du duc de Savoie, et, n'ayant pu l'obtenir, se rendre à Fribourg où il reçoit en 1523, de cette ville, la commission de médecin public de la Cité. L'année suivante, 152-i, dans des conditions analogues, il exerce à Lyon cet art nouveau pour lui, en qualité de médecin du roi attaché au service de la reine-mère. Quatre ans après, arrivant dans les Pays- Bas, il recherche l'office de médecin de la princesse Marguerite, lequel n'étant pas libre ne peut lui être accordé; en conséquence de quoi les médecins d'Anvers réussissent à lui faire mterdire la pratique de l'art dont ils ont le privilège. On trouverait au besoin une preuve de ces usages et de l'application qu'en fait Agrippa dans la manière dont il justifie un jour son titre professionnel de médecin, en disant simplement : T. II.
APPENDICE
<c Cum camdom artem apud reges, principcsqiie olim publicis « sUpendiis professus sum. » (Ep. VI. 7). Un autre témoignage dans le môme sens est fourni par un document de ce temps contenant les moyens de défense invoqués devant le Parlement de Paris en 1535, par un individu qui prétendait échapper, grâce au litre de médecin du roi, à la nécessite de fairela preuve de ses capacités professionnelles, devant la faculté de médecine de l'université de Paris, conformément aux privilégies de celle-ci. « Car par iceux, porte ce document, il est « dit que aucun ne sera receu à pratiquer en l'art de médecine « en cette ville (de Paris), s'il n'est docteur en ladite faculté de «médecine, en l'université de Paris, ou qu'il n'ait este exa- « xniné par quatre docteurs de ladite faculté de ladite Univer- • « sité, s'il n'est qu'il soit médecin ordinaire du Roy ou c e « quelque autre grand prince. » Ce document appartient a a cause de Jean Thibault dont nous avons parlé dans notre chapitre vu (t. II, pp. 241-250). Nous l'empruntons à Du Boulay, ;,ui le donne dans son histoire de l'Université de Par.s (t. VI n 064) Ajoutons un trait qui s'accorde avec ce qui précède et qui' est raconté par Laurière. à propos d'un grand oncle du jurisconsulte Loysel, dans la vie qu'il a écrite de ce dernier. Le grand oncle de Loysel qui se nommait Avis, traduction latine de son nom, était docteur en médecine de la faculté de Paris II avait été médecin de Louis XII et de François 1 ' successivement, et aurait le premier fait accorder, est-il dit. aux médecins des rois et des princes du saug, le privilège dexer^ cer leur art à Paris, sans être cependant docteurs.
Il semble, d'après ce qui est dit ci-dessus, qu'Agrippa na pris formellement la profession de médecin que lors de son installation à Fribourg dans la charge de médecin stipendie de la Cité. 11 pratiquait cependant cet art sans titres bien réels et d'une manière plus ou moins ouverte depuis quelque temps déjà introduit probablement dans l'ordre de connaissances cru'il exio-e par ses travaux d'alchlmio qui remontaient loin. A Metz, "dès 1518. lo célostin Claude Dieudonné réclamait A-rippa des conseils médicaux qu'il ne lui refusa probable-
ment pas (Ep. II, 20); et un peu plus tard à Genève, où il recherchait une commission de médecin du duc de Savoie, il avait pris à cette occasion l'attitude d'un praticien de profession. Ses prétentions à cet égard étaient ratifiées par l'opinion publique, comme on le voit par une lettre du 23 avril 1522, dans laquelle un ami lui dit en lui rendant compte du témoignage d'un tiers : « Bonus hic vir... depinxil, mihi virum « quemdam omnium eruditissimum. professione medicum, « scientia simiil vere cyclicum... Agrippa inquit est oriendus « Golonia... Quid inquam medicus ille de germanica hferesi « sentit... anne?... (Ep. III, 15.)
vin
LES TROIS FEMMES ET LES SEPT ENFANTS d'aGRIPPA
Agrippa, nous l'avons vu, a été marié trois fois et a eu dd ses deux premières femmes sept enfants, la première lui ayant donné un lils et la seconde cinq fils et une fille. De la troisième Il n'en eut, croit-on, aucun. On ne sait que fort peu de chose des uns et des autres.
La première femme, dont on ignore le nom, était de Pavie ou Agrippa l'avait épousée vers la fin de 15 U ou au commencement de 1515. C'est cette femme qui suivit Agrippa en 1518 u Metz ou elle était remarquée, au dire du chroniqueur Philippe de Vigneulles, par sa gentillesse et par l'étrangeté de son costume, ainsi que nous l'avons rapporté (tom. I, p. 394) Après avoir vécu deu.x ans à Metz, en 1518, 1519, et jusqu'au commencement de 1520. elle y mourut en 1521, en repassant par cette ville avec Agrippa qui se rendait à cette époque de Cologne a Genève. Morte à Metz, elle y reçut la sépulture dans leghse de Sainte -Croix, dont Brennonius, l'ami de son mari, était curé. Le biographe Thôvet, qui ne connnît à Agrippa que sa première femme, lui donne par erreur le nom de Louvsd
APPENDICE
Tyssie. Ce nom. sous la forme, croyons-nous, préférable de Tissie, comme nous le dirons loul à l'heure, est celui d., la seconde épouse d'Agrippa. Thévet, dans son ignorance du second mariacre d'Agrippa, a pu èlre trompé sur ce point par l'épigramme louan-^euse d'Hilaire BerLulphe composée en l'honneur de Jana Lovsia Tytia.. et conservée parmi les œuvres d'Agr>ppa iOim II, p. llôOj. Un biographe moderne, M. H. Morley, est tombé après lui dans la même erreur. Nous avons cite (t 11 p 10) une lettre dans laquelle Agrippa fait 1 éloge de sa première femme (Ep. IL 19), qu'il qualifie « virginem no- « bilem bene moratara « sans qu'on doive, croyons-nous, inférer de là qu'elle fut noble de naissance -. l'expression « no- , bilem >. paraissant ici employée avec celle « bene raoratam . dans un sens purement moral.
La seconde femme d'Agrippa était de Genève ou il lavait épousée en 15-2L quelques mois seulement après la mort de la première. « Uxorem duxi virginem. nobilem, pulcherrimara- « que » dit-il dans une lettre de ce temps (Ep. III, 60). Cette fois l'expression <c nobilem » pourrait bien avoir- été employée par A-rippa dans son sens propre et correspondre a l'.doe de noblesse de naissance. Cette femme semble, en eiïet, avoir eu dans sa parenté, indépendamment de Guillaume Furbity dont il sera question plus loin (Append. n" XIX) les seigneurs d 11lins dont nous parlerons aussi (Append. n" XX).Elle se nommait Jeanne Loyse Tissie. Nous adoptons pour son nom cette forme, d'après M. Charvet qui, en sa qualité, de Genevois, clmt mieux que personne connaître les formes de noms usitées dans sa ville natale, et qui interprète de cette manière la forme latine Tytia employée par Hilaire Bertulphe en tète de son épigramme. seul document contemporain où se trouve signalé ainsi le nom de famille de cette femme. Ce nom de famille n'accompagne pas deux autres épigrammcs composées également en son honneur, par Aurelio d'Aquapendenle, rebgieux augustin du couvent d'Anvers qui la connut dans cette ville, et qui la désigne seulement par ses deux prénoms « Jana Loysa » [Opéra, t. II. p. Uôl). Elle était née le 9 sep-
tembre 1503 et Agrippa l'avait épousée à Genève le 17 septembre 15-21, âgée de près de 18 ans (Ep. V, 81). Après avoir suivi de Genève à Fribourg, puis à Lyon et à Anvers, son mari, et lui avoir donné six enfants, elle mourut do la peste dans coite dernière ville, le 17 août 1529, âgée, comme Agrippa le dit à cette occasion, de vingt-six ans moins vingt-trois jours. La lettre d'Agrippa où est relaté le fait de sa mort lui assigne pour date, dans le texte imprimé que nous en avons, le 7 août. 11 convient, croyons-nous, de substituer à cette date celle du 17 août, qu'une erreur matérielle a pu modifier dans le document. Agi'ippa y déclare, en effet, (jue sa femme est morte le septième jour de la maladie (Ep. V, 81), en quoi il ne pouvait pas se tromper, au moment même de l'événement, et il répète d'ailleurs la même chose dans une autre lettre (Ep. V. 83). Il dit de plus, et cela en trois endroits différents, que cette maladie de sept jours a commencé le lendemain de' la Saint-Laurent (Ep. V, 81, 82. 83). Cette affirmation trois fois répétée ne peut pas non plus laisser de doute. Or, le lendemain delà Saint-Laurent est le 11 août. Le septième jour de la maladie était, par conséquent, le 17 et non le 7 août. Celte dernière date, qui ne se trouve que dans un seul passage des lettres d'Agrippa (0/)em, t. II, p. 9i7, 1. 40), est donc une" indication ine.xacte, à laquelle il faut substituer celle du 17 août. Dans une date, on le sait d'ailleurs, les éléments les plus fugitifs et les plus capables de s'altérer sont les nombres et les chiffres, plutôt que les circonstances qui s'y rattachent et la caractérisent. Pour épuiser tout ce que nous avons à dire de cette seconde femme d'Agrippa, nous rappellerons qu'au moment où elle mourut, la princesse Marguerife d'Autriche gouvernante des Pays-Bas, avait, à ce qu'il paraît, jeté les' veux sur elle pour un emploi que nous ne connaissons pas du reste, auprès de sa personne vraisemblablement (Ep. V, 81). Ajoutons qu'on trouve dans la correspondance d'Agrippa plus d'un témoignage de ses bonnes qualités, de l'affection qu'elle lui avait mspu'ée et des regrets qu'elle lui avait laissés (I<]p. III 00- V SI. 32, 83, 84. 85). ' '
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De la troisième femme d'Agrippa, dont nous ignorons le nom, nous ne savons rien que ce qu'en dit Jean Wier, savoir qu'il l'avait épousée à Malines et qu'il la répudia, Wier ne nous apprend pas pour quelle raison, à Bonn, en 1535.
Agrippa avait eu, comme nous l'avons dit, sept enfants, un de sa première femme, six de la seconde. L'enfant de la première était un fils dont nous ignorons le nom ' et qui était né à Pavie en 1515, peu de temps après le mariage de ses parents Nous suivons la trace de cet enfant vivant auprès de son père, dans le nord de l'Italie, puis à Metz et à Genève, où nous le perdons de vue vers 1521. Des enfants de la seconde femme, le premier est un fils, Haymon, né à Genève en 1522, filleul de l'official Eustache Chapuys, qui le garda chez
I. Il a été dit que ce fils d'Agrippa et de sa première femme se nommait Théodoric. Nous ne connaissons aucune preuve de cette assertion, laquelle pourrait bien n'avoir pas d'autre fondement que le texte mal interprété d'une lettre d'Agrippa où il dit : « Theodoricus meus in trnns- « cribendis Tritemianis reliquiis dies noctesque desudat.jamque Stegano- « graphiam in manibus habet » (Ep. II, 57). Or cette lettre est du 20 juin 1520. A cette date, le tlls aîné d'Agrippa était à peine figé de cinq ans. Ce ne peut donc être de lui qu'il est ici question, mais de quelque ami ou disciple de son père probablement.
2. On ne connaît exactement ni la date du premier mariage d'Agrippa, ni celle de la naissance de son premier enfant. La seule chose certaine, c'est que celui-ci existait déjà, quand, vers la fin de 1515, Agrippa dut quitter définitivement Pavie, à la suite des désordres causés dans cette ville par l'occupation française, pendant l'été de cette année (Ep. 1, 49). Après s'en être éloigné précipitamment à l'arrivée des Français, et s'être réfugié à Milah où il était au moment de la bataille de Marignan (13 sept.), Agrippa y était revenu et s'y trouvait au milieu d'octobi-e (Ep. I, 47). 11 n'y était plus le 24 novembre suivant (Ep. I, 48) et y avait seulement laissé, dans la famille de sa femme, celle-ci accompagnée de son fils ou bien près de lui donner le jour. Il vint les y reprendre peu de temps après. Le fils d'Agrippa semble donc être né vers la fin de l'an 1515. Le mariage de ses parents pourrait bien n'être que du commencement de cette même année 1515. ou tout au i>lus ramonter jusqu'à In fin de la précédente.
lui quelque temps lors du départ d'Agrippa, et le renvoya à celuici à Lyon, vers l'automne de 1525, à ce qu'il semble. Vient ensuite une lillc née à Fribourg peu après le 8 juin 1523, laquelle mourut en bas âge avant le 20 août 1524 (Ep. Ill, Gù); puis quatre fils, Henri né à Lyon en 1524 (avant le 20 août), filleul de Henri Boliier sénéchal de Lyon (Ep. III, 60), et Jean, né également à Lyon, en juillet 1525, filleul de Jean cardinal de Lorraine (Ep. III, 76, 79); deux autres enfin dont nous ignorons les noms, l'un né à Lyon pendant le carême de 1527 (Ep. IV, 43; V, 7j, l'autre né à Anvers le 13 mars 1529, quelques mois avant la mort de sa mère (Ep. V, 55. 67, 68). En passant de France dans les Pays-Bas en 1528, Agrippa, qui aurait dù avoir avec lui cinq fils à ce moment, n'en avait plus que quatre. L'un d'elix, nous ignorons lequel, avait dù mourir antérieurement à cette date. Ce ne pouvait être d'ailleurs que le fils de la première femme ou bien, soit le, premier, soit le quatrième de ceux de la seconde. Le cinquième n'était pas encore né, tandis que le deuxième et le troisième, Henri et Jean, ont, nous eu sommes certains, survécu à leur père.
Ces deux derniers fils d'Agrippa, Henri et Jean, sont les seuls de ses enfants dont on trouve des traces postérieurement à la mort de leur père. Nous les voyons mentionnés, en effet, dans une pièce datée du 5 octobre 1560, rédigée par maître Benoît Dutroncy, notaire royal, à Lyon, et relatant une enquête qui avait pour objet d'établir leur filiation. A cette époque, ces deux fils d'Agrippa étaient des hommes de trentecinq à trente-six ans. et celui-ci était mort depuis vingt-cinq ans déjà. Dans le document de 1560, il est dit que Henri Corneille Agrippa, tant pour lui que pour son frère Jehan Gornedle Agrippa, a fait constater par la voie de la commune renommée leur filiation légitime, d'après le témoignage de gens qui avaient connu à Lyon leurs père et mère : « Le prec< mier témoin entendu est une dame Ginette Ghicquam, veuve « de maître Benoît Joyet, notaire royal, âgée de soixante ans. « Elle-Si fréquenté M» Henri Corneille Agrippa etdemoiselle Jane « Loyse (Tyrstie), sa femme, et elle affirme qu'ils engendrèrent
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« deux enfants mâles à Lyon. L'ahiô fut nommé Henri par le « sénéchal de Lyon, son parrain-, sa marraine fui la dame Claude « Dumas, propriétaire du logis du Charriot-d'Or-, le second en- « faut fut nommé Jehan, par feu révérendissime Jehan, cardi- « nal de Lorraine, ou par un gentilhomme qui, en son lieu et « place, le tint sur les fonts sacrés du baptême. Le témoin « avait assisté aux deux cérémonies religieuses. - Jane de « Joyo, femme de Jehan Mossy, presseur de draps, en sa qua- « liié d'ancienne servante de chambre de la dame Loyse, avant « et après la nativité des deux enfants, fait une déposition con- « forme à la première. - Laurens Limbat, tailleur d'habille- « menls de femme, âgé de cinquante-cinq ans, déclare avoir « fréquenté Henri Corneille Agrippa et demoiselle Jane, sa « femme, comme tailleur d'habillements de la dite Jane; la- « quelle, il le sait très bien, avait fait deux gessures d'enfants « mâles, puisfju'ii la relevée de chacune gessure il lui a fait « dos habillements, ainsi qu'il le ferait assavoir, si besoin était. « par son papier de compte. - Dame Ennemonde Darèze. « femme d'honnête homme Claude Planche, marchand teinlu- « rier de filets, âgée de cinquante ans, a connu les époux quand « ils habitaient la maison de feu dame Isabeau Vincent, sa 'c mère. Elle sait que la dame Jane Loyse a eu deux enfants «c mâles, et elle la vit souvent, pendant que celle-ci était en « couches desdits enfants, à la maison de la Roche. - Dame < Claude Remye, femme de maître Jehan Bruyères l'aine. « procureur ez cours de Lyon, âgée de cinquante-neuf ans, a « connu parfaitement les- deux époux. Elle sait qu'ils ont eu a « Lyon deux enfants mâles, le premier nommé Henri, et le punie « Jehan; elle fut même la marraine de ce dernier » Henri
1 A-i-ippa dit, dans une lettre du 21 juillet 1525, que son fils Jean eut pour parrain le cardinal de Lorraine et pour marraine la noble dame deSainte-PrielEp. 111,76). Il faut, pour accorder oes renseignements avec la d.-position ci-dessus relatée d, la femme de maître Jehan Bruyères, que celle-ci ait représenté au baptême de renfant d Agrippa,
NOTE VII r.
Corneille Agrippa, prend dans cet acte la qualité de « filsnatu- « rel et légitime de fou noble homme mattre Henri Corueille « Agrippa, en son vivant docteur ez droictz, natif de la ville de « Goloxgnô en Allemagne, et habitant Lyon ».
On ne trouve dans ce document aucune mention du surnom de Nettosheim dont Agrippa s'est paré quelquefois au frontispice de ses ouvrages. Cette pariicularité mérite d'être signalée. Ses fils ne relèvent pas ici ce surnom. Il n'en est pas question davantage dans une autre pièce, plus récente de quelques années, où figure l'un d'eux, Henri. Cette pièce est une quittance donnée en lôTÎ en vertu d'une procuration émanant de lui, où il est nommé et qualifié : « Noble Henry Corneil (sic) Agrippa de Saint-Anlhoine de Viennois. »
La pièce de 1572 est conservée en original au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale à Paris (Pièces originales, vol. 208, n" 4665). L'enquête de 1560 ne nous est connue que par une analyse et des extraits donnés par M. L. Charvet, à la page 119 de sa Biographie de Jean Perréal, 1874. Il paraît avoir emprunté le document à Guy Allard.
Nous avons reproduit avec une certaine étendue les extraits donnés par M. L. Charvet de la pièce de 1560, parce qu'elle fournit quelques renseignements intéressants qu'on ne trouve pas ailleurs sur le séjour d'Agrippa et de sa famille à Lyon (1524-15-27), dont il a été question dans notre chapitre vi. Cette enquête de 1560 ne parle que de la naissance de Henri (1524) et de celle de Jehan (1525), comme si Agrippa n'avait ou de sa seconde femme, pendant son séjour dans cette ville, que ces deux fils seulement, le deuxième et le troisième de ceux qu'elle lui a donnés. La naissance du ([uatrième, qui est du carême 1527 (Ep. IV, 43 ; V. 7), peu de mois avant le départ d'Agrippa pour Paris et Anvers, eut lieu pourtant dans la môme ville-, mais elle ai)partient à une époque de misère fort
ce qui n'aurait rien d'extraordinaire, la noblo danio do Saiuin-I'rio, de m^me riuo Claude de Laurencin reprc-seiita, on lo sait d'ailleurs, dans «»tte cén'iuonie le cardinal de Lorraine (Apperid. 11° XXI).
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différente des temps plus heureux auxquels se rapporte la naissance des deux autres. 11 ne serait pas étonnant que les personnes qui étaient en relation avec Agrippa pendant sa prospérité l'eussent ensuite perdu de vue quand il fut tombé dans la gène, et qu elles eussent ignoré ce qui le concernait à ce moment. Une autre explication du fait serait que l'enquête étant exécutée dans l'intérêt seul de Henri et de Jehan, on eût pour cette raison jugé à propos de n'y mentionner que ce qui les regardait. En tout cas, cette enquête tend à prouver que de tous les enfants d' Agrippa et de sa seconde femme. Henri et Jehan étaient seuls encore vivants à l'époque où elle a eu lieu, en 1560.
Grâce aux documents dont il vient d'être question, nous avons pu ajouter quelques notions à celles que l'on possédait déjà sur la famille d'Agrippa. Sa correspondance et le témoignage de Jean Wier sufQsent pour déterminer l'existence des trois femmes qu'il a successivement épousées, et des sept enfants que deux d'entre elles lui ont donnés. Tous les biographes ne sont pourtant pas d'accord avec ces renseignements, dans ce qu'ils disent à ce sujet. Après ce que nous avons rapporté tout à l'heure de l'opinion erronée de Thévet sur cette question, nous nous contenterons de faire ici quelques observations sur ce qu'on trouve, à cet égard, dans l'ouvrage de M. Henry Morley dont nous avons déjà parlé C est le plus étendu et l'un des plus récents ([ui aient été consacrés à l'histoire d'Agrippa. M. Henry Morley ne connaît pas la pre-
1 Nous avons signalé précédemment dans une note de notre tome I, ■ p. 12, l'ouvrage de M. Henry Morley, The Ufe of Henry Cornélius Ar/rippa von NeUesheim doclor and k.iiglh, commonhj knoicn as a wa- (London, 1S56, 2 vol.). Nous ne l'avions pas encore vu alors. C'est entre l'impression de notre tome I et celle du tome H seulement que les deux volumes de M. Henry Morley sont venus entre nos mains. Nous n'avons pu ainsi en prendre qu'une connaissance un peu tardive qui nous a cependant permis d'en parler, à la fin de notre chapitre v, tom. II, p. 85, ainsi que dans la présente note de l'Appendice, et dans celles qui portent ci-après les n»' XI et XXXV.
mière femme d'Agrippa, celle qu'il a épousée à Pavie, vers 1514 ou 1515. Il le marie beaucoup plus tôL à son retour d'Espagne en 1509, et, ce qui n'est dit nulle part, il le l'ail alors passer par Genève, où il aurait épousé, suivant lui, à cette date, Jeanne Loyse Tissie — Jane Louisa Tyssie, comme il l'écrit — qu'il y a épousée en effet, mais douze ans plus tard, en 1521 seulement, quelques mois après la mort de l'italienne de Pavie qui est en réalité sa première femme. D'après M. Henry Morley, Jeanne Loyse Tissie aurait vécu avec Agrippa en 1509 à Dole, puis en Italie et à Metz, et serait morte à Cologne, sinon peut-être dit-il à Metz môme, après lui avoir donné un fils nommé Aymon, ou le petit Ascanius, né vers 1511 ou 1512, et une fille qui serait morte à Metz également vers 1519. Après cette première femme, originaire de Genève, Agrippa en aurait épousé, à ce que dit M. Henry Morley, dans la môme ville, une autre encore dont il ne sait pas le nom, et qui lui aurait donné une seconde fille et cinq fils; un né à Genève, trois autres à Lyon, et le dernier à Anvers. M. Henry Morley n'ignore pas d'ailleurs qu'après la mort de sa seconde femme. Agrippa en a épousé une troisième, de laquelle il n'a pas tardé à se séparer à Boun par un divorce. Suivant cet historien, on le voit, Agrippa aurait eu, non pas sept, mais huit enfants : un fils et une fille d'une première femme, cinq fils et une fille de la seconde. Nous ne connaissons d'après les documents de la Correspondance, qu'un fils de la première femme, cinq fils et une fille de la seconde. Celle-ci est précisément la genevoise Jeanne Loyse Tissie, que M. Henry Morley croit avoir été la première, au lieu de l'Italienne, originaire de Pavie, dont il ignore l'existence.
APPENDICE
I,.V LÉGENDE d'aGRIPPA
Ce que nou=; avons recueilli et reproduit dans notre chapitre premier (tome I, pp. 2 à 7) de la légende attachée au nom d'Agrippa pourrait être encore étendu par la mention de quelques faits merveilleux mis à son compte par la tradition; celui-ci, par exemple, qu'il lisait dans la lune ce qui se passait sur la terre à de grandes distances; ou cet autre, qu'un jour il terminait à Fribourg une leçon publique à dix heures du matin, et qu'à ce même moment il en commençait immédiatement une autre fort loin de là, à Pont-à-Mousson. Tout ce qu'on disait ainsi de lui semble, à première vue, ne contenir que de pures inventions dues à l'imagination populaire. 11 se pourrait cependant, et la chose serait toute naturelle, que quelques unes de ces histoires eussent pour fondement certains faits réels, dénaturés sous l'inlluence des préjugés régnants.
Nous savons qu'Agrippa aimait beaucoup les chiens. Sa maison en était pleine à Anvers (Bp. V, 72, 73, 74. 76, 77). Jean Wier parle d'un chien favori entre autres qui ne le quittait pas. De là pourrait bien être venue l'idée du démon familier caché, disait-on, sous la forme d'un de ces animaux, et dont il est plus d'une fois question dans ces récits légendaires.
Ce que Thével a recueilli, dans ses Vrais 2}ortraits (1584), des artilices d'Agrippa en faveur d'Antoine de Leyva, un des officiers de Uharles-Quint en Italie, pourrait de même se rattacher à une légende particulière qui se serait formée en France, sur l'opinion accréditée des relations d'Agrippa avec le connétable de Bourbon, lors de la trahison de ce dernier (1523- 1527); quoique ces relations eussent pu exister sans aller jusqu'au point de conduire Agrippa en Italie, où il n'a plus reparu, que l'on sache, à partir de 1518. Antoine de Lcyva fut, dans ce
pays, un des lieutenanls Je Cliarlcs-QuiML. C'est à lui qu'on voit le connétable de Bourbon laisser le commandement de Milan, lorsqu'il s'éloigne de cotle ville en 1527. On comprend, d'après ces faits, ce qui a pu fournir matière à la légende racontée par Tliévet.
Quant au récit qui met en scène avec Agrippa l'empereur Charles-Quint lui-même, il peut s'expliquer d'une manière analogue, quoique Agrippa ne semble pas s'être jamais trouvé rapproché familièrement de la personne de ce prince, et dans le cas de mettre à. son service ses prétendus talents de magicien ou de sorcier. Mais on savait que successivemeni, auprès de la tante de l'empereur, la princesse Marguerite, et de sa sœur la reine Marie, il avait occupé vers 1530 à la cour de Brabant un office impérial, pour lequel il se qualifie lui -môme au frontispice de ses livres « Sacrée Cœsareaa majestatis a con- « siliis etarchiviis indiciarius ». On savait, déplus, que le souverain s'était montré fort oiïensé de voir celte qualification figurer avec le nom de l'auteur sur le titre de ces ouvrages réprouvés; et les effets de sa colère contre Agrippa étaient connus. La légende avait pu, en oulre, se former sur ce que la commune renommée rapportait du voyage d'Agrippa en Espagne, en 1508, et de sa présence à la cour de l'aïeul de Charles-Quint, Ferdinand roi d'Aragon, où l'on prétendait que de coupables pratiques lui auraient attiré un traitement rigoureux, aux conséquences duquel il n'avait pu se soustraire que par la fuite.
L'Episode de Her Trippa dans Pantagruel n'est peut-être qu'une simple facétie de Rabelais ; mais il pourrait bien cor-" respondre aussi à quelque récit légendaire sur la situation et la manière de vivre d'Agrippa à la cour de France en 152d et 1525, pendant son séjour à Lyon.
Ces observations Montrent quels liens pouvaient, en ce qui concerne Agrippa, rattacher la légende à la réalité. Il y a lieu do rappeler, en outre, que celui-ci ne négligeait rien, comme nous l'avons fait observer dans notre chapitre premier (t. I, p. 8), i)Our encourager par su conduite, par son langage et par
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certains actes lelrange opinion qu'on pouvait se faire de lui. A côté de ceux de .ces actes, plus ou moins réels, sur lesquels nous n'avons que le témoignage de la légende, il en est d'autres tout à fait authentiques pour lesquels nous avons des preuves positives contemporaines. Tel est celui que nous avons cité dans notre chapitre viir, p. 356 du présent volume, d'après une lettre d'un des amis d' Agrippa. Dom Bernardus de Paltrineriis, majordome du cardinal Gampegi, légat du Saint- Siège. L'ami du magicien lui parle dans cette lettre d'un miroir où celui-ci lui faisait voir une personne vivante dans l'image fournie par une figure qui était sans vie : « Sicut mihi « ostendisti in eodem spécule cognoscere in imagine picta parce tem vivam a parte mortua... (et)... inducere personam vivam « pro veritate rei » (Ep. VII, 11). Sans qu'on puisse se rendre parfaitement compte du sens précis de ces indications, il n est pas possible de méconnaître qu'elles doivent se rapporter a quelque artiQce de magie.