‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 30 sur 46 · AGRIPPA ET LE PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

AGRIPPA ET LE PROTESTANTISME

Agrippa n'était pas protestant. Il a toujours proclamé sa volonté de ne pas se séparer, de l'Eglise ; plusieurs de ses actes et sa mort finalement justifient ses déclarations à cet égard. Nous nous bornerons à rappeler, comme en fournissant jusqu a un certain point la confirmation, les faits qui accompagnent la mort de ses deux premières femmes. La première est par ses soins inhumée en 1521 dans une église de Metz, l'église de Sainte-Oroix, où il fonde pour elle un anniversaire qu'on le voit par la suite s'occuper de faire célébrer exactement. Quant à la seconde, il demande instamment pour elle en 1529 des prières, et s'occupe de l'accomplissement en son nom d'un pèlerina-e dont elle avait Tait le vœu. Enlln, pour ce qui le regarde

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personnellement, nous sommes certains qu'il est mort en catholique, son corps ayant été inhumé en 1535 dans une église, celle des frères prêcheurs de Grenoble, où sa tombe a été vue pendant longtemps. Nous avons relaté ces faits (t. I, p. 18, et t. Il, p. 404-406). Nous avons aussi réfuté l'argument qu'on a voulu tirer pour la thèse que nous combattons, d'une lettre introduite à tort dans sa Correspondance (Ep. III. 82), et que nous avons démontré ne pouvoir lui être attribuée (t. II, p. 96).

Ces réserves faites, il faut reconnaître cependant que les tendances d'Agrippa pour la réforme sont incontestables, et permettent de douter de la sincérité de ses paroles dans les témoignages qu'il donne parfois d'opinions qui seraient contraires aux novateurs (t. II, p. 387). Les chroniques messines parlent du renom qu'il avait à Metz, en 1519, d'être à ce moment un des adhérents notoires des doctrines religieuses nouvelles. Brennonius, curé de Sainte-Croix, son ami, était dans le même cas Un des hommes qu'il voyait le plus en même temps dans cette ville, le religieux célestin Claude Dieudonné, lui rappelle plus lard qu'il recevait alors de lui en communication ce qu'il appelé des écrits luthériens. « non nulla Lutherana » (Ep. III 10). Nous savons que la recherche de ces ouvrages dont il se montre à cette époque très curieux étdit un des objets de sa correspondance avec Cantiuncula, qui résidait alors à Bâle.

Agrippa professait une véritable admiration pour Luther l'hérétique invaincu, comme il l'appelle; et il avait adopté des opinions analogues aux siennes en bien des points, notamment sur une des questions dogmatiques introduites par l'hérésiarque au début de la réforme, l'indispensable nécessité de la grâce et l'impuissance absolue pour l'homme d'opérer son salut sans son secours. Cette proposition est conforme aux thèses publiées par Luther contre le libre arbitre; elle est formellement exprimée par Agrippa : « Ad vel-am autem religionem homo per « se ipsum pervcnire non potest ; nec nisi doceatur à Deo » (Opeva, t. I. p, 259),

La communauté d'idées entre Agrippa et les hérésiarques du xvi' siècle s'accuse dans maint passage de sesécrits> mais tout

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particulièrement dans son traité de Tincertitude et de la vanité des sciences. On en trouve le témoignage dans certains traits entre autres de cet ouvrage, que renfermaient les premières éditions données de ce livre, et qui ont été souvent supprimés dans les éditions subséquentes. Tels sont ceux qui concernent le célibat des prêtres, le culte des saints, le purgatoire etc. On peut se rendre compte de leur caractère par les exemples que David Clément en fournit dans sa Bibliothèque curieuse publiée en 1750 (t. I, p. 87, note 88). Cet auteur constate l'existence de neuf éditions non-tronquées, du traite de l'incertitude et de la vanité des sciences de 1530 a 1539. Ce n'est qu'après cette dernière date qu'il place la première édition tronquée, sans date et sans noms de lieu ni d'imprimeur. Les éditions tronquées seraient donc toutes postérieures a la mort d' Agrippa qui eut lieu en 1535.

Les passages relevés ainsi sont ceux qui sont visés dans la condamnation prononcée par la Soi bonne. en 1531, contre l'auteur et son ouvrage. Nous possédons le texte de cette condamnation, inséré par Duplessis d'Argentré au tome II, pageSo, de sa collection des décisions de la faculté de théologie de Paris {Uolledio judiciorum deiiovis erroribus, etc., 3 vol. in-f», Paris, 1718). En voicila teneur : « Determinalio facultalis theo- « logiœ scholœ Parisiensis quorumdam libellorum ad eam, ut « de eis suum ferret judicium, Iransmissorum... Liber qui dici- « tur Cornelii Agripp» de vanitate et incerlitudine scientiarum « impressus de novo Parisiis, in vico Sorbonico, et pnus Co- « loniœ, Lutheranœ doctrinse plurimum favet, multa habens « contra cultum imaginum, templorum, festorum et cœremo- « niarum Ecclesiaî, nec non in scriptores sacri canonis blas- « pliemus est; et ideo publiée exurendus... Acta sunt hœc et « conclusa in coUegio Sorbona3 post relationem deputatorum u pro eo negocio pluries congregatorum, die secunda Maria c< anno Domini 1530 » (1531, nouv. style). L'interprétation do cette date ne peut faire aucune difficulté -, car auparavant, dans le même volume, est relatée une autre sentence de la faculté de théologie portée le 16 janvier 1530, dans une af-

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