‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 34 sur 46 · LA. MONNAIE DE METZ · texte numérisé non relu

LA. MONNAIE DE METZ

Pour l'intelligence des renseignements fournis dans la note XIII et celle également de certains passages de notre travail, il convient de donner quelques explications sur la valeur de la monnaie do Metz au commencement du xvi» siècle. On y comptait par livres. La livre messine était une monnaie de compte, qui représentait alors la huitième partie à peu près d un marc d'argent, lequel vaudrait aujourd'hui un peu plus de 50 francs. Elle équivalait, par conséquent, à la quantité de métal contenue dans 7 francs environ de notre monnaie actuelle. Mais il faudrait multiplier ces 7 francs par les nom-

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bres quatre ou cinq et peut-être plus, sans qu'on puisse rien préciser à cet égard d'une manière absolue, pour se faire une idée de la valeur d'échange ou du pouvoir, suivant l'expression reçue, que celte quantité de métal avait alors, comparativement au pouvoir qu'elle a aujourd'hui, en raison de l'avilissement graduel de l'argent jusqu'à nos jours. On voit par là que la livre messine pouvait, du temps d' Agrippa, équivaloir à environ 30 francs, et 100 livres à 3,000 francs à peu près d'aujourd'hui.

Outre la livre, dans certains documents messins, il est aussi question du franc. 11 résulte des comptes de la ville de Metz pour les années 1517, 1518, 1519, que le franc valait alors dans cette ville 12 sols, le sol étant comme partout la vingtième partie de la livre. C'est ce que confirme le troisième article des textes cités dans la note XIII, suivant lequel 25 francs sont dits valoir 15 livres, c'est-à-dire 15 fois 20 sols, ou 300 sols. 100 francs valaient, par conséquent, 1,200 sols, c'est-à-dire 60 livres. La livre équivalant alors, comme il vient d'être dit, en métal, à environ 7 francs, et en valeur ou puissance d'échange, a 30 francs à peu près de notre monnaie actuelle, 100 francs, qui valaient 60 livres à cette époque, équivaudraient en métal à environ 420 francs, et en valeur à 1,800 francs d'aujourd'hui.

l'inviîctive d' agrippa

On connaît l'invective proférée successivement et dans des termes identiques par Agrippa, en 1519 contre la ville de Metz et en 1531 contre la cour des Pays-Bas: « Omnium bonarum litc- « rarum virtutumque noverca, civilas Metensis » (Ep. II, 33) ; « Omnium bonarum literarum virtutumque noverca, aula « Gtesaraa » (Bp. VI, 20, 35, 36). Nous avons expliqué dans

quelles circonstances elle s'était produite (t. I, p. 358 et t. Il, pp. 275, 314). La première fois, c'était à la suite de la querelle d'Agrippa pour la monogamie de sainte Anne, et sous le coup des menaces des frères prêcheurs du couvent de Metz, dont il aurait voulu qu'on étouffât la voix ; la seconde fois, c'était à l'occasion de la publication de son traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, et en butte aux attaques des théologiens de Louvain, contre lesquels il aurait trouvé naturel qu'on le protégeât. On voit ce que c'était que les bonnes lettres pour Agrippa; celait, dans les écrits comme dans les discours, la libre discussion des questions hétérodoxes; et la vertu, c'était la hardiesse c}q certains esprits à se lancer dans ces périlleux débats. Cette interprétation de l'expression « bonœ literae » qui est essentielle pour l'explication de l'invective d'Agrippa, n'a rien d'arbitraire. La locution n'a évidemment pas d'autre signification dans le langage habituel d'Agrippa et de ses amis. C'est ce qu'on peut voir notamment dans une lettre du célestin Claude Dieudonné que nous avons citée (t. II, p. 19), oîi, à propos des ouvrages de Luther, de Lefèvre d'Étaples, et autres du môme genre, et des docteurs orthodoxes qui condamnent ces écrits, 11 est dit : « Magistri nostri cucuUati Dominical « factionis.... bonarum literarum persecutores » (Ep. III, 9).

L'invective lancée par Agrippa contre la ville de Metz et contre la cour des Pays-Bas, n'est pas sans analogie, pour la vivacité de la passion au moins et pour l'injustice de l'accusation, avec celle qu'en 1524 il profère contre Fribourg, en datant une lettre de cette ville « ex Friburgo Helvetiorum, om- « nium scientiarum cultu deserto ac destituto » (Ep. III, 56). M. A. Daguet, dans son travail d'Agrippa chez les Suisses, a vengé Fribourg, sa ville natale, de cette injure et a montré combien elle était peu fondée pour le temps même oii vivait Agrippa.

M. L. Charvet, dans son mémoire sur la Correspondance cl' Eus tache Chapuys donné en 1874 par la Revue sawisienne, adopte la démonstratioa de M. A. Daguet sur ce point, et y joint, comme argument nouveau en sa faveur, un rapproche-

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ment enlre l'invective adressée à Fribourg et celle dirigée, sans plus de raison, contre Metz. Mais, par une étrange inadvertance, il traduit celle qui concerne Metz par ces mots, « marâtre aux bonnes lettres et aux arts ; interprétation absolument fautive, souvent reproduite malgré son inexactitude, parfois môme avec cette variante plus éloignée encore du sens réel du texte latin « marâtre aux belles lettres et aux beaux arts. » Au siècle dernier, M. Dupré de Geneste, dans une note manuscrite sur Agrippa que nous avons sous les yeux (mss. de Metz, f. hist. 155, f" 156), donne à l'invective de ce personnage, la forme tout à fait inattendue : « Métis, avara scientia- « rum noverca ». C'est celte version nouvelle que les Bénédictins, auteurs de l'histoire de Metz, paraissent avoir suivie sans plus d'informations, quand ils disent que Metz avait reçu d' Agrippa « le sobriquet de marâtre des sciences ».

On voit tout ce que l'inattention et la fantaisie ont fait sortir de l'invective d'Agrippa dont nous connaissons maintenant, avec sa forme originaire, le sens véritable, et dont nous pouvons apprécier la portée. li y a une quinzaine d'années, dans une solennité scientifique à la Sorbonne, le ministre de l'Instruction publique, M. Duruy, s'il nous en souvient, remettant au Président d'une des sociétés académiques de Metz, une médaille décernée à cette Société pour ses travaux, lui dit, avec bienveillance et courtoisie du reste, qu'on applaudissait de grand cœur aux nobles efforts par lesquels notre ville se relevait de la grave imputation de s'être montrée marâtre aux sciences, aux lettres et aux arts. Il était facile de reconnaître* dans cette proposition, une nouvelle transformation de l'mvective d'Agrippa. Jamais elle n'avait plus cruellement offensé nos oreilles. C'est dans ces circonstances que nous résolûmes de savoir quelle était son origine, ce qu'elle valait au fond, et ce que valait aussi celui de qui elle partait. De là l'étude qui, souvent interrompue puis rcpriso, a finalement produit le pré^ sent livre.

BRUNONIUS ET BRENNONIUS

Agrippa s'est trouvé en relation avec deux liommes portant des noms ou surnoms très voisins de forme l'un de l'autre, Brunonius et Brennonius. Il importe de ne pas confondre ces deux personnages, comme on pourrait y être induit par la ressemblance de leurs noms. Le premier est Jean Bruno ou Brunon, de Pontigny ou de Niedbruck, médecin et conseiller de la cité de Metz; le second est Jean Rogier, curé de Sainte- GroLx de cette ville, qu'Agrippa désigne dans sa Correspondance par le surnom de Brennonius, dont nous ne connaissons ni la signification, ni l'origine.

Jehan Bruno, ou Brunon, de Pontigny ou de Niedbruclc, « Johannes Nidepontanus ou Pontanus », signait « Joannes Eru- « nonii Pontanus, artium et medicinee doctor », comme on le voit par des documents du temps, conservés aux archives de Metz. Il a été au service de cette ville, d'abord comme médecin à partir de 1520, ensuite, à partir de 1524, comme « conseil- « 1er, orateur, advocat et pensionnaire de la cité, pour y user « de médecine, et pour assister à toute journée de droit et « amiable avec les commis et députés de la cité ». Ce dernier emploi est précisément celui qu'avant lui avait occupé à Meti Agrippa, de 1518 à 1520. Jehan Bruno figure, à titre de pensionnaire, sur les comptes de la ville, depuis le milieu de 1520, aux gages de 30 livres d'abord par année, élevés à 60 livres en 1522, puis à 180 en 1524, remis à 120 en 1533, et relevés à 300 en 153G. Une lacune de 1538 à 1551, dans la série de ces comptes, ne permet pas de reconnaître à quelle date précise ont fini les services de maître Jehan Bruno. D'après des indications empruntées aux Observations séculaires, de Paul Ferry (ms3. de la bibl. de Metz, n»^ 856-858). ce personnage était en^

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core aux gages de la ci lé de Melz, en 1548, el soupçonné alors d'intelligences avec « M. le Connestablc el les Français ». Il passait aussi pour avoir agi anlôrieurement d'accord avec le comte Guillaume de Furslemberg, envoyé à Metz par les protestants d'Allemagne. Jehan Bruno, suivant Paul Ferry, avait rempli diverses missions pour la cité, en.l53G, 1540, 1541, 1542, 15i5. Envoyé en 1543 à Strasbourg, il avait accompagné Jean Kairchien en Allemagne, pour une négociation qui n'aboutit pas, touchant l'entrée de Metz dans la ligue de Smalkalde. En 1545, il avait été, avec Jacobus Hysolanus ïlialassius, envoyé comme député de la Cité à la diète de Worms. On ignore l'époque de sa mort; elle est antérieure au 17 février 1562, date d'une vente, signalée par Paul Ferry, de la maison sise à Metz « qui souloit appartenir à feu s' Jean de Nidbruck »; ladite maison vendue de nouveau « ... à Claude Pelliparius, dit « Noblet, notaire et procureur, le 7 octobre suivant. De ce « vendage appert que Phil. de Nidbruck, capitaine de Boulay. « était tuteur naturel de Ferdinand, Philippe et Brigide, en- « fants de feu s-- Jean et Yolande de Nidbruck, ses frères « et sœurs, et se faisant fort pour damoiselle Juliana, femme <c d'honoré s"" François, baron de Morimont et de Belcorl, « cohéritière et comparsonnière à la succession paternelle de « feu S' Jean de Nidbruck, docteur résident à Melz. » — Paul Ferry mentionne encore, au 17 janvier 1566, le « vendage « fait par noble homme, Claude Pelliparius, dit Noblet, secré- « taire interprète du roi de France, résident à Metz, de sa « maison en la rue du For' du Cloistre, qui soUoit estre à feu « s"^ Jean Bruno de Nidbruck, vivant docteur en méde- (.< cine. »

Jean Rogier, Rougier, ou Rougière — ces diverses formes sont données à son nom dans les chroniques messines — était curé de Sainte-Croix de Metz. C'est un des hommes avec lesquels Agrippa a noué dans cette ville les relations les plus étroites. Nous renvoyons à ce que nous en avons dit dans notre chapitre IV, à propos de leur correspondance (t. I, pp. 376, 381, 395). Nous y avons joint quelques indications empruntées aux

chroniques messinos. C'est tout ce que nous savons du curé de Sainte-Croix. Dans les lettres qu'il adresse à cet ami, Agrippa le salue ordinairement du nom de Brennonius, que nous n'essaierons pas d'expliquer. La ressemblance de ce nom avec celui de Brunonius qui appartient à Jean de Pontigny, autre ami messin d'Agrippa, dont nous venons de parler, pourrait produire entre ces deux personnages et entre les documents qui les concernent de part et d'autre une certaine confusion. On se demande notamment si les vingt-cinq lettres de 1520 à 1526, attribuées à la Correspondance d'Agrippa et de Jehan Rogier dit Brennonius, curé de Sainte-Croix, ne devraient pas être en tout ou en partie rapportées à une correspondance entretenue avec le médecin Jean de Pontigny, dit Brunonius.

L'examen attentif des documents permet de résoudre le problème, et ne laisse subsister aucun doute sur la question. Il prouve d'abord que les vingt-cinq lettres ne peuvent pas être séparées les unes des autres et qu'elles appartiennent toutes à une même correspondance ; l'unité de leur origine et de leur destination résultant de la communauté de leur objet, par leur accord sur certains points relatifs, par exemple, aux amis d'Agrippa à Metz et surtout au traité de Marcus Damascenus, qui s'y trouve à chaque instant mentionné. Il montre ensuite que ce Brennonius qu'Agrippa salue ainsi : « Salve Brennoni ho- « noratissime, colendissime, amicissime ». et qui lui répond « Salve mi Agrippa », est bien le curé de Sainte-Croix, commo on le voit par certaines indications concernant, soit un dilTérend de celui-ci avec les cordeliers, voisins de son église de Sainte-Croix, soit la sépulture de la première femme d'Agrippa dans cette môme église. Ces particularités ne peuvent pas se rapporter au médecin Brunonius, à Jehan Bruno, ou Brunon, de Pontigny. On ne peut appliquer à celui-ci, dans toute la Correspondance d'Agrippa, qu'une seule lettre, celle pour la dédicace, en 1534, des pièces relatives à la polémique sur la question de la monogamie de sainte Anne. Cette lettre, d'un autre côté, ne peut pas concerner le correspondant auquel se rapportent les vingt-cinq lettres de 1520 à 1526, attendu que ce dernier était. T. II.

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comme le prouve la teneur de ces lettres tout à fait au courant de cette question, dans laquelle on le voit même prendre parti avec Agrippa; tandis que le personnage auquel est adressée la dédicace de 1534 était assez étranger à ce débat pour qu Agrippa lui dit à cette occasion : « Quia nuperrime, cum apud te essem, « scire gestiebas hanc controversiam. idcirco unus a me electus « es cui iUam dedicarem, » (Opéra, t. II, p. 585). 11 n'est donc pas possible de confondre Brunonius. Jean Bruno ou Brunon de Ponligny. conseiller et médecin de la Cité, avec Brennonius, Jehan Rogier, ou Rougier, curé de Sainte-Croix.

n n'y a pas lieu, non plus, de partager entre eux les vmgtcina lettres de 1520 à 1526. Elles appartiennent toutes, cela est certain, à la correspondance d'Agrippa avec ce dernier, tandis que la dédicace de 1534 s'adresse évidemment a l'autre.

SAVlNI ET SALlNt

Comme la noie précédente, celle-ci est destinée a établir clairlent la distinction qu'il faut faire entre deux personna portant des noms presque identiques. Ces derniers appa. tenaient tous deux à l'Ordre des Dominicains, et vivaient en ÏÏm temps dans le couvent des Prêcheurs de Metz^a 1 epoqu Tù Te trouvait dans cette ville Agrippa, qui a eu affaire a l un

Tl'tle successivement. La ressemblance ^ Savini et Salini, pourrait induire à penser qu ils s appliquent p uUt à un seul personnage, qu'une variante d'orthograph rL faute de copie aurait fait prendre PO- deu^- - différents. Il n'en est rien. Les deux noms sont ceux de deux Î rrux dominicains qu'Agrippa distingue formellement, t .u'^ne fois notamment il nomme l'un après l'autre dans a lettre, Nicole Savini. inquisiteur de la foi. appart "an T a maison des dominicains ou frères prêcheurs de Metz, et

Claude Salini, prieur du même monastère {Opem, t. Il, pp. 585-586). Nous ne connaissons aucune particularité de la vie de ces deux hommes, sauf ce qui se rapporte à leurs querelles avec Agrippa et, de plus, pour ce qui regarde l'inquisiteur en particulier, une indication malheureusement donnée d'une manière insuffisante pour nous, dans la lettre d'Agrippa que nous venons de mentionner. S'adressant à un ami qui habitait Metz, au médecin Jean Bruno de Pontigny ou de Niedbruck, il lui rappelle des faits que celui°ci devait parfaitement connaître et desquels il semble résulter que, peu d'années avant 1534, date de la lettre en question, l'inquisiteur Savini aurait été, pour quelques excès condamné et banni de Metz, où il aurait cependant osé revenir ensuite. Agrippa s'exprime ainsi à ce sujet : « Miror, cum iUe ante paucos « annosob publicum scelus civitate vestra pulsus, et per . justice ciarios publiée extrusus et proscriptus fuerit, qua fronte, qua « confidenlia insanus illa bellua rursus ad vos redierit, atque « impune apud vos degat. Utinam civitas vestra aliquando « hosfucusexcutiatsuis alveariis, qui Ghristi imitatores se pro- « fitentes. scurras agunt et carnifices. » - Domino Johanni Nidepontano, etc. Epistola dedicatoria {Opéra, t. II, p. 583). Il n'y a pas lieu de rappeler ici ce qui est dit dans notre chapitre IV des faits qui mettent en présence, à Metz. Agrippa et les religieux dominicains Salini, prieur du monastère, et Savini « magiater hœreticorum », inquisiteur de la foi.

CLAUDE DROUlN

Nous avons dit qu'à Metz la situation d'Agrippa le planait dans un rang inférieur à l'aristocratie; et que son esprit cultive l'avait conduit à chercher des relations dans le clergé surtout et dans la classe moyenne de la bourgeoisie, composée

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de marchands, de médecins, de praticiens, hommes du palais et suppôts de la justice, dont la condition présentait quelque analogie avec la sienne. H a pu cependant se trouver parfois plus ou moins familièrement en rapport avec quelques-uns des membres des familles de Paraiges. qui formaient a Metz la classe aristocratique. Il nomme, parmi ceux dont il s est trouvé ainsi rapproché, Nicole de Heu, par exemple, et Nicole Dex qui appartiennent à cette classe privilégiée. Il en est autrement d'un certain Claude Drouin, dont il est question dans la Correspondance, lequel porte aussi le nom d'une famille de Paraige. et qu'Agrippa, qui ne l'aimait pas, qualiQe un jour ainsi : « effœminatfe vocis eviratum, simium dico, tabellio- « nem iUum Glaudium Drouvynum, quem rectius Androgy- « neum dixeris, miserrimum superbiee, invidiœque mancipium »

(Ep. II, 43). . „x • • f -1

Le tabellion Claude Drouin, Claude Droum 1 écrivain, est-il

dit ailleurs, n'appartenait pas à la famille patricienne de ce nom dont il est souvent fait mention dans les chroniques de Metz'. Cette famille était éteinte depuis 1460, et avait fini alors par la mort sans hoirs de son dernier représentant, Nicole Drouin (Huguenin, Les Chroniques de la ville de Metz, p. 291), Claude Drouin est peut-être, en revanche, un homme de ce nom qu'on voit à Metz clerc de la buUette en 1523, le rnême peut être qu'un clerc de l'artillerie de 1540 (ibid., p. 791 et p 849). Il appartenait à une famille de petite condition qm pourrait bien être arrivée plus tard à la fortune par les emplois. Il ne serait pas impossible d'y rattacher à ce titre, non sans vraisemblance, un certain Jehan Droin (sic), dont la maison au Champ-à-Seille avait un peu plus tard assez d'importance pour avoir été le premier logis occupe par le duc de Guise, à son arrivée à Metz, en 1552 (ibid., p. 892).

NOTE XIX

GUILLAUME FURBITY

Guillaume Furbily qu'Agrippa qualilie son cognatus clans ses lettres (Ep. V, 55, 58, 81, 84. 85; VI, 34), et dont le nom ligure dans ces documents sous les formes Furbitus, Forbilus, Forbotus. était un parent de sa deuxième femme et comme elle originaire de Genève, à ce qu'il semble (Ep. V, 81). On sait, de plus, qu'il appartenait au clergé, car il est parlé quelque part de ses prédications (Ep. VI, 34). On ne saurait dire si c'est lui qu'Agrippa désigne dans une lettre de 1522, en ces termes : « Bonus ille pater Guilliermus Probitius car- « melita Rupeculensis » (Ep. HI, 32). Ce qui est plus certain, c'est que Guillaume Furbity était à Paris en 1528, et qu'Agrippa, se rendant alors à Anvers, l'avait chargé du soin de veiller sur sa famille, momentanément laissée par lui en France (Ep. V, 55, 58). Il est, selon toute vraisemblance, permis de le reconnaître aussi dans 1' « alïinis Agrippée » qui, à la fin de la même année, en novembre 1528. conduit cette famille d'Agrippa de Paris à Anvers (Ep. V, 60) ; ainsi que dans le « cognatus » et dans le « Guliermus » {sici qui étaient avec lui dans cette dernière ville vers la môme époque (Ep. V, 62, 63). Il était en tout cas, l'année suivante, de retour à Paris, où Agrippa lui adresse alors les lettres dans lesquelles il raconte la mort de sa seconde femme (Ep. V, 81, 84, 85;, et il y était encore en 1531 (Ep. VI, 34). Suivant M. Léon Gharvet, ce personnage ne serait autre qu'un Guillaume Furbity. dominicain, docteur de Sorbonne. religieux du couvent de Montmélian. près Ghambéry, qui à Genève, en 1533, joua un rôle dans les polémiques religieuses contre les protestants, et fut emprisonné en 1534, puis rendu à la liberté en 1536, sur les réclamations du roi François {Revue savoisicnne, 1874, pp. 94,

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95). Nous reproduisons ces indications, sans les discuter et sans y insister. Il n'est rien de plus difficile que ces questions d'idenlification, et de plus incertain souvent que les conclusions auxquelles aboutit leur discussion.

LES SEIGNEURS D ILLINS

Dans quelques pièces de la Correspondance d" Agrippa, il est question des seigneurs d'IUins comme étant en rapport de parenté avec lui. Ces nobles d'Illins. lUens. Ylens, Eylens, Eylac. ou Eylers, étaient du pays de Genève, et alliés à Agrippa, qui les qualifie ses agnats (Ep. IV, 62). Ils ne peuvent être, à ce titre, que des parents de sa seconde femme Jeanne Loyse Tissie, genevoise, noble elle-même de naissance à ce qu'il semble : « Secundam uxorem duxi, virginem nobilem »(Ep. III, 60). Jacques dlUins est pourtant qualifié en 1524, par un correspondant d' Agrippa, comme s'il n'était lié à celui-ci que par de simples rapports d'amitié : « Retulit nobis D, Jacobus ab IIlens communis amicus > (Ep. III, 59); et Agrippa, de son côté, parle, à la même époque, de ce personnage dans des termes qui ne font pas ressortir davantage sa parenté avec lui : « Jussi « autem dominum Jacobum ab Ylens ut rem nunciaret » (Ep. III, 63). Mais ce qui décide la question est le texte formel où Agrippa nomme les seigneurs d'IUins ses agnats, dans une lettre de 1526 : « lUi primipilares nobiles ab Eylens agnati mei, «: qui cum Borbonio (duci) faverent, ego illos cum iv millibus « expeditis peditibus... induxi... devotos régi... pro quorum re- « muneratione, cEesis noslris, et uno agnatorum meorum de- « siderato, altère graviter vulnerato,.. neque pactorum, neque « promissorum... fides nobis servata est >-> (Ep IV, 62). Il est question de Jacques d'IUins « dominus Jacobus Eylacensis »

NOTE XX. " 487

comme résidant en 1525 à Porriacum (?), dans une lettre adressée alors de ce lieu à Agrippa (Ep. III, G6).

MM. A. Daguet et L. Gharvet, qui ont fait quelques recherches sur les seigneurs d'illins, se demandent si Jacques d'Illins ne serait pas cet « uxorius avunculus » mentionné par Agrippa dans une lettre del524 (Ep. III, 11), et si l'autre d'Illins, tué au service du roi (Ep. IV, 62), ne serait pas un certain Humbert, seigneur d'Illins, qu'on sait avoir péri à la bataille de Pavie. en 1525. Ils trouvent, d'un autre côté, que la seigneurie d'Illins appartenait, au xv« siècle et au commencement du xvi^, aux Grolée ; et ils se demandent encore si ce ne serait pas à cette famille de Grolée que se rattacheraient les seigneurs d'Illins, alliés à Agrippa vers 1524 (A. Daguet, Agrippa chez les Suisses, 1856. — L. Gharvet, Correspondance de Chapuys avec Agrippa, 1874). Sans vouloir pousser plus loin une enquête sur ces questions qui ne nous intéressent ici que d'une manière indirecte, nous croyons qu'il est bon d'en présenter au moins les données dans les termes oi!i nous les fournissent les pièces de la Gorrespondance d'Agrippa, et les travaux antérieurs que nous avons pu consulter.

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