‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 39 sur 46 · I.R RUCUEIL DES ŒUVRES COMPLÈTES d'aGRIPPA · texte numérisé non relu

I.R RUCUEIL DES ŒUVRES COMPLÈTES d'aGRIPPA

Agrippa, dans quelques-unes de ses publications, a parfois réuni en un seul volume plusieurs de ses écrits. Ainsi ont été publiés les petits traités, à Anvers en 1529, à Cologne en 1532. Quant aux ouvrages de plus d'étendue, ils semblent n'avoir jamais été donnés par lui que dans des éditions particulières. Plus tard seulement ils sont réunis et figurent tous ainsi dans un recueil qu'on peut qualifier Œuvres complètes. Opéra. Il existe de ce recueil plusieurs éditions en deux volumes, les unes sans date, les autres avec des dates dont l'authenticité, pour les plus anciennes au moins, est fort contestable. Ces dates, vraisemblablement fictives, pouvaient avoir eu pour objet de dissimuler l'origine véritable des publications qui les portent, les ouvrages d'Agrippa ayant été de bonne heure condamnés et défendus.

Il y a grandement lieu de douter qu'aucune édition du recueil des Œuvres complètes qui les contient tous ail été faite du vivant de l'auteur, quoiqu'on ait quelquefois prétendu le contraire. On cite, à notre connaissance, cinq éditions datées des Œuvres complètes d'Agrippa sous les millésimes de 1510, 1531, 1535. 1580 et 1600. La prétendue édition de 1510 dont M. "Van derHaeghen nous signale deux exemplaires, à la Bibliothèque royale de Bruxelles et à la bibliothèque de l'Université catholique de Louvain, porte une date d'une incontestable fausseté, de beaucoup antérieure à celle où ont été composés la plupart des ouvrages d'Agrippa. L'édition de 1531 est mentionnée par David Clément {Bibliolh. Cur., t. \, p. 94}, et d'après lui , par Panzer (Annal, typogr., t. VIT, p. 351), sous ce titre : « Henrici « Cornolii Agrippas Opéra se. de occulta philosophia, etc.... « Lugduni per Beringos fratres, 1531, in-S-). » Le livre porte, en outre, cette annotation « Voll. II » que donne David Clément et

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que Panzer néglige, quoiqu'elle ait son importance, car elle montre qu'il s'agit d'un ouvrage en deux volumes; et celui-ci n'est autre, selon toute apparence, que le recueil des Œuvres complètes. Quant au titre reproduit, c'est celui du tome I^' de ce recueil, contenant, comme dans toutes les éditions qu'on en a faites, la philosophie occulte d'Agrippa et quelques autres encore. La date de 1531 attachée à ce volume est fausse évidemment, le traité de la philosophie occulte qu'il contient n'ayant été imprimé pour la première fois dans son entier qu'en 1533 seulement (Append., n° XXX). La certitude ainsi acquise que la prétendue édition de 1531 des œuvres d'Agrippa porte, comme celle de 1510, une date fictive, permet de concevoir des doutes sérieux sur l'authenticité des dates assignées aux autres. A la suite de la prétendue édition de 1531 vient celle qui porte la date de 1535. Elle est citée par M. le docteur Félix Maréchal dans un de ses écrits {Tableau historique des maladies endémiques, etc.. 1850-1861, p. 133), et signalée avec la marque « Lugduni, 1535. » La réalité d'une édition des Œuvres complètes d'Agrippa exécutée à Lyon en 1535, aurait pour intéi"êt particulier de justilier ce qui a été dit que le retour d'Agrippa en France et à Lyon même, à cette époque, aurait été motivé par les soins qu'il voulait y donner à une publication de ce genre. La date en question n'est malheureusement pas à l'abri de toute critique. Sans révoquer en doute la sincérité du témoignage qui nous en est donné, on peut suspecter par analogie l'authenticité de cette marque, en raison de la fausseté reconnue des dates de 1510 etl531, attribuées aux éditions précédentes. Nous en dirons autant des éditions datées de 1580 et de 1600, signalées, comme celle de 1531, par David Clément (t. I, p. 94-96), l'une d'elles d'après la Bihliolheca Rinckiana dans ces termes : « H. C. « Agrippée opéra in II tom. Lugd., 1580, in-8°, per fratres Be- « gos. » Les caractères chronologiques de ces cinq éditions des Œuvres complètes d'Agrippa, malgré les dates de 1510, 1531, 1535, 1580 et 1600, qu'elles portent, sont, on le voit, très douteux. Ils ne donnent à ces éditions guère plus de valeur à ce point de vue que n'en ont les éditions du môme recueil qui ne

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portent aucune date, et sur lesquelles on lit du reste, comme sur celles-là, le nom des frères Béring, imprimeurs à Lyon. L'origine et la date des publications consacrées au recueil des Œuvres complètes d'Agrippa, restent, par conséquent, indéterminées. Certaines considérations fournissent cependant sur cette question quelques indications qu'il est bon de relever.

Parmi les éditions des Œuvres complètes d'Agrippa en deux volumes que nous connaissons, il en est une fort belle, imprimée en lettres italiques, sans date, et marquée : « Lugduni per « Beringos fratres » (Bibl. Arsenal, S. A., in-S", 711), qu'on peut juger plus ancienne que les autres, parce qu'elle ne contient pas certaines additions qu'on trouve dans celles-ci i. On est tout naturellement conduit à rapprocher cette belle édition des Œuvres, d'une édition en un vol. in-S" des livres I, II, IH, de la philosophie occulte, que nous avons sous les yeux (Bibl. nat. Z 1983 + Aa, et Bibl. Sainte-Geneviève, R 438), donnée à Lyon sous la date de 1550 par les frères Béring (Godefroy et Marcel) également, et imprimée en italiques comme leur édition sans date des Œuvres complètes que nous venons do signaler. Ce rapprochement induit à penser que cette édition sans datd des Œuvres pourrait appartenir à une époque voisine de l'année 1550 inscrite sur l'édition analogue de la philosophie occulte. Nous croyons cependant que l'édition en question des Œuvres complètes, par les frères Béring, ne saurait, en se rappro-

1. Suivant Renouard {Calai, de lahibl. d'un amateur, 1819, t. I, p. 303), il y aurait eu trois éditions du tora. I en italiques ; la première ayant •379 pages et la troisième 677 pages seulement. Nous avons sous les yeux un exemplaire de l'édition en 779 pages, lequel appartient à la bibliothèque de l'Arsenal. Rapprochées des éditions en caractère italique, nous constatons que celles en romain contiennent en plus, et nous les jugeons pour cette raison postérieures : Tom. I, Ars notoria quam Creator altissimus Salomoni revelavit (pp. 603-660) ; — Tora. II, Epiorammala IV; R. Card. Lerj. Campegio Epistola; Apologia (pp. 218-330); Querela (pp. 437- 459); Tabula abbreviata in arlein brevem LulUi {pp. AGO^m) ; Epixtolœ, propositiones et defensio propositionim de B. Annœ monogamia (pp. 583-603).

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chant de 1550, remonter plus haut que 1565, parce qu'elle contient le prétendu livre IV de la philosophie occulte qu'on ne connaissait pas jusque-là, et dont la première publication, à notre connaissance, a été faite à cette dernière date seulement.

Nous avons dit (t. I, 71) avec quelle vivacité Jean Wier, disciple (l'Agrippa, combat l'introduction faite de cet écrit dans les œuvres de son maître, après sa mort. Le livre ÏV ne se trouve pas encore dans l'édition de 1550 du traité, ni dans celles de 1533 ni de 1541, les seules qui, à notre connaissance, l'aient précédée. Il paraît pour la première fois séparément, avec son complément, l'Eptameron de Pierre de Abano, sans nom de lieu ni d'imprimeur, sous la date de 1565 (Bibl. Mazarine, n° 28460) ; Puis, dans des conditions presque identiques, sous la date de 1567 (Bibl. Sainte-Geneviève, R 437, in-S"). Ces deux éditions toutes spéciales du livre IV, qui ne diffèrent entre elles que par quelques détails (la correction d'une faute de pagination avec le changement d'une initiale et du fleuron final), sont imprimées l'une et l'autre avec les mêmes caractères italiques, lesquels rappellent ceux des belles éditions des frères Béring, dont nous venons de parler.— On a de ce livre IV une traduction anglaise où il est réuni à la Géomantie, sous les dates de 1655 et de 1665.— Le prétendu livre IV de la philosophie occulte publié séparément en 1565 et en 1567 est ensuite pour la première fois, à notre connaissance, réuni aux trois premiers livres du traité dans une édition de la philosophie occulte donnée àBàle en 1565, suivant M. Van der Haeghen [Append., n" XXX). On le trouve ensuite dans une édition imprimée à Paris, par Jacques Dupuys, en 1567 (David Clément, Bibl. Uur., t. I, p. 93).

Nous serions disposé à croire, d'après cela, que la date de 1565, ou une date très voisine, doit être également attachée à l'édition des Œuvres complètes imprimée en italiques par les frères Béring, dans laquelle se trouve le livre IV de la philosophie occulte. Ce livre IV, accompagné de son complément, l'Eptameron de Pierre de Abamo, est reproduit ensuite dans toutes les autres éditions, avec ou sans date, des Œuvres, lesquelles, en raison de quelques additions qui leur sont

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propres et que nous venons de signaler dans une note, doivent être ensemble classées chronologiquement après celle-là.

Nous tirons de ces observations celte conclusion, que, très vraisemblablement, l'édition des œuvres d'Agrippa imprimée sans date, en italiques, sous le nom des frères Béring à Lyon, est due, en effet, à ces habiles typographes; qu'élle ne saurait guère être antérieure à 1565; qu'elle n'est peut-être pas non plus de beaucoup postérieure à cette date; qu'elle serait enfin le prototype des autres éditions, soit avec date quelconque, même fictivement antérieure, soit sans date, de ce recueil, données d'après celle-là, croyons-nous, avec certains changements et quelques additions qui prouvent leur postériorité. Telles sont nos conclusions sur la question d'origine des publications consacrées flux Œuvres complètes d'Agrippa.

David Clément dit des frères Béring, dans son tome I, p. 96, qu'ils paraissent avoir été à Lyon les prédécesseurs de Pierre Marteau ; qu'on trouve des livres portant leur nom de 1-531 à 1605 (nous savons que quelques-unes de ces dates, les plus anciennes surtout, peuvent être fictives); et qu'on paraît avoir emprunté leur marque pour publier clandestinement les ouvi'ages d'Agrippa, qui étaient dans la première classe des livres défendus. Cette observation explique suffisamment les singularités que nous venons de signaler, et justifie le doute énoncé en même temps qu'aucune édition du recueil des Œuvres complètes d'Agrippa ait été exécutée de son vivant ; la première qui en ait été donnée pouvant être celle sans date imprimée à Lyon, vers 1565, en caractères italiques, par les frères Béring, dont le nom figure ensuite plus ou moins légitimement sur toutes les autres.

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