XX.XIII
LES PORTRAITS d'aGRIPPA
Nous avons signalé, comme étant vraisemblablement le portrait le plus ancien d' Agrippa, celui qui accompagne l'édition de la philosophie occulte donnée à Cologne en 1533 (Append.. n° XXX). C'est une gravure sur bois imprimée au milieu même du titre ou frontispice du volume. Elle représente, dans un encadrement carré, un buste de profil pris jusqu'à la ceinture à peu près. La physionomie du personnage y a un caractère ouvert et une expression agréable. Diverses considérations tendent à justifier l'opinion que ce portrait serait le plus ancien que l'on eût d' Agrippa, pour l'époque de son exécution au moins, sinon pour l'âge du sujet.
Le Cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale contient, dans la collection des portraits historiques, une suite de seize portraits gravés d' Agrippa. Ces seize portraits se rapportent à deux types que caractérisent diverses particularités. La plus notable est que, dans l'un, le visage est entièrement rasé, et que, dans l'autre, le menton est accompagné d'une barbe plus ou moins fournie, réduite parfois à quelques mèches clairsemées.
Les portraits sans barbe, au nombre de quatre, ont pour prototype celui de 1533, dont les autres sont des imitations incontestables, comme le prouvent certains détails significatifs du costume, dont la singularité est très accusée. Pour ce qui est de la physionomie, elle est tout à fait altérée dans ces imitations et reçoit notamment de la déformation de la bouche et de la saillie donnée au menton, un caractère de dureté absolument étranger à l'image originaire. Ces imitations sont, comme le portrait de 1533, des gravures sur bois, et ont été exécutées pour des éditions ultérieures des ouvrages de l'écri-
vain. L'une d'elles est accompagnée de la date de 1537. Elle appartient à une édition de cette année, postérieure par conséquent à la mort d'Agrippa, du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences. — Les portraits avec la barbe sont les plus nombreux au Cabinet des estampes, où l'on en compte douze. Tous sont postérieurs, pour leur exécution, à la mort d'Agrippa, laquelle est relatée dans la légende de quelques-uns d'entré eux. Des dates positives qui se rattachent à plusieurs autres les classent chronologiquement de la même manière. Enfin ceux auxquels on ne peut assigner aucune date précise se présentent avec tous les caractères de simples imitations des premiers. On ne peut donc faire remonter l'exécution d'aucun d'entre eux jusqu'au temps où vivait Agrippa.
Nous connaissons et nous avons rappelé tout à l'heure l'origine des portraits d'Agrippa sans la barbe; il est permis de se demander d'où viennent ceux où il est représenté avec la barbe. Ceux-ci ont, croyons-nous, leur plus ancien spécimen dans une gravure sur bois exécutée vers 1577, pour l'édition donnée à Bàle, en cette année, d'un ouvrage de Paul Jove, les Elogia virorum literis illustrium. Cette gravure était celle d'un des portraits d'hommes célèbres réunis, quarante ans auparavant, dans son fameux musée par le docte prélat. Sur celte gravure, la physionomie du personnage offre une remarquable analogie avec celle du portrait de 1533, dont l'authenticité est certaine. Quant à la barbe, dans la gravure de 1577, elle consiste en quelques mèches seulement assez peu fournies, au bas du menton, comme serait celle d'un jeune homme. Dans ces conditions, le portrait originaire accueilli par Paul Jove dans sa collection pourrait se rapporter à l'époque où Agrippa, jeune encore, arrivait en Italie, au commencement de 1511 ; ce qui expliquerait l'existence de ce portrait dans cette contrée, et sa présence dans le musée du prélat italien. Paul Jove avait construit près de Côme, au bord du lac, dans un heu consacré par le souvenir de Pline le jeune, un palais dont le principal ornement était une galerie de portraits des hommes illustres de tous les temps et de tous les pays.Bon nombre
APPENDICE
de ces images, celles qui représentaient les héros de l'antiquité notamment, étaient nécessairement imaginaires, mais d'autres, celles par exemple des contemporains, comme François I", Gharles-Qaint, Erasme, etc., dont les copies peuvent être rapprochées aujourd'hui d'œuvres authentiques bien connues, étaient de véritables portraits. Nous venons de dire quelles raisons permettent de classer celui d' Agrippa dans cette catégorie. Paul Jove avait écrit de courtes notice?', Elogia, sur les personnages dont les portraits figuraient dans sa collection. Ces « Elogia » ont été publiés de son vivant, mais sans figures; ceux des savants, dès 1546, à Venise, Elogia veris claro- « rum virorum imaginibus apposita » ; ceux des guerriers en 1551 à Florence, « Elogia virorum bellica virtute illustrium. » Dans le dernier quart du xvi"= siècle, un des grands imprimeurs de Bâle, Petrus Penna, entreprit de nouvelles éditions de ces écrits, pour lesquelles il fit graver une partie des portraits de la collection formée par leur auteur. C'est ainsi que fut exécuté et que parut pour la première fois dans un volume imprimé à Bâle, en 1577, Elogia virorum literis illustrium, le portrait gravé d' Agrippa, dont il vient d'être question. La notice, l'éloge, qu'il accompagne dans ce volume, figure dans le livre imprimé en 1546, du vivant de Paul Jove, et montre que le portrait original, reproduit par la gravure, existait déjà dès cette époque dans le musée de l'opulent prélat.
Tous les portraits d' Agrippa que nous connaissons avec la barbe procèdent, à l'exception de deux seulement, de celui qui vient de Paul Jove, dont ils sont des imitations plus ou moins fidèles. Le plus ancien ayant date certaine est celui qui a été gravé par Boissard et publié en 1597 à Francfort par Th. de Bry, dans les Icônes quinquaginla illustrium virorum doctrinis
et eriiditione prxstantium, etc C'est une gravure au burin
qui contient dans un cartouche la mention de la mort d'Agrippa, sous la date, inexacte du reste, de 1538. Cette gravure a été reproduite en fac-similé et jointe au travail de M. L. Charvet sur Agrippa dans la Revue sawisienne, 1874, p. 88. C'est de celte planche qu'il est questien dans notre chapitre vrn (t. Il,
p. 406, noie). Nous signalerons ensuite une planche gravée sur bois, dont nous trouvons deux exemplaires au Cabinet des estampes; l'un avec une légende allemande, l'autre avec une légende latine, d'où l'on peut inférer que cette gravure a figuré successivement dans deux recueils, dont l'un était allemand. La légende allemande est ainsi conçue : « Henricus Cornélius « Agrippa der Recliten und Artzney doct. m. 1540. » La légende latine est distribuée en deux parties. Au dessus du portrait on lit : « Henricus Cornélius Agrippa med. et I. C. equ, », et audessous : « Sanguine clarus eques, medicus, jurisque peritus et « sophus, et pariter sum magus arte potens. » Des huit planches dont il nous reste à parler, la première est une gravure sur bois, qui n'offre aucune particularité à relever ; trois autres sont des gravures au burin, dont deux sont dans le même cas, et dont la troisième est signée : « G. Kraus del. H. Lips. « sculp. » La cinquième est une gravure à l'eau-forte signée : « Aeri incisa à Joh. Fr. Christ. Halae Sax. mdccxxvii. » La sixième est une gravure au burin signée « R. Blokh fecit, » où la moustache peu apparente pourrait bien n'être qu'un simple accident d'exécution. Ces diverses planches sont évidemment des imitations, plus ou moins exactes, de la gravure de 1577, d'après le portrait du musée de Paul Jove. Il n'en est pas de même des deux dernières planches. Celles-ci contiennent la reproduction dans des formats différents de la même image. La moustache y est très épaisse et, contrairement à ce qui se voit dans tous les autres portraits gravés d'Agrippa, la figure s'y présente non plus de profil, mais de trois quarts. Ces deux planches, destituées de tout caractère de vérité, semblent se rapporter à une conception absolument imaginaire, et appartiennent aux deux éditions de l'ouvrage de Thévet intitulé, dans l'une, Vrais portraits et Vies des hommes illustres. Paris, 1584, in-f»; et dans l'autre, Histoire des plus savants hommes, etc.. Paris, 1670, in-12.
Les e.xplications qui précèdent font ressortir, croyons-nous, le mérite tout particulier du portrait gravé sur bois d'Agrippa, qui accompagne l'édition de son traité do la philosophie oc-
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culte donnée à Cologne, en 1533 (Append., n* XXX). C'est d'après ce portrait que nous avons dessiné celui qui figure en tète do noire livre.