‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 6 sur 46 · Dans iiotro cliapil-ro proiniur, l. I, p. \0'l · texte numérisé non relu

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36 CHAPITIIE CINQUIÈME

quelques lettres instructives pour nous, avec un adepte qui, de Strasbourg, lui avait écrit pour le consulter.

Ces lettres, datées de septeralDre 1323 et de janvier 1524, sont au nombre de trois seulement (Ep. ITI, 5o, 56, 57). Le correspondant d'Agrippa, dans cette circonstance, se montre très fervent partisan des sciences occultes en général et de l'astrologie en particulier. Il a, dit-il, visité l'université de Pavic, où il a trouvé le souvenir vivant d'Agrippa et de sa profonde science touchant les secrets de la nature ; il y a vu son traité de la magie naturelle, source de toutes connaissances, et il le supplie de vouloir bien le lui communiquer. De deux lettres qu'Agrippa semble lui avoir écrites, il ne nous reste qu'une seule, où il prend le ton imposant d'un maître. 11 n'a pu envoyer au jeune disciple qui le consulte que l'Index de l'ouvrage composé par lui dans sa jeunesse et fort augmenté depuis lors, auquel il a donné déflnitivemcnt le titre de Philosophie occulte. C'est un livre mystérieux dont la clef, réservée à un pelit nombre d'amis, ne saurait être divulguée par l'écriture. L'esprit seul peut en verser directement la connaissance dans l'esprit. Agrippa juge à propos, en même temps, de poser au néophyte quelques problèmes d'astrologie, sur la manière d'observer et d'interroger les constellations.

— Il y a, dit-il, entre les astrologues, sur ces questions et sur quelques autres, comme la détermination des régions du ciel, la vérification de

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l'heure et du point natal, des dissentiments notables. Je voudrais savoir le jugement que tu en portes, je voudrais connaître aussi l'interprétation que tu donnes au fameux aphorisme : « c'est de nous au- « tant que d'eux-mêmes que procède le langage des « astres, » Judicia astrorim ex ipsis alque ex nobis sunt. Tu n'ignores pas plus que moi, sans doute, ce qu'il faut entendre par ces paroles, qu'aucun maître que je sache n'a jamais complètement expliquées. (Ep. III, 06).

Le disciple répond humblement qu'il se voit en face du savant docteur comme Marsyas interrogé par Apollon. Il essaie cependant de répondre. Il s'appuie sur Ptolémée, sur les tables alphonsines, sur Hali, sur George Trapezuntius, Pontanus et Valla, Il fait preuve de beaucoup d'érudition; mais il ne devine pas le vrai sens du fameux aphorisme, quoiqu'une opinion d'Hali qu'il cite eût pu le mettre sur la voie. On a parfois attribué aux astres, disait celui-ci, une influence dans des effets dont on ignorait les causes véritables (Ep. III, 37). #

Le fameux aphorisme était, il y a tout lieu de le croire, une pure critique de l'astrologie, une censure ironique, un jugement sévère, qu'en le recommandant Agrippa fait incontestablement sien. On voit par là qu'à ce moment déjà il ne retenait qu'avec peine le juste sentiment de dédain que bientôt il exprimera confidentiellement sur l'astrologie, dans une de ses lettres au médecin Chapelain ; qu'il affirmera ensuite avec plus de fermeté dans sa corres-

pondance avec le dominicain Petrus Lavinius ; cl que, finalement, il proclamera hautement dans son traité de l'incertitiKle et de la vanité des sciences. Les propositions développées par Agrippa dans cet ouvrage ne sont, il est vrai, pour une bonne part, que des paradoxes sans portée sérieuse. Mais sur ce point au moins, comme sur quelques autres encore, nous sommes assurés de la sincérité de son langage, d'après certains indices très significatifs; indépendamment du témoignage qu'il en donne plus formellement dans divers passages de ses écrits, tels que ceux dont nous venons de fournir des extraits.

Agrippa ne croyait pas h l'astrologie. Pourquoi donc feignait-il d'y croire, au lieu d'en désabuser ceux qui l'interrogeaient à son sujet? Il nous en dit lui-môme la raison. C'est que, les hommes ne consentant pas ordinairement à renoncer volontiers à des erreurs qui leur plaisent, il vaut mieux, suivant lui, tirer parti de leur sottise qu'essayer de la combattre. L'astrologie, dit-il quelque part, n'est qu'une superstition; mais, s'ils n'étaient pas astrologues, les hommes savants mourraient de faim. De là pour eux l'obligation de feindre. Ainsi faisait Agrippa. Les lettres échangées par lui avec son correspondant de Strasbourg le montrent dans cette situation. Il est bien près néanmoins alors de changer sur ce point de langage. Il ne croit plus à l'astrologie, et il le laisse deviner déjà. Bientôt il osera le déclarer hautement. C'est ce que nous

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verrons au chapitre suivant, clans sa correspondance notamment avec le c/ominicain Petrus Lavinius, que nous venons de signaler en passant.

En attendant, Agrippa se trouve, à Pribourg, en présence de certains hommes dont les opinions commandent une autre conduite, et à qui il convient do tenir un autre langage. Tels sont le notaire Ant. Pallanche, chercheur infatigable des secrets de la nature, arcanarum rerum magnus indagator (Ep. III, 42) ; le grand chantre de Saint-Nicolas, Jean Wannemacher Johan Vannius , chanoine de la cathédrale, compositeur de musique religieuse, qui finit par se déclarer pour la réforme et fut expulsé de Fribourg ; le conseiller Jean Reiff, Bailli de Granson, trésorier de la république; tous plus ou moins adonnés à la culture des sciences occultes, et qui se réunissaient, dit-on, chez Agrippa pour en étudier les doctrines et en pratiquer les secrets i.

Dans un ordre de faits différent, où il était obligé à, plus de réserve et de prudence, Agrippa trouvait des sympathies qu'il partageait pour les idées nouvelles, pour les opinions hétérodoxes, chez quelques hommes, de ceux que nous venons de nommer, et surtout chez un autre personnage dont nous avons déjà dit deux mots à propos de la correspondance d'Agrippa avec son ami Cantiuncula ; Thomas de Gyrfalck, lecteur des Augustins de

I. On trouve d'inléressanls dôtails sur tous ces personnages dans l'on vragn du M. A. W.v^xwi, Agrippa chez les Suisses.

Priboui-g, qui, banni de la ville à ccLle époque, dut s'en éloigner, et partit avec des lettres de recommandation d'Agi'ippa pour Cantiuncula qu'il devait voir à Bâle, où il devint un des sept prédicants sous OEcolampade.

C'est pendant sa résidence à Pribourg qu'auraient été faites à Agrippa, si l'on en croyait M. Al. Daguet, les premières ouvertures de la part du connétable de Bourbon, avec lequel il eut plus tard des relations mal définies et peu connues auxquelles on a quelque raison d'attribuer, pour une part au moins, la disgrâce qui ultérieurement ruina sa situation en France, et le contraignit finalement à quitter le royaume pour se retirer dans les Pays- Bas. Agrippa ne signale, dans sa correspondance, qu'à la date seulement de son départ de Fribourg en 1S24, et non à aucun moment du séjour qu'il a fait dans cette ville, certaines tentatives, sans résultat du reste, des amis du connétable pour l'attirer dans le parti de ce célèbre personnage (Ep. IV, 62) 1.

Au séjour d'Agrippa à Fribourg se rapportent, au contraire, quelques-unes des lettres échangées entre lui et Cantiuncula qui était alors à Bâle, avec Eustache Chapuys à Genève, avec Christophe Schilling à Lucerne, et Blancherose à Annecy. Nous avons déjà parlé précédemment de la correspondance avec

1. Nous donnons quelques oxplicalions, à ce sujet, clans noie (le rappenrlice (n" XXV).

AGRIPPA A COLOGNE, A GENÈVE ET A FUIBOURG il

CanLiuncula ^ ; nous n'y reviendrons pas. Dans celle entretenue alors avec Eastache Ghapuys, il est notamment question d'un enfant d'Agrippa, le pel.it Hayraon, filleul de l'olTicial de Genève (Ep. 111, 38, 3.9, 49). Cet enfant, l'aîné de ceux qu'avait donnés fl Agrippa sa seconde femme Jeanne Loyse Tissie, était né à Genève en 1322, et y avait été laissé par son père chez Ghapuys, qui voulait l'élever comme son propre fils (Ep. III, 39) ; mais qui, finalement, paraît l'avoir renvoyé vers 152o à ses parents, pendant que ceux-ci résidaient à Lyon. Dans une des lettres écrites de Pribourg à Christophe Schilling, Agrippa lui parle, à la date du 8 juin 1323, de la naissance prochaine d'un autre enfant dans sa maison (Ep. III, 41). Il s'agit d'une fille qui vécut peu. Née vers le mois de juin 1323, elle n'existait plus au 20 août 1324 (Ep. III, 60). Dans les deux lettres écrites par Blancherose, médecin bourguignon qui résidait alors à Annecy (1523), il est parlé exclusivement, et dans les termes les plus exagérés, de l'admiration qu'il a conçue pour le savoir d'Agrippa -.

Malgré les avantages de plus d'un genre qu'assurait à Agrippa la résidence de Pribourg, malgré les relations agréables qu'il avait pu nouer avec plusieurs des habitants de celte ville ou entretenir

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