‹ Corneille Agrippa (volume 2)Chapitre 7 sur 46 · Dans le tome prôcédcnl, au cliapilro IV · texte numérisé non relu

Dans le tome prôcédcnl, au cliapilro IV

2. On U'ouve, sur ce personnage de Blanclierose, beaucoup de particularités intéressantes dans les ouvrages de M. A. Daguet. Agrippa chez les Suisses, et li. Gharvet, Correspondance d' Euslacke Gli,apuys et de Corneille Agrippa.

avec ceux de son voisinage, le joug des IbncLions publiques qui s'y imposait à lui devint bientôt insupportable pour cet esprit impatient et rebelle à toute contrainte.

— Les affaires m'accablent, écrit- il le 8 juin 1523 à l'un de ses correspondants, et il me reste à peine le temps d'écrire. Quant à m'absenter, je ne puis le faire sans une permission expresse des seigneurs mes maîtres, absque' dominorwn meorum Ikentia, et pour le temps strictement mesuré qui m'est accordé (Ep. m, M).

Six mois étaient à peine écoulés, qu'il sollicitait la résiliation des engagements contractés par lui avec Fribourg; et sa démission était acceptée par délibération du petit conseil de la cité, le 9 juillet 1S23.

Il ne semble pas qu'aucun grief sérieux de part ni d'autre ait motivé cette brusque solution. Pour ce qui concerne Agrippa, indépendamment de l'espérance qu'il paraît concevoir vers ce moment d'obtenir un emploi dans des conditions avantageuses en France, on peut croire que le dégoût des fonctions publiques, auxquelles il se voyait assujetti, était le plus pressant motif de sa résolution ; car après cela, il continue pendant sept mois encore à résider librement à Fribourg, qu'il ne quitte pas avant le mois de février 152/i.. Du côté de la Cité non plus, il ne semble y avoir eu à son égard que des dispositions favorables ; car, au moment de son départ, une décision des magistrats du 8 février

Jo24 lui alloLiail, pour les Frais de son voyage, une graLifîcaLion, viaticum, de 6 florins.

Quoi qu'il en soit des causes et des termes de cette rupture, l'impatience avait flni par gagner l'esprit irritable autant qu'inconstant d'Agrippa. En efl'et, il ne s'éloigne pas sans avoir lancé à la ville hospitalière qu'il abandonne ainsi, une de ces invectives passionnées comme celle qu'il avait proférée précédemment contre la ville de Metz, comme celle qu'il devait jeter plus tard encore à la cour des Pays-Bas. Le 22 janvier lo24, à la veille de son départ, il date une de ses lettres de Pribourg, qualifié par lui, dans cette occasion, de ville privée de toute culture scientifique, Fx Friburgo Helvetiorum, omnium scientiarum cultu deserto ac destituto ^ (Ep. III, 36). A Pribourg, de même qu'à Metz antérieurement. Agrippa avait dû vivre, nous l'avons fait remarquer déjà, au milieu d'un foyer ardent de catholicisme où avaient pu se trouver gênées les libres hardiesses de son esprit indépendant. De là, dans l'un et l'autre cas, l'amertume qui inspire la double invective que nous avons mentionnée ; c'est le sentiment même qui, se manifestant sous une autre forme, produira plus tard le trait final oi\ s'accentue, comme nous l'avons dit précédemment,

1. M. A. DagLiGt a viclorieuseinenL vengé sa ville natale de coUe injiiale accusaLlon, dans son ouvrage iï Agrippa chez les Suis.m. (Jn U-ouvora, sur l'invective d'Agrippa., quelques observations dans une note de l'appendice (n" XV).

Ai CHAPITRE CINQUIÈME

l'esprit même de son traité do l'incertitude et de la vanité des sciences.

Agrippa laissait pourtant à Pribourg des amis dignes do ses regrets ; il en convient lui-même dans la première lettre qu'il a datée de Lyon, le 3 mai 1524, après les avoir quittés.

— J'ai laissé, dit-il, à Fribourg des amis que je n'oublierai jamais, apud Friburgum insuper perpétuas reliqui mihi amicos (Ep. 111, S8).

M. A. Daguet l'ait néanmoins remarquer que, à partir de 1526, on ne trouve plus, dans la correspondance d'Agrippa, aucune lettre échangée avec personne dans cette ville.

En quittant Fribourg, Agrippa se rendait à Lyon, pour y entrer en possession d'un emploi, objet, à ce qu'il semble, d'une espérance depuis assez longtemps déjà ouverte à son ambition ; mais dont la réalisation aurait été, paraît-il, suspendue jusqu'alors par des difficultés résolues depuis peu de temps seulement. C'est au moins ce que donnent à penser certaines expressions, pour nous énigmatiques, d'une lettre écrire alors, sous la date du 5 janvier 1524, à Cantiuncula.

— J'ai dû passer à Fribourg, dit Agrippa, cette dernière année, tenu en échec par l'envie, ut locmn cederem invidiœ; mais maintenant tout est arrangé, et je vais revenir en France (Ep. III, 52).

Dès 1522, si l'on s'en rapporte à une autre déclaration d'Agrippa, un emploi honorable et avantageux lui aurait été offert dans ce pays (Ep. III, 24).

AGUIPPA A COLOGNE, A GENÈVE ET A PaiBOUUG -43

Cet emploi pourraiL bien avoir été celui que, au commencement de 1524, il venait prendre à Lyon. C'était, avec le titre de médecin du roi, medicus regius, un service spécial auprès de la reine mère, Louise de Savoie. Les amis auxquels Agrippa devait cette laveur étaient, dit-on, Symphorien Bullioud, évôque de Bazas, et Jean Chapelain, investi lui-môme, ainsi que plusieurs autres, de ce titre de médecin du roi dont Agrippa se voyait honoré.

Dans une lettre écrite un peu plus tard, le 3 novembre J326, à ce dernier, Agrippa en disgrâce alors, revenant avec amertume sur l'accueil d'un caractère si différent qu'il avait reçu d'abord à la cour de France, parle des propositions qui, à l'époque précisément où il s'y rendait en 1324, lui étaient faites de la part du duc de Bourbon ; et il ajoute que, s'il y avait prêté l'oreille, il se trouverait riche et heureux, sans s'être vu réduit, comme il l'avait été, à passer de la noble condition de chevalier doré aux occupations, peu relevées dans bien des cas, d'un humble médecin, d'un mangeur d'ordure, ose-t-il dire ^

Nous trouvons dans cette lettre une allusion aux ouvertures, dont il a été question tout à l'heure, laites à Agrippa au nom du duc de Bourbon, avec lequel il devait avoir un peu plus tard des rapports dont nous aurons à nous occuper ultérieu-

1. "■ Nec opiis fuissot, mo liic ox auralo mililo, Principis Lune « scalopliagum medicuin lieri »(Ep. IV, G2}.

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rement K Nous ne nous arrêterons pour le moment qu'au trait satirique lancé à la fin de l'épîtro, dans les termes que nous venons d'indiquer.

Nous ci-oyons devoir signaler ici ce trait, parce qu'il contient la première mention faite par Agrippa de la fameuse qualité de chevalier doré, miles auratus, eques auratus, h laquelle il prétendait, el qu'il revendique depuis lors en plus d'une occasion.

Constatons d'abord que la manière dont il s'exprime, dans le passage que nous venons de citer, implique bien qu'il entendait avoir joui de ce titre de chevalier avant d'être médecin do la reine; puisqu'il se plaint d'avoir alors perdu les avantages de la chevalerie, et non pas d'avoir, en acceptant son nouvel emploi, renoncé à une occasion de les obtenir, au service par exemple du cluc de Bourbon, qui s'offrait en même temps à lui, et auquel il se refusait à ce moment même Il ne s'agissait donc pas pour lui de les acquérir. Ce n'est pas là, en effet, ce qu'il dit. Il parle positivement du sacrifice de la

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