Voir la note 1, ci-dessus, p
dente exagération de cette conclusion justifie les réserves que nous avons faites précédemment à cet égard. La lettre d'ailleurs contient certaines expressions d'oij. il résulte que, môme avant ses entretiens avec Tritheim, Agrippa pensait déjà à cet ouvrage. Quant à ce qui regarde l'œuvre en elle-même, ce que nous en avons dit précédemment suffit pour montrer combien sont peu fondées les prétentions d'Agrippa d'avoir purifié les sciences et les arts occultes, ce qu'il appelle la magie, des superstitions grossières accueillies et recommandées par ses devanciers '. Malgré tout le dédain qu'il affecte pour leurs ouvrages, il ne fait guère que les copier. Les doctrines erronées et abusives qu'il leur reproche se retrouvent dans son livre, et il ne l'emporte guère sur eux que par l'heureuse idée de répudier, en dépit de ses protestations d'admiration, le titre décrié de magie, pour y substituer celui de philosophie occulte, contre lequel ne s'élevaient pas encore les mêmes préventions. Ce qu'il avance d'ailleurs louchant l'autorité de ce litre de magie dans l'antiquité est fort contestable. Les plus vieux documents historiques nous montrent la magie en mauvais renom chez les anciens comme chez les modernes ^
1. Nous avons donné un aperçu de cet ouvrage dans notre chapitre premier, ci-dessus, p. 66.
2. Voir p. XXXII de notre introduction ce qui est dit de l'opinion énoncée par Pline à ce sujet.
En adressant son livre à Tritheim, Agrippa le remettait à un juge plus qu'indulgent. La réponse de celui-ci n'est qu'un long et chaleureux éloge. La langue d'un simple mortel peut à peine exprimer la volupté que la lecture du merveilleux ouvrage a causée au savant abbé. Le jeune écrivain a, suivant lui, pénétré des mystères demeurés cachés aux hommes les plus doctes. On ne peut qu'approuver cette œuvre admirable, et l'on doit souhaiter que l'auteur, donnant l'essor à son génie, s'élève plus haut encore, sans se laisser arrêter par aucun obstacle importun. Son rare esprit est fait pour les conceptions les plus sublimes. Cependant, après avoir épuisé toutes les formes d'une louange exagérée, Tritheim, en homme avisé et instruit par une longue expérience, ajoute pour terminer son épître une recommandation pleine de sagesse, à laquelle il ne manque pour nous toucher que de s'appliquer à un sujet qui en soit plus digne.
— Nous n'avons plus maintenant, dit-il, qu'un conseil à te donner; et ne l'oublie jamais. Au vulgaire ne parle que de choses vulgaires; réserve pour tes amis particuliers les secrets d'un ordre
plus élevé (Ep. I, 24). '
Nous avons parlé précédemment de l'oeuvre à laquelle Tritheim prodiguait les éloges dont on vient de voir l'expression. Bien que nous ne connaissions aujourd'hui le livre d'Agrippa que dans une forme définitive qu'il n'avait pas encore atteinte à cette date, nous avons tout lieu de croire que son com-
plet achèvement n'y a rien ajouté d'essentiel et qui pût en modifier l'esprit; puisque ce supplément de travail appartient à une époque où l'auteur n'accordait plus aucune confiance aux sciences occultes qui en font l'objet, et ne s'occupait plus de celles-ci, comme il l'avait fait dans sa jeunesse peut-être, avec l'ardeur et la foi de néophyte, seules capables d'enfanter des conceptions nouvelles sur ces matières suspectes, et vivement controversées. Le traité de la philosophie occulte que Tritheim a eu sous les yeux ne devait donc pas au fond différer beaucoup de celui que nous connaissons. Comme lui, il était divisé en trois livres. Si ceux-ci étaient un peu moins étendus qu'ils ne le sont devenus par la suite, si le troisième, notamment, était encore, ainsi que nous l'apprend Agrippa lui-même, à l'état d'ébauche seulement, au moins est-il à peu près certain que l'ouvrage renfermait déjà les doctrines caractéristiques dans leur étrangeté, que nous y trouvons : un tableau des trois sphères d'ordre terrestre, céleste et intellectuel, c'est-à-dire une étude sommaire des corps animés ainsi que des corps inertes qui sont du domaine de la matière, sur la terre aussi bien que dans le ciel, ce qui constitue un système de la nature ; l'explication des lois qui président à la marche des corps célestes, et celle des rapports mystérieux qui existent, suivant ces doctrines hasardées, entre les mouvements de ces corps et le développement des faits terrestres, . source des théories de l'astrologie et des sciences
divinatoires; enfin l'examen du système hiérarchique des intelligences, depuis Dieu jusqu'à l'homme, en passant par le régime intermédiaire des démons bons et mauvais, conceptions d'oii procèdent la démonologie, la science des évocations, la nécromancie.
Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit précédemment de ce singulier ouvrage , qu'il nous aura suffi de rappeler ainsi pour montrer à quel point de ses travaux en était Agrippa, au moment de sa vie où nous sommes parvenus. L'année 1509 l'avait vu successivement h Avignon, oii il s'arrête un instant, au retour de son excursion en Espagne, à Lyon ensuite, puis àAutun,à Châlons, à Dole, peut-être encore à Wurtzbourg, où il a dû visiter Tritheim, au plus tard vers cette époque. L'année suivante, en ISIO, obligé de quitter la Bourgogne, où il avait pu un instant espérer se fixer, il passe, comme nous l'avons dit, en Angleterre, C'est de Londres qu'on le voit adresser au moine Catilinet sa mordante réponse aux attaques dirigées par celui-ci contre les lectures publiques de l'université de Dole, sur le traité de Reuchlin De verho mirifico.
Agrippa donne à penser, d'après certaines expressions trop peu explicites malheureusement d'un de ses écrits, qu'il avait été conduit en Angleterre par quelque commission ou affaire secrète sur la nature de laquelle il ne s'explique pas '. Le séjour à Lon-
1. «Apucl lii ilamios... occulUssimutn (juoiJdam lune agobaiii « iiegoLium. » (Opéra, t. II, p. 596.)
dros eut au l'esle pour lui ce résulUaL inLéressant de lui fournir une occasion d'entrer, plus sérieusement qu'il ne l'avait fait encore, dans un genre d'études qu'il avait à peine effleuré ce semble jusque là, l'étude des lettres sacrées proprement dites; car c'est assez gratuitement qu'il donne quelque part ce titre spécial aux travaux nécessités par ses leçons de Dole sur le traité de Reuchlin ', Lui-même nous apprend que pendant son séjour à Londres, en 1510, il se livra sous la direction de Johannes Goletus à l'étude des Épîtres de saint Paul \ C'est probablement ce travail qui lui a fourni la matière des petits commentaires sur saint Paul qui ne nous sont point parvenus ; que plus tard il se plaint d'avoir perdus en Italie; et dont la recherche fait, par la •suite, l'objet d'une partie de sa correspondance avec Gantiuncula, comme nous le verrons ultérieurement.
On est très mal renseigné sur les mouvements et sur les actes d'Agrippa pendant le cours des années ISIO et loH, oii sa correspondance fait presque entièrement défaut. Son séjour en Angleterre ne peut pas s'être prolongé beaucoup , malgré l'importance donnée par lui aux travaux qu'il prétend y avoir exécutés ; car il ne dut pas y arriver avant le prin-
1. « Primum in Dola fiurgandiie publica lectura sacras lileras « profeS3us sum. » fibid.)
2. « In Hritanniam trajiciens apiid Johannem Coletiim,^.. ni « diviPauli epistolas dosudavi. » (Ibicl.)
temps de l'année 1510 au plus tôt; et, dans le courant de la même année, il était de retour dans sa ville natale, à Cologne, où il soutenait des thèses de théologie; thèses que, dans le langage de l'École, on qualifiait, comme nous l'apprend aussi Agrippa, du mot barbare de quodlibeta '. Si c'étaient pour Agrippa des épreuves destinées à lui procurer l'acquisition d'un grade universitaire, on peut regarder comme douteux qu'il ait alors atteint ce résultat, malgré le témoignage qu'il se rend à lui-même de ses succès dans cette circonstance; car il semble exprimer un peu plus tard, en lol9, le regret de n'avoir pas poussé ses études dans cette direction jusqu'à conquérir en théologie la maîtrise, qu'il avait obtenue dans la faculté des arts, c'est-àdire dans les humanités. En effet, à propos de ce grade de maître ès arts, et des peines qu'il lui avait coûtées, Agrippa se plaint de n'avoir pas consacré plutôt son labeur et son temps aux bonnes lettres, bonse literx \ Or, ce qu'Agrippa nommait les bonnes
1. « Ex Britannia aulem recedens, apud Colonienses meos, <c coram universo studio totoque tlieologico cœtu, theologica « placita, quse vos vocabulo non admodum lalino quodlibeta « dicitis, haud non Iheologice declamavi. » (Ibid.). On appelait thèses quodlibétales ou quodlibétaires celles qui devaient être soutenues non sur un sujet particulier, mais sur toutes les parties de la science.
2. «... Ad laureara usque, magisteriumque desudavi; longe « quidem melius tune facturus, si pro scliolasticis illis nugis* « boni? Iileri3 laborem illuni tempusque impendissem . »
lettres n'était autre chose, on le sait, que les travaux sur les matières religieuses et théologiques. Les thèses quodlibétales, soutenues par lui, étaient, il y a tout lieu de le croire, les exercices d'un candidat et non les leçons d'un maître Ce n'est au reste que tardivement, Agrippa en convient, qu'il s'est livré avec une sérieuse attention aux études théologiques, ou du moins à ce qu'il décorait de ce nom ^ De Cologne où, arrivant d'Angleterre, il n'était que depuis bien peu de temps de retour, Agrippa prend tout d'un coup, en 1311, le chemin de la Lombardie, où l'appelait, dit-il, le service de l'empereur, alors en guerre avec les Vénitiens, Nous allons le suivre dans cette contrée qui devait le retenir pendant près de sept années \ beaucoup plus adonné aux travaux littéraires, il l'avoue lui-même \ qu'à l'exercice des
(Opéra, t, II, p. 628.) Nous avons établi précédemment que ce magisterium dont il est ici question est le grade de maître ès arts. Voy. ci-dessus, p. 126.
1. Bayle dit cependant à ce propos, dans des termes dont il y a peut-être lieu de contester la justesse, qu'Agrippa lit alors a Cologne des leçons publiques, sur les questions de théologie qu'on nomme quodlibétales (sic). (Bavle, Diction, critia. ■ t °I p. 104.) " 1' ■ '
2. Nous avons réuni dans une note de l'appendice (n» V) quelques indications sur les études théologiques d'Agrippa.
3. « In Ttalicis castris septennio iUius (Maximiliani Ca3saris) « stipendie mililavi. » (Ep. VII, 21.)
4. « A Maximiliano Géesare contra Venetos deslinatus, in ipsis « castris, hostiles inter turbas, plebemque cruentam, à sacris 4 lecliombils non destiti. » {Opéra, t. II, p. 596.)
armes, comme il le prétend ailleurs [Ep. VII, 21), et comme l'affirment, d'après ce dernier témoignage d'une valeur fort contestable quoique venant de lui, la plupart de ses biographes.