‹ Corneille AgrippaChapitre 11 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AGRIPPA EN ITALIE

Le nord de l'Italie au commencement du xvi' siècle. — Agrippa au service de l'empereur, à Vérone. — Agrippa au concile de Pise. — Premier séjour à Pavie. — Correspondances avec Bartholomeus Rosatus et avec l'ami de Borgo-Lav.ezzaro. — Protection du marquis de Montferrat. — Premier séjour à Casale. — Second séjour à Pavie; mariage d'Agrippa; leçons sur le Pimander, sur le banquet de Platon. — Les Français à Pavie, avant et après la bataille de Marignan ; les Suisses à Milan; malheurs d'Agrippa. — Second séjour à Casale; correspondance avec le père Jeain Chrysostome de' Verceil; le dialogue sur l'homme; le traité de la connaissance de Dieu. — Séjour à Turin. — Propositions d'emploi de divers côtés ; départ pour Metz.

A partir de 1511, Agrippa reste pendant sept années consécutives en Italie, où son existence est, dit-il ultérieurement, partagée entre la vie des camps et la culture des lettres. Les témoignages fournis par sa correspondance pour cette époque, font voir

que, de ces deux paris dans l'emploi de son temps, la seconde a dû être de beaucoup la plus importante ; car on y cherche vainement la trace de ces fameux services militaires, que depuis lors il rappelle en toute occasion avec tant de complaisance. Ce qu'on sait du peu de dispositions qu'il a manifesté ailleurs pour la vie du soldat, avec sa discipline et ses périls, suffît pour faire soupçonner sur ce point l'exacte vérité, malgré la rareté des documents ; les lettres de cette époque étant malheureusement peu nombreuses. L'apprentissage qu'Agrippa, trois ou quatre ans auparavant, avait fait en Espagne de la profession des armes, acceptât-on comme fidèle le tableau qu'il en a donné lui-même, fournit à cet égard des preuves décisives; il avait pu garder de ces premiers exploits une impression qui paraît avoir été définitive, on a tout lieu de le croire.

Afin d'apprécier avec connaissance de cause ce qu'on doit penser des assertions d'Agrippa sur sa vie militaire en Italie, et pour se rendre compte de Texistence qu'il a été dans le cas de mener alors dans ce pays, des conditions dans lesquelles il y est arrivé, des raisons qu'il a eues plus tard de s'en éloigner, il convient de rappeler succinctementles événements qui se sont accomplis dans la contrée pendant les sept années qu'il y a passées, du commencement de ISH aux premiers mois de 1518.

Les faits dont Agrippa a été témoin en Italie, appartiennent aux complications politiques où vient sombrer en 1312 la domination de Louis XII, et oîi

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se prépare ensuite et se consolide, avant de dispa^ raître à son tour, celle de François I" dans le Milanais, à partir de 151S. On sait quelles étaient les prétentions des souverains de la France sur certaines parties de l'Italie, dans le midi aussi bien que dans le nord de la Péninsule. Dans le midi, au royaume de Naples, ils réclamaient l'héritage de la maison d'Anjou; dans le nord, en Lombardie, il s'agissait de celui de Valentine Visconti, aïeule du roi Louis XII, aux droits de laquelle ce prince visait à la possession du duché de Milan et du comté d'Asti, avec leurs dépendances. Ces prétentions devaient finalement céder devant l'ascendant de la maison d'Autriche, définitivement assuré un peu plus tard par Charles-Quint; mais auparavant il leur était réservé de prévaloir momentanément, au profit d'abord de Louis XII, en possession du Milanais pendant treize années environ à partir de l'an 1499, puis de François I" qui le tint, à son tour, pendant une période de sept années à peu près, de ISlo à 1522, La ruine des affaires de Louis XII et le rétablissement de celles de François I", tels sont les deux grands événements qui s'accomplissent dans le nord de l'Italie, pendant les sept années que, de 4511 .à 1518, y a passées Agrippa. L'empereur Maximilien n'a dans ces faits qu'un rôle assez effacé, en comparaison surtout de celui que devait prendre ultérieurement sur le même théâtre son petit-fils Charles-Quint, dans sa lutte avec le roi François P^ Cependant, comme c'est pour le servir qu'Agrippa

vient alors dans cette contrée, il importe de voir quel caractère y avait, à ce moment, la situation de ce prince.

■ Le rôle de Maximilien en Italie était alors à peu près réduit à l'exercice de quelques droits personnels qu'il possédait, comme archiduc d'Autriche, sur le Frioul, sur Trévise, Feltre, Concordia, Udine et Trieste, et à la conservation des droits de l'empire, lesquels étaient tombés à fort peu de chose dans la Péninsule, à cette époque. A Naples, ils étaient nuls; à Rome, ils avaient été à peu près annihilés par les développements de la puissance pontificale; en Lombardie, ils consistaient dans la possession de quelques territoires, sur l'Adige principalement. Après . cela, viS'à-vis des petits états, républiques et principautés, qui se partagaient le reste de l'Italie, les droits de l'empereur ne comportaient rien de plus qu'une simple supériorité s'exerçant par les investitures, avec quelques redevances conservées dans certains lieux. Toute l'action politique de Maximilien en Italie s'appliquait, dans ces termes, à la défense des terres de peu d'importance dépendant, soit de son archiduché d'Autriche, soit du domaine impérial, et à la sauvegarde des droits de supériorité qu'il pouvait exercer ailleurs comme souverain, en se faisant payer, autant que possible à haut prix, certains services qu'on avait à réclamer du chef de l'empire, collation d'investitures, concession, reconnaissance ou confirmation de droits et privilèges. Quelquefois, mais plus rarement, il intervenait

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d'une manière directe dans des querelles terminées par des traités où pouvaient être stipulés, en sa faveur, des subsides et des pensions.

- Maximilien était avide et intéressé; il était, en outre, capricieux et faible dans l'action. Machiavel dit de lui, d'après le témoignage d'un homme qui l'avait vu de près : L'empereur Maximilien, aujourd'hui régnant, ne prend conseil de personne, et néanmoins ne fait jamais rien suivant ses opinions propres. Il est réservé, ne communique ses projets à qui que ce soit, mais il écoute trop, au moment de l'exécution, les critiques de ceux qui l'entourent; de sorte que l'on ne sait jamais, et qu'il ne sait pas lui-même d'avance, à quel parti définitivement il s'arrêtera'. Ce portrait est celui d'un homme irrésolu. Dans ces conditions, un souverain ne saurait être un grand guerrier. Tel était Maximilien. La politique devait être plus que la guerre dans les données du rôle que comportait son caractère; on pouvait le servir, et c'est ce que paraît avoir fait Agrippa, sans être inévitablement conduit sur les champs de bataille.

A l'époque oîinous nous plaçons, vers le commencement du xvi« siècle, le nord de l'Italie était principalement occupé, sous la suzeraineté plus ou moins acceptée de l'empereur telle que nous l'avons indiquée, par l'État de Venise et par le duché de Milan ; et entre ces deux souverainetés se trouvaient quelques places, comme Vérone, Vicence etPadoue, qui

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