‹ Corneille AgrippaChapitre 13 sur 22 · Voir à l'appendice la note VIII · texte numérisé non relu

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2. Est-ce à cette époque qu'il faut rapporter la composition de ses Commentaires sur VArs brevis de Raimond LuUe que, vers 1 517, il dédiait au commandeur de Saint-Antoine? Il lui dit alors qu'il les avait déjà depuis longtemps entre les mains; et peut-être doit-on, d'après cela, reporter à une date antérieure encore l'exécution de cet ouvrage; mais il faut rapprocher des travaux accomplis alors par Agrippa ses petits traités religieux, composés vers 1515-1517, sur l'homme, sur la connaissance de Dieu et sur le péché originel.

dois couvrir d'un absolu silence et cacher au plus profond de Ion cœur ce mystère auguste; car ce serait une véritable impiété de publier cette doctrine pleine de la majesté de Dieu même. (Ep. I, 31).

Si la cabale occupait encore Agrippa, c'était alors pour lui un moyen surtout d'agir en secret sur certains esprits. Il ne voulait plus en faire, on le voit, comme jadis à Dole, le drapeau d'une propagande ouverte, le texte d'un enseignement public. Nous savons de quel sujet avait maintenant fait choix, pour ce dernier objet, le théologien du concile de Pise. C'était encore d'une science en quelque sorte hétérodoxe qu'il voulait parler. Agrippa était de ces esprits hostiles à la tradition, rebelles au joug de la discipline, auxquels il faut à tout prix des voies nouvelles. Il faisait de la philosophie, mais c'était de la philosophie hermétique. Il avait pris en 1515, nous l'avons annoncé tout à l'heure, pour texte de ses leçons à l'université de Pavie, le prétendu traité d'Hermès Trismégiste, inlilnlé Pùnander, sur la puissance et la sagesse de Dieu.

Nous avons dit dans notre introduction ce que c'était que la science hermétique, corps d'antiques doctrines formulées définitivement au sein des écoles gréco-orientales d'Alexandrie. Nous avons dit ce que c'était qu'Hermès Trismégiste, c'est-à-dire trois fois grand ; personnage imaginaire présenté tantôt comme un dieu, tantôt comme un mortel d'un caractère soit héroïque, soit sacerdotal, auquel on avait, dès l'antiquité, attribué des ouvrages T. I. n

apocryphes dont le nombre s'accrut même au moyen âge, et jusque dans les temps modernes. Quelquesuns de ces ouvrages pourraient bien remonter, croit-on, jusqu'aux premiers siècles de notre ère et appartenir à l'oeuvre des philosophes alexandrins. Ces écrits, plus anciens que les autres, étaient précisément ceux qui avaient été le plus oubliés dans le moyen âge ; et, lorsqu'à l'époque de la renaissance ils furent remis au jour, on les accueillit avec cette curiosité respectueuse qu'on accordait aux chefs-d'œuvre de tout genre de Pantiquité remise en honneur, sortant alors de la poussière et de l'obscurité, aux yeux émerveillés des hommes.

L'un de ces écrits récemment tirés de l'oubli était un traité en langue grecque, composé d'une série de dialogues, où il était question de l'origine des choses et de la ci^éation; de Dieu, de son essence et de ses attributs. Un moine italien, Léonardus Pistoriensis, l'avait, disait-on, retrouvé en Macédoine et rapporté à Florence, où il était tombé entre les mains du docte Marsile Ficin, qui, dans la seconde moitié duxv' siècle, en avait fait une traduction latine publiée alors et dédiée à Gosme de Médicis. Le texte grec ne fut donné que plus tard au public par Vergés, et imprimé par Turnèbe à Paris én 15S4. Marsile Ficin avait intitulé sa traduction latine Pimander, ou traité de Mercure Trismégiste, de la puissance et de la sagesse de Dieu : Pimander, Mercurii Trismegisti liber, de potestate et sapientia Bai. Le nom de Pimander venait de celui de Poimandrès, formé lui-même sur le grec

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itot[AavTi^p, berger, conducteur, directeur, et personnifiant l'esprit de la puissance divine, m.ens divinse ■potentise. C'était le nom de l'un des interlocuteurs mis en scène dans ces dialogues ; il était dû à Marsile Ficin lui-même, premier traducteur du vieux traité. Plus récemment Lefèvre d'Etaples avait fait imprimer à Paris, en ISOS, une nouvelle édition de la publication de Marsile Plein, augmentée de commentaires où il s'efforçait de mettre d'accord avec les doctrines du christianisme, ces thèses singulières empruntées au gnosticisme des Alexandrins. Les notions réunies ainsi procèdent d'une philosophie panthéiste imprégnée de spiritualisme. Elles sont loin, du reste, de former un système consistant. Le Pimander n'est rien moins qu'un traité. Certaines discordances faciles à y relever semblent même indiquer, dans les dialogues qui le constituent, un rapprochement fortuit et des origines distinctes.

On trouve dans le Pimander trois ou quatre systèmes de genèse différents. Dans le dialogue premier, c'est Dieu le père ou Esprit enfantant Dieu le fils ou Verbe, d'oîi procède une troisième personne divine, le Créateur, de qui viennent les sept gouverneurs des sept sphères du monde, puis les créatures, et l'homme enfin qui, voulant créer à son tour, engen*^ dre la forme dénuée de raison. Ailleurs, dans les dialogues huitième, neuvième, dixième et onzième, c'est Dieu le père, le Monde fils de Dieu, et au-dessous d'eux l'homme, dieu terrestre, qui sont tout et de qui tout procède. Il y a encore, suivant le dialogue

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douzième, rÉLernilé engendrée par Dieu, le Monde produit par l'ÉLernilé, le Temps par le Monde, la Génération par le Temps.

Au-dessus de ces systèmes genésiaques planent certains principes panthéistes reproduits en divers passages. Tout est dans Dieu ; hors de Dieu, il n'y a rien. Dieu est tout; tout est immortel. Créateur et créature, (jenitor et genùus, forment un tout indissoluble. Ce qui est engendré, c'est ce qu'on voit ; ce qui est éternel, c'est ce qui reste caché. Rien ne finit ; la mort n'est qu'un changement, une dissolution des mélanges. La génération, c'est la vie rendue apparente ; la mort, c'est la vie qui se cache. De la bonté de Dieu ressort la bonté de tout ce qui existe.

A côté de ces principes généraux, on saisit un grand nombre de propositions particulières qui reflètent le gnosticisme et le mysticisme des Grecs d'Alexandrie. Toute partie du monde est animée par un démon qui lui est propre. Les nombres sont le fondement de tout. Les âmes soumises à la métempsycose passent du reptile au poisson, de celui-ci à l'animal terrestre, puis à l'oiseau habitant do l'air, puis à l'homme, d'où elles vont aux démons et aux dieux. L'homme est né de Dieu, qui est vie et lumière. Cependant, parmi les hommes. Dieu ne communique l'esprit qu'à ceux-là seulement qui sont pieux et religieux. Le vrai, qui est Dieu, n'a ni couleur, ni figure, ni corps en quelque sorte. Par la contemplation, la connaissance de Dieu descend en nous; la contemplation cessant, nous retombons

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dans l'ignorance. L'homme vit en union avec Dieu, la nuit par les songes, le jour par les prodiges ; de là les révélations et les prédictions. Ces doctrines, on le voit, partant des hauteurs d'un spiritualisme raffiné, plongeaient en s'abaissant dans un panthéisme mystique, et arrivaient jusqu'au seuil des arts divinatoires et de la magie.

Tels sont les principes contenus dans le traité lu et commenté par Agrippa, en 'l51o, à l'université de Pavie. Comment réussit-il à exposer convenablement de semblables idées dans une chaire de théologie chrétienne? Probablement en ayant recours à des interprétations symboliques, à des analogies plus ou moins spécieuses, h d'adroites omissions : procédés conformes à ceux qu'emploie dans son commentaire Lefèvre d'Étaples, dont il avait peut-être le livre e^ntre les mains. Il y avait, en tout cas, dans ce sujet, tout ce qu'il fallait pour autoriser les hardiesses et les nouveautés dont on était surtout friand alors, et qui convenaient tout particulièrement à l'esprit d'Agrippa.

Nous ne savons pas si les leçons d'Agrippa sur le Pimander retinrent bien longtemps l'attention de ses auditeurs ; mais nous savons qu'elles excitèrent vivement, à leur début, la curiosité publique. Celleci était tout naturellement provoquée, comme nous venons de le dire, par le choix môme du sujet ; elle l'était bien plus encore peut-être par le caractère du professeur. C 'était un homme très jeune pour un pareil rôle, il n'avait pas trente ans et se présentait,

non comme un lettré, comme un savant de profession, mais comme un soldat détaché accidentellement de la vie des camps. Nous avons déjà dit qu'Agrippa, en toute occasion, affichait de grandes prétentions àla gloire des armes, et qu'il lui plaisait de passer pour un guerrier. Nous avons dit aussi combien ces prétentions étaient peu justifiées. Voici un nouveau témoignage de ce singulier travers de son esprit.

Sans connaître avec beaucoup de précision ce qu'avait été l'existence d' Agrippa depuis qu'il était en Italie, nous en savons assez pour être certains que, malgré son apparition dans le camp de l'empereur à son arrivée dans ce pays, sa vie n'y avait été nullement celle d'un soldat. Il se donne cependant à ce moment pour tel, obéissant par là sans doute à la tendance qui l'a toujours porté à se targuer de ce genre de mérite ; mais voulant certainement de plus, par esprit de charlatanisme, provoquer ainsi l'attention qu'éveille toujours un homme qui paraît se prêter accidentellement à un rôle qu'on peut croire étranger à sa condition habituelle.

Nous possédons, avons-nous dit, le discours prononcé dans sa première leçon par Agrippa Son apparition dans une chaire d'enseignement avait attiré tout ce que Pavie, centre d'études et de vie

1. Oratio habita Papia; in prxleciione Hermetis Trismegisli, de polestate et sapienlia Dei. — Anna MDXV. — (Opéra, t. II, p. 1073-10S4.)

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intellectuelle, renfermait d'hommes distingués, et avec eux un personnage considérable, le marquis de Mantoue, Jean-François de Gonzague, un de ces petits princes qui, dans la politique embrouillée de l'époque, menaient, honorablement du reste suivant les idées et les usages de leur temps, la vie de condottiere, plutôt que celle de souverain. Agé de près de soixante ans en 1513, Jean de Gonzague avait servi l'une après l'autre toutes les causes en Italie. A un certain moment, il avait, en raison d'un grief personnel, quitté le parti de Louis XII, pour celui de l'empereurMaximilien. Mêlé dès lors aux ennemis des Français, il se trouvait maintenant l'ami du duc Sforze, rentré depuis trois années dans le Milanais ; c'est ce qui explique sa présence à Pavie en 1515, quand Agrippa, qu'il pouvait avoir entrevu en 1511 sur l'Adige, au camp de l'empereur, parut dans la chaire de théologie de la célèbre université de cette ville. Il assiste en curieux à sa première leçon.

— Illustre marquis, dit en commençant Agrippa, et vous personnages éminents et recommandables, vous voyez devant vous un homme qui, après mainte traverse, après les dures leçons d'une fortune contraire, fatigué par trois années de guerres et de travaux de toute sorte, s'est longuement demandé comment il lui serait possible d'éch apper à ces éoueils, et de sortir de cette mer toute sanglante pour gagner le port. Il me fallait un emploi honorable en même temps que lucratif. J'ai cru le trouver dans une fonction qui peut s'accorder avec le métier des ar-

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mes. Je veux exposer devant vous les secrets mystères de la plus sublime philosophie. Familiarisé dès mon jeune âge avec l'étude, je me suis trouvé porté par l'influence des astres, par le génie divin, et par mes propres dispositions, vers la contemplation, attrayante par-dessus tout, de l'ordonnance et des secrets de la nature; et rien ne peut mieux me convenir que de me présenter sous l'égide de la sacro-sainte philosophie, devant la jeunesse qui peuple cette florissante université. Mais ne m'accusera-t-on pas de présomption et de témérité, en me voyant, presque barbare au milieu de cette nation, soldat jusqu'à ce jour, et en habit étranger, franchir les degrés de cette chaire et oser, si jeune encore d'années, vous promettre des choses dont l'importance réclame ordinairement la gravité et la maturité d'un vieux docteur? Je ne le crains pas. Je considère surtout la perspicacité de votre intelligence ; je me rappelle, en outre, qu'ailleurs déjà j'ai su remplir avec succès l'emploidont je veuxme charger aujourd'hui, et je me dis qu'après tout ce n'est pas du nombre des années, mais des forces de l'esprit, que vient la science.

Après ce début insinuant. Agrippa rappelle au marquis de iVlantoùe qu'il a pu le voir, pendant ces dernières années, investi d'un commandement militaire, dans le camp de l'empereur '. Il revient encore

1. Los expressions proxiinis liis annis devaient faire croire qu'Agrippa avail, pendant ios dernières années, vécu dans les

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sur lo contraste, qui semble lui plaire beaucoup, de sa condition antérieure d'homme de guerre et de sa situation présente dans une chaire de théologie, sacrarum litevarum ptdpito prœpositus. Il prie ses jeunes auditeurs de ne pas se scandaliser de ce titre sanguinaire de soldat. Il cite l'exemple d'illustres guerriers qui ont manié la parole et la plume aussi bien que l'épée. Il nomme César et Charlemagne. Les armes d'ailleurs sont, dit-il, d'institution divine ; Judas Machabée a reçu les siennes de Dieu lui-môme. Il n'y a donc aucune raison pour le repousser, lui, d'une situation où l'appellent la voix et les encouragements de ses amis, le sentiment de ses devoirs envers Dieu et envers les hommes, et par dessus tout les circonstances propices qui ont fait succéder aux troubles et aux fatigues de la guerre la paix et la liberté, sous la protection de l'illustrissime et victorieux Hercule Maximilien Sforze, huitième duc de Milan, que Dieu protège. L'orateur annonce ensuite qu'il veut expliquer les

camps. Nous savons qu'il n'en est rien. Il se donne en même temps le titre de mililibus prwfectus. Son manque habituel de sincérité, en ce qui regarde ses prétendus services militaires, nous autorise à ne pas nous arrêter beaucoup au sens rigoureux que pourraient avoir ces expressions. Quant à l'audacieux appel qu'Agrippa ne craint pas de Taire aux souvenirs du vieux marquis de Manloue, ce n'est évidemment qu'un trait de hardiesse sans grand inconvénient, vis-à-vis d'un homme dont la mémoire n'avait dû donserver qu'une idée imparfaite du grand nombre de gens qui, dans les camps divers, avaient passé devant lui.

dialogues d'Hermès Trismégiste sur la puissance et la sagesse de Dieu. Il fait l'histoire de cet antique docteur, d'après ce qu'il en a trouvé, dit-il, dans le livre astrologique de Rab Abraham Avenazre. Suivant lui, le patriarche Abraham aurait eu d'une concubine un iils nommé Mydas qui fut père d'Énoch, et c'est celui-ci que sa science aurait fait surnommer Hermès ou Mercure ; ce qui est, dit Agrippa, d'accord avec les récits d'Eusèbe, de Diodore et de Lactance. Cet Énoch, surnommé Hermès ou Mercure, aurait donné aux Egyptiens des lois ; il leur aurait appris l'astromie, leur aurait enseigné l'harmonie des mots et des nombres, la médecine, la palestre. Le premier parmi les philosophes, il se serait élevé de la connaissance des choses physiques et mathématiques à celle delà divinité, et aurait inventé la théologie. H aurait enfin rédigé, pour y déposer cette universelle science, 26,525 volumes tout remplis de choses merveilleuses, où il annonce la ruine de l'ancienne religion et la venue du Christ ; ce qui a donné occasion à saint Augustin de se demander si c'est par les astres ou par les révélations des esprits qu'il a pu connaître de si grands mystères Lactance le compte parmi les sibylles et les prophètes. Il a surpassé tous les philosophes; il était prêtre, et les Egyptiens l'ont créé

1. Ceci est emprunté par Agrippa à MarsileFicin, suivant lequel saint Augustin se serait fait cette question à propos d'Hermès Trismégiste : «. Perilia ne siderum, an revelatione spirituum illa cognoverit. » {Opéra, t. 11, p. 1078, 1079.)

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roi. De là vient qu'on l'a surnommé Trismégiste, ou trois fois grand. Agrippa, on le voit, a des informations complètes, trop complètes peut-être, sur la personne de son auteur. Il sait même comment il est mort, et il connaît ses dernières paroles à ses disciples, lorsqu'il a quitté la terre pour retourner à la cité éternelle, dont la corruption de la mort ouvre à tous les portes.

Après avoir parlé de l'auteur. Agrippa en vient à parler du livre. Le titre de celui-ci est Pimander. Il contient las plus profonds mystères de la plus vieille théologie, avec les secrets de l'une et l'autre philosophie, sur Dieu et le monde, sur l'esprit, sur les démons et sur l'âme, sur l'ordre de la providence, le destin, la religion et ses mystères, les prières secrètes, l'union avec Dieu, de divino connubio, et la régénération.

— Voilà, dit alors Agrippa, ce que je vous expliquerai, soit théologiquement, soit philosophiquement, ou bien par les procédés de la rhétorique et de la dialectique, suivant les exigences du texte ; en citant les autorités, les opinions, les exemples et les passages des lois canoniques ou des lois civiles qui s'y rapportent. Puisse la double faculté de philosophie et de médecine, puisse celle de théologie, puisseixt l'autorité des saints canons et la majesté des lois me pardonner de toucher à quelques-uns de leurs dogmes. Dans cette université, je le sais, ils sont sous la garde d'excellents docteurs et de savants professeurs, lectores ordinarii. Je ne sauraisfaire

injure à ceux-ci, en associant mon œuvre à la leur, et en partageant avec eux le fruit de mes travaux. Je m'engage à ne laisser sans explication rien de ce qui, dans ces doctrines, peut se rapporter aux autres sciences. J'espère y réussir grâce au Pimander de Mercure trois fois grand, grâce à l'esprit de la puissance divine, Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, véritable Pimander, que je confesse véritablement Dieu et homme, et auteur de notre régénération '.

Agrippa proteste ensuite de sa volonté de ne jamais rien dire ni rien écrire qui ne soit approuvé par l'Église, par le chœur des fidèles, par le collège sacré des évêques et le souverain pontife qui est à sa tête. Il soumet à leur jugement ses opinions; il se déclare toujours prêt h recevoir, en tout esprit de charité chrétienne, les censures et les corrections qui lui seront imposées par ceux qui ont autorité pour le faire, ou par tout autre, mieux informé qu'il n'a pu l'être lui-même. Il prévient, en outre, qu'il suivra également dans ses discussions, soit les procédés scolasliques des stoïciens et des péripatéticiens, lesquels, en présence d'une proposition, s'attachent à une question particulière à l'aide de laquelle ils combattent tout le reste; soit la méthode de Socrate et

1. « Favente nobis ipso ter maximi Mercurii Pimandro, mente « divina3 potentiœ, Domino videlicet noslro Jesu Clirislo Naza- « reno crucifixo, qui verus Pimander, qui magni consilii Ange- « lus, vero mentis iumine illustrât; quem verum Deum et verum « hommem regenerationis auclorem confilemur, futurique pa- « trem seculi judicem expoctamus. » (Opéra, i- H, P- 1080.)

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de l'académie, où, rapprochant d'un point controversé les diverses questions qui s'y rapportent, on choisit, entre toutes, celle qui semble avoir le plus de vraisemblance et de probabilité. Mais il répudie la manièredes sceptiques, lesquels, trouvant toutes choses incertaines, plaident successivement le pour et le contre, et restent finalement indécis entre les deux, entassant ainsi montagnes sur montagnes et, nouveaux géants, paraissant vouloir s'attaquer aux dieux, et battre en brèche avec leurs sophismes toutes doctrines et jusqu'aux lettres sacrées elles-mûmes. Ces docteurs entêtés, objet de mépris pour les philosophes aussi bien que pour les théologiens et les jurisconsultes, condamnés par les apôtres, par les Pères, par les lois civiles elles-mêmes. Agrippaveut qu'ils s'éloignent de ses leçons et il refuse de les entendre. Quant aux autres, il recevra toujours volontiers leurs objections ou leurs contradictions; et d'une leçon à l'autre il promet d'y répondre, sinon toujours verbalement, ce qui pourrait tourner à inconvénient, au moins par écrit, à l'exemple des anciens théologiens, des Origène, des Basile, des Athanase, des Cyrille, des Didyme, des Eusèbc, des Ghrysostomc, des Nazianzc parmi les Grecs, et, parmi les Latins, des Tertullicn, des Rufln, des Jérôme, des Augustin, aussi bien que de tant d'autres saints personnages qui se sont toujours montrés formellement contraires h ces discussions en paroles, où l'on combat par la force des poumons, plus encore que par celle des arguments, et pour la vaine gloire

de discourir, plutôt que pour l'honneur de la vérité.

— Je ne pouvais pas, dit Agrippa en terminant son discours, m'attendre à parler aujourd'hui, ainsi que je l'ai fait, devant un auditoire où tant d'hommes distingués brillent comme les astres étincelants qui, dans le ciel président par leur influence et leurs mouvements aux événements terrestres. Comment pourrai-je dignement leur rendre grâces de cette insigne faveur? Toi, Jean de Gonzague, illustre et vaillant capitaine, vous tous hommes éminents, recevez avec bienveillance l'hommage du dévouement absolu que vous off're un soldat qui, docteur aujourd'hui, a quitté les armes pour les lettres. Et vous, mes jeunes auditeurs, croyez-moi toujours prêt à vous servir, si l'occasion s'en présentait, par mon bras aussi bien que par ma parole.

A côté du morceau que nous venons de faire connaître et qui appartient à l'année 151 S, les œuvres d'Agrippa en contiennent un autre du même genre, qui malheureusement ne porte aucune date et qui a pu servir aussi de préliminaire à des leçons publiques. Nous ne pouvons mieux faire que de placer ici ce que nous avons à en dire, ne sachant ni à quelle époque, ni dans quel endroit ont dû être faites ces leçons, si tant est qu'elles aient eu lieu en effet. Seraitce également à Pavie, antérieurement à celles de l'année 151S, c'est-à-dire lors du premier séjour d'Agrippa dans cette ville, en 1512? Serait-ce plus tard , à l'université de Turin par exemple , où Agrippa nous apprend qu'il a parlé aussi vers la fin

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de son séjour en Italie? De ces deux hypothèses, la première a contre elle cette considération que le discours de IS'lo ne contient aucune allusion, et il eût été naturel d'en faire une alors, à ces leçons antérieures, si elles avaient eu lieu en effet. Bien plus, le discours de 131 5, par quelques-uns de ses traits que nous avons reproduits, semble indiquer qu'Agrippa osait pour la première fois paraître, ce dont il s'excuse, dans la chaire où on le voit monter à ce moment. Contre la seconde hypothèse, une objection d'une autre espèce résulte de cette particularité, qu'à Turin, oti l'on sait du reste qu'il n'a dû rester que fort peu de temps, Agrippa nous dit avoir interprété dans la chaire de théologie les lettres sacrées ce qui ne s'accorde pas du tout avec le sujet abordé dans le second discours que nous avons sous les yeux. Ce discours concerne le Banquet de Platon ^ ; morceau singulier de philosophie grecque dans lequel il est surtout question de l'amour; beaucoup, il est vrai, au point de vue métaphysique ; mais quelque peu aussi à un point de vue tout différent, où il est signalé comme un ressort de l'ordre social, et cela dans un sens dont nous n'avons pas besoin de rappeler l'étrangeté.

1. « Apud Taurinum gymaasium, theologica lectione in pu- «Wicisscholis, sacras literas publiée irUerpretatus sum. y>(Opera, t. II, p. 596.)

1. Oralio in pr.xlecLiono coiivivii Plalonis, amoris laudcm conlinens. (Opéra, t. II, p. 1062, 1073.

Agrippa n'était pas homme à être fort embarrassé de ces relations d'érastes et d'éromènes dont les détails tiennent beaucoup de place dans ce que le philosophe athénien dit de l'amour. Cependant, il faut le reconnaître, il néglige tout ùfait, dans son exposition préliminaire, cette thèse particulière, et en prend une autre dans les développements de laquelle il se contente d'insérer, en les adoucissant d'ailleurs, quelques-unes des propositions que Platon met dans la bouche de Phèdre et des autres convives. Il eût été difficile de faire autrement dans la circonstance; car c'est évidemment à des jeunes gens, candidissimi audttores, que le discours était adressé, ou qu'il était au moins destiné, dans le cas oii il n'aurait été, ce qui * après tout estbien possible, qu'un simple projet d'allocution, en vue d'éventualités qui ne se seraient pas r-éalisées.

L'amour qu'Agrippa porte à la jeunesse est le mobile de sa conduite et le motif de son discours. Il justifie par les considérations les plus variées ce sentiment si naturel à l'homme, et qui éclate même dans l'acte du Dieu créateur, suivant Moyse et, dit Agrippa, suivant Platon. Sans amour, pas de vertu. Avec l'amour, l'homme est capable des plus grandes choses. Il est lui-même parla presque transformé. L'amour, dont les païens ont fait le grand Dieu, magnus Deiis, soumet tout à. ses lois, tout jusqu'aux autres dieux eux-mêmes. L'amour au reste, du consentement de tous les philosophes et, ajoute non sans hardiesse Agrippa, de tous les théologiens, l'amour est le dé-

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sir qui nous porte vers la beauté, mais surtout vers la beauté cvichée^occultuin foiimsum, dont les beautés visibles ne sont que le symbole.

L'amour est un principe de paix et de bon ordre. La médecine, dit encore assez singulièrement Agrippa, ne vise pas à autre chose qu'à réconcilier, dans des dispositions d'amour réciproque, les quatre humeurs du corps. L'agriculture, ajoute-t-il dans une appréciation non moins bizarre, ne vit que par l'amour dont la terre est susceptible pour les semences qu'on lui confie.

Enfin, après avoir signalé comme le premier et le plus essentiel l'amour de Dieu, Agrippa, entrant hardiment dans un ordre d'idées tout différent, ne craint pas de recommander l'amour qui si justement s'adresse à la femme, et de faire ressortir le droit qu'à tant de titres, elle a d'inspirer ce sentiment. Refuser l'amour à la femme serait, dit-il, le vice le plus honteux. Au reste, il relève surtout ce que ce sentiment adeplus noble et de plus légitime et ditun mot, à cette occasion, de sonlivre de la prééminence du sexe féminin, lequel, ainsi qu'il l'indique à cette occasion, n'était pas encore publié alors. Il se donne aussi, en passant, la satisfaction de lancer une invective contre les moines, objets de sa haine, contre CCS hypocrites porteurs de capuce, cuculliones, qui prêchent la chasteté en faisantla bacchanale, et qui, dit-il, trouveront peut-être trop hardie cette partie de son discours. Mais Agrippa ne veut pas qu'on s'y méprenne. Il condamne formellement l'amour son-

suel. Celui qu'il préconise est, un sentiment divin qui élève et qui anoblit.

Agrippa, comme nous l'avons vu tout à l'heure, terminait en 1315, devant son auditoire de l'université de Pavie, un de ses discours par un mouvement oratoire, dont il empruntait le motif aux prétendus souvenirs de sa vie militaire. Soldat hier, disait-il à ceux qui l'écoutaient, docteur aujourd'hui, je serais toujours prêt à revenir, si l'occasion s'en présentait, de la parole à l'action, et à vous servir par mon bras aussi bien que par ma parole. , Pur artifice de rhétorique I L'occasion devait se présenter bientôt d'agir en soldat, sans qu'Agrippa la saisît, lorsque, cette année même, l'arrivée des bandes françaises mit brusquement fin aux leçons du docteur improvisé, et dispersa, momentanément au moins, les élèves et les maîtres de l'université de Pavie. Agrippa, moins guerrier qu'il n'aurait voulu le faire croire, se sauva comme les autres, et, lors de l'envahissement de Pavie par les Français, il chercha refuge à Milan, d'oîi le torrent des Suisses, mis en déroute à Marignan, devait, quelques jours plus tard, le chasser encore. Il reparaît alors un instant à Pavie, mais pour y ramener son enfant et sa femme qu'il laisse dans la' famille de celle-ci, pendant que lui-même court d'un autre côté, en quête de nouvelles ressources. C'est aux faveurs de quelque puissant protecteur qu'il les demande alors, et non au métier des armes, mis par lui dans cette circonstance d'autant mieux en oubli, que jamais, quoiqu'il

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en dise, il ne l'avait beaucoup pratiqué. Il convient de présenter succinctement un tableau de ces faits, dont les conséquences devaient être si graves pour Agrippa.

L'année 1S14 s'était passée avec assez de calme pour le Milanais, où les Français n'avaient pas reparu depuis l'échec éprouvé par eux à Novare, dans le courant de l'été 1513. Mais à Louis XII, mort au commencement de 1S15, venait de succéder un roi plein d'ardeur, François I<^\ dont la première pensée avait été de reprendre en Italie la lutte un instant interrompue, et de venger les armes françaises des défaites qui leur avaient été infligées. Le roi s'était assuré l'alliance des Vénitiens. Le duc de Milan, de son côté, comptait sur le pape et sur les Suisses, sur ceux-ci surtout, qui presque seuls pouvaient fournir à sa cause des combattants. Au mois d'août ISIS, François 1er franchit les Alpes et entre en Italie. Accueilli par le duc de Savoie, jusque-là fidèle à l'alliance française, il s'avance sans trouver beaucoup de résistance. Il occupe successivement Novare, Pavie et Marignan. Quarante mille Suisses viennent, le 13 septembre, lui présenter la bataille près de cette dernière ville. Ils y essuient une défaite qui tourne en désastre. Les débris de leur armée mise en fuite se jettent en désordre dans Milan qu'ils ne font que traverser, regagnant par Côme les défilés des montagnes, et suivis de près par leur vainqueur. Celui-ci entre derrière eux dans Milan, qu'en passant ils viennent de saccager. Puis, en attendant

la reddition du château de cétte ville où Maximilien Sl'orze ne tardera pas à capituler, le roi se replie sur Pavie dont il s'était empare, comme nous venons de le dire, en s'avançant sur Marignan.

Agrippa, dans ces circonstances, se voit ruiné par deux désastres qu'il essuie ainsi coup sur coup, à court intervalle ; à Pavie d'abord, qu'il avait abandonné pi^écipitamnient lors de l'arrivée des Français ;

Milan ensuite, où il s'était alors réfugié avec sa i'cmmc, son fils, ses serviteurs et ce qu'il avait de plus précieux. Sa maison de Pavie, pleine encore de tout ce qu'il avait été obligé d'y laisser, avait été pillée derrière lui par les soldats de François I". Quelques semaines plus tard, à Milan, dans le tumulte causé par le passage des Suisses débandés et, poursuivis après Marignan, il perd tout ce qui lui reste, tout jusqu'à ses livres, jusqu'à ses cahiers (Ep. 1, 49).

Les Français occupaient de nouveau la contrée. Le roi en remet, au mois d'octobre lolo, le gouvernement au duc de Bourbon qui le conserve pendant quelques mois seulement, jusqu'à ce que, traversé par certaines intrigues et rebuté parles contrariétés, il le résigne pour rentrer en France, en 1516. Nous ne savons si Agrippa eut alors occasion de voir ce prince dont il devait plus tard se trouver rapproché, dans des circonstances que nous aurons à faire connaître ultérieurement. Ce n'aurait été, en tout cas, que d'une manière très fugitive ; car il dut

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s'éloigner, à ce moment même, du Milanais où il ne semble plus avoir séjourné depuis lors.

Après le naufrage de sa fortune à peine ébauchée, dans le cataclysme qui avait enveloppé, en 1515, le Milanais tout entier, Agrippa se voit dans la nécessité de chercher ailleurs, pour lui et pour les siens, les ressources qui lui manquaient de ce côté. Sa femme, originaire de Pavie, avait été, avons-nous dit, provisoirement ramenée par lui avec son enfant chez ses parents. Libre alors, il se met aussitôt en quête de nouveaux moyens d'existence. L'université de Pavie était déserte; le pays se trouvait dans le plus grand désordre ; tout semblait comme entraîné par un torrent; on ne savait à quelle branche se retenir.

— J'ai reçu tes lettres du 15 de ce mois, lui écrit le 16 octobre 1515 un de ses amis. Je n'ai rien vu des précédentes dont tu me parles. Je comprends assez ce qu'ont de douloureuses les épreuves que tu viens de traverser. Tu les supporteras avec l'énergie d'un homme courageux. Je me suis assuré des dispositions du prince. Il faut que tu le voies ; que tu lui dises ton intention de retourner à Casale ; que tu lui demandes enfin d'ordonner à Galeotus ou à Antonius de Altavilla, ses maîtres d'hôtel, de t'annoncer dans cette ville, et de t'y recevoir au nombre de ses pensionnaires (Ep. I, 47).

Le prince dont il est ici question est le marquis de Montferrat dont Agrippn,une première fois, avait antérieurement déjà éprouvé les bienfaits, et duquel

il avait reçu bon accueil en l'année 1512, dans des circonstances analogues à celles du moment présent, ainsi qu'il a été dit précédemment. C'est de ce côté qu'il se tourne de nouveau dans sa détresse. Il avait quelque espérance, à ce qu'il semble, d'après la lettre que nous venons de citer, d'être admis, nous ne savons à quel titre du reste, au nombre des pensionnaires de ce prince. Il fallait pour cela venir se fixer dans ses États, à Casale,-où Agrippa s'était déjà réfugié en 1512. Il se rend dans cette ville vers la fin de 1515, laissant à Pavie, sous la garde de ses parents et de ses amis, sa femme et son fils qu'il ne tarde pas, du reste, à rappeler près de lui (Bp. 1,48). En 1316 et jusqu'au printemps '1517 (Ep. I, 52; II, 1), nous le voyons installé avec les siens chez le marquis de Montferrat, à qui il dédie des ouvrages composés à son intention (Ep. I, -49, 51, 52). Il entendait probablement s'acquitter ainsi de la dette de reconnaissance contractée par lui en recevant la pension que paraît lui avoir alors assignée ce prince. Un des amis d' Agrippa s'était employé très activement à lui procurer ces avantages, qui cependant ne semblent pas encore l'avoir satisfait complètement. C'est au moins ce que permettent de penser quelques documents relatifs à cette époque, qui le montrent cherchant à se frayer, dans ce moment même, d'autres voies.

Dès le mois de février 1516, Agrippa est, pour ce dernier objet, en correspondance avec un ami qui réside à Verceil. Cet ami est un carme du couvent

de cette ville, le père Jean Chrysostome, qu'il connaissait depuis plusieurs années déjà K C'est à lui qu'en 1S12 il envoyait un livre de cabale avec de grands éloges pour cette science, et la recommandation d'être, en ce qui la concerne, d'une absolue discrétion (Ep. I, 31). Lorsque, à la fin de cette même année 1312, Agrippa était venu s'établir une première fois à Gasale, à la suite des désordres causés à Pavie par les Suisses, le père Chrysostome lui avait écrit pour l'assurer du plaisir qu'il éprouvait de le voir se rapprocher ainsi du lieu que lui-même il habitait. Le révérend père protestait en même temps de son dévouement pour Agrippa, et du désir qu'il avait de le servir. Il lui parlait eniin, à mots couverts, de certains résultais très importants qu'il serait bientôt en mesure de lui communiquer (Bp. 1,37). Il s'agissait probablement de quelque travail d'alchimie ou de cabale. On voit quels liens existaient alors entre le père Chrysostome et Agrippa.

Quand celui-ci revient, vers la fin de 1S15, à Casale, il n'est pas étonnant de voir le carme de Verceil entrer de nouveau en relation avec lui. Mais ce n'est plus assez, pour le bon religieux, d'une correspondance favorisée cependant par le voisinage. C'est à un rapprochement complet qu'il vise; c'est à Verceil même

1. La correspondance entre Agrippa et le père Jean Chrysostome, carme du couvent de Verceil, comprend sept lettres qui se trouvent dans la correspondance générale, L. I, 31, 37, 54, 55, 5G, 58, 59.

qu'il veut posséder l'homme admiré par lui comme un maître, estimé comme un ami. Le père Chrysostome a, dans cette ville, accès auprès d'un grand personnage, le seigneur Hannibal, auquel il a parlé d'Agrippa. Rien n'a été oublié, on peut le croire, de ce qui doit recommander le mérite de celui-ci. Le noble seigneur se montre disposé à l'attacher à sa personne, avec une pension de 200 ducats et la faculté de s'installer, comme il le jugera à propos, dans la ville de Verceil, pour y voir en toute liberté le vénérable père Ghrysostome. Le seigneur Hannibal ne peut malheureusement pas donner immédiatement suite à ses bonnes dispositions, et il veut que provisoirement la chose soit tenue secrète (Ep. 1,54).

Cette affaire, qui semble n'avoir abouti à aucun résultat, traîne en longueur pendant tout l'hiver, le printemps et une partie de l'été de l'année 1316, du mois de février au mois de juin. L'illustre personnage n'avait peut-être cédé qu'en apparence aux importunes sollicitations du père Ghrysostome. Il retarde de jour en jour la réalisation de ses promesses. Le religieux entretient de ce sujet Agrippa, celuici ayant, dès le mois de mars, donné son assentiment aux propositions qui lui ont été faites. Son ami voudrait qu'il vînt tout d'abord avec sa famille à Verceil, pour y attendre la parole définitive du protecteur qui s'offre à lui. Sa présence hâterait, lui dii-on, la conclusion de l'an^aire. Le seigneur Hannibal ne peut malheureusement pas mettre à sa disposition son palais déjà promis à un de ses amis. Mais le magnifique

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seigneur Ludovicus Cernole lui offre, en attendant mieux, une partie du sien. Une noble veuve, s'il le préférait, pourrait aussi le recevoir, pendant quelques jours, dans sa maison (Ep. I, 35, 36, 58, 59).

L'important était la pension, dont il s'agissait d'avoir l'assurance, et dont le seigneur Hannibal ne parlait plus. Au retour du printemps, celui-ci était parti, à ce qu'il semble, pour la campagne, et on ne le voyait plus guère à la ville. Cependant il avait toujours, disait-on à Agrippa, une grande admiration pour lui et pour ses ouvrages. Il avait eu sous les yeux ses deux derniers écrits, lesquels traitaient de l'homme et de la connaissance de Dieu ; il les avait trouvés fort beaux et les avait montrés à un théologien de l'ordre des prêcheurs demeurant à Verceii, dont la complète approbation augmentait encore, était-il dit à Agrippa, l'estime que le seigneur Hannibal faisait de lui. Le théologien était, comme tout le monde, affirmait-on, impatient de le voir arriver bientôt [Ep. I, 58}.

L'affaire en resta là cependant, selon toute apparence, car nous n'en trouvons plus aucune trace après le 2juin de l'année 1516 ; et, au mois de septembre suivant, ainsi qu'au commencement de l'hiver 1517, Agrippa était encore à Casale auprès du marquis de Montferrat, où il devait se contenter d'avantages vraisemblablement très inférieurs aux 200 ducats de pension que la libéralité en expectative de l'illustre seigneur Hannibal avait un instant fait briller à ses yeux.

Les deux ouvrages envoyés à ce dernier par Agrippa, et si hautement appréciés, disait-on, à Veroeil, étaient deux petits traités récemment composés et dédiés au marquis de Montferrat. Le premier était un dialogue sur l'homme ' ; le second était une espèce de discours sur la connaissance de Dieu ^ Agrippa les avait écrits au milieu même du trouble où l'avait jeté l'invasion française de 1515 ; au moment où le pillage de sa maison de Pavie le laissait à peu près sans ressources ^. Il rend- compte de cette situation à un ami qu'il appelle Auyustine doctissime.

— L'esprit et le cœur troublés, lui dit-il, je pensais à l'anéantissement de ma fortune, à la perte de mon emploi et du salaire que j'en retirais, aux charges de la famille, à la suppression des revenus, à la difficulté des empi^unts, à la cherté de toute chose, à l'avenir plus sombre encore que le présent. La mort me semblait alors préférable à la vie. J'étais seul et séparé des miens, et je ne trouvais personne pour me consoler. Cependant, me recueillant, je me mis à i^éfléchir sur la condition de l'homme ; je retrouvai des pensées que j'agitais jadis, quand j'étais à Rivolta près du comte Alexandre Laudo de Plai-

1. Dialogus de homine- qui Dei imago est. (Opéra, t. II, p. 719.)

2. Liber de triplici ratione cognoscendi Deum. (Opéra, t. II, p. 480-501.)

3. RelicLa Papiœ domo ac supellectile, rebusque omnibus « quas tandem, paucis salvis, fere omnes spoliatas amisissem » (Ep. I, 49).

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sance, en août 1514, et j'en composai un dialogue que je veux offrir à notre illustre prince (Ep. I, 49).

C'est le marquis de Montl'erraL que désignait ainsi Agrippa. Il terminait sa lettre en priant le savant Augustinus de vouloir bien approuver et corriger au besoin son œuvre, sachant bien qu'elle n'en serait que plus agréable au prince à qui elle était destinée. L'approbation qu'il sollicitait devait, ajoutait-il, l'encourager à continuer ces travaux. Agrippa envoie aussitôt, avec le dialogue sur l'homme dont il est ici question, le petit traité de la connaissance de Dieu qu'il communique en même temps à Augustinus ; car celui-ci répond à ce double envoi par une seule et même lettre, où il félicite très amicalement le meilleur et le plus savant des mortels, l'explorateur assidu des choses secrètes, arcanarum rerum observator, d'avoir su dans son infortune assez dégager son esprit, pour le porter à une contemplation qui lui a permis d'étudier d'une manière si admirable et l'homme et Dieu, son créateur (Ep. I, 50).

Nous possédons les lettres de dédicace jointes aux deux petits traités par Agrippa, pour les offrir au marquis de Montferrat ■ (Ep. I, 51,52). Mais des deux ouvrages eux-mêmes, le second nous est seul parvenu. Nous ne savons du premier que le peu qui

1 . « Illustrissimo, excellentissimoque sacri Romani imperii « principi ac vicario, Guilhelmo Palœologo, marchioni Mon- « lisferrati, domino suo beneficenLissimo, Henricus Cornélius « Agrippa beatudinem perpeluam exoptat »(Ep. I, 52).

en est dit par Agrippa dans les lettres que nous venons de mentionner; à savoir, qu'il était écrit en forme de dialogue, que l'homme y était considéré principalement comme l'image de Dieu, et que l'auteur s'y était appliqué dans ses expositions à émettre des opinions plutôt que de formelles affirmations Il disait encore qu'il était loin d'avoir épuisé son sujet dans ce travail (Ep. I, SI.)

Quant au traité de la connaissance de Dieu, lequel a été recueilli dans les œuvrès d'Agrippa, c'est un discours soutenu, divisé en six chapitres, où, après avoir établi qu'ignorer Dieu est le comble du mal, et que le connaître, au contraire, est le souverain bien (chap. I et II), l'auteur développe cette thèse, que trois voies sont offertes à l'homme pour arriver à cette connaissance : la contemplation des œuvrès du Créateur, ou ce qu'il appelle le livre de la créature (chap. m), les avertissements des prophètes qui constituent le livre de la loi (chap. iv), les enseignements de Jésus-Christ et des apôtres, dans le livre des évangiles (chap. v). A propos du livre de la loi, il est dit par Agrippa qu'outre la loi écrite, ce qu'il appelle la loi littérale, donnée par le Seigneur à Moyse, celui-ci en a reçu parla même voie la secrète interprétation, qui était à côté de l'autre comme une loi spirituelle en quelque sorte. La première, ajoutet-il, a été rédigée en cinq livres par le législateur du

1. « Neque vero id le lalere volo, pleraque me iiarrando pou lius et opinando quam ufiirmando scripsisse » (Ep. I, 49).

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peuple juif; tandis que la seconde, transmise pai^ lui à soixante-dix sages, a été confiée h la seule tradition. Telle serait, dit Agrippa, l'origine de la cabale, à l'aide de laquelle la connaissance des choses divines et de l'humanité peut être dégagée de la loi de Moyse, on elle est cachée sous le voile de l'allégorie. Agrippa cite comme son autorité sur ces matières, Rabi Moyse s, in secundo tractât u Morœ, et un autre Moyse dit Gerundinus.

Les modernes hébreux, dit encore à cette occasion Agrippa, ont donné ce nom de cabale à une science secrète des opérations mystérieuses et des effets merveilleux; et c'est ainsi que les hommes qui se vantent de faire des prodiges moyennfint un pacte avec le démon, ont été amenés, pour déguiser leurs exécrables artifices, à se couvrir du nom de cabale, discrédité ainsi, comme l'a été non moins injustement celui de magie.

On a constaté, dans le traité de la connaissance de Dieu, la présence de passages empruntés à VAsclepins, ouvrage analogue au Pimander et attribué comme lui à Hermès Trismégistc. 'VAsclepius consiste de même que le Pimander, en dialogues. On n'en adu reste, qu'un textelatin donné comme une antique traduction faite au ii" siècle par Apulée, d'après un livre plus ancien. Marsile Ficin, dans la seconde moitié du xv° siècle, avait. publié à Florence cet ouvrage, en même temps que sa traduction latine du texte grec, récemment découvert alors, du Pimander.

On se rappelle que les leçons d'Agrippa, brusquement interrompues à Pavie en 151S, roulaient sur le Pimander. C'est probablement pour utiliser les études faites par lui à cette occasion, qu'il voulait composer sur ce dernier écrit des annotations destinées vraisemblablement à être publiées, et qu'il annonçait en 1516 à son illustre protecteur, comme une œuvre particulièrement digne de lui être offerte, en même temps qu'il lui adressait son dialogue sur l'homme. Nous ne savons pas, du reste, s'il a exécuté ce travail, dont on ne connaît pas autre chose que l'indication donnée dans ces termes par son auteur

Malgré les tentatives du père Jean Chrysostome pour amener à 'Verceil Agrippa au commencement delSie, celui-ci paraît, comme nous l'avons dit, avoir passé à Casale, auprès du marquis de Montferrat, tout le reste de cette année et même le commencement de la suivante. A cette dernière époque, il y jouissait encore de la faveur du prince et invitait un de ses anciens amis à venir la partager avec lui (Ep. n, 1). Nous ne savons pas bien quelles considérations le détachent alors de ce lieu et des avantages qu'il y avait trouvés. A la fin de février 1517, on l'appelle à Turin. Il est question d'une affaire à laquelle on travaille dans son intérêt, avec le concours d'un personnage appartenant à une famille de Lyon qui

1. « Copiosius quEe hic deliciiuil, in annotalionibus noslds « super Pimandrwn Trismegisli mox comperies elucidala (Ep. I, 51).

devait un peu plus tard accueillir Agrippa dans cette ville, et nouer avec lui des relations assez étroites. Ce personnage est Jean de Laurencin, commandeur de Saint-Antoine de Riverie

Agrippa est maintenant à la recherche d'un emploi. Le o mai il est à Chambéry, et le 16 novembre suivant, on l'attend à Genève. C'est vraisemblablement à cette époque qu'il a dû faire à l'université de Turin quelques leçons, puisqu'elles n'eurent lieu, suivant son propre témoignage, qu'après celles de Pavie. Les dates que nous venons de mentionner ne permettent pas de penser d'ailleurs que si elles furent effectivement faites alors, elles se soient beaucoup prolongées. Nous savons, d'un autre côté, par Agrippa lui-même, que ces leçons avaient eu pour

1. Jean de Laurencin est qualifié tantôt p?\'Bcepior, ou prseceplor primarius, tantôt prwpositus, expressions qu'il faut traduire par celle de commandeur ; l'ordre de Saint-Antoine ayant alors adopté depuis longtemps le titre de commanderie pour ses prieurés ou maisons provinciales. C'est à ce commandeur Jean de Laurencin que sont dédiés par Agrippa les Commentaires sur ïArs brevis de Raimond Lulle : « Reverendo domino « Joanni Laurentino Lugdunensi, praBceptori primario divi An- « tonii apud Rivum eversum, provincise Pedemontium. » (Opéra, t. II, p. 331). Ce personnage appartenant à une famille lyonnaise ne saurait être, en tout cas, celui de qui émanent certaines lettres adressées alors de Lyon à Agrippa (Ep. IL G, 8, 9), car il est question de lui dans ces lettres, aussi bien que dans quelques autres, écrites à la même époque de Turin ù Agrippa: (Ep. II, 2, 3, 4). Ces correspondants de Lyon et de Turin sont des amis communs d' Agrippa et du commandeur Jean do Laurencin.

objet l'inlerprélatioTi des lettres sacrées. Pendant ce temps-là, ses amis, activement dévoués comme toujours à ses intérêts, cherchent par tous les moyens à l'aider, et à lui frayer les voies.

— Tu peux m'en croire, lui écrit l'un d'eux qui est à Lyon en août 4517, partout je veux être ton précurseur, comme saint Jean a été celui du Christ. Je veux faire en sorte de te procurer les moyens de te livrer en toute liberté à tes études (Ep. Il, 6).

Agrippa était alors en négociation avec le duc de Savoie (Ep. Il, 6). Un ami l'invite dans le même temps à se rendre à Saint-Antoine, oppidulo Sancti Antonii (Ep. II, 7); un autre le réclame à Lyon (Ep. II, 8) ; on demande aussi quelque chose pour lui à Grenoble (Ep. II, 6, 8) ; et on parle en sa faveur au légat d'Avignon qui lui fait proposer un emploi et un traitement (Ep. Il, 9). La cité de Metz, d'un autre côté, lui fait faire des propositions du même genre (Ep. II, 9). Des amis le pressent d'accepter de préférence les offres du légat. 11 se décide cependant pour celles de Metz. Le désir de se rapprocher de son pays natal pourrait bien n'avoir pas été étranger à sa résolution dans cette circonstance. Il semble néanmoins avoir eu quelque peine à prendre définitivement son parti/

Deux lettres reçues par Agrippa d'un ami de Genève, à la fin de 1317 et au commencement de 1518, nous font assister à ses dernières hésitations (Ep. II, 10, 11). Il paraît un instant près d'aller s'établir à Genève même. Il s'y annonce et on l'y attend ;

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il y esL notamment désiré, esL-il dit, par EusLache Chapuys, officiai de l'évêché, dont nous aurons à expliquer ultérieurement les i^elations avec lui. Dans sa correspondance de cette époque, Agrippa se plaint beaucoup de sa mauvaise fortune et de l'ingratitude des hommes. On lui a offert un prix, suivant lui dérisoire, pour ses services passés, et il ne veut pas l'accepter. Il n'est pas dit de qui venait cette proposition dédaignée. On peut supposer qu'elle émanait du duc de Savoie, avec qui Agrippa s'était trouvé en rapport dans ces derniers temps, et de qui nous le verrons, dans la suite, réclamer une pension promise, dit-il alors, antérieurement Il avait, paraît-il, composé en l'honneur- de ce prince un discours, publié peut-être déjà en forme de volume, si l'on s'en rapportait à une expression employée par lui à ce sujet, dans une de ses lettres, orationis tomus in lauclem dmis editus{^T^. II, 11). Ce livre ne nous est point parvenu.

Au moment où les amis d'Agrippa l'attendaient à Genève, ils apprennent, le 16 janvier 1518, qu'il part pour Metz (Ep. II, 11). Agrippa venait d'accepter les offres qui lui étaient faites de la part de cette ville, où on lui proposait un office public aux gages de la Cité. Rien ne prouve qu'il connût déjà aucun des hommes qui, àMetz, devaient plus tard être pour lui d'intimes et fidèles amis, ni qu'il eût été alors

1. Celte réclamation se produit à l'épocjue du séjour d'Agrippa à Genève, en 1521.

appelé par eux à celte nouvelle résidence. Il ne semble pas non plus que les voies pour y arriver lui aient été ouvertes par ses amis ni par ses parents de Cologne, où il avait encore son père, sa mère et une sœur, à cette époque i (Ep., III, 8). Il est, au contraire, parfaitement certain que dans cette affaire une part essentielle revient à un membre de la famille lyonnaise des Laurencin, à laquelle appartenait le commandeur de Saint -Antoine de Riverie, grand ami d'Agrippa, dont nous avons dit quelques mots tout à l'heure 2. Le commandeur de Saint-Antoine aurait fait agir, ce semble, pour cet objet, un de ses frères, Ponce de Laurencin, titulaire à cette époque de la commanderie de Saint-Jean à Metz. C'est à l'influence de celui-ci que serait due, on a tout lieu

1. Au nombre des amis qu'Agrippa possédait alors à Cologne se trouvent Théodoric, évêque de Cyrène, administrateur de l'archevêché, et Adolphe Roboreus, chanoine de Sainte-Marie ad gradus. Le premier adressait, neuf ans plus tôt, des témoignages de la plus haute estime à Agrippa (Ep. I, 21) et celui-ci, pendant son séjour à Metz, lui envoie son Traité du péché originel (Ep. II, 17], et l'opuscule intitulé Antidote contre la peste (Ep. II, 19). Au second il a dédié la table abrégée de ses Commentaires sur VArs brevis de Raimond Lulle (Opéra, t. II, p. 460). Quant aux Commentaires eux-mêmes, c'est à Jean de Laurencin, commandeur de Saint-Antoine de Riverie, qu'ils sont dédiés, comme il a été dit précédemment.

2. Nous avons réuni dans une note de l'appendice (n" XXI) quelques renseignements sur la famille de Laurencin, sur ceux de ses membres notamment qui ont pu se trouver eu relation avec Agrippa.

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de le croire, lu proposition adressée de cette ville à Agrippa, qui, dans le discours prononcé par lui devant les magistrats messins, en prenant peu de temps après possession de son office, rend formellement témoignage de l'intervention officieuse des Laurencin auprès de lui, pour le lui faire accepter, et donne ainsi lieu de penser qu'ils ont pu participer aussi aux négociations qui le lui ont procuré Une particularité qui confirme nos suppositions, touchant le rôle probable du commandeur de Saint-Jean dans celte circonstance, c'est qu'on voit le gouverneur même de cette commanderie, qui était son subordonné et son agent en résidence permanente à Metz, chargé par la Cité de venir avec le secrétaire de celle-ci trouver Agrippa en Savoie, pour s'aboucher avec lui, vers la fin de 1517 ou au commencement de 1518 ^ Les comptes,

1 . Oratio ad Metensium Dominos, dum in illorum advocalum syndicum et oratorem aceeptaretur. (Opéra, t. II, p. 1090-1092.)

2. Parmi les titres de l'ancienne commanderie de Saint-Jean à Metz, conservés aux archives départementales de cette ville, existent des pièces mentionnant sous diverses dates, de 1516 à 1529, le commandeur Ponthus ou Ponce (de) Laurencin, et en même temps les gouverneurs Richart TennaL et Eslienne de Laye, successivement chargés d'administrer en son nom, lui absent, la commanderie de Metz. Le premier de ces deux personnages est signalé encore au 21 septembre 1516; le second l'est au 29 mai 1518. L'absence de documents pour la période intermédiaire comprise entre ces deux dates ne permet pas de décider à quel moment le second a succédé au premier, ni

qui nous sont parvenus, du receveur de la ville de Metz, à cette époque, mentionnent les frais de cette mission, et ceux d'une mission analogue donnée, un peu plus tard, à un messager chargé de porter en Savoie à Agrippa l'argent nécessaire pour son voyage K

C'est ainsi que, dans les premières semaines de 1518, Agrippa, qui avait passé d'Italie en Savoie, quitte ce dernier pays, après un séjour de peu de durée, et se met en route, avec sa femme et son fils, pour les rives de la Moselle.

Depuis l'an 1511 qu'il était arrivé dans le nord de l'Italie, Agrippa n'y avait guère vu, tout en s'appliquant à les fuir, que les troubles et les émotions de la guerre. Au commencement de 1518, il s'éloignait de cette contrée, qu'il ne devait plus revoir, au moment où commençait pour elle une période malheureusement trop courte de tranquillité, sous la domination reconstituée du roi de France. C'est à propos du séjour qu'il venait d'y faire qu'Agrippa disait plus tard y avoir servi pendant sept années dans les camps de l'empereur -. Sans connaître, tant

de dire par coaséquerît lequel des deux lui, à la liii de 1517 ou au commencement de 1518, envoyé de Metz avec le secrétaire de la ville vers Agrippa, pour lui apporter les propositions de la Gilé. Les comptes de colle-ci ne le nomment pas.

1. On trouvera dans une note de l'appendice (n° XIII), quelques renseignements sur cet objet.

2. « In Ilalicis casLris septennio, illius (Maximiliani) stipendie militavi. « (Ep. VII, 21.)

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s'en faut, dans Lous ses détails, la vie menée par lui en Italie pendant cette période de son existence, nous en savons assez cependant pour constater le peu d'exactitude de ses assertions sur ce point. Cette observation justifie ce que nous avons déjà dit, et ce que nous aurons occasion de redire plus d'une fois encore, du manque de sincérité d'Agrippa dans ce qu'il avance pour exalter, en toute occasion, ses propres mérites; quand il s'agit surtout de ceux de l'homme de guerre pour lesquels il affichait les prétentions les plus formelles, mais aussi, nous croyons l'avoir démontré, les moins fondées.

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