‹ Corneille AgrippaChapitre 15 sur 22 · Voir, à ce sujet, une note de l'appendice (n» XII · texte numérisé non relu

Voir, à ce sujet, une note de l'appendice (n» XII

2. Les gages payés par la cité de Metz à Agrippa vont du 15 février 1518 au 31 mars 1520. On trouvera quelques renseignements à cet égard dans une note de l'appendice (n" XIII).

attachait aux services du nouveau venu. La grande réputation qu'il avait alors et les chaudes recommandations de ses amis, telles sont vraisemblablement les causes qui avaient contribué à lui procurer ces avantages.

A l'époque où Agrippa était, à Metz, conseiller stipendié et orateur de la Cité, on voit figurer à côté de son nom, sur les comptes de la ville, ceux de deux autres individus encore qui s'y trouvaient, ce semble, dans des situations analogues à la sienne ; l'un, que l'on appelait maître Henry le docteur, c'est-àdire docteur ès-lois, pensionnaire de la Cité depuis 1502 « pour la servir dans ses affaires » aux gages de 60 livres par an, maintenu dans cet emploi jusqu'à sa mort en 1523 ; l'autre, nommé maître Claude Chansonneti, qui ne touchait que 24 livres par an, et qui ne jouit de cette pension que pendant deux ans et demi à peu près, de Noël 1516 à Pâques 1519.

De ces deux hommes, le premier, maître Henry le docteur, ne paraît pas avoir noué avec Agrippa, pendant son séjour à Metz, les relations que leur situation réciproque aurait naturellement autorisées. On ne trouve aucune mention de lui dans la correspondance que nous avons sous les yeux, notammentdans des lettres où, après" son départ de Metz, Agrippa rappelle les amis qu'il y a laissés et leur adresse des témoignages de son souvenir. Henry le docteur vécut cependant à Metz, nous le savons, quelques années encore après qu'Agrippa eut quitté cette ville. H y a lieu de faire observer qu'à l'arrivée de celui-ci, maî-

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tre Henry occupait le premier rang parnai les pensionnaires messins. On peut croire qu'il ne vit pas sans quelque déplaisir le nouveau venu, à qui l'on accordait d'emblée un traitement double de celui qui lui était attribué à lui-même pour des services vieux déjà de quinze années. Une jalousie assez naturelle a pu vraisemblablement le tenir éloigné de l'étranger, objet de cette insigne faveur. Maître Henry le docteur pourrait bien même avoir grossi le nombre des ennemis qui ne tardèrent pas à se déclarer contre Agrippa, et qui contribuèrent finalement à lui rendre le séjour de Metz insupportable. Quant à Claude Chansonneti, il n'est autre, on a tout lieu de le croire, que Claudius Cantiuncula, personnage plus connu qui, de Bâle, entre en correspondance avec Agrippa dès les premiers temps de son séjour à Metz, et dont nous aurons pour cette raison à parler, un peu plus loin, avec quelques détails.

Nous avons dit quel emploi Agrippa était venu remplir à Metz. Il nous a conservé le discours prononcé par lui devant la Seigneurie composant le conseil de la ville, en prenant possession de ses nouvelles fonctions Il y parle des circonstances dans lesquelles il s'est décidé à les accepter.

Après avoir vécu, dit-il, en commerce avec les grands ; traité comme un fils, comme un ami par le souverain pontife, par l'empereur, par nombre de

1. Oratio ad Melensiurn Dominos dum in illorum advocalum syndicum et oralorcm acceplarelur. {Opcra, l. II, p. 1090-1092).

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prélats et de nobles seigneurs; il a voulu, ayant pris femme, s'affranchir du fardeau des grandes affaires et des relations familières avec les princes, gens de condition supérieure à la sienne. Décidé à sacrifier à sa tranquillité une situation satisfaisante pour son ambition, mais qui n'était pas sans inconvénients et sans périls on peut le croire, il a résolu de vivre désormais du seul produit de ses talents, dans une position modeste dont il saura se contenter. C'est ainsi, ajoute-t-il, que, sollicité par les lettres des sénateurs messins et par les instances de leur secrétaire luimême envoyé par eux pour lui offrir la charge de leur orateur, pressé par des amis auxquels il doit déjà beaucoup, par le commandeur de Riverie, par son frère le commandeur de Metz et par le baron de Laurencin, leur père ', il s'est rendu à tant de sollicitations, dédaignant pour cela des titres et des avantages qui lui étaient offerts ailleurs.

Tout en dissimulant sous ces pompeuses apparences la situation précaire et l'espèce de dénuement auxquels il était réduit quand il s'était décidé à q.uitter l'Italie, Agrippa nous renseigne indirectement, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, sur les véritables motifs de cette décision et sur les ressorts qui, dans cette circonstance, avaient été mis en

1 . Le texte d' Agrippa qui contient celte énumération des membres de la famille de Laurencin présente quelque ambiguïté, comme on le verra par les explications fournies dans la note XXI de l'appendice.

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jeu pour attirer sur luil'attention des Messins, et obtenir d'eux la proposition d'un emploi lucratif à leur service. Il devait cet avantage à une famille avec laquelle son passage antérieur à Lyon avait pu le mettre précédemment on relation, mais dont plusieurs membres s'étaient, en tout cas, plus récemment trouvés rapprochés de lui, pendant son séjour en Piémont.

Cette famille est celle des Laurencin i, dont le chef était Claude de Laurencin, baron de Riverie, père de plusieurs fils parmi lesquels on compte un- second Claude, receveur des tailles pour le roi au pays de Lyonnais, Jean, commandeur de Saint-Antoine de Riverie en Piémont, et Ponce, commandeur de Saint- Jean de Metz. La correspondance d'Agrippa fournit plusieurs témoignages de ses relations avec les Laurencin, notamment avec le commandeur de Riverie en 1017. On y voit que les négociations avec les Messins étaient commencées dès le mois d'octobre de cette année (Ep. II, 4, 9), et Agrippa donne luimême à entendre, dans son discours aux magistrats messins, que les deux frères de Laurencin, les deux commandeurs de Riverie et de Metz, avec leur père, avaient pu en être les promoteurs.

Le discours prononcé par Agrippa devant la Sei-

1. La note XXI de l'appendice contient quelques renseignements sur cette famille de Laurencin, sur ceux de ses membres en particulier qui se sont trouvés en relation avec Agrippa.

gneurie de Metz était, du reste, un simple morceau d'apparat. Point n'est besoin de faire remarquer le ton de jactance avec lequel Agrippa y étale ses prétendues relations familières avec les grands, et le contraste de ce langage avec ce que nous savons de sa vie passée. L'orateur ne se borne pas à y éblouir ses auditeurs, il s'efforce, en outre, de se concilier leurs bonnes grâces. Il appelle ses maîtres les seigneurs messins, amph'ssïmi patres dominimei; il leur parle de leur noble république, insignis respublica, la première entre toute?, par des vertus où nulle autre ne la dépasse, nulla quse hanc iis virtutibus prBBcellat. Dominé par des ressentiments. Agrippa en parlera plus tard fort différemment. Aujourd'hui, il est tout aux impressions de sa reconnaissance envers les Messins ; il les remercie de la faveur inappréciable dont il est l'objet; il les entretient de l'étendue de ses obligations envers eux, de l'importance de sa chargé d'advocatus et orator; des grands exemples que lui donnent, il le sait, pour cet emploi les Démosthène, les Cicéron, les Hortensius ; de sa propre insuffisance enfin qu'il était, on peut le croire, loin de reconnaître au fond. Il termine par une déclaration d'entière soumission et do complète allégeance ^

1. «... Faciam ergo nunc quod me decet; vos accipito quod « vobis debetur. En habetis me quem jamdudum optaslis. Ti- « lulum Advocati et Ora loris vestri amplector. JRecognosco vos « Dominos meos certes et indubitalos, vobisque omnem re- « verentiam, obedientiara ac fidem exhibeo, qualem Orator

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Outre cette pièce, nous possédons encore trois autres discours composés par Agrippa dans l'exercice de ses nouvelles fonctions à Metz. Deux d'entre eux ne sont que des compliments de bienvenue adressés, au nom de la ville, à deux personnages qui la visitent Le dernier est une sorte de plaidoyer débité devant les magistrats de Luxembourg, au cours d'une négociation dont Agrippa était chargé près d'eux pour les Messins 2.

Les commissions de ce genre le forçaient à se mettre souvent en voyage, comme il nous l'apprend lui-même par certains détails de sa correspondance (Ep. II, 23, 33); elles donnaient ainsi à sa vie une agitation qui se trouvait d'accord avec son caractère, et avec ses goûts. Il pouvait en tirer, à ce point de vue, quelque satisfaction. Le voisinage de Cologne lui avait en outre permis d'y faire, h cette époque, une excursion dans laquelle il avait pu revoir ses amis et embrasser sa mère, sa sœur (Ep. II, 13, 16),

« et ad consilia Reipublicas veslrœ admissus jure et consuetu- « dine prœstare tenetur, et quicquid vestrse Reipublicce causa '< efficere praîceperitis, quam studiosissime prosequar, experiar, « enitar, faciam, perficiam, neque fidei, neque industnœ, neque « diligentiœ unquam defutarus. En facultas, persona, animus, 'i omnia in vestra polcstatc sunt. » (Opéra, l. II, p. 10S)2).

1. Uralio in salutatione cujusUam prijicqns et episcopi pro Metensibus scripla. — Uralio in salulalione cujusdam magniftci viripro Dominis metensibus scripta. {Opéra, t. II, p. 1094 el 1095).

2. Oralio ad senaliim Luccinburgioriim pro dominis suis metensibus habita. (Opéra, t. II, p. 1092).

et pour la dernière fois son vieux père, lequel mourait peu de temps après, au commencement de l'année 1519 i (Ep. II, 19). Les avantages qu'offrait à Agrippa sa nouvelle résidence étaient cependant balancés par quelques inconvénients.

Quittant l'Italie qu'il venait d'habiter pendant sept années. Agrippa se trouvait tout d'un coup transporté dans un milieu, dont le contraste complet avec celui qu'il abandonnait pouvait lui causer plus que de la surprise, et lui inspirer à la longue un ennui auquel il devait difficilement échapper. Le séjour de Metz, qui lui procurait certaines satisfactions et qui, à plusieurs égards, lui convenait assurément, ne pouvait sous d'autres rapports que très peu lui plaire. Agrippa, dit un de ses contemporains, était devenu tout Italien d'éducation et de mœurs (Ep. III, IS). Lui-même traite de pays barbares, dans une de ses lettres, la France et l'Allemagne, en comparaison de ce qu'était l'Italie ~. Il quittait cette contrée si richement pourvue de tout ce qu'il aimait,

1. Le père d'Agrippa dut mourir à Cologne vers la fin de janvier ou au commencement de février 1519, d'après une lettre qui mentionne le lait, et dont la date est l'objet d'une petite question de chronologie exposée dans une note de l'appendice (n" XIl).

2. « Demum horlor te ut post visam Germaniam ac Galliam, « totarn que illam barbarorum nostrorum colluviem, tandem in « Italiam te conféras; quam si aliquando apertis ocuHs intro- « spexeris, omnis alla patria turpis vilisque erit, si ad hanc con- « tuleris » (Ep. II, 14).

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ses ressources d'ordre inlcllecluel en tout genre, SCS universités, son public amoureux des lettres et des arts au milieu même des troubles politiques et des agitations de la guerre. Il quittait des lieux oîi régnait un grand mouvement d'esprit et une certaine liberté de pensée dans toutes les classes, dans le peuple comme dans le clergé, dans la bourgeoisie et parmi les grands seigneurs; des lieux où, grâce aux circonstances, il jouissait lui-même d'une très grande indépendance ; inappréciable avantage pour un homme dont le caractère était naturellement indocile à. la règle et impatient du joug. Quant aux désordres causés par la guerre et aux graves inconvénients qui parfois en résultaient, malheureux accompagnement de tous ces biens dans l'Italie d'alors, c'étaient de ces maux qui semblent intolérables quand ils vous pressent, mais qu'on oublie quand ils sont passés, et dont l'impression s'eflPace dans l'éloigneracnt.

Agrippa, perdant de vue ces traverses et ne pensant peut-être qu'aux avantages qu'il avait perdus, se voyait maintenant à Metz, dans un petit Élat dont le régime parlai tement réglé lui donnait la sécurité, il est vrai, mais lui imposait en même temps un joug 'qui pouvait lui sembler importun. On se sentait là surveillé de très près par des dominateurs jaloux de maintenir une police régulière, au milieu de difficultés considérables d'ordre civil et politique, auxquelles s'enjoignaient d'autres encore qui commençaient h grandir, touchant les intérêts religieux. 1- ?.i

LaCiLé, toujours menacée par les convoitises de ses puissants voisins de la maison de Lorraine, était, en outre, exposée aux incessantes hostilités d'une l'oulc de petits seigneurs pillards, cantonnés autour d'elle dans la contrée, et aux entreprises des capitaines de bandes qui couraient sur le pays. En même temps la religion était à Metz, comme partout, mise en péril par l'esprit nouveau de recherche, de critique et d'insoumission, que venaient de faire éclore les premiers mouvements de la réforme.

Dans ce milieu nouveau, bien capable de lui causer, parles motifs que nous venons d'énumérer, quelques contrariétés, Agrippa était de plus, pour la première fois, astreint aux obligations impérieuses d'une charge publique, avec la fonction de conduire et de débattre des affaires qui, ne lui offrant le plus souvent aucun intérêt, devaient lui paraître absolument insupportables. Troublé dans ses études favorites par cette situation, il devait naturellement ressentir d'autant plus vivement l'irrésistible attrait de ces libres occupations. En même temps, il se trouvait entouré d'étrangers ; h peu près sevré, pour les commencements au moins, des applaudissements et encouragemen ts auxquels il é tai t habi tué dans ses travaux, de la part de ses amis ; bien plus, il s'y voyait parfois arrêté par des difficultés et des empêchements imprévus.

A Metz, la vie était sévère. La ville était, comme nous l'avons dit, gouvernée par les membres d'un patriciat tout puissant. Cette aristocratie, graduel-

Icment réduilc et au xvi" siècle très peu nombreuse, était, d'une manière à peu près exclusive, vouée au maniement des affaires publiques dont elle gardait avec jalousie le privilège ; quoique, en raison de l'éclaircissement de ses rangs, elle en fût en même temps accablée i. Les loisirs de l'esprit n'étaient permis qu'à un petit nombre d'hommes de la classe moyenne appartenant soit à la petite bourgeoisie, laquelle était systématiquement éloignée du gouvernement et de l'administration des choses de l'État, soit au clergé, qui était dans le même cas, et dont le rôle dans la Cité était limité au soin de ses intérêts propres, à côté de l'accomplissement de ses devoirs religieux. Tels étaient les traits essentiels de la situation. Quel contraste pour Agrippa que celui de la vie assujettie, contenue, effacée qu'elle lui faisait, avec la vie libre, active et brillamment accidentée en dépit de ses misères, qu'il venait de quitter.

Ce qu'on sait, en outre, des hommes avec lesquels Agrippa devait maintenant se trouver particulièrement en relation à Metz, n'est pas non plus sans signification. Au nombre de ceux que signale sa correspondance comme ayant été alors accidentellement en rapport avec lui, on voit bien, il est vrai, quelques membres de la classe aristocratique. Ni- ■ cole de Heu, Nicole Dex qui paraissent être de ses amis, Nicole Roucel qui semble lui être contraire,

1. CcUe siLualiou est cXpliqnoo dans l'IrilroiJucliori d'un ouvrage inlilulé : Eludes sur l'hisloire clo Melz. Les légendes. 18Gô.

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tous trois faciles à rcconnaUre sous les dénomina- Lions laLinisées de Nicolaus de Hu, Nicolaus Aquensis, Nicolaiis Roscius mcdiomatricorum decurio ^ ; mais le cercle de ses relations familières les plus habituelles ne comprend que des hommes appartenant à une classe moins relevée. Il faut mentionner à leur tête Claude Chansonneti, Claudius Cantiuncula, (ils d'un notaire public, qu'on ne voit pas souvent à Metz, il est vrai, pendant le séjour qu'y a fait Agrippa, mais dont les parents y étaient Journellement en relation avec lui, et qui de Bâlc, oii il résidait le plus souvent alors, était un de ses correspondants assidus. Nous j nommerons ensuite dans la même catégorie Claude ■ Dicudonné, Claudius Deodatus Cœkstininnus, religieux I du couvent des Célestins de Meiz, puis Jean Rogier % ou Rougier, dit Brennonius^ curé de Sainte-Croix -, avec qui Agrippa rcstalongtemps en correspondance, |[ et qui semble avoir été de tous ses amis de Metz celui qui était le plus particulièrement en communauté d'idées avec lui. Viennent après cela des gens de moindre condition dont nous tâchons de deviner les noms véritables sous les formes latines que leur donne la correspondance; le notaire Baccarrat, Baccare.tus, Baccaraldus, Baccarius, Bacchantius :Th\lmax],

1. On trouve cas noms en divers lieux de la Corrospondtince et (les 0Euvre3(Ep. U. '13; III, G2 ; Opora t. Il, p. 588). Sur les familles anxiiuelles appartenaient les personnages qui les portent, on peut consulter d'Haunoncelles, Melz ancien. 185G.

2. Voir, à. propos de ce [tersonnage, une note dj l'appendice (n" XVI).

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Tilmannus; Mérian ou Marian, Marianus; André et Jacques Charbonnier, A wireas et Jacohus Carbomius; Michaud, Mischaulus, Mischaldus; Châtelain, Caslellanus ; les deux médecins, Renaud, Benaldus, et Laurent Frison, Laurentàis Frisius pJujsicus ; Thirion l'horloger, Tyriits Iiorologiarius, horarius; et Jacques le libraire, Jacobus librarhis. Ces hommes sont mentionnés, à divers titres, dans les lettres d' Agrippa qui, après avoir vécu avec eux à Metz, leur envoie de loin, quand il a quitté cette ville, des marques de souvenir. Dans le nombre, quelques-uns partageaient ses goûts pour les études singulières ; le curé de Sainte- Croix, Brennonius, et le Célestin Claude Dieudonné pour ce qu'il appelait les lettres sacrées et la philosophie hermétique; Laurent Frison pour l'astrologie ; Thirion l'horloger pour l'alchimie.

Après avoir parlé des amis qu'Agrippa pouvait avoir à Metz, il faut mentionner les hommes qui, dans cette ville, lui ont été contraires. Ceux-ci paraissent lui avoir causé d'insupportables ennuis. Nous avons nommé comme tel un membre des paraiges, Nicole Roucel. Il faut citer encore, au même titre, Claude Drouin l'écrivain i ; mais on doit signaler surtout, parmi les ennemis auxquels il a eu affaire à Metz, certains membres du clergé régulier

^ 1. Ce personnage n'apparLenail pas, comme le précédent, à l'aristocratie messine, bien qu'une famille du nom de Drouin eut existé dans les paraiges messins. C'est ce qui est expliqué dans une note de l'appendice (n" XVIII).

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très acLive.-nent appliqué dans celte ville, comme partout alors en général, à surveiller les entreprises des esprits hardis soupçonnés de tendances vers les idées et les doctrines nouvelles. Agrippa ne tarda pas à se trouver en querelle avec ces champions de Forthodoxie, de la règle établie et de l'exacte discipline; avec Nicole Savini, religieux dominicain, qui était investi à Metz de rofflce redoutable d'inquisiteur de la foi ; avec Claude Salini, appartenant au même ordre, prieur du couvent des frères prêcheurs ^; avec Dominique Dauphin, Franciscain de la maison de l'Étroite-Observance, dite à Metz des frères Baude; avec Nicolas Orici, religieux cordelier; sans parler de certains membres du clergé séculier avec qui Agrippa eut aussi maille à partir en diverses circonstances, l'archiprêtre Regnault, Reginaldus, par exemple, etl'official de la cour épiscopale, Jean Léonard.

Nous reviendrons avec quelques détails sur ce qui concerne ceux .des amis messins d'Agrippa dont les relations avec lui nous sont révélées par sa correspondance. Quant à ses ennemis , nous aurons occasion de les faire plus amplement connaître e" rendant comptc-de deux grandes affaires dont nou voulons parler maintenant, et qui, ayant par dessus tout occupé Agrippa pendant la dei^ère année de

1. Il ne faut pas confondre. malp;ré la ressemblance do leur nom, Savini cl Salini. On trouvera quelques observations, à ce sujet, dans une note de l'appendice (n" XVII).

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son séjour à MeLz, l'ont mis alors aux prises avec eux. Ces deux affaires sont sa querelle sur la monogamie de sainte Anne, laquelle devait finalement lasser sa patience et déterminer son départ de Metz,et auparavant une sorte de procès criminel auquel ,il s'est consacré avec une ardeur passionnée. Dans cette dernière circonstance, il révèle une ténacité et une indépendance d'esprit remarquables, et il a enfin l'avantage; mais, en même temps, il a le tort irréparable d'avoir raison contre l'inquisiteur delà foi lui-même, et de l'emporter sur lui. Il s'agissait d'arracher de ses mains une pauvre femme du village de Woippyi injustement accusée d'hérésie et de maléfice; il s'agissait de disputer au feu une prétendue sorcière.

L'affaire de la prétendue sorcière appartient à l'année lol9, la deuxième du séjour à Metz d'Agrippa; elle nous est connue par quatre documents émanant d'Agrippa lui-même : deux suppliques adressées par lui dans le cours de l'afTaire, l'une au vicaire, l'autre à l'official de Metz (Ep. II, 38, 39), une lettre écrite à son ami Gantiuncula qui, de Bâle, lui avait demandé des explications sur cet incident (Ep. II, 40; 2, et enfin un rappel assez étendu fait par

1. Woippy, village situé aux portes de Melz, où les chroniqueurs menlionnenl, au moyen âge, de nombreux faits de sorcellerie. La seigneurie en appartenait au chapitre de la cathédrale de Metz. {Ilisloire du village de Woippy, par Neré Quépat (René Paquet) 1878).

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