‹ Corneille AgrippaChapitre 17 sur 22 · I. Tillemonl, Ibidem; loni. I, noie II sur la sainte Vierge · texte numérisé non relu

I. Tillemonl, Ibidem; loni. I, noie II sur la sainte Vierge

naissance de la Vierge, admise par l'Eglise d'Orient, et suivant laquelle la sainte Vierge, dont les Évangiles ne nomment d'ailleurs ni le père ni la mère, aurait été lille de saint Joachim et de sainte Anne. Aux termes de cette légende, sainte Anne, devenue vieille et restée stérile, aurait obtenu de Dieu la grâce de la fécondité ; et saint Joachim, alors dans le désert, y aurait appris par l'entremise d'un ange, que son épouse avait conçu. Telle serait l'origine miraculeuse de la sainte Vierge. Saint Epiphane et Grégoire de Nysse avaient accepté cette croyance. Les Latins, en la leur empruntant, l'avaient associée h l'opinion énoncée tout à l'heure, que la sainte Vierge avait deux sœurs, Marie de Cléophas et Marie Salomé ; et ils avaient constitué ainsi une légende suivant laquelle sainte Anne aurait été la mère des trois Marie, et les aurait eues de trois époux successifs Joachim, Cléophas et Salomé. Telle était au xvi" siècle la croyance accréditée dans l'Église ^ ; telle était l'opinion contre laquelle s'éleva

1. Celle dûclrine est formulée dans une pelile pièce de six vers Iranscrile par une main du x\"= siècle à la fin d'un manuscrit de la calhédrale de Melz, conservé aujourd'hui à la Bibliollièque de celle-ville (a° 620). Celle pièce esl ainsi conçue :

Anna solcl dici très conreiiisso Marias,

Quas goniiure viri Joaclihn, Cléophas, Salonieiiue.

Uas duxero viri Josupli, Alplieiis, Zebecleus.

Prima pepcrit Chribtuiii ; Jacobuiii secunda niiuoix-m

Et.losepli jusUini popoi-il cuni !^inloue .ludani;

Tertia, mujorem Jacobuni, dilectuui (ji;c Joliaiiiieni.

AGRIPPA A MET/

Lefèvre d'Étaples, pour reconstituer dans son intégrité la légende orientale qui ne reconnaissait h sainte Anne qu'une seule flUe, la sainte Vierge, dont la naissacce miraculeuse était du reste admise par tout le monde. Il regardait la gloire de la mère de Dieu comme essentiellement intéressée à ces conclusions, et, chose étrange, les théologiens orthodoxes le condamnaient et le combattaient pour cette opinion.

Sur ces deux questions, celle des trois Magdeleine qu'il distinguait l'une de l'autre, et celle des trois Marie qu'il refusait de reconnaître comme trois sœurs, Lefèvre d'Étaples avait fait imprimer à Paris, en 1317, en 1318 et en 1319, les traités intitulés : De tribus et unica Magdalena, et De una ex tribus Maria. Ses propositions avaient été censurées par la faculté de théologie '. Elles étaient en même temps atta-

1. Lefèvre d'Étaples, condamné sur ce. point et sur plusieurs autres, finit par prendre rang, d'une manière formelle, parmi les hétérodoxes. En 1523, il publia à Paris une traduction française du Nouveau-Testament, puis, en 1525 àMeaux.un commentaire sur le même livre, ensuite à Anvers, en 1528, une traduction française de la Bible tout entière, réimprimée en 1529, 1530, 1532, 1534, 1541, et accompagnée, dans une de ces éditions données à Paris, d'une Epistola exiiortatoria où. était recommandée la lecture de l'Écriture sainte en langue vulgaire. 11 s'attira ainsi de nouvelles censures de la faculté de théologie de Paris, et des persécutions contre lesquelles il trouva un défenseur dans la personne de la reine de Navarre, Marguerite sœur du roi. Lefèvre d'Étaples mourut très Agé, en 1537, à Nérac, où cette princesse lui avait donné asile.

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