‹ Corneille AgrippaChapitre 7 sur 22 · itabelais, IhinLugrueL, VÀw \\ï, cIl .\x · texte numérisé non relu

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res inventions \ contre lesquelles s'élèvent l'un après l'autre Jean "Wier, disciple d'Agrippa, qui le présente comme injustement calomnié, et G. Naudé, qui le traite d'imposteur % ainsi que Preher et Bayle, qui plus tard ont pris la peine de réfuter ces misérables assertions ^

Ce n'étaient assurément que d'ineptes rêveries et de pures calomnies ; mais Agrippa ne s'était que trop exposé, nous le verrons, à les faire naître par sa conduite, par son langage et par quelques-uns de ses écrits. La réputation de magicien en commerce avec les démons ne l'effrayait pas, à ce qu'on peut croire. Il l'aurait même expressément affrontée si, comme l'assure Naudé, il recherchait et s'attribuait volontiers les qualifications singulières de jnagister Georgius Sabellicus, Faustus junior, fons necromantium, chiromanticus, asù^ologus, magus *, etc. Il semble véritablement avoir tout le premier fait surgir les imputations dont il a été l'objet, touchant l'exercice de la magie démonologique. Ajoutons que dans ce qu'il a pu faire pour cela, il serait difficile de le

1. A. Thévet. Les vrais portraits et vies des hommes illiislres grecs, latins et payens, anciens et modernes, etc. 1584.

2. G. Naudé. Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonnés de magie. 1625.

3. Pauli Freheri med. Norib., Theatrum virorum erudilionc clarorum, etc. 1688. — P. Bayle. Dictionnaire historique et critique. 1697.

4. « Magus qui sim. » — Lectoribus Epistola, au commencement du traité de la philosophie occulte. (Opéra, tom. I. initio.)

LA VIE ET LES OEUVRES D'aGRIPPA

croire innocent de louLe imposture et de tout charlatanisme.

Pour ce qui est des sciences et des arts occultes, dans un cadre plus étendu, on ne peut nier qu'Agrippa n'en ait été un des champions décidés, avant d'en proclamer l'inanité. On ne saurait dire cependant jusqu'à quel point il a pu jamais y croire. Au moins est-il certain qu'il n'y a pas toujours cru et que, à une époque où il n'y croyait assurément plus, il les pratiquait encore et feignait parfois d'avoir dans leur autorité une confiance qu'il ne leur accordait nullement; ce qui permet de douter de sa sincérité en ce qui les concerne, à une date antérieure où elle serait peut-être plus admissible. Il ne faut néanmoins pas perdre de vue que tout n'était pas mensonge, comme nous l'avons dit, dans les sciences et les arts occultes ; que le vrai y était, en une certaine mesure, associé au faux; et qu'Agrippa a pu, pour sauver ce qu'il croyait y voir de vérité, accepter et propager même les fictions qui, mêlées à ces éléments plus respectables, leur donnaient crédit aux yeux des hommes de son temps, en flattant les préjugés auxquels ils étaient attachés. Peut-être est-il allé plus loin encore; peut être a-t-il, à l'origine au moins des études et des travaux qu'il a consacrés aux sciences et aux arts occultes, partagé, jusqu'à un certain point, la crédulité avec laquelle on les accueillait généralement alors. Plus tard seulement, il en serait venu à leur refuser créance, après leur en avoir accordé d'abord.

Sur CCS questions qui sont le secret d'Agrippa, nous sommes condamnés à rester dans le doute, malgré les moyens d'information qu'on peut avoir, et ils sont loin de faille défaut, pour ce qui le concerne. Agrippa est, en effet, un personnage sur lequel les renseignements abondent, 11 a écrit des ouvrages qui ont été presque tous conservés et publiés. Il a laissé en outi'e, sur sa vie privée, sur les intérêts et les sentiments qui l'ont remplie, des détails instructifs consignés dans une correspondance étendue qui a été recueillie et qui nous a été également transmise. Il a lui-même donné en esquisse un abrégé de sa vie presque tout entière dans quelques-unes de ses lettres et surtout dans deux mémoires adressés sous forme de supplique, l'un en 1531 au Conseil de Malines (Ep. VI, 22), l'autre en 1532 à la reine Marie, gouvernante des Pays-Bas (Ep. VII, 21) ; tableau plein d'intérêt, bien qu'on ne doive pas l'accepter sans quelques réserves, parce que, sur plusieurs points essentiels, il contient bien moins la vérité même, que les apparences sous lesquelles il convenait alors à Agrippa de la présenter Ajoutons que sa biographie, touchée dans quelques-uns de ses traits par divers

1. La correspondance d'Agrippa contient quelques lettres tnoins développées ayant évidemment, à ce point de vue. le môme caractère que celles de 1531 au conseil de Malines et de 1532 à la reine Marie; la leUrc do 1518 (1519, n. s.), par exemple, à l'évôquo de Cyrèno (Ep. II, lo).

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écrivains du siècle où il a vécu ', a été esquissée ultérieurement par Bayle dans son grand dictionnaire critique, et par d'autres encore dans des ouvrages que signale OEttinger, auteur de la Bibliographie biographique universelle^. Son histoire a été reprise de nos jours par M. Guizot et par M. Hoefer dans des articles composés pour les collections de Michaud et de Didot, par M. Franck pour le Dictionnaire des sciences philosophiques publié sous sa direclion. Enfin M. A. Daguet et M, L. Gharvet ont donné plus récemment encore d'intéressantes études sur des parties spéciales de la vie d'Agrippa, en traitant de son séjour de quelques années à Genève et à Pribourg (1021-1524) \ Ces divers travaux sont fort instructifs ; cependant ils laissent dans l'ombre bien

1. Nous avons mentionné ces écrivains et leurs ouvrages dans les pages qui précèdent.

2. Ravius, Disserlalio de H. G. Agrippx eruditione porlenti, vita, fatis et scriptis. Wilteb., 1726, 8". — Agrippxana oder II. G. Agrippa's merkivïirdigcs lehen und schriflen. s. 1. 1722. 8°. — L'écrit mentionné par OEttinger avec les ouvrages précédents, sous le titre, Sommer von Sommersberg, Dissertalio de IL G. Agrippa. Lipsia;, 1717, no concerne pas H. C. x\grippa, mais Marcus Vipsanius Agrippa, le gendre d'Auguste, l'époux de la trop fameuse Julie. Cet ouvrage est une dissertation académique présentée à l'université de Leipsick, sous la présidence de Georg. Glirist. Gebauer à (pii OEttinger l'attribue aussi Jiar inadvertance, en le signalant une seconde fois à sa vraie place, dans son article consacré ù Marcus Vipsanius Agrippa.

3. A. Daguet, Agrippa cliez las Suisses. 1856. — L. Charvcl, Correspondance d'Euslache Chapuys et de Henri Cornélius Agrippa. 1874.

des points du sujet que nous nous proposons de traiter en consultant les documents originaux surtout, sans trop nous préoccuper pour cette raison d'autres écrits qui peuvent exister encore et avoir échappé à notre connaissance, sur le même objet ^

Avant d'entrer dans les détails de cette étude, à laquelle nous voulons conserver la forme biographique, nous en fixerons brièvement les traits essentiels et les grandes lignes, en donnant tout d'abord quelques indications sur l'esprit et sur le caractère d' Agrippa, sur les principales circonstances de sa vie et sur les écrits dépositaires de ses idées et de ses sentiments.

Doué d'une intelligence qui paraît avoir été supérieure à son caractère. Agrippa montre un esprit facile et plein de vivacité, mais mobile à l'excès. Sans fermeté sur les principes et très peu arrêté dans ses vues, il marche à l'aventure, usant volontiers de charlatanisme dans son langage aussi bien que dans sa conduite. Il paraît surtout dominé, pendant le cours de son existence, par une inconstance

1. Nous ne pouvions pas cependant négliger volontairement le secours des travaux faits par d'autres avant nous sur Agrippa; nous y avons recouru, au contraire, autant que nous avons pu le faire. Mais, sans parler de ceux qui ne sont pas venus à notre connaissance, il en est qu'il ne nous a pas été possible de nous procurer. Tels sont les deux ouvrages allemands cités par Œîttinger, et un ouvrage publié en Angleterre qm nous a été signalé tardivement et que n'avons pas pu non plus consulter : H. Morley, The lifc of H. G. Agrippa von Ncltesheiin. London, 1856, 2 vol.

irrémédiable qui explique la direction bizarre et foncièrement irrégulière suivie par lui, dans une vie décousue et accidentée au delà de ce qu'on peut imaginer. Successivement étudiant, sans qu'on discerne parfaitement l'objet de ses études ; quelque peu soldat; puis à certains moments professeur, jurisconsulte, médecin; amoureux d'indépendance, et cependant, lorsque son intérêt le commande, courtisan empressé à la suite des grands, autant du moins que le permettent le peu de fixité de sa volonté et la variabilité de sa fantaisie, il était voué d'avance aux situations extrêmes, dans la bonne ainsi que dans la mauvaise fortune. Il a connu dans de rares instants les faveurs de l'une, plus souvent les rigueurs de l'autre. Sans avoir rempli de grands emplois et sans avoir joué nulle part un rôle notable, il a été de son temps un personnage généralement considéré, en raison surtout d'une certaine réputation de savoir, aujourd'hui plus facile à constater qu'à justifier, quoiqu'on ne puisse pas lui refuser absolument toute valeur. Estimé et très admiré par les uns, redouté et détesté par les autres, Agrippa était un homme qui défiait, à ce qu'il semble, rindiff"érence, et qui forçait l'attention. Au physique, ses contemporains nous le peignent comme étant de petite taille et doué d'une physionomie ouverte et agréable i.

1. Pour ce qui regarde le portrait physique d' Agrippa, nous renvoyons à une note qu'on trouvera dans notre appendice

Né à Cologne en 148G, Agrippa y fait ses premiè-^ res études et paraît ensuite sur les bancs de l'université de Paris. Revenu dans sa ville natale, vers l'âge de vingt ans, il s'en détache presque aussitôt, entraîné par le goût des aventures et par l'ambition d'arriver h la fortune. Il part en 1508 pour l'Espagne où il sert le roi d'Aragon ; mais, incapable de supporter le joug d'un emploi régulier, il se dérobe à des devoirs dont on ne connaît pas trop au reste le caractère, passe en Italie, et de là regagne rapidement la Provence, Avignon, Lyon, puis la Bourgogne oîi il s'arrête un instant. A Dole, il s'essaie pendant l'aïmée ISOO au rôle de lecteur, c'est-à-dire de professeur dans une université; mais cette situation ne le retient pas longtemps. Il est en 1310 à Londres, oia semble l'avoir conduit une commission secrète qu'il indique sans donner sur son objet aucune explication; et dans l'année même, il revient à Cologne qu'il no tarde pas à quitter encore pour l'Italie. Il passe en divers lieux de la Lombardie sept années consécutives, de ISll à lolT. Il y sert d'abord l'empereur Maximilien dans des conditions difficiles à déterminer, comme petit secrétaire de camp, dit Naudé. Il paraît ensuite dans des chaires d'enseignement, à Pavie notamment et à Turin, et joue un instant le rôle de théologien au concile

(n" XXX). Cette note concerne la publication d'un de ses ouvrages auquel on a joint, de son vivant môme, une image de ses traits. Nous fournissons, à cette occasion, quelques renseignements sur les portraits qu'on a do lui.

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGUIPPA

indiqué à Pise en loll et transféré ensuite à Milan. Un peu plus tard il se marie vers ISIS à Pavie, où il épouse une femme du pays qui lui donne alors un fils.

Après quelques années passées ainsi dans le nord de l'Italie, au milieu des troubles et des désordres de la guerre, Agrippa quitte cette contrée vers la fin de 1517 ou au commencement de 1518, au moment oîi une courte période de paix commençait pour elle. Il passe à Chambéry, cherchant un emploi public , qu'une certaine réputation d'homme de science et d'affaires lui permettait d'ambitionner. Il accepte alors, à titre de jurisconsulte, les propositions de la cité de Metz et se rend dans cette ville, au commencement de 1518, poury prendre l'office de conseiller stipendié et orateur, sorte d'emploi en raison duquel il était chargé de certaines affaires contentieuses, et d'un rôle public dans les négociations ainsi que dans les relations de l'État avec les étrangers.

Agrippa reste à Metz environ deux années, après lesquelles, en quittant cette ville, il se retire en -1520 à Cologne, sa patrie. Il ne s'y arrête guère et s'en éloigne au bout de quelques mois, pour se rendre en Suisse. Il perd dans ce voyage sa première femme qui meurt à son passage à Metz, et il arrive bientôt à Genève oia il se remarie dans l'année même, en 1521. Vers cette époque, il prend l'étnt de médecin. C'est en cette qualité qu'il se fixe d'abord h Pribourg, en 1523, puis l'année suivante h Lyon,

OÙ il est attaché à la personne de la reine Louise de Savoie, mère du roi François I^r. H est obligé de renoncer à cet emploi pour des causes qui ne s'expliquent pas très clairement, mais dont une part revient, ce semble, à des relations plus ou moins coupables avec le connétable de Bourbon, l'ennemi du roi. Agrippa se voit réduit par cette disgrâce à une situation précaire qui se prolonge pendant la plus grande partie des quatre années passées par lui à Lyon de 1524 à 1S27. C'est le plus long séjour qu'il ait jamais fait nulle part. Il se rend, en 1328, dans les Pays-Bas, où il pouvait espérer que le recommanderaient les services rendus autrefois par lui à l'empereur Maximilien en Italie. Médecin d'abord à Anvers en 1S28, il renonce ensuite inopinément à la médecine et obtient un office impérial à Malines vers 1530. Il prend dans cette dernière ville une troisième femme, peu de temps après avoir perdu la seconde, morte de la peste à Anvers. Celle-ci lui avait donné, pendant les huit années de leur union, six enfants. De la dernière, qu'il ne tarde pas à répudier, il paraît n'en avoir eu aucun.

A ce moment, Agrippa se trouve aux prises avec des difficultés de deux sortes. Les unes, qui n'étaient pas nouvelles pour lui, consistent dans des embarras d'argent ; il est poursuivi et même emprisonné, malgré sa qualité d'officier impérial, par des créanciers auxquels il a mille peines à échapper.. Les autres lui viennent de querelles suscitées par la publication de ses ouvrages, imprimés alors

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pour la première fois, quoique composés plus ou moins anciennement déjà; répandus antérieurement par la copie, mais généralement peu connus. Ses adversaires acharnés, dans cette lutte, on pourrait dire ses persécuteurs, sont les théologiens de la faculté de Louvain, qui d'ailleurs ne trouvaient, dans ses écrits, que trop de sujets de l'attaquer et de le poursuivre. Agrippa obtient contre eux le secours de protecteurs puissants. Il a pour patrons déclarés le légat du pape, l'évêque de Liège, l'archevêque de Cologne. Ce dernier lui offre finalement un asile auprès de lui.

Agrippa se réfugie ainsi en 1532 dans les domaines de ce prélat, à Bonn qui est pendant quelque temps sa principale demeure. Il achève alors, non sans de nombreuses difficultés, la publication de ses ouvrages. C'est à Bonn qu'il répudie, on ne sait pour quelle raison, la femme qu'il avait épousée en troisièmes noces à Matines. En 1335, des motifs restés inconnus le ramènent en France, où il devait éprouver de nouvelles traverses. Il avait laissé dans ce pays, est-il dit, des ressentiments et des haines. On est, du reste, très mal informé de ce qui le concerne h cette époque, sa correspondance qui s'arrête en 1333 faisant alors complètement défaut. Il paraît avoir été assez misérable dans les derniers temps do sa vie. Cependant, après s'être vu à Lyon jeter un instant en prison, par ordre du roi dit-on, il est accueilli ensuite et traité, paraît-il, avec une certaine considération h Grenoble, où il meurt en 1335, et où

son corps reçoit la sépulture dans l'église des dominicains.

Telle est, dans ses grandes lignes et dans ses principaux traits, la vie d'Agrippa. Nous y reviendrons en détail pour en faire connaître les particularités. Nous emprunterons pour cela nos informations aux ouvrages de cet homme singulier et aux pièces de sa correspondance. Il convient maintenant de donner une idée de ce que sont ces documents.

L'ensemble des œuvres d'Agrippa est dominé par deux grands ouvrages, la philosophie occulte, et le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences; le premier remontant, dans sa forme originaire au moins, ùsajeunesse; le second appartenant h son âge mûr. Voici du reste la suite de ses écrits rangés, autant que possible, dans l'ordre où ils ont été composés. Plus d'un enseignement peut résulter de cette simple énumération qui comprend les documents suivants.

Environ deux cent cinquante lettres familières et autres adressées à divers correspondants, auxquelles en sont jointes deux cents à peu près émanant de ces derniers, de l'année 1507 à l'année 1533, distribuées en sept livres, — Epistolarum libri septem — (Opéra, t. II, p. 681-1061 ').

1. L'édition des œuvres d'Agrippa citée ici et dans le courant de la présente étude est celle qui a été donnée à Lyon, sans date, sous le nom des frères Béring, et qui forme deux volumes in-8° imprimés en caractères romains. Il y en a une autre en caractères italiques, au nom des mêmes éditeurs. Voir à ce sujet une note de l'appendice (n° XXXII).

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Le traité de la philosophie occulte, — De occulta philosophm libri très, — ouvrage commencé dès 1509 (Ep. I, 23), complété à diverses reprises par des additions et qui contient probablement le résultat des plus anciens travaux d'Agrippa (Opéra, 1. 1, p. 1-404). Il faut distinguer de ces trois livres de la philosophie occulte un quatrième livre, — De ceremoniis ma' gi'cis, — imprimé après sa mort pour faire suite aux premiers et qui est considéré comme apocryphe (Opéra, t. I, p. 426-4S4).

Le Traité de la prééminence du sexe féminin, — De nobilitate et prœcellentia fœminei sexics, — composé en 1309 à Dole par Agrippa, pour attirer sur lui la faveur de la princesse Marguerite d'Autriche, gouvernante de la province, a Germania inferior et Burgundia », mais qui ne fut en réalité offert à cette princesse que vingt ans plus tard, lorsque Agrippa était à Anvers (Opéra, t. II, p. 518-542).

L'Épître dédicatoire du précédent traité à Marguerite d'Autriche, ^ Divœ Margaretse Augustœ Austriacorum Burgundwnum que principi clementissimœ epùtola, — laquelle, semble avoir été composée en même temps que lui en 1509 (Opéra, t. II, p. 516ol7).

Une plainte contre le franciscain Gatilinet, h l'occasion des accusations de ce dernier sur l'exposition faite par Agrippa du livre de Reuchlin, « De verbo mirifico », — Expostulatio super expositione sua in librum de verbo mirifico, cum Joanne Catilineti fratrum Franciscanoimm. per Burgundiam. provinciali ministro,

saa\ theol. doctor., — factum écrit en 1510 à Londres, où Agrippa s'était rendu en quittant Dole, après avoir fait l'année précédente, dans cette dernière ville, des leçons publiques sur le livre de Reuchlin (Opéra, t. II, p. 508-312).

De petits commentaires sur l'épître de saint Paul aux Romains, — Comment ariola in epistolam Pauli ad Romanos, — ouvrage commencé en 1510 en Angleterre ; poussé jusqu'au chapitre vi et resté inachevé, à ce qu'il semble ; perdu ensuite en Italie dans les désordres qui suivirent la bataille de Marignan en 1515 ; et retrouvé plus tard, vers 1323, par Agrippa entre les mains d'un de ses anciens élèves (Ep. III, 40, 41, 42). Cet écrit n'est point parvenu jusqu'à nous et ne nous est connu que par ces indications (Opéra, t. II, p. 596 et 732).

Des thèses théologiques, — Placita theologica qux quodlibeta dicuntur, — déclamées en l'année 1510 par Agrippa en l'université de Cologne. Ces morceaux ne nous sont pas non plus parvenus, et nous n'en savons que ce qui en est dit incidemment par l'auteur (Opéra, t. II, p. 104 et p. 596).

Un discours sur le traité d'Hermès Trismégiste, de la puissance et de la sagesse de Dieu, — Oratio habita Papiœ, in prielectione Hermetis Trismegisti, de potestate et sapientia Bei, — prononcé en 1515 à l'université de Pavie, en présence de Jean de Gonzague, marquis de Mantoue, à l'ouverture de leçons publiques sur le « Pimander » d'Hermès Trismégiste (Opéra, t. II, p. 1073-1084).

Un discours sur une explication du banquet de Platon, — Omtio in prœlectione convivii Platonis, amoris laudem continens, — prononcé ou au moins composé vers l'année lolo, comme introduction à des leçons sur ce sujet, dans une des universités du nord de l'Italie (Opéra, t. II, p. 1062-1073).

Des commentaires ébauchés sur le traité de la philosophie occulte, — Commentaria secl adhuc indigesta in libros nostros de philosophia occulta, — ouvrage composé vers 1515 et perdu en Italie, lors du passage tumultueux des Suisses à Milan, après la bataille de Marignan. On nfe sait de cet ouvrage que ce qui en est dit accidentellement par l'auteur dans une de ses lettres (Ep. II, 14).

Un dialogue sur l'homme, image de Dieu, — Dialogus de homine, Dei imagine, — ouvrage composé vraisemblablement vers 1516 et adressé en cette année à Guillaume Paléologue, marquis de Montferrat, vicaire impérial en Italie, dont Agrippa recherchait la faveur. Nous n'avons de ce traité qui est perdu que son Épître dédicatoire (Opéra, t. II, p. 717).

L'ÉpUre dédicatoire de l'ouvrage précédent au marquis de Montferrat, — Agrippa ad amicum — (Ep.I, 51).

Un traité de la connaissance de Dieu, — Libe)' de triplici ratione cognoscendi Deurn, — dédié en 1516, comme le dialogue sur l'homme, au marquis de Montferrat (Opéra, t. II, p. 480-501).

L'Épître dédicatoire du traité précédent au mar-

CHAPil'nE PREMlEll

quis de Montferrat, — Ilho exceW'^oque sacri Romani imperii principi ac vicario, Guilhelmo Palxologo, marchioni Montis-ferrati^ Domino suo beneficentissimo, Henricus Cornélius Agrippa beatitudinem perpetuam exoptat — (Ep. I, 52).

Des Annotations sur le trai té d'Hermès Trismégiste, dit le « Pimander », — Annotationes super Pimandrum Trismegisti, — ouvrage composé vers 1316, qui ne nous est point parvenu, et qui pourrait bien ne pas avoir été terminé. Nous ne le connaissons que par une brève indication que nous en donne incidemment l'auteur dans une de ses lettres (Ep. I, 51).

Un volume composé en l'honneur du duc de Savoie, — Orationis tomus in laudem ducis Sabaudi.v, — dont nous n'avons qu'une simple mention à la date de 1518 (Opéra, t. II, p. 728).

Un discours prononcé à Metz devant la Seigneurie, en prenant possession de l'oflice de conseiller stipendié et orateur de la Cité, au mois de février 1518, — Oratio ad Metensium Dominos dum in illorum advocatumsyndicum etoratorem acceptaretur — (Opéra, t. II, p. 1090-1092). ~

Un discours au conseil de Luxembourg pour la Cité de Metz, — Oratio ad Senatum Liicemburgiorum pro Dominis suis Metensibus habita, — harangue prononcée en 1518 ou 1319 à propos d'une négociation, dans laquelle Agrippa figurait comme conseiller stipendié et orateur de la ville de Metz (Opéra, t. II, p. 1092-1091).

Un discours pour la réception à Metz d'un cvêquC) — Oratio in salutatione cujnsdam principis et epis-

copi pro Metensibus scripta, — harangue composée en lois ou 1519 à Metz par Agrippa, en raison de ses fonctions de conseiller stipendié et oi^ateur de la Cité (Opéra, t. II, p. 1094-1095).

Un discours pour la réception h Metz d'un personnage, — Omtio m salutatione cujusdam magnifm viri pi'o Dominis Metensibus scripta, — harangue d'apparat, analogue à la précédente, appartenant à la même époque et qui a pu comme elle être prononcée par Agrippa au nom des seigneurs Messins qu'il était de sa charge d'accompagner dans ces occasions (Opéra, t. II, p. 1095-1096).

Le traité du péché originel, — De originali peccato disputabilis opimonis declamatio, — ouvrage composé antérieurement à 1519, époque oîi Agrippa l'adresse à Théodoric, évêque de Cyrène, administrateur spirituel de l'archevêché de Cologne (Opéra, t. II, p. 553-564).

L'Épître dédicatoire du précédent traité, du péché originel, à l'évôque de Cyrène en 1519, — Agrippa ad amicum — (Ep. II, 17).

L'antidote contre la peste, — Contra pestem antidata securissima ad dominum 7'/ieodoricum Cyrenensem Cofordensis archiprxsulatus a stiffragiis, in sacris administratoi'em, — petit traité dont la date probable ressort du rapprochement qu'on peut l'aire entre lui et deux lettre^ de loJ8 (1519 n. s.) ', la première

1. Nous donnons, dans noire appendice) (n» XII), une noie où est expliquée la date de ces Icllres « more Mclensi ».

CHAPi'l'Uli PREMIER

écrite de Bedbar dans le duché de Berg sans indication de jour, par laquelle l'évêque de Gyrène demande à Agrippa un remède contre la peste (Ep. II, 18); la seconde écrite de Metz le 6 février par Agrippa au même personnage, en lui envoyant, comme réponse, ce petit traité (Ep. II, 19), (Opéra, t. II, p. 078-582).

Deux pièces de polémique sur la question de la monogamie de sainte Anne, savoir : 1° la position de la thèse, — De beatissima: Annx monogamia ac unico puerperio propositiones ab/jreviatœ et articulatœ, juxta disceptationem Jacobi Fabri Stapulensis in libro De tribus et una — (Opéra, t. II, p. 588-593); 2° la discussion de cette thèse, — Defensio propositionurn praenarratarum contra quemdani dominicastrum illarum impugnatorem, gui sanctissimam deiparœ virginis matrem Annam ■ conatur ostendere polygamam — (Opéra, t. II, p. 594-663); documents relatifs à une dispute soutenue en 1519 à Metz par Agrippa contre Claude Salini, prieur des Dominicains, laquelle fut une des causes du départ d'Agrippa de cette ville et de son ressentiment contre elle. Cet écrit a été dédié en 1533 à Gantiuncula par Agrippa, sonami (Ep. VII, 35). C'est cependant avec une dédicace à un autre, au médecin Jean de Pontigny ou de Niedbruck, qu'il a été ensuite imprimé et publié par son auteur, en 1534 (Opéra, t. II, p. 583-586).

Un Discours contre la théologie païenne, — Dehortatio gentilis t/ieologio), — composé antérieurement à 1526, date de son envoi à Symphorien Bullioud,

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGUIPPA 2o

évêque de Bazas, l'un des protecteurs d'Agrippa à la cour de France (Opéra, t. II, p. 502-507).

L'Épître dédicatoire du précédent opuscule à l'évêque de Bazas, — Reverendo patri ac domino D. Symphoriano episcopo Vasatensi, Domino suo observandissimo, H. Cornélius Agrippa S. D. — (Ep. IV, 15).

Le Traité du sacrement du mariage, — De sacramento matrimonii declamatio, — ouvrage composé à Lyon avant 4526 et dédié en cette année à la sœur de François I", la princesse Marguerite, connue alors sous le titre de duchesse d'Alençon, laquelle devait porter par la suite celui plus célèbre de reine de Navarre (Opéra, t. II, p. 543-552).

L'Épître dédicatoire du précédent traité à la princesse Marguerite, sous la date de 1526, — Illustrissime principi ac domine D. Margaretœ, e christiamssimorum Francise regum sanguine, Alençoniai ■ ac Bituricensis provinciarum duci, Armeniacorumque comiti epistola — (Ep. IV, 1).

Le Traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, — De incertitudine et vanitate scientiarwn atque artium declamatio, — ouvrage composé à Lyon, ainsi que sa préface à ce qu'il semble, en 1526 (Ep. IV, 44), après la disgrâce encourue par l'auteur à la cour de France (Opéra, t. II, p. 1-247).

L'Épître dédicatoire du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, à Aug. Fornari, citoyen de Gènes,— Spectabili vii^o domino Augustino Furnario civi Genuensi epistola — non dalée, mais écrite au moment même, dit Agrippa, où il venait de terminer

CHAPlTnE PREMIËn

ce ii-aité, offert par lui à l'homme généreux dont il avait reçu à Lyon les bienfaits, dans sa détresse (Opéra, t. II, initio).

Un Traité des feux et des machines de guerre, — Pyromachia, — composé aussi à Lyon en 1526, aujourd'hui perdu, et dont il est souvent question dans les lettres de cette époque (Ep. IV, 44, 48, 49, 54, 73 et V, 5).

Un discours pour un parent d'Agrippa, religieux de l'ordre des Gai-mes, bachelier en théologie, à l'occasion de sa réception comme professeur à Paris, — Oratio per quemdani affinem suum Carmelitanum sacrse theologiœ ùaccalaureum formatum, in acceptione regentiœ Parisiis habita, composé vraisemblablement à. la fin de 1527 ou au commencement de 1528, lors du passage d'Agrippa à Paris (Opéra, t. II, p. 1096-1097;.

Une lettre à Maximil. Transsylvanus, conseiller de l'empereur, sur le traité de la prééminence du sexe féminin, — Clarissimo viro D. Maximiliano Transsylvano Caroli V, Çgesûris imperatorisque a consiliis, episiola, — datée d'Anvers le 16 avril 1529 (16 cal. Maii), pour lui recommander ce traité composé vingt ans auparavant et présenté, en 1529 seulement, à la princesse Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, pour qui l'auteur l'avait écrit primitivement (Opéra, t. II, p. 513-515).

L'histoire du couronnement de Charles-Quint îi Bologne, — De duplici corondtione Cspsaris ctpud Bomniaiii histortolâ, — composée vers 1530 par Agrippa

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGRIPPA

en sa qualité d'historiographe de l'empereur, office dont il avait été récemment investi à cette époque (Opéra, t. II, p. 1121-1143).

L'Épître dédicatoire de l'histoire du couronnement de Charles-Quint, à la princesse Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur, — Ad illustrissimam principem Austriœ Margaretam epistola, — sans date, mais certainement écrite en 1330, année de la mort de la princesse (Ep. VI, 3).

Deux cpigrammes latines sur le couronnement de Gharles-Quint, — In triomphalem Caroli Cxsaris coronationem et ad Flaminem Bononiam epigrammata, — composées vraisemblablement à l'époque de cet événement en 1330 et adressées, l'une à l'empereur, l'autre au pape Clément VII (Opéra, t. II, p. H46- 1147).

Un mémoire adressé au conseil de Malines, pour Jean Thibault, — Ad scnatmn Cxsareum apud Mechliniam residuntem attestatio, — daté d'Anvers en 1330 et dirigé contre le corps des médecins de cette ville qui avaient fait interdire l'exercice de la médecine à ce Jean Thibault, dépourvu de titres scientifiques on règle (Ep. VI, 7).

L'oraison funèbre de la princesse Marguerite d'Au' triche, gouvernante des Pays-Bas, — Oratio habita in funere divx Mnrgarelw Auslriacorum et Burgundorum principif! xterna mcmoria dignis.wiiis, — composée pour la cérémonie des funérailles de cette prin* cesse, tante de Charlcs-Quint, morte h Malines le 1" décembre 1380 (Opéra, t. II, p. 10U8-1120).

L'ÉpUre dédicatoire de l'oraison funèbre de la princesse Marguerite, à Jean Garondelet, archevêque de Palerme, président du conseil privé des Pays-Bas, — Reverendissimo in Christo 'patri ac domino D. Joanni Carundeleto, archiepiscopo Panorrnitano, privati Caesarei consilii per inferiorem Germaniam atque Burgundiam supremo prœsidi, H. Coimelius Aginppa, ejusdem Cxsarex majestatis a consiliis et ai'chivis indiciarius S. B., — datée de Malines, 22 décembre 1330 (Ep. VI, 10).

Un discours pour Jean, fils du roi de Danemark, à l'empereur Charles-Quint, son oncle, — Oratio pro filio ChHstierni serenissimi Banix, Norvegix, et Suecix régis, etc., habita in adventu Cœsaris, — composé à la fin de 1330 ou au commencement de 1331, pour être prononcé devant l'empereur, lors de son arrivée dans les Pays-Bas, après la mort de la princesse Marguerite d'Autriche, sa tante, gouvernante de la province (Opéra, t. II, p. 1097-1098).

La préface du traité de la philosophie occulte, — Ad lectorem operis de oculta philosophia, — pièce non datée, mais composée, y est-il dit, à l'occasion de l'impression de ce traité, laquelle fut commencée vers la fin de 1330 (Ep. VI, 12, et Opéra, t. I, initio).

L'Epître dédicatoire du traité de la philosophie occulte à Hermann de Wyde, archevêque de Cologne, — Reverendissimo in Christo pati'i ac principi illustrissimo Heimanno e comitibus Vtiydx Bei gratia s. Coloniènsis ccclesiœ archiepiscopo, sacri Romani Imperii principi electoriet per Italiam archicancellario,Westphalix et Anga-

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rix duci, etc., sacrosanctœ Romanœ Ecclesiœ légat o nato et in pontificalibus vicario generali epistola, — datée de Malines, janvier 1331, et imprimée en tête du livre premier du traité, publié cette année même à Anvers et à Paris simultanément (Ep. VI, 13).

L'histoire de l'expédition du duc de Bourbon en Italie, — Gallici belli j)ro Cxsare in Italia 'per Borhonium gesti historia, — travail resté probablement inachevé, qu'Agrippa avait entrepris vers 1331, en raison de son office d'historiographe de l'empereur, et dont rien ne nous est parvenu qu'une simple mention dans un autre écrit de son auteur (Opéra, t. II, p. 1024).

Des travaux du même temps sur la guerre contre les Turcs, — Turcise expeditionis indicia, — travaux qui semblent s'être bornés à la recherche des documents relatifs à cet objet. Agrippa en parle en 1532, comme de l'histoire de l'expédition du duc de Bourbon; il ne nous en est non plus rien resté, et nous n'en savons que ce qui résulte de cette indication (Opéra, t. II, p. 1024).

Une première supplique au conseil privé, — Ad Cxsareœ majestatis privatum consilium supplicatio, — requête datée de Bruxelles, 1531, par laquelle Agrippa réclame le paiement de sa pension (Ep. VI, 21).

Une seconde supplique au conseil privé, — Alia ad idem consilium supplicatio, — requête pour le même objet, plus étendue et plus pressante que la première, et datée également de Bruxelles, 1531 (Ep. VI, 22).

Une première supplique à ses juges, — Agrippa ad judices, — requête datée de Bruxelles, 1331', à propos de la menace faite à Agrippa de la part d'un de ses créanciers de le faire mettre en prison (Ep. VI, 23).

Une seconde supplique à ses juges, — Agrippa; protestatîo judiciaria, — mémoire daté également de Bruxelles, 1331, contre les prétentions d'Alexius Falco, son créancier (Ep. VI, 26).

Une requête à l'empereur, — Agrippa ad Cœsarem,— sous la même date de Bruxelles, 1531, et pour le môme objet (Ep. VI, 27).

L'apologie adressée au parlement de Malines contre les injustes accusations des théologiens de Louvain touchant le traité de l'incertitude et de la vanité dos sciences, — Apologia advei^sus calumnias propter declamationem de vanùate scientiarum et excellentia verhi Dei, sibi per aliquos Lovanienses theologistas intentatas, — factum rédigé par Agrippa, du 13 décembre 1531 au 1" février 1332, dans la maison même du cardinal Campegi, légat du saint-siège en Germanie, son protecteur, à qui l'écrit a été dédié par l'auteur, lors de son impression (1332-1333). Ce document comprend : 1° une préface (Opéra, t. II, p. 257-262) ; 2° une lettre au parlement de Malines pour obtenir communication des articles formulés par ses accusateurs, — Clarissimis vins domino prccsidi et senatoribus Cxsarei parlamenti apud Mec/iliniam, — non datée, mais. écrite vraisemblablement vers la findeTannée 1331 (Opéra, t. II, p. 2G3); 3" les arti-

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des en question, — Articuli Lovamensnm autentico transumpto sed absque ullo interposito senatus décréta transmissi, — (Opéra, t. II, p. 264-272) ; 4" l'apologie elle-même, — Responsio Cornelii Agrippœ ad prxnar' ratas articulas — (Opéra, t. II, p. 273-330).

Une plainte sur l'injuste accusation portée devant' l'empereur par certains misérables délateurs au sujet de la publication du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, — Querela super calumnia ob editam declamationem de vanitate scientiai'um atque excellentia verbi Dei, sibi per aliquos sceleratissimos sycaphantas apud Cœsaream majestatem nefarie ac pradito7'ie intentata, — factum non daté, composé vraisemblablement vers le même temps que l'apologie (1331-1332) et adressé par Agrippa à son ami Eustache Chapuys, envoyé de l'empereur auprès du roi d'Angleterre (Opéra, t. II, p. 437-439).

Une épigramme latine à l'empereur au sujet des attaques dirigées par les théologiens contre le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, — Epigramma ad Cœsarem, — composée selon toute apparence vers 1331-1332, en même temps h peu près que l'apologie et la plainte (Opéra, t. II, p. 231).

L'Épître dédicatoire de l'apologie contre les accusations des théologiens de Louvain au cardinal Campegi, — Reverendissimo in Christo patri generosa domino D. Laurentio Campego tituli S. Mariœ trahis T yberim presbyiero cardinali, sanctœ Romance sedis per Germaniam nuper a latere legalo, Domino etpafrona suo semper observandissimo epistola, — éciite dans le cou-

rant de 1532, dix mois et au-delà, dit Agrippa, après la rédaction de l'apologie en question, et lorsqu'il se mit, cette année même, en mesure de publier ce factum; lequel, par suite de quelques difficultés, ne parut qu'en 1533 (Opéra, t. II, p. 252, et p. 1011, 1. 20).

Un mémoire adressé à la reine Marie, gouvernante des Pays-Bas, — Set^enissimss principi Marise, Hungarix et Bohemiee reginse ac inferioris Gallo-Germanixproregi epistola, — sorte de supplique sans date, rédigée à Bonn, vers 1532 ou 1533, par Agrippa pour exposer sa conduite avec ses réclamations contre la disgrâce où il était tombé, et adressée par lui à la reine Marie qui avait succédé à sa tante, Marguerite d'Autriche, dans le gouvernement des Pays-Bas. Ce document renferme une autobiographie d' Agrippa, curieuse à consulter malgré certaines inexactitudes volontaires sur bien des particularités, et à laquelle les historiens ont eu généralement le tort de s'en rapporter avec une confiance qu'elle ne mérite que sous d'expresses réserves (Ep. VII, 21).

Une diatribe contre les frères prêcheurs, — Liber de fratrum prcedicatorum sceleribus et hxresibus, — ouvrage dont il est parlé par Agrippa, au mois de janvier 1533, à propos de ce qu'il compte, dit-il, y mettre, et qui pourrait bien être resté à l'état de projet ou tout au plus d'esquisse. Il ne nous est, en tout cas, rien parvenu de cet écrit, et on ne le connaît que par la mention qu'en fait son auteur

dans les termes que nous venons d'indiquer (Opéra, t. II, p. 1037). Peut-être y aurait-il lieu de rapprocher des renseignements relatifs à cette diatribe une autre indication fournie ailleurs sur Agrippa et mentionnant, à ce qu'il semble, un écrit oii il aurait traité des désordres du clergé.

Les Épîtres dédicatoires des livres II et III de la philosophie occulte, à Hermann de Wyde, archevêque de Cologne, — Amplissimo domino principi illusiiHssimo Hermanno ab Vuyda, pinncipi electori, Westphaliœ et Angariœ duci, domino et archipi^œsuli Coloniensi et Paderbornensi, Domino suo gratiosissimo, Henricus Cornélius Agrippa ab Nettesheym S. P., — sans date, rédigées en 1532 ou 1S33, à l'occasion de la publication de ces deux livres de la philosophie occulte imprimés à Cologne pour la première fois en cette dernière année (Opéra, t.I, p. 119 et p. 2S0),

Un mémoire adressé aux magistrats de Cologne contre l'inquisiteur et les docteurs de l'université de cette ville, — Clarissimis viris urbis Agrippinae Romanorumque colonise senatoribus et consulibus epistola, — daté de Bonn, 11 janvier 1533, et rédigé par Agrippa pour se purger des accusations portées contre lui à propos de son livre de la philosophie occulte, et pour en appeler des oppositions mises en même temps à l'impression de cet ouvrage, qui venait d'être commencée à Cologne (Ep. VII, 26).

Une préface pour les œuvres de Godoschalcus Moncordius, — Prxfatio in opuscida Godoschalci Moncordii, — petit travail daté de 1533, destiné à recom-

mander au public les œuvres pieuses d'un religieux cistercien, publiées à Nuremberg (Ep. VII, 37).

Une Épître dédicatoire à Gantiuncula pour les pièces de polémique sur la question de la monogamie de sainte Anne, — Cantiunculœ jurisconsulto epistola, — datée de 1533, et malgré laquelle l'ouvrage imprimé l'année suivante a paru avec une dédicace au nom de Jean de Pontigny ou de Niedbruck, (Ep. VII, 35).

L'Épître dédicatoire à Jean de Pontigny ou à Niedbruck pour les pièces de polémique sur la question de la monogamie de sainte Anne, — Spectahili viro domino Joanni Nidepontano illustrissimi Lotharingorum ducïs atque civitatis Metensis physico et consiliario epistola, — datée de Bonn, 1534, et imprimée cette année même en tête de la première édition de ces écrits, malgré la dédicace à Gantiuncula, rédigée pour les mêmes ouvrages l'année précédente (Opéra, t. II, p. 583-586).

Une préface pour les pièces de polémique sur la question de la monogamie de sainte Anne, — Pra?fatio ad lectorem in dispiitationem suam de D. Annse monogamia, — non datée, mais très vraisemblablement composée en 1534, à l'occasion de l'impression des documents qu'elle concerne (Ep. VII, 36, et Opéra, t. II, p. 587).

A rénumération précédente des écrits d'Agrippa auxquels on peut attacher une date précise ou au moins approximative, il faut joindre celle de quelques pièces, les unes parvenues jusqu'à nous, les

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autres maintenant perdues, auxquelles il ne nous est possible d'assigner aucune date.

Le Traité de géomantie, — //. Cornelii Agrippée in geomanticam discipUnam lectura, — ouvrage composé on ne sait dans quelles circonstances, dont on n'a pas d'édition spéciale, et qui semble avoir été imprimé pour la première fois, après la mort d'Agrippa, dans la collection de ses œuvres (Opéra, t. 1, p. 40o-42o).

Les Commentaires sur r« Ars brevis » de Raimond Lulle, — In Artem brevem Raimundi Lullii commentavia, — ouvrage imprimé pour la première fois à Cologne en 1631, mais composé vraisemblablement longtemps auparavant, peut-être même dès la jeunesse de l'auteur; comme on peut l'inférer de sa dédicace à Jean de Laurencin, commandeur de Saint- Antoine de Riverie, personnage avec lequel Agrippa s'est trouvé en relation vers la fin de son séjour en Italie, en 1S17. Il dit, en lui adressant cette œuvre, qu'elle était déjà terminée depuis longtemps, quand il a rencontré ce nouvel ami et résolu de la lui dédier (Opéra, t. II, p. 334-436).

L'Épître dédicatoire des Commentaires sur l'a Ars brevis» à Jean de Laurencin, commandeur de Saint- Antoine de Riverie, — Reverendo pariter atque generoso domino D. Joanni Laurentino Lugdunensi, prœceptoiH primario divi Antonii apud Rivimi Eversum, lorovinciœ Pedemontium, epistola, — pièce non datée pouvant se rapporter à l'année 1517 fi peu près, époque probable de la première rencontre, qui s'y trouve rappelée.

d'Agrippa et du commandeur de Saint-Antoine de Riverie (Opéra, t. II, p. 331-333).

La table abrégée des commentaires sur !'« Ars brevis » de Raimond Lulle, — Tabula abbreviata commentariorum Artis inventivse, — ouvrage non daté qui, d'après quelques mots de sa dédicace au chanoine Adolphe Roboreus, paraît avoir été composé assez longtemps après les commentaires en question, et qui pourrait bien avoir été publié avec ces commentaires dès 1531 (Opéra, t. II, p. 461-479).

L'Épître dédicatoire de la table abrégée des commentaires sur r« Ars brevis » à Adolphe Roboreus, chanoine de Sainte-Marie ad gradus de Cologne, — Ornatissïmo viro legum doctori Adolpho Roboreo Ayrippinensi, canonico S. Mariée virginis ad gradus epistola,— non datée, qui peut être du même temps que la table qu'elle concerne (Opéra, t. II, p. 460).

Des Thèses théologiques, — Placitaqmedamtlieologica, — compositions qui ne nous sont point parvenues et sur le caractère desquelles on n'est même pas fixé. Elles sont mentionnées par Agrippa, sans aucun détail, dans la discussion de sa thèse sur la monogamie de sainte Anne en 1519, et semblent d'ailleurs être tout autre chose que les thèses quodlibétales soutenues par lui à l'université de Cologne, en 1510, dont il parle également au même endroit (Opéra, t. II, p. 596.)

Un traité de l'exploitation des mines, — Demineris specialîs liber, — ouvrage, aujourd'hui perdu, qu'Agrippa disait avoir entre les mains, à l'époque oh il

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écrivait son Traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, en 1526. Il l'auraitcomposé, ajoute-t-il alors, quelques années auparavant, lorsqu'il était préposé par l'empereur à l'exploitation de certaines mines ; circonstance de sa vie dont nous ne savons absolument rien que le peu qui en est dit ainsi (De vanitate, ch. XXIX. Opéra, t. II, p. S2).

Une histoire de la royauté dans le monde, — Regnorum omnium initia... ampliore volumine descripta,

— ouvrage également perdu dont on ne sait rien que par une mention qu'en fait l'auteur dans son Traité de l'incertitude et de la vanité des sciences; d'oii l'on peut inférer seulement qu'il a été, comme le précédent, écrit avant 1526, date de la composition du traité où il est parlé de l'un et de l'autre (De vanitate, ch. Lxxx. Opéra, t. II, p. 177).

Un Discours sur la vie monastique, — Sermo devita monastica per venerabilem abbatem in Broioiler habitus,

— composé par Agrippa pour un abbé de Brauwei- 1er, nous ne savons à quelle occasion, ni dans quel temps (Opéra, t. II, p. 565-572).

Un discours sur l'invention des reliques de saint Antoine ermite, — Sermo de inventione reliquiarum beati Antonii heremitœ, pro quodam venerabili ejus ordinis religioso, — composé par Agrippa pour un religieux de l'ordre de Saint-Antoine, dans des circonstances et à une époque qui nous sont inconnues (Opéra, t. II, p. 573-577).

Un discours sur la justice et le droit, — Oratio pro quodam doctor^ando, — composé on ne sait à quelle

CMAPITIXE PREMIER

époque, pour un docteur prenant possession d'une chaire d'enseignement du droit (Opéra, t. II, p. 1084-1090).

Des Epigrammes, — In personam Caroli Cxsarù, — In imaginem Caroli equo insidentis, — In personam Mercurini olim Cxsaris cancellarii, — In emblema nobilis domini Rosebaldu, — In idem, — Epigrammata, — pièces de vers composées par Agrippa en diverses circonstances, à des dates qui nous sont inconnues (Opéra, t. II, p. 1147-1148).

Le tableau chronologique des ouvrages d'Agrippa tel que nous venons de le présenter permet de se faire une idée du mouvement de son esprit. Presque tous ces écrits ont été publiés. Nous avons signalé, en les énumérant, ceux d'entre eux qui ne l'ont pas été et qui ne nous sont point parvenus. Quant à ceux que nous possédons, ils se trouvent réunis dans la collection des œuvres de l'auteur publiée à Lyon. Mais, avant de faire partie de cette publication d'ensemble qui paraît n'avoir eu lieu qu'assez longtemps après la mort d'Agrippa, la plupart avaient été, de son vivant, l'objet de publications spéciales dirigées par lui '.

1. Les seuls écHls d'AgHppa venus jusqu'à nous, dont nous ne connaissions pas d'édilion particulière faite do son vivant, sont le Traité de la géomantie imprimé à la suite de la philosophie occulte dans les œuvres (t. I, p. 405-435); et, dans la même collection (t. Il, p. 671-1061), la Correspondance jusque-là inédite, à l'exception de quarante et une lettres seulement : treize, imprimées en 1532 avec une seconde édition dos petits

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Ces publications commencent en 1529, par un volume imprimé à Anvers, en tête duquel se trouve le traité de la prééminence du sexe féminin composé en 1309, à Dole, pour Marguerite d'Autriche, gouvernante de la province, et présenté à cette princesse vingt ans plus tard seulement, lorsque Agrippa vint habiter les Pays-Bas (Ep. VI, 8). A la suite de ce petit traité, le même volume contient le factum écrit en ISIO contre le franciscain Catilinet qui avait attaqué Agrippa l'année précédente, à propos de l'exposition faite par lui, à Dole, du traité de Reuchlin De verbo mirifico. Viennent ensuite dans le volume le traité du sacrement du mariage, composé à Lyon vers 1526 et dédié alors à la princesse Marguerite, sœur de François I"; puis le traité de la connaissance de Dieu, offert en 1516 à Guillaume Paléologue, marquis de Montferrat ; le discours contre l'abus de la théologie païenne, adressé de Lyon en 1526 à l'évêque de Bazas, dont Agrippa cherchait alors à réchauffer le zèle en sa faveur ; le traité du péché originel et l'antidote contre la peste, envoyés de Metz en 1519 à l'évêque de Cyrène. administrateur spirituel de l'archevêché de Cologne. Le volume où sont réunis ces divers écrits estunin-octavo qui porte la date de 1529, et qu'Agrippa dit être depuis longtemps déjà en circulation, en le mentionnant dans une lettre du mois

traités, et vingt-Huit autres, publiées en 1534 à la On d'un volume consacré aux pièces de la polémique pour la monogamie do sainte Anne.

de décembre 1530 (Ep. VI, 8). C'est le plus ancien volume imprimé que l'on connaisse des ouvrages d'Agrippa.

En l'année 1530, paraît à Anvers également l'histoire du couronnement de l'empereur Charles-Quint à Bologne, que l'auteur venait de composer pour inaugurer, en quelque sorte, ses nouvelles fonctions d'historiographe impérial.

Agrippa préludait ainsi à une publication plus importante, celle de ses grands traités, pour laquelle il obtient, au mois de janvier 1530, un privilège de l'empereur Ce privilège était donné, à la demande de l'auteur, pour six ans et valable pour quatre ouvrages écrits en latin, intitulés : De occulta philosophia ; De incertitudine et vamtate scientiarum atque arttum declamatio; InArtem ôreuem Raimundi Lullii commentaria et Tabula abbreviata; Quœdam orationes et epùtolœ. Ce que Agrippa se proposait de publier surtout, c'étaient ses deux grands ouvrages de la philosophie occulte et de l'incertitude et de la vanité

1. Ce privilège, donné à Malines, est rédigé en français, langue de la cour de Brabant ; il porte la date du 12 janvier 1529, l'an XT du règne de Charles-Quint comme roi des Romains, l'an XIII de son règne en Castille, etc. L'élection de Charles- Quint comme roi des Romains étant du 28 juin 1519, l'an XI à partir de cette date commence le 28 juin 1529. Le 12 janvier de cette onzième année est donc le 12 janvier suivant, 1529 ancien style, 1530 nouveau style, ce qui montre que la date du privilège est bien le 22 janvier 1530, suivant la manière de compter d'aujourd'hui.

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des sciences, composés le premier, en grande partie, dans sa jeunesse et dès l'an 1509, le second à Lyon pendant sa détresse, en 1526. Il pensait aussi à donner avec eux les commentaires sur 1' « Ars brevis » de Raimond Lulle, écrits depuis longtemps déjà, disait l'auteur, quand il les dédiait en 1517 à Jean de Laurencin, commandeur de Saint-Antoine de Riverie; plus une table de ces commentaires « Tabula abbreviata commentariorum »; et enfin des discours et sa correspondance K

Agrippa commence ces grandes publications par celle du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences qui paraît à Anvers , imprimé par Jean Graphe, au mois de septembre 1530. Aussitôt après, est livré à l'impression le traité de la philosophie

I. Plusieurs de ces écrits ont paru du vivant d'Agrippa; le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences en 1530, la philosophie occulte en 1531 et 1533; les commentaires sur r « Ars brevis », avec le « tabula abbreviata » probablement, en 1531 ; quarante-une lettres en 1532 et en 1534; et les discours au nombre de dix avec les épigrammes en 1535, l'année même de sa mort. Pour ce qui est des quarante-une lettres publiées en 1532 et en 1534, il est permis do croire que là ne se bornait pas ce que Agrippa voulait donner de sa correspondance,^ laquelle comprend quatre cent cinquante-une lettres dans l'édition des œuvres. La mention de cette correspondance dans le privilège sollicité et obtenu par lui en 1530. donne lieu de penser qu'il a pu projeter alors et peut-être même préparer la publication générale de ses lettres, qui n'a eu lieu cependant qu'après sa mort, dans ses œuvres complètes (Appendice, note XXXil).

occulte; mais le livre premier paraît seul au mois de février 1S31 à Anvers, chez Jean Graphe qui venait de donner déjà le précédent ouvrage, et presque en même temps à Paris, chez Christian Wechel. Après l'impression de ce livre premier, l'opération reste en suspens ; et près de deux années s'écoulent avant qu'elle puisse être reprise.

L'année 1S31 voit encore paraître, le 6 juin, à Anvers, l'oraison funèbre composée tout récemment alors par Agrippa pour la princesse Marguerite d'Autr-iche, morte le 1" décembre 1S30, et les commentaires sur r « Ars brevis » de Raimond Lulle imprimés à Cologne Des éditions nouvelles du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences sont données en 1531 et en 1532 à Anvers, à Paris et à Cologne.

En 1532 paraît à Cologne une seconde édition des petits ti-aités imprimés une première fois à Anvers en 1529, au début de cette oeuvre de publication. Le volume de 1532 est augmenté de quelques pièces nouvelles de peu d'importance. Il comprend, avec celles données en 1529, les deux discours sur la vie monastique et sur les reliques de saint Antoine, et

1. Nous n'avons pas eu entre les mains celle édition de 1531 ni celle de 1533 des commentaires sur 1' « Ars brevis », et nous n'avons pas pu vérifier si elles contiennent, ce qui est probable du reste, la « Tabula abbreviata commentarioruni » donnée dans l'édilion de 1538, que nous avons sous les yeux; et qui est sortie, comme celles de 1531 et de 1533, des presses de J. Soler à Cologne;

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quelques lettres, au nombre de treize, qui se retrouvent sous les dates de 1520, 1S26, 4527 et 1528 dans la correspondance générale , au tome II des œuvres.

En 1S33, après bien des traverses, des suspensions et des retards, paraît à Cologne la première édition complète de la philosophie occulte, dont le livre premier seulement avait été donné au commencement de 1531 à Anvers et à Paris en même temps. L'imprimeur Jean Soterfait à Cologne, dans cette année même 1533, deux éditions successives de ce traité Viennent ensuite, en 1533 également, une seconde édition des commentaires sur r « Ars brevis » de Raimond Lulle, et la première de l'apologie et de la plainte écrites en j 531-1532, à l'occasion des accusations portées par les théologiens de Louvain contre le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences; compositions que l'auteur avait tenté vainement de faire imprimer à Bâle en 1532 (Ep. VII, 14, 16).

En 1534 sont imprimées les pièces de la polémique soutenue à Metz, en 1519, contre le prieur des dominicains, Claude Salini, sur la question de la monogamie de sainte Anne, avec vingt-huit lettres de 1519 h 1524 se l'apportant à ce sujet, lesquelles, à l'exception de deux seulement de l'année 1519, se

i. L'Une de ces deux éditions est accompagnée d'un portrait d'Agrippa, le plus ancien, croyons-nous, que l'on possède. On trouvera dans notre appendice fn" XXX) une note à ce sujet;

retrouvent dans la correspondance générale donnée plus tard au tome II des œuvres.

En 1535 enfin, l'année même de la mort d'Agrippa, est publiée à Cologne par l'imprimeur Jean Soler la deuxième édition du couronnement de Charles- Quint, avec les discours et les épigrammes en vers; et en même temps paraît à Strasbourg, chez Pierre Schœffer, le mémoire adressé au mois de janvier 1533 au sénat de Cologne, contre l'inquisiteur, Conrad d'Ulm, qui faisait alors obstacle à la publication, terminée du reste malgré son opposition, du traité de la philosophie occulte. Agrippa meurt en 1533. A ce moment avait paru, comme on vient de le voir, tout ce qui nous a été conservé de ses écrits, à l'exception seulement de sa géomantie et de sa correspondance presque tout entière, imprimées ultérieurement dans la collection de ses œuvres.

Les ouvrages d'Agrippa avaient donc été presque tous imprimés de son vivant. Nous venons d'indiquer la marche de leur publication. On ne peut, comme on le ferait j)our un auteur de notre temps, apprécier les progrès de la notoriété et de la réputation d'un écrivain du commencement du xvi* siècle, d'après les dates de l'impression de ses ouvrages. L'usage de l'imprimerie commençait à peine à se généraliser alors, et les écrits couraient communément encore dans le public à l'état de copies manuscrites , longtemps parfois avant leur impression. C'est ce qui avait eu lieu pour les ouvrages d'Agrippa, dont la célébrité comme auteur datait de sa

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jeunesse même. Dès l'année 1509, alors qu'il était à peine âgé de vingt-trois ans, il avait composé presque complètement son premier ouvrage, la philosophie occulte ; et, quoiqu'il ne l'eût terminé par diverses additions, par la rédaction notamment du livre troisième, que beaucoup plus tard, son travail recevait déjà en 4310 du célèbre Tritheim une éclatante approbation (Ep. I, 24). Cet ouvrage singulier est, parmi tous les écrits d'Agrippa, celui qui semble avoir le plus attiré l'attention de ses contemporains, et avoir soutenu le plus longtemps son crédit parmi eux. Cette popularité et les avantages qui devaient en résulter expliquent comment Agrippa, vers la fin de sa vie, a pu être induit à publier ce livre, en même temps à peu près que le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, qui en contenait en quelque sorte la réfutation. On doit même rappeler que ce dernier traité a paru antérieurement à l'autre. Il est en effet imprimé et donné pour la première fois au public au mois de septembre 1330, tandis que la philosophie occulte ne paraît qu'au mois de février 1331. Encore n'en livre-t-on à cette date que le livre I; et les deux suivants se font attendre jusqu'en 1333. C'était pourtant l'œuvre la plus ancienne de l'auteur.

Nous avons énuméré les œuvres qui succèdent h ce premier ouvrage pendant un quart de siècle. Elles marquent, dans leur diversité, par leur enchaînement ou par leurs contrastes, quelle a été, dans ses traits essentiels, la vie de leur auteur. Elles nous le

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montrent engagé de bonne heure dans la culture des sciences et des arts occultes, auxquels se mêlait le peu que l'on possédait alors des résultats de l'observation et des études expérimentales, dans l'antiquité et au moyen âge. Elles indiquent, en outre, un homme livré à la discussion des questions qui préoccupaient par dessus tout les esprits de son temps, les questions de philosophie générale, de métaphysique et de religion. Elles le signalent comme admis à plusieurs reprises, en France et en Italie, dans des chaires d'enseignement; investi en diverses circonstances d'offices publics et fréquentant les grands ; dominé à certains moments par les embarras d'une existence précaire ; troublé par les écarts d'une conduite mal réglée.Voilà ce qu'on saurait, ne connût-on que la nomenclature de ses écrits, d'un homme quia composé avec la philosophie occulte et la géomantie, art divinatoire, des ouvrages sur les feux de guerre, Pyromachia, sur l'exploitation des mines, sur le traitement de la peste; et, indépendamment du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, ceux oii il est question du sacrement du mariage, du péché originel, de la monogamie de sainte Anne, de la connaissance de Dieu et de la nature de l'homme; de plus, des discours sur la vie monastique et sur les reliques de saint Antoine; puis des thèses théologiques, un commentaire des épîtres de saint Paul, et des polémiques contre les religieux et les théologiens ; des observations sur la théologie païenne; des leçons sur Hermès trismégiste, sur Platon et

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surReuchlin; des commentaires sur les écrits de Raimond Lulle ; une histoire du couronnement de GharJes-Quint; des discours destinés à des cérémonies d'apparat et à des négociations pour certaines affaires publiques ; outre cela, des mémoires et des requêtes touchant diverses questions d'intérêt privé et tout personnel, des déclarations contre ses adversaires et ses créanciers ; enfin, des dédicaces à plusieurs grands personnages, à la tante de Charles-Quint par exemple, à la sœur de François au légat du saint-siège, à l'administrateur spirituel de l'archevêché de Cologne, au marquis de Montferrat ; sans parler d'un grand nombre de lettres adressées à des gens de toutes conditions, quelques-unes à des hommes considérables, avec lesquels il était en commerce épistolaire plus ou moins suivi.

Nous reviendrons sur les ouvrages d'Agrippa, et nous les ferons plus particulièrement connaître par des analyses et des extraits, quand l'occasion se présentera d'en parler, au cours de cette étude. La plupart, en effet, se trouvent intimement liés aux diverses circonstances de la vie accidentée que nous avons entrepris de raconter. Quant aux deux grands traités qui dominent, comme nous l'avons dit, son œuvre tout entière ; la philosophie occulte qui, en établissant de bonne heure sa réputation parmi ses contemporains, a été son titre le plus positif à leur admiration; et le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, goûté par un moins grand nombre peutêtre en son temps, recommandé aussi par un moin-

dre prestige, mais en définitive, croyons-nous, celui de ses écrits d'après lequel la postérité doit porter son jugement sur son esprit; nous voulons en parler tout de suite. Nous voulons, dès le début de notre travail, rendre tout spécialement compte de ces importants ouvrages, parce que leur connaissance est de nature à éclairer ce que nous aurons à dire ensuite de rhistoire de leur auteur. Cependant, avant de nous y arrêter, il convient de donner quelques explications sur une dernière partie de son œuvre, sur sa correspondance, à laquelle nous aurons à emprunter la trame du récit que nous nous proposons de faire de sa vie.

La correspondance d'Agrippa contient quatre cent cinquante-une lettres ^ distribuées par les éditeurs en sept livres \ Ces lettres embrassent une période de

1. Une de ces lettres, qui a do l'importance (Ep. III, 82), doit être éliminée de la correspondance d'Agrippa. Elle ne peut pas être de lui, comme nous le démontrerons (Ghap. VI); ce qui réduit à 450 le nombre réel des pièces composant cette correspondance.

2. La correspondance d'Agrippa n'a été publiée qu'après sa mort, on a quelques raisons de le croire, dans les éditions générales de ses œuvres (Appendice n" XXXIl), à l'exception de quarante-une lettres seulement, imprimées de son vivant, au nombre de treize en 1532, avec la deuxième édition des petits traités, et de vingt-huit en 1534, à la suite des pièces relatives à la polémique sur la monogamie de sainte Anne. Ces quarante-une lettres se retrouvent, du reste, dans le recueil de celles données plus tard en sept livres, avec la collection des œuvres, à l'exception de deux seulement de

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vingt-sept années qui va de 1307 à 1533, c'est-à-dire d'une époque où l'écrivain sortait à peine de la première jeunesse, jusqu'à une date très rapprochée de sa fin. Celle-ci, en effet, devait être prématurée; car Agrippa ne dépassa guère l'âge de la maturité. Né en 1486, il mourait en 153S, au cours de sa quarante-neuvième année.

Toutes les pièces de la correspondance ne sont naturellement pas d'Agrippa lui-même. Pour près de la moitié, cent quatre-vingt-dix-huit sur quatre cent cinquante-une, elles émanent de ceux avec lesquels il était en commerce épistolaire. Toutes non plus ne sont pas datées ; et la plupart ne portent même pas les noms des correspondants qui les ont écrites, ou à qui elles ont été adressées. Pour ce qui regarde leur classement chronologique, on peut, ce semble, s'en tenir à peu près à l'arrangement qui en a été fait par les éditeurs, par Agrippa peut-être

l'année 1519, qui sont dans le volume imprimé en 1534 et qui ont été omises dans l'édition des œuvres. Toutes ces lettres sont en latin. M. L. Charvet émet, dans la Revue savoisienne (1874, p. 26), l'opinion que plusieurs d'entre elles auraient été écrites originairement en français et ultérieurement traduites en latin par les éditeurs, pour être ainsi rapprochées des autres. Nous ne partageons pas celte opinion. Le latin était, au temps d'Agrippa, la langue commune des étudiants, des lettrés et des politiques, catégories de personnes auxquelles appartiennent tous ses correspondants, ceux môme qui se trouvent qualifiés serviteurs, servi domeslici, comme nous le montrerons.

lui-même K Quant à leur attribution, elle n'est pas sans difficulté ; un grand nombre ne portant comme indication, à cet égard, dans l'édition qui en a été donnée, que ces mots seulement : Un ami à Agrippa, ou Agrippa à un ami ; amicus ad Agrippam, Agrippa ad amicum. Les particularités relatées dans le document sont, dans ce cas, les seuls indices qui permettent de reconnaître à qui on doit le rapporter.

En étudiant ainsi les pièces de la correspondance d'Agrippa, on constate que, parmi les individus qui en assez grand nombre y ont participé avec lui, quelques-uns seulement méritent réellement, par une certaine suite donnée à ce commerce épistolaire ou par l'intérêt de leurs communications, le titre de correspondant. Les autres ne figurent que d'une manière accidentelle et peu significative dans cette galerie de personnages divers. Nous allons donner quelques indications sur les premiers; nous nous bornerons ensuite à nommer parmi les autres ceux qui méritent de fixer l'attention par Timportance de

1. La correspondance, Qusddam cpistolas, était mentionnée dans le privilège impérial sollicité et obtenu par Agrippa, en 1530, pour l'impression de ses ouvrages. Il se pourrait donc qu'il eût lui-même préparé la publication de ses lettres. Cette supposition serait grandement confirmée par l'existence d'une édition des œuvres complètes d'Agrippa qui eût été faite de son vivant, si l'on pouvait admettre, ce ([ui est peu probable, qu'une pareille édition existât en effet, comme on l'a prétendu. Voir, à ce sujet, une note à l'appendice (n° XXXII).

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leur personnalité. Une observation que nous ferons, avant d'entrer dans ces explications, c'est qu'aucun des correspondants d'Agrippa ne le suit pendant la durée entière de sa vie, laquelle a été cependant assez courte. On pourrait être tenté de voir dans cette particularité une preuve de la mobilité d'esprit et de l'humeur capricieuse de celui qui nous occupe ; mais de pareilles modifications des relations sont assez ordinaires dans l'existence de presque tous les hommes. Au moins est-il permis de constater, en ce qui concerne Agrippa, que le fait se trouve, comme nous aurons occasion de le constater, parfaitement d'accord avec un des traits essentiels de son caractère, la variabilité et l'inconstance.

Au début de la correspondance, les interlocuteurs d'Agrippa, si l'on peut s'exprimer ainsi, sont deux .de ses compagnons d'études à l'université de Paris qu'il a quittée vers l'an -1507, Landulphe (1507-1512) et Galbianus (1508) ', lesquels se trouvent mêlés aux aventures de sa jeunesse, en Espagne, en Provence, en Bourgogne et en Italie. Ils paraissent avoir

1. A l'occasion de ces noms, nous ferons remarquer que, suivant la mode du temps, ceux qui figurent dans la correspondance d'Agrippa sont généralement latinisés. Nous leur avons conservé la forme latine chaque fois que la forme correspondante en langue vulgaire n'était pas évidente et ne nous était point parfaitement connue; parce qu'un travail d'interprétation pouvait, dans ce dernier cas, sans procurer d'ailleurs beaucoup d'avantages, produire des erreurs auxquelles il était inutile de s'exposer.

CfiAPITUE PriEMIEn

fini l'un et l'autre dans ce dernier pays vers 1512. Agrippa échange avec Landulphe notamment, pendant cinq ou six années, des lettres dont la dernière porte cette date de 1512, après laquelle cet ami des premiers temps disparaît tout à coup. Leur correspondance roule principalement sur les incidents du voyage d'Agrippa en Espagne, et sur sa vie ultérieure en France et dans le nord de l'Italie '. A la partie moyenne de cette période appartient le court séjour d'Agrippa dans la ville de Dole et dans la province, auquel nous n'avons à rapporter aucune correspondance suivie, mais pendant lequel nous trouvons, indépendamment d'une des missives adressées à Landulphe, quelques lettres échangées avec Théodoric évêque de Cyrène, administrateur spirituel de l'archevêché de Cologne ^ (1509), et avec le célèbre Tritheim, abbé deSpanhein, puis de Saint- Jacques de Wurtzbourg (1310), qui encourage les

1. La correspondance avec Galbianus (1508) comprend deux lettres seulement : L. I, "4 et 5 ; celle avec Landulphe (1507- 1512) comprend treize lettres : L. I, 1, 2, 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 25. 29, 30 . Nous croyons qu'on ne doit pas y admettre les deux lettres 13 et 14 du livre I que les éditeurs de la correspondance générale lui attribuent. Les qualilications « adolescens doctissime, vir prœstantissime » qu'on y trouve ne sont pas de celles qu'Agrippa et son ami Landulphe échangent ordinairement entre eux.

2. La correspondance avec l'évêque de Cyrène (1509-1518, 1519 n. s.) comprend quatre lettres : L. I, 21 ; L. Il, 17, 18, 19.

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travaux d'Agrippa sur les sciences occultes, objet de ses propres études K

Les sept années passées ensuite par Agrippa dans le nord de l'Italie ne nous offrent non plus presque aucune correspondance suivie. Agrippa semble n'avoir pas entretenu, à cette époque, de relations avec gens habitant des lieux éloignés, et n'avoir eu de rapports qu'avec les hommes seulement qui vivaient autour de lui. L'un d'eux est encore Landulphe, qui reçoit à Milan et à Pavie, en 1512, les deux dernières lettres que nous ayons d'Agrippa à son adresse. Un autre dont nous ignorons le nom est un ami de Borgo-Lavezzaro qui, en 1512 et 151 6, échange avec Agrippa quelques lettres, oîi il est question surtout du marquis de Montferrat, sur la protection et les bienfaits duquel on comptait ^ Un troisième est un carme de Verceil, le père Chrysostome (1512), qui veut être éclairé sur la science cabalistique ^ Les lettres qui appartiennent à cette période ne sont pas nombreuses; elles sont peu importantes et peu explicites. Elles concernent, on ne le voit que trop, des personnes qui, très rapprochées les unes des autres, ont peu de choses à s'écrire et n'ont souvent besoin pour s'entendre que de s'expliquer à demi mot. Il résulte

1. La correspondance avec Trilheim (1510) comprend doux leltres : L. I, 23, 24.

2. La correspondance avec l'ami de Borgo-Lavczzaro (1512- 1516) comprend six leUres : L. 1, 32, 33, 34, 35, 3G, 60.

3. La correspondance avec le père Chrysostome de Verceil (1512-1516) comprend sept lettresiL.L 31, 37, 54, 55, 56, 58,59.

de là quelque obscurité sur la vie d'Agrippa, en diverses circonstances où elle offrirait de l'intérêt, soit dans les camps oi^i il semble avoir paru vers ce temps, soit dans les universités où il s'essaie alors à l'enseignement.

En 1518 et 1519, Agrippa est à Metz où il réside pendant près de deux années, jusque dans les premiers mois de 1520. Son principal correspondant est à ce moment Claude Cantiuncula, jurisconsulte, originaire de Metz, fixé alors àBâle, plus tard à Ensisheim en Alsace, où il a passé la plus grande partie de son existence. Les lettres échangées avec Cantiuncula, nombreuses pendant les cinq ou six années passées par Agrippa à Metz et en Suisse, de 1518 à 1524, deviennent rares ensuite. La dernière est écrite de Bonn, croyons-nous, par Agrippa vers la fin de sa vie, à la date de 1533. Cette correspondance commence à l'occasion de certains écrits perdus par Agrippa dans les troubles de guerre de la haute Italie, et qu'il avait quelques raisons de croire entre les mains d'un de ses anciens disciples de Pavie, Christophe Schilling" qui était Lucernois. Agrippa charge Cantiuncula, qui est à Bâle, de faire à ce sujet des recherches. Plus tard il s'entretient avec son ami de quelques difficultés que celui-ci semble avoir eues alors avec la ville de Metz elle-même^ Mais ce qui fait le plus grand intérêt de la correspondance avec Cantiuncula, c'est que, pendant la période la plus active des relations qu'elle concernej celui-ci, placé à Bûle où vécut Erasme et dans le

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voisinage des presses de Froben, se trouve au centre d'un mouvement intellectuel très prononcé, et qu'il est, grâce à cette situation, l'homme à qui Agrippa s'adresse pour être tenu au courant des querelles religieuses soulevées par les premiers réformateurs. C'est à lui qu'il demande aussi la communication des ouvrages publiés alors sur ce sujet. Cette correspondance est un des principaux témoignages de l'intérêt qu'Agrippa prenait à l'éclosion et au développement des idées nouvelles

A la même époque appartiennent quelques unes des lettres échangées entre Agrippa et l'évêque de Cyrène à Cologne et, pour la plus grande partie, une correspondance avec un religieux célestin du couvent de Metz, Claude Dieudonné, séduit par les entretiens d' Agrippa, fasciné par la hardiesse de ses idées et par son talent à les exposer. Cette correspondance commence au cours même des relations de ces deux hommes à Metz, en 1518-1519, et elle continue après le départ du religieux, éloigné par ses supérieurs et envoyé successivement à Paris (1519), puis à Annecy (1521), dans d'autres maisons

1. La correspondance avec Cantiuncùla (1518-15333 compretid vingt-six lettres : L, II, 12, 13, 1-i, 15, 16, 26, 32, 33, 34, 37, 40; 41, 42, 58; L. III, 16, 17, 20, 23, 35, 43, 45. 46, 52, 64; L. VU, 35. La vingt-sixième, écrite de Baie parCantiuncula,lo 12 des calendes d'août (21 juillet) 1519, n'a pas été recueillie dans la correspondance générale, et se trouve dans un volume imprimé en 1534, avec les pièces relatives ù la querelle sur la monogamie de sainte Anne.

de son ordre, dont Claude Dieudonné se sépare uUérieurement tout à fait pour se jeter ouvertement dans la réforme, après une évolution d'idées à laquelle, dans ses débuts au moins, l'influence d'Agrippa semble n'avoir pas été étrangère '. C'est encore pendant son séjour à Metz (1519), qu'Agrippa entre en correspondance avec un autre personnage, également engagé dans le mouvement de la réforme, Lefèvre d'Élaples dont il avait adopté et défendu passionnément la thèse singulière sur la monogamie de sainte Anne ^

Au lendemain de son départ de Metz, Agrippa ouvre de Cologne, en 1520, une correspondance qui se prolonge jusqu'en 1526, avec un ami qu'il a laissé dans la première de ces deux villes, maître Jean Rogier, dit Brennonius, curé de Sainte-Croix, qui, s'associant à ses études et partageant ses idées, avait épousé à Metz son parti, dans ses querelles avec les théologiens, et contre qui on relève un peu plus qu'un soupçon de tendances vers l'hérésie. Les prières qu'Agrippa fait dire par lui, à diverses reprises, pour sa première femme, morte à Metz et enterrée dans l'église même do Sainte-Croix, dont Brennonius était curé, forment cependant l'un des sujets de cette correspondance, où en outre il est

1. La correspondance avec le frère Claude Dieudonné (1518- 1521) comprend douze lettres : I.. II, 20, 21, 22, 23, 2.'i, 25. 29; L. 111, 7, 9. 10, 11, 12.

2. La correspondance avec Lefôvre d'Étaples (1519) comprend six lettres : L. H, 27,28, 30, 31, 35, 36.

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fait ample mention du train de vie et des travaux de maître Jean Rogier et des autres amis de Metz auxquels Agrippa continue de loin à s'intéresser K

Après le séjour à Metz et un court passage à Cologne, Agrippa, successivement à Genève (1521- 1323), puis à Fribourg en Suisse (1523-lo24), a pour principaux correspondants le céleslin Claude Dieudonné, qu'il avait connu d'abord à Metz et qu'il retrouve, en 1S21, au couvent d'Annecy, toujours passionné pour sa personne et pour sa science ; un médecin bourguignon fixé à Annecy, Blancherose, grand admirateur de ses inappréciables connaissances, lequel, de cette dernière ville, lui adresse des lettres h Fribourg en 1523 = ; Christophe Schilling, un de ses anciens disciples de Pavie, qui réside alors en Suisse (1523) et dont nous avons déjà dit deux mots ' ; un autre disciple de Pavie dont le nom ne nous est pas connu et qui habite Strasbourg (1523-1524) \ tous deux pleins d'admiration pourlui; et Eustache Chapuys, officiai de Genève,

1. La correspondance avec Jean Rogier, dit Brennonius (1520- 1526), comprend vingt-cinq lettres : L. II, 43, 44, 45, 46, 47, 49, 50, 51, 52,53, 54, 55, 56, 57, 59. 01 : L. III, 5, 6, 8, 60,'61,'62 • L. IV. 20, 2G, 27.

2. La correspondance avec Blancherose (1523) comprend deux lettres : L. III, 36,37.

3. La correspondance avec Gluislophe Schilling (1523) comprend trois lettres : L. III, 40, 41. 42.

4. La correspondance avec le disciple de Strasbourg (1523lo2i) comprend trois lettres : L. III, 55, 56, 57.

qu'il a connu précédemment en Italie. La correspondance avec ce dernier commence dès 1522 à Genève même, et continue pendant le séjour d'Agrippa à Pribourg (1323), puis à Lyon (1324-1323) ; plus tard elle est reprise en 1331, Agrippa étant alors à Matines investi de l'office d'historiographe de l'empereur, et Ghapuys étant à Londres comme envoyé de Gharles- Quint auprès du roi Henri VIIL De simples relations d'amitié sont le sujet de cette correspondance pendant sa première période (1322-1325) ; les affaires du divorce de Henri VIH avec la reine Gatherine d'Aragon en font l'objet pendant la seconde (1331) '.

Au séjour à Lyon d'Agrippa (1524-1327) se rapportent les dernièi"es lettres échangées par lui avec le curé de Sainte-Croix à Metz (1526). A la même époque appartiennent la correspondance avec Symphorien Bullioud, évôque de Bazas (1326) ^ et, pour sa partie la plus considérable, celle avec Jean Chapelain, médecin du roi (1326-1329) \ Ges deux corres-

1. La correspondance avec Euslache Ghapuys (1522-1531) comprend quinze lettres : L. III, 21, 28, 38, 39, 49, 58, C3. 68, 74, 7(3, 78 ; L. VI, 19, 20, 29, 33,

2. La correspondance avec l'évèque de Bazas (1526) comprend treize lettres : L. IV, 9, I-i, 15, 22, 2i, 31, 39, 47. 49, 53, 66, 69, 74.

3. La correspondance avec Jean Chapelain (1526-1529) comprend cinquante-quatre lettres : L. IV, 2, 3, 6, 10* 12, 13, 16,21, 23, 25j 29, 30. 36, 37, 40. 41, 42. 43, 44, 46, 48, 50, 51, 52, 54, 55, 56, 62, 64, 70, 73, 75, 76; L. V, 3, 5, 7. 8, 9, 10, 13, 22, 23, 25, 30, 32, 35, 36, 37, 43, 46, 49, 52, 08, 83.

pondances concernent surtout les affaires d'Agrippa avec la cour de France, et la disgrâce qu'il y a encourue après une courte période de. faveur. La correspondance, assez restreinte du reste, avec le duc de Bourbon (1527) donne peut-être la clef de ce naufrage de la fortune d'Agrippa, en révélant des relations, d'ailleurs mal définies, entre lui et cet ennemi du roi, auquel il semble attaché par certains services, et à qui il paraît avoir adressé un horoscope heureux, assez mal placé toutefois, au début de cette dernière campagne de 1527 oîi celui qui en était l'objet devait finir si misérablement, sous les murs de Rome \

A la même époque appartiennent cinq autres corrrespondances, intéressantes à divers titres : la première avec un ami de Ghambéry ('IS26) qu'Agrippa entretient de ses travaux et de ses livres, et à qui il donne des conseils pour sa santé la seconde avec un religieux dominicain de Mâcon, Petrus Lavinius (1526), qu'il cherche loyalement à désabuser des illusions de l'astrologie ^ ; la troisième avec an intrigant, Paulus Flammingus (1526), lequel est traité par lui avec bonté, quoique cet homme ait

1. La correspondance avec le duc de Bourbon (1527) comprend deux lettres : L. V, 4, G.

2. La correspondance avec l'ami de Ghambéry (1520) comprend sept lettres : L. III, 79, L. IV, 4, 5. 11, 32, 57, 59.

3. La correspondance avec le religieux Petrus Lavinius, de Mâcon (1526), comprend quatre lettres : L. IV, 17, 19, 34, 45.

d'abord essayé de le duper ' ; la quatrième et la cinquième avec deux hommes qui ont une grande part dans la résolution prise en 1327 par Agrippa de quitter la France pour se retirer dans les Pays-Bas, et qui semblent l'un et l'autre d'origine italienne : le père Aurelio d'Aquapendente, religieux augustin dans un couvent d'Anvers ('IS27-1528), que la science d'Agrippa éblouissait % et Augustino Fornari, citoyen de Gênes (1527-1532), riche marchand qui avait un comptoir dans cette ville d'Anvers et ce semble aussi à Lyon, où il était venu généreusement au secours d'Agrippa en sa détresse, pendant les dernières années qu'il y a passées \

D'Anvers et de Matines qu'il habite ensuite dans les Pays-Bas, Agrippa entretient diverses correspondances, l'une avec les serviteurs de sa maison, ou, pour mieux dire, avec les disciples qu'il avait admis à y vivre au sein de sa famille, et qui lui donnent des nouvelles de celle-ci (1529), pendant les absences momentanées que nécessitent ses affaires * ; une autre ave.c un parent de sa seconde femme,

1. La correspondance avec Paulus Flammingus (1526) comprend six lettres : L. IV, 28. 33. 38, 58, 63, 67. '

2. La correspondance avec le père Aurelio d'Aquapendente (1527-1528) comprend treize lettres : L. V, 14, 16, 19, 2i, 29, 31, 33, 45. 47, 48, 51, 53.54.

3. La correspondance avec Augustino Fornari (1527-1532) comprend sept lettres: L. V,20, 28, 38, 5G, 63; L. VII. 10, 23.

4. La correspondance avec les serviteurs (1521-1529), comprend onze lettres : L. III , 2, 3, 4, CG ; L. V, 72, 73, 74. 75, 76, 77, 78.

Guillaume Furbity (1328-1529), résidant à Paris au moment de la mort à Anvers de cette femme, enlevée par la peste ^; une troisième avec deux hommes attachés à la personne du légat, le cardinal Campegi, son protecteur: Dom Luca Bonfius secrétaire du prélat, et Dom Bernardus de Paltrineriis son économe ('1331-1332), qu'avait rapprochés d'Agrippa leur liaison commune avec le riche Génois Fornari et avec le religieux Aurelio d'Aquapendente ; sans parler des relations plus étroites engendrées par le goût décidé de Dom Bernardus pour les sciences cabalistiques \ Le séjour d'Agrippa dans les Pays- Bas voit, en outre, la fin de sa double correspondance avec Jean Chapelain (1329) et avec Eustache Chapuys (1331) ; il voit en même temps le commencement de celle qu'il entretient, pendant les dernières années de son existence, avec le célèbre Érasme (1331-1333) \

Pour les derniers temps de la vie d'Agrippa, réfugié dans les États de l'archevêque de Cologne et résidant, à cette époque, à Bonn principalement, nous possédons, outre la fin de sa correspondance

1. La correspondance avec Guill. Furbity (1558-1529) comprend cinq lettres : L.V, 55,58, SI, 84, 85.

2. La correspondance avec Dom Luca Bonfius (1531-1532) comprend quatre lettres : L, Vl, ao, L. VII. 3, 8, 14. — La correspondance avec Dom Bernardus de Paltrineriis (1531-1532) comprend cinq lettres : L. VI, 24 ; L. VU, 2, 7, 15, 22.

3. La correspondance avec Érasme (1531-1533) comprend neuf lettres : L. VI, 31,36; L. VII, 6, 11, 17, 18, 19.38, 40.

avec Érasme, celles que moLivent alors ses relations avec l'archevêque lui-même (1531-1333) avec Khreutter, secrétaire de la reine Marie, gouvernante des Pays-Bas (1532) % avec les imprimeurs occupés delà publication de ses œuvres, Cratander (1532)' etSoter (1333)*, avec le libraire Hetorpius (1533) et enfin, pour clore cette grande collection épistolaire, quelques lettres écrites en 1533 des Bains de Bertrich, Termx VertrigiBe, par Agrippa, de la part de l'archevêque de Cologne qu'il y avait accompagné, à Driander et à quelques autres lettrés pour les inviter, au nom du noble prélat, à venir goûter avec lui les charmes de la vie agréable qu'on menait dans ce lieu ^

1. La correspondance avec l'archevêque de Cologne (1531- 1533) comprend dix lettres : L. VI, 13; L. VII, 1, 4. 5, 27, 28, 30, 34. La première de ces lettres est l'épître dédicatoire du livre I de la philosophie occulte; il convient d'y joindre, pour compléter le nombre de dix lettres, les deux dédicaces des livres II et III de ce traité qui n'ont pas été recueillies dans la correspondance générale et qui se trouvent à la tête de ces deux livres (Opéra, t. I, p. 119 et p, 250).

2. La correspondance avec Khreutter (1532) comprend deux lettres : L. VII, 20, 39.

3. La correspondance avec Cratander (1532) comprend une lettre : L. VIF, 16.

4. La correspondance avec Soter (1533) comprend une lettre: L. VII, 25.

5. La correspondance avec Hetorpius (1533) comprend quatre lettres : L. VII, 24, 31, 32, 33.

6. La correspondance avec Dryander et ses amis (1533) comprend deux lettres : L, VII, 46, 47.

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGIIIPPA

Après avoir mentionné les correspondants dont les relations épistolaires plus ou moins prolongées avec Agrippa ont, dans sa vie, le caractère d'incidents significatifs, il convient de citer, en négligeant toutefois un certain nombre de noms tout à fait obscurs et sans intérêt, ceux de quelques personnages dignes d'attention qui ne figurent que d'une manière accidentelle dans la correspondance générale et dans l'histoire de l'homme qui nous occupe. Tels sont le pape Léon X, avec une lettre sous la signature du célèbre Bembo (Ep. I, 38) ; Charles-Quint (Ep. VI, 27); la princesse Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur (Ep. VI, 3), et la sœur de celui-ci, la reine Marie de Hongrie (Ep. VII, 2j), l'une après l'autre gouvernantes des Pays-Bas ; Marguerite, duchesse d'Alençon, plus tard reine de Navarre, sœur de François I" (Ep. IV, 1) ; Guillaume Paléologue, marquis de Montferrat (Ep. I, Sj, S2) ; le cardinal Gampegi, légat du saint-siège (Ep. VI, 28, VII, 12); le cardinal de La Marck, évêque de Liège (Ep. VI, 18); Michel de Aranda, évêque de Saint-Paul en Dauphiné (Ep. IV, 7) ; le comte abbé de Gorbie (Ep. V, 64); Jean Garondelet, archevêque de Palerme, président du conseil privé au gouvernement des Pays-Bas (Ep. VI, 10, 23) ; le vicaire et l'official de l'évêché de Metz (Ep. II, 38, 39) ; Jean de Laurencin, commandeur de Saint-Antoine de Riverie (Opéra, t. II, p. 331) ; le père Lagrène, gardien du couvent des Gordeliers de Saint-Bonaventure h Lyon (Ep. III, 33, 34); le comte de Hochstrat, président

du conseil des finances au gouvernement des Pays- Bas (Ep. VI, 4); Maximil. Transsylvanus, conseiller de l'empereur dans ce gouvernement (Opéra, t. .II, p. 513); le docteur Henry, revêtu du même caractère dans la province de Luxembourg ' ; Jean de Pontigny ou de Niedbruck, médecin et conseiller du duc de Lorraine, et de la ville de Metz (Opéra, t. Il, p. 583) ; le fils du seigneur de Lucynge (Ep. III, 31) ; Mélanchthon (Ep. VII, 13) ; Capiton (Ep. III, 15, 18); Orenti (Ep. V, 44) ; Gandiotus (Ep. I, 28).

Quelques unes des lettres adressées à ces personnages sont des épîtres dédicatoires, d'autres sont de véritables mémoires ou des requêtes. Cette remarque nous fournit l'occasion de faire observer que, parmi les pièces de la correspondance imprimée, se trouvent rangés quelques documents qui ont également ce dernier cai-actère bien plutôt que celui de simples missives. Telles sont les pièces adressées au conseil de Malines (Ep. VI, 7, 21, 22), aux magistrats delà ville de Cologne (Ep. VII, 26), aux juges de Bruxelles (Ep. VI, 25, 26). On trouve même, dans le recueil des lettres, trois préfaces : celle du livre I du traité de la philosophie occulte (Ep. VI, 12) . celle des pièces de la polémique pour la monogamie de sainte Anne (Ep. VII, 36), celle enfin

1. La lettre adressée au docteur Henry est omise dans le recueil général des lettres publié au tome II des œuvres complètes. Elle est rapportée avec d'autres, dans un volume imprimé en 1534 et contenant les pièces relatives à la querelle sur la monogamie de sainte Anne.

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGHIPPA

qu'Agrippa a écrite pour les œuvres de Godoschalcus Moncordius, religieux cistercien (Ep. VII, 37).

Les indications qui précèdent montrent, dans ses lignes essentielles, le mouvement de la correspondance d'Agrippa. Elles nous permettent de signaler d'avance les personnages qui, en s'y associant, caractérisent le milieu dans lequel s'est développée la vie de l'homme que nous voulons faire connaître. Nous n'insisterons pas pour le moment et nous terminerons ce que nous avons à dire maintenant sur ce sujet, en faisant rejnarquer comme un trait des mœurs du temps la fréquente mention, dans ces documents, des difficultés qui venaient alors à la traverse d'un commerce épistolaire. Il y est souvent question de lettres perdues, de commissionnaires infidèles, et parfois de l'absence complète de moyens de correspondre, de la rareté des intermédiaires sûrs et dignes de confiance, de l'impossibilité enfin de livrer certaines choses secrètes aux chances de semblables moyens de communication.

La correspondance dont nous venons de parler nous fournira, comme nous l'avons dit, la trame du récit dans l'étude que nous allons faire de la vie d' Agrippa ; mais l'esprit de celle-ci ressort plutôt, avons-nous dit aussi, des ouvrages laissés par lui, des deux principaux surtout, la philosophie occulte et le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, que nous avons déjà signalés, et à l'appréciation desquels nous croyons utile de nous arrêter un instant.

Le traité de la philosophie occulte ■ est, en raccourci, une espèce d'encyclopédie, comme plusieurs grands ouvrages du moyen âge, les Sommes, les Miroirs, Spécula, dans lesquels étaient groupées en un vaste ensemble, ou bien "d'une manière plus restreinte dans le cadre d'un sujet spécial, les connaissances qu'un homme pouvait réunir, soit sur toutes les branches à la fois de la science, soit sur l'une d'elles en particulier. A une époque où le savoir humain était enfermé dans des horizons peu étendus, la possibilité d'en atteindre les limites faisait que volontiers on s'élançait vers celles-ci dans toutes les directions à la fois. L'universalité des connaissances obtenues ainsi donnait, malgré leur imperfection, aux esprits un remarquable ressort- Un homme voué à l'étude était par là au courant de toutes choses, et savait à peu pi'ès tout ce qu'on connaissait alors de chacune d'elles. Les idées générales abondaient; malheureusement elles étaient faussées par de vieux systèmes dont on était, il est vrai, bien près de s'affranchir; mais auxquels cependant on était encore généralement attaché et soumis, au commencement du xvi° siècle.

L'ouvrage d'Agrippa est comme un dernier tableau de ces conceptions singulières, qui s'étaient pendant longtemps imposées au respect et à la foi des hommes, et qui étaient à, la veille de perdre leur prestige et leur autorité. On est fondé ù

1. De occulta philosopM a libri <m (Opéra, t. I, p. l à 404).

LA VIK ET LES OEUVRES d'aGRIPPA

croire qu'en les résumant à son Lour, Agrippa ne leur accordait plus complètement sa confiance. Son ouvrage est, malgré cela, très propre à donner une idée de la disposition des esprits et de l'état de certaines opinions à l'époque où il a été composé ; époque très intéressante, car elle n'est autre que le début du xvi° siècle, le commencement d'une ère qu'allaient signaler la réforme religieuse avec toutes ses conséquences sociales et politiques, et le renouvellement des études de l'antiquité, l'éclosion de l'art moderne, l'aurore de la renaissance en un mot.

Le traité de la philosophie occulte comprend trois livres subdivisés en cent quatre-vingt-dix-neuf chapitres. Il occupe environ quatre cents pages d'un texte très serré, dans l'édition générale des œuvres d'Agrippa. Dans ce cadre étendu, l'auteur a distribué ses matières d'après une classification systématique dont i] rend compte comme il suit, au début de son œuvre (L. I, 1).

Le monde, dit-il, étant triple, élémentaire c'està-dire terrestre, céleste et intellectuel, les connaissances qui s'y rapportent forment naturellement trois grands groupes, oh se classent d'une manière distincte les notions qui concernent les forces de la nature, objet de la magie naturelle, celles qui regardent les vertus supérieures, c'est-à-dire la magie céleste, et celles qui sont relatives aux religions et qui constituent la magie cérémoniale. A chacun de ces trois groupes est consacré un des trois livres de l'ouvrage. Ce plan grandiose, il faut

bien le dire, est un peu modifié dans l'exécution par la difficulté de rester fidèle à un semblable programme, et par celle de le remplir complètement. L'œuvre réalisée présente, on ne saurait s'en étonner, quelque confusion et de nombreuses lacunes, sans parler des étranges conceptions qui, en bien des points, y tiennent la place de la vérité. Mais ces conceptions sont de leur temps. Elles offrent, à ce titre au moins, et comme renseignement historique touchant l'état des esprits qui les accueillaient, un incontestable intérêt. En somme, voici ce qu'on trouve dans le traité d'Agrippa de la philosophie occulte.

Le livre premier renferme un ensemble de considérations sur la nature et les propriétés de la matière dans le ciel aussi bien que sur la terre, c'est-à-dire dans les astres, dans les corps inertes qui constituent notre globe, dans les plantes qui le couvrent, dans les animaux qui le peuplent, dans l'homme enfin qui y règne, considéré au double point de vue de ses organes corporels et de son esprit. Ce qui préoccupe le philosophe du xvi« siècle, ce ne sont pas seulement le caractère et les propriétés particulières de ces êtres divers, en eux-mêmes ; ce sont surtout leurs relations entre eux. La conception de ces relations est, dans l'œuvre d'Agi-ippa, dominée par certains systèmes philosophiques grossièrement spiritualistes que le moyen âge avait, en grande partie, empruntés à l'antiquité. On y trouve comme un reflet des théories de Platon sur les idées, types

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGRIPPA

ou l'ormes des choses, et des conceptions de Pythagore sur les nombres, âmes des choses ; systèmes qui se rattachaient probablement, on a lieu de le croire, à des doctrines orientales plus anciennes. Ces systèmes, imposés ou substitués aux données fournies par l'observation et par l'expérience, dénaturent dans leur essence la physique et la physiologie, et en font sortir l'alchimie, l'astrologie et les arts divinatoires. Sur ces matières, l'auteur fait preuve d'une véritable érudition et parfois d'une certaine sagacité, dans l'explication de quelques phénomènes particuliers.

Le livre deuxième reprend, avec de nouveaux développements, l'examen des liens mystérieux qui existent entre les choses d'ordre matériel et celles d'ordre spirituel, entre les corps et les esprits, entre ce qui se passe sur la terre et ce qui existe dans le ciel : fondement de l'astrologie. IJ débute par des observations sur les quantités et sur les nombres qui les représentent; puis sur leurs propriétés dans l'arithmétique, dans la géométrie, dans la musique. L'harmonie, dont celle-ci est l'expression propre, le conduit h des considérations sur le corps humain, type de l'harmonie des formes, en possession, dit-il, do fournir le canon des proportions h tous les arts. Des harmonies qui résident dans les corps terrestres, l'auteur passe h celles qui appartiennent aux corps célestes, et il arrive par là aux relations qui, suivant lui, rattachent ces corps les uns aux autres, et fournissent ainsi les lois des arts divinatoires ; la

clef de ceux-ci étant donnée par l'astrologie, et leurs procédés consistant dans l'observation des astres et même dans l'étude des figures qui les représentent. De là diverses déductions sur les âmes qui animent le monde et ses diverses parties, sur leurs vertus, et sur le pouvoir du magicien de s'approprier leur influence par des incantations.

Le livre troisième, enfin, est consacré à l'examen des pratiques religieuses, dans tous les temps et chez tous les peuples. En même temps qu'il y affirme son inébranlable orthodoxie, l'auteur y fait preuve d'un esprit de tolérance remarquable, qui, eu égard au temps oii il vivait, prouve de sa part un peu plus peut-être que de l'impartialité et jusqu'à une certaine indifférence, touchant ces matières. Il s'efforce d'établir sur le terrain préparé ainsi une sorte de lieu de rencontre entre le christianisme et les anciennes religions du paganisme. Il trouve le témoignage de ces relations dans certains principes, dans certains faits admis par les chrétiens aussi bien que par les païens; faits relevés par lui avec soin, qui servent de fondement à la démonologie où il arrive ainsi. Après avoir parlé des bons et des mauvais démons, il passe aux héros, puis à l'homme qu'il considère au point de vue surtout de son âme. Il parle de la nature de cette âme, de sa situation, de sa destinée, après sa séparation du corps, et de son retour possible dans celui-ci après la mort. La nécromantie, les évocations, les oracles, vnticinia et furor, l'occupent ensuite, ainsi que les conditions

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGRIPPA 71

dans lesquelles il est donné à l'homme de provoquer leurs effets.

Voilà quelle est, dans ses grandes lignes, l'œuvre enfantée par Agrippa sous le titre de philosophie occulte. Nous ne parlons pas d'un quatrième livre introduit, à la suite des trois premiers, dans les éditions postérieures à la mort de l'auteur', et consacré, y est-il dit, à la magie pratique, Liber de cœi'emoniis magicis. Jean Wier nie que ce quatrième livre soit d'Agrippa, sur le compte de qui on l'a mis sans raison, dit-il; addition qui, suivant le disciple, aggraverait beaucoup les torts qu'on peut déjà imputer au maître. Ce livre quatrième est, aux yeux de Jean Wier, une véritable abomination. Il ne nous semble pas cependant aujourd'hui qu'il diffère beaucoup par son caractère de ce qui est dit dans les trois premiers livres publiés par Agrippa lui-même; lesquels, de son propre aveu et d'après ses déclarations expresses, sont incontestablement son ouvruge.

Nous venons d'indiquer sommairement les matières contenues dans le traité de la philosophie occulte. Il convient maintenant de signaler plus complètement les idées et les doctrines qui s'y trouvent exposées. Pour le faire plus clairement et plus brièvement, nous négligerons l'arrangement dont nous venons de rendre compte, suivant lequel l'auteur en a fait l'exposition, et nous introduii^ons dans le ta*

1. On trouvera quelques explications à ce sujet dans une noie de l'appendice (n» XXXII).

CIIAPITUE PUEMIEIl

bleau que nous voulons en présenter ici, un ordre méthodique permettant de réunir des traits qui se trouvent épars dans les diverses portions de l'ouvrage et qu'il peut être bon de rapprocher les uns des autres, pour leur donner toute leur signification et en faciliter l'intelligence.

Rien n'est plus digne de nos efforts en cette vie, dit Agrippa dans son traité, que de conserver dans sa noblesse notre esprit; puisque par lui nous pouvons nous élever jusqu'à Dieu et revêtir, en quelque sorte, la nature divine. Pour cela, il faut l'arracher à la torpeur de l'inaction qui le livre à toutes les fragilités et aux vices de notre corps terrestre. Il faut, par la science des choses divines, le disposer à ne jamais perdre de vue sa propre dignité, dans les conceptions qu'il enfante, aussi bien que dans les actes qu'il nous inspire (L. III, Epist. nuncupat.). Mais, pour Agrippa, les choses divines sont intimement liées aux choses humaines, les choses célestes aux choses terrestres. Les rapports qu'il reconnaît entre elles le conduisent à des conséquences excessives et à des conclusions erronées qui forment une partie essentielle de ses doctrines; d'accord avec les données d'un vague panthéisme, précédemment signalé dans notre introduction, comme étant au moyen âge la métaphysique même des sciences et des arts occultes.

Toutes choses se tiennent, toutes sont liées entre elles par des relations d'affinité ou d'opposition, d'amitié ou d'inimitié , c'est ainsi qu'Agrippa s'cx-

prime. Les astres entre eux, et comme eux les corps inertes, ainsi que les animaux et les hommes, sont soumis à cette loi générale; celle-ci fournit un des moyens les plus efficaces pour étudier et connaître, les unes par les autres, les choses d'ordres les plus éloignés, et pour pénétrer ainsi des secrets dont la recherche directe serait inabordable. De là l'astrologie et la divination. Dans des conditions analogues, on peut arriver aussi, par des transmutations que régissent ces lois générales d'affinité, à substituer la nature d'une chose à celle d'une autre. De là l'alchimie.

Cette science universelle et ses merveilleuses applications, c'est la magie; la magie toute puissante et pleine de mystères, embrassant la contemplation des choses les'plus secrètes, initiée à la connaissance de la nature et des vertus de tout ce qui existe, capable de produire les plus admirables effets en unissant les corps conformément à certaines lois, et en rattachant surtout, comme pour les fondre ensemble, les choses supérieures armées de leurs puissants attributs, aux choses inférieures. C'est là, s'écrie Agrippa, la suprême et parfaite science, le complet achèvement de la plus noble philosophie '. Mais cette science universelle, dit-il ailleurs, ne saurait être livrée sans danger au vulgaire; elle doit rester cou-

1. « Hœc perfecUssima, summaque scientia, hœc altior sanc- « liorque philosophia, bœc denique totius nobilissimtB philo- « sophiœ absoluta consuninmlio. » (L. I, 1.)

verte d'un voile qui, sans arrêter la vue du sage, s'oppose à l'indiscrète curiosité des hommes indignes. De là le titre du livre delà philosophie occulte. De occulta philosopha .

Tout n'est pas vrai, tant s'en faut, dans l'ouvrage d' Agrippa ; mais tout n'y est pas faux non plus. On y trouve quelques notions positives mêlées à des conceptions absolument imaginaires. Ce sont néanmoins celles-ci qui l'emportent sur les autres, et qui donnent à l'œuvre son caractère propre. Les notions positives qui s'y rencontrent sont fondées sur l'observation et sur les justes déductions qui en ressortent : méthode excellente, quoiqu'elle ne préserve pas complètement de l'erreur; parce que, en l'appliquant, l'homme est nécessairement guidé parles apparences, et que celles-ci sont souvent trompeuses. Quant aux conceptions imaginaires qui se trouvent associées à ces résultats de l'expérience, ce sont des inductions procédant de théories arbitraires et aboutissant nécessairement à des doctrines erronées et à des pratiques abusives. Je voudrais être bref en faisant, avec quelques détails cependant, l'exposition des idées énoncées par Agrippa dans son traité delà philosophie occulte et ne toucher qu'aux plus essen* tielles.

Le monde matériel est ce qui frappe l'homme avant tout. Agrippa y reconnaît naturellement, suivant les doctrines de l'antiquité, les quatre éléments, l'eau, le feu, la terre et l'air. Dans leur condition originaire, dit-il, ces éléments sont purs et inaltérables. Dans

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGRIPPA 7S

un second état, ils sont mélangés, impurs, mais capables d'être ramenés par l'effet de l'art à leur première condition. Dans un troisième et dernier état, ils sont décomposés et susceptibles de se transformer les uns dans les autres (L. I, 4) ; mystère qu'il est donné à peu d'hommes de pénétrer. La terre peut se liquéfier et l'eau se condenser en solide, ou bien par la chaleur s'évaporer et se changer en air. L'air, de son côté, devient feu en s'enflammant. Lorsqu'il est éteint, le feu redevient air et celui-ci, refroidi, passe à l'état de terre, de pierre ou de soufre (L. I, 3). Ainsi se produisent les corps; et, dans leur formation, les nombres, élément essentiel de tout ce qui est dans le temps et dans l'espace, les nombres jouent un grand rôle, suivant certaines lois dont l'observation a une importance suprême, quand on veut produire les phénomènes de transformation (L. II, 2). On pourrait croire ici à une vue anticipée de la théorie des atomes constitutifs et des équivalents chimiques dans la composition des corps, si l'écrivain du xvi« siècle n'ajoutait : les lois qui régissent ces nombres se révèlent surtout dans la figure des objets ; ce qui montre qu'il n'entend parler que des lois d'une harmonie tangible et des proportions extérieures qui régissent la forme.

La matière qui se révèle ainsi h nous est douée de propriétés diverses. Telles sont, en première ligne, les vertus élémentaires, les unes primaires, comme de s'échauffer et de se refroidir, de s'humidifier et de se dessécher, au moyen desquelles la

.substance peut se transformer ; les autres secondaires, qui sont produites par les premières, savoir: la maturation, la digestion, le ramollissement, l'induration, la corrosion, l'évaporation, la conglutination, l'attraction, la répulsion, etc. Appliquées aux corps constitués pour y provoquer certains phénomènes, ces vertus secondaires engendrent diverses opérations naturelles où se manifestent les vertus tertiaires, lesquelles procèdent des vertus secondaires, comme celles-ci procèdent des vertus primaires. Ces vertus tertiaires jouent un grand .rôle dans la médecine et dans les arts (L. I, 9).

Outre les vertus élémentaires, ajoute Agrippa, lesquelles dépendent de la quantité de matière mise enjeu, il en est d'autres qui sont indépendantes de cette circonstance. Ce sont les vertus ou propriétés occultes, dont les causes cachées et insaisissables pour l'intelligence commune des hommes ont été .révélées aux philosophes par une observation prolongée des faits accidentels, plutôt que par aucune recherche directe. Tels sont une foule de faits merveilleux dont il est impossible de révoquer en doute la réalité (L. I, 10). L'attraction magnétique est signalée comme telle, avec beaucoup d'autres phénomènes analogues non moins singuliers (L. I, 15).

Après le monde matériel, les choses d'ordre spirituel. Pour Agrippa, comme pour certains philosophes de l'antiquité, la matière est partout animée ; tous les corps ont une âme ; mais c'est dans l'animal et dans l'homme seulement qu'on peut saisir et qu'on

observe le rapprochement et l'union de la matière et de l'esprit, du corps et de l'âme, du physique et du moral. Il constate l'influence de celui-ci sur l'autre, c'est-à-dire l'incontestable action de l'âme et de ses passions sur le corps et sur ses organes. L'esprit dans ce cas agit, dit-il, par la volonté et par la foi : la volonté, premier mobile en quelque sorte de toutes nos forces, dont elle dispose à son gré et dont elle use pour le bien, quand elle est d'accord avec l'esprit suprême (L. II, 28) ; la foi qui implique une ferme adhésion dans cet accord, une intention fixe et une véhémente application dans l'action, laquelle en reçoit un secours considérable. Ainsi pouvons-nous, dit Agrippa, faire de grandes choses par la foi ; ainsi devons-nous consacrer à tout acte une énergique application, une forte croyance et un ferme espoir ; à ce point, ajoute-t-il, et c'est là une remarquable observation, qu'une confiance tenace peut produire de merveilleux résultats, même dans des œuvres d'imposture ; tandis que la méfiance et l'hésitation brisent toute force et paralysent toute vertu. Il est prouvé pour les médecins, dit-il encore, qu'une foi inébranlable, la confiance et même une certaine crédulité à l'endroit de la médecine font beaucoup pourlaguérison, et peuvent même quelquefois opérer ce que la médecine elle-même serait impuissante à produire (L. I, 66).

Agrippa, on le voit, accorde une très grande puissance aux facultés morales. Les mouvements de notre esprit, les passions do notre âme affectent

notre corps et peuvent, suivant lui, changer ses dispositions, jusqu'à lui infliger la maladie ou lui rendre la santé. Beaucoup, ajoute-t-il, n'assignent pas d'autre origine aux stigmates de saint François (L. I, 64). Bien plus, dit-il ensuite, nous pouvons agir ainsi même sur le corps des autres et sur leurs maladies (L. I, 65). Remarquons, en passant, ces doctrines singulières qui ont de nos jours des partisans et qui leur fournissent une explication de certains faits qui semblent incontestables, et dans lesquels d'autres aiment mieux reconnaître un caractère miraculeux.

Aux yeux d'Agrippa, l'esprit de l'homme possède naturellement la propriété et comme une certaine vertu de lier, d'attirer, d'arrêter, de changer et les hommes et les choses au gré de ses désirs, et de les contraindre à lui céder et à lui obéir, pourvu qu'il soit soutenu par la force de quelque passion portée à un haut degré de développement (L. I, 68). Tout en faisant de justes réserves sur les conséquences tirées par Agrippa de ces considérations, on ne peut nier la remarquable hardiesse et, en quelques points de détail, la justesse dè pareilles observations.

Les mêmes qualités et les mêmes excès se retrouvent dans ce qu'Agrippa dit du langage, expression des mouvements de l'esprit. Il distingue le verbe interne, verbum mtermm, du verbe externe, verbimi prolatum ; \q premier qui n'est, à proprement parler, que la conception de l'idée, le second qui est son expression par la parole, îi laquelle il accorde

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGRIPPA 79

non-seulemonl la puissance d'agir sur les êtres qui l'entendent, mais quelquefois encore, ajoute-t-il, sur les choses inanimées elles-mêmes (L. I, 69). Èt il reconnaît cette vertu non-seulement à la parole, expression de la pensée, mais même aux simples mots qui en sont les éléments et aux caractères de l'écriture qui ne sont que les signes de ces derniers. L'importance prédominante qu'il accorde, à cet égard, à l'écriture hébraïque montre qu'il suit en cela certaines doctrines dérivées delà cabale juive et de ses écarts les plus hardis.

Au dessus des choses tant matérielles que spirituelles, au dessus du monde plane la divinité. Les relations du monde avec Dieu sont, à leur tour, le sujet d'observations dignes d'intérêt dans le traité d'Agrippa. C'est sur la religion que portent celles qui appellent le plus sérieusement l'attention. Le mystère, aux yeux d'Agrippa, est essentiel dans les choses qui regardent la religion, c'est-à-dire les rapports de l'homme avec la divinité. Tous les anciens, les philosophes grecs aussi bien que les cabalistes hébreux, l'ont recommandé; et Jésus-Christ luimême qui ne parlait qu'en paraboles a montré par là que, dans sa pensée, ses disciples les plus intimes devaient seuls connaître complètement le mystère de la parole de Dieu (L. III, 2). Aussi, dit ailleurs Agrippa, les œuvres saintes exécutées avec foi et avec exactitude, même sans l'intelligence de ce qu'elles signifient, suffisent pour nous acquérir les mérites que Dieu accorde à leur accomplissement (L. III, 3).

La religion, dit-il encore, diffère naturellement dans les rites et dans les cérémonies, suivant les temps et suivant les lieux. Mais toute religion a quelque chose de bon dans ce qu'elle fait pour le Dieu créateur ; et, bien qu'une seule, la religion chrétienne, soit approuvée par lui, les autres cultes qu'on lui adresse ne sont pas entièrement réprouvés. Il n'a de haine et de vengeance que pour les impies et les hommes irréligieux. Ceux là seuls sont ses ennemis. Aucune religion en effet, Lactance dit-il en témoigne, n'est si complètement erronée qu'elle ne contienne quelques principes de sagesse. Il n'y a souvent de différence de l'une à l'autre que celle des noms divers donnés aux mêmes choses. Dans les dieux des Gentils, il faut voir seulement ce que les Hébreux appellent les numérations, ce que nous chrétiens nous nommons les attributs de la divinité (L. III, 10). Cependant, ajoute Agrippa, tout culte étranger à la religion vraie est une pure superstition, il faut le reconnaître (L. III, 4).

Il y a dans l'ensemble des opinions d'Agrippa touchant le créateur et la créature, l'esprit et la matière, beaucoup d'indications à relever sur lesquelles nous ne saurions insister ici. On y trouve des vues hardies et qui ne manquent pas d'étendue. Cette science, au reste, ne lui appartient. pas exclusivement. C'est un legs de l'antiquité, à l'autorité de laquelle il se reporte continuellement. A cette origine se rattachent, d'une manière toute spéciale, ses idées métaphysiques et certaines conceptions du

LA VIE ET LES OEUVRES d'aGRIPPA

même ordre qu'il nous semble opportun de faire connaître encore.

Ces conceptions roulent sur des matières qui échappent à l'observation directe; mystères qui, dans tous les temps, ont été l'objet des spéculations de l'esprit humain et le sujet d'hypothèses risquées dans lesquelles il se complaît, au lieu de s'arrêter prudemment aux limites de la compréhension dont il est capable. C'est que ces limites sont incertaines ; c'est qu'il est difficile de les déterminer; et que, en présence de tout ce qu'il ignore, l'homme ne saurait distinguer d'avance ce dont il peut, à force de recherches et d'attention, obtenir à la longue la connaissance, de ce qui est pour toujours interdit à ses regards. Ainsi s'explique la hardiesse avec laquelle sont parfois résolues les questions qui regardent l'oi^igine, la nature et la fin des choses. Dieu et la création, le monde, l'homme enfin, l'homme qui, sur bien des points, est pour lui-même une source d'insolubles problèmes. Sur ces grands sujets, les idées exposées par Agrippa ont encore pour principal fondement les théories admises dans les écoles de l'antiquité, dans celles surtout de Pythagore et de Platon qu'il ne pouvait cependant connaître qu'imparfaitement.

A Pythagore peuvent remonter l'idée des rapports intimes reliant toutes les choses entre elles, et celle des lois d'harmonie universelle réglant ces rapports, avec cette pensée que les nombres en sont la rigoureuse expression. A Platon appartient plus spécialement la conception d'une absolue subordination

des choses d'ordre matériel aux choses d'ordre spirituel, celles-ci fournissant les idées types, source originaire de tout ce qui existe dans le monde visible. Suivant Pythagore, le monde serait un être animé composé de diverses parties. Ces parties distinctes sont les corps et ceux-ci seraient hantés par des âmes, vertus divines dispersées partout, esprits, démons, intelligences célestes, émanations de Dieu lui-même qui est le principe de toutes choses, substances immatérielles mêlées à la nature corporelle qui lui est soumise. Quant à Platon, il admettait aussi dans le monde, œuvre d'un Dieû créateui', des âmes invisibles et des corps sensibles; des choses supérieures et élémentaires dont le siège est dans le ciel, idées et types des choses inférieures et matérielles qui en sont la réalisation sur la terre ; théories toutes spiritualistes accueillies et développées dans les écoles d'Alexandrie, où elles avaient rencontré les doctrines orientales auxquelles on rattache les systèmes, attribués à Zoroastre, sur les bons et les mauvais esprits, et sur leur hiérarchie. C'est de là que, par diverses voies, ces opinions avaient passé aux écoles du moyen âge qui en sont toutes pénétrées, chez les Orientaux et les Arabes aussi bien que chez les Latins et les autres peuples occidentaux. C'est ainsi qu'elles arrivent h. notre Agrippa.

' Dieu est le créateur et le maître de toutes choses. Agrippa n'hésite pas à le proclamer ; mais il semble se rallier h certaines doctrines alexandrines suivant

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lesquelles le Dieu suprême aurait créé seulement les dieux inférieurs et les démons, immortels comme lui à cause de cette origine, et, sur son ordre, créateurs à leur tour de tous les êtres soumis aux lois de la mortalité (L. I, 61). Il suit très loin dans cette voie les néo-platoniciens elles gnostiques, dont il expose avec complaisance les étranges conceptions sur les attributs de la divinité et sur la hiérarchie, le caractère et les rôles divers des dieux inférieurs et des démons.

Les corps célestes ont des âmes qui les dirigent et qui sont le principe de leur influence sur les corps inférieurs, sur les choses terrestres (L. II, 55). C'est ainsi que les planètes servent d'insti'ument à Dieu, cause première, pour agir sur les hommes. Agrippa pourrait bien se faire quelque illusion, quand il ajoute que ces opinions sur les âmes des corps célestes appartiennent aux docteurs chi-étiens aussi bien qu'aux philosophes païens, à Origène et à Plotin, à saint Jérôme, à Eusèbe, à saint Augustin et à saint Thomas (L. III, do). Voit-il plus juste quand il affirme que ce dernier, dans son livre de Fato \ assigne formellement aux astres une influence sur les œuvres des hommes (L. II, 35) ? Ces âmes des corps célestes sont des émanations intelligentes de la divinité et font partie de la hiérarchie des démons (L. III, 14); les uns bons et dont l'assistance peut

1. Agrippa désigne probablement ainsi la Queslio 90 de la partie Ir» do la Siunma Iheolugica, si non l'un ries opuscules.

être utilement invoquée par les hommes ; les autres méchants, dont les premiers doivent nous aider à conjurer la malice (L. I, 4, 67; III, 32). De là l'influence des astres sur les choses de la terre, dont les forces n'ont pas d'autre origine, et sur les facultés elles-mêmes de l'homme qui leur sont soumises. De là aussi la possibilité de réagir sur les corps célestes par la mise en action des forces terrestres, qui, dépendant des astres, se trouvent par là en rapport avec eux, et d'apprécier, de provoquer même leur influence, par les nombres et les figures auxquels ces corps supérieurs prêtent leur vertu. On peut reconnaître dans ces croyances, la source naturelle des pratiques de la magie.

Gomme les astres, la terre aussi a une âme, spiritus mundi, qui dans la physique d'Agrippa joue le rôle de cinquième essence, à côté des quatre éléments. C'est le principe des propriétés occultes de la matière, lesquelles procèdent ainsi non de la nature des éléments terrestres, mais de celle des choses célestes, et descendent de ces régions supérieures d'où le rayonnement des astres nous les apporte (L. I, 13). On sait en effet, dit-il, que la vie vient du soleil (L. II, 32). Mais un corps matériel ne saurait être le principe d'une action; et c'est de l'âme, intelligence directrice de l'astre vivifiant, que procède toute la virtualité dont il est capable (L. II, oo).

Ainsi s'explique cette puissance que les corps ont d'agir les uns sur les autres et de communiquer parfois à ceux qui sont mis en contact avec eux, leur

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propre vertu (L. J, 16). Ainsi s'expliquent les affinités et les répulsions des uns pour les autres ; car toutes les choses sont entre elles en rapport d'amitié ou d'inimitié, comme les corps célestes qui leur communiquent leur influence (L. I, 17). De là la nécessité pour nous de connaître les astres, leurs vertus et leurs relations, quand nous voulons pénétrer le régime secret des corps terrestres (L. I, 12), quand nous voulons surtout le modifier, en produisant d'avantageuses transmutations. Cette connaissance est le fondement de la divination, notamment par l'astrologie, et celui de l'alchimie (L. I, 12; II, 29). Partout la matière est soumise et obéit à l'esprit. Celuici a pour nous son expression dans les nombres, dans les figures, et surtout dans les noms des choses. Ainsi se trouve démontrée l'importance des paroles, ainsi est justifié leur rôle dans les opérations magiques, dans les incantations par exemple.

Pour ce qui est de l'âme humaine, Agi-ippa distingue en elle trois parties ; l'une, mens, qui est l'émanation divine d'où provient la lumière dont Dieu est la source; l'autre, ratio, qui reçoit de la première cette lumière, et qui est en nous l'organe de l'intelligence ; la troisième, zdolum, d'où procèdent la vie et la sensibilité du corps et de ses organes (L. III, 43). Cette subtile analyse des principes immatériels qui sont en nous n'est pas plus risquée que la distinction admise par les anciens entre les esprits, les mânes et les ombres; pas plus hypothétique non plus que la plupart des conceptions introduites par

les modernes sur le môme sujet. Mais Agrippa ne s'en tient pas là dans ses considérations sur l'âme humaine ; il ne craint pas d'affirmer que, séparée du corps où elle résidait pendant la vie, elle peut y être rappelée par les pratiques de la nécromantie. L'antiquité païenne et l'antiquité sacrée elle-même en fournissent, prétend-il, des exemples ; et il croit ces pratiques justifiées aussi parla religion chrétienne, laquelle, suivant lui, affirme que certaines âmes pourront, avant le jour de la résurrection universelle, rentrer en possession du corps qui leur appartenait (L. III, M, 42).

La description des pratiques mystérieuses, à l'aide desquelles on ohtientces merveilleux résultats et d'autres du même genre, n'est pas oubliée dans le traité d'Agrippa. L'art des fascinations, celui des enchantements et des évocations et, avec eux, les procédés de la divination, Tastrologie enfin y font l'objet d'expositions détaillées auxquelles l'auteur donne pour fondement les doctrines de métaphysique et de physique dont nous venons de présenter la succincte analyse. Cette portion de son œuvre, conçue dans un esprit tout pratique, en est de beaucoup la plus étendue, et elle frappait plus que le reste probablement les hommes de son temps. Il n'en serait pas de même pour ceux d'aujourd'hui, et l'on comprendra que nous ne nous y arrêtions pas.

L'esprit général qu'on observe dans la philosophie occulte d'Agrippa est celui que nods avons signalé dans notre introduction, comme étant l'âme de l'art

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hermétique, de la cabale et de la magie au moyen âge. C'est une sorte de panthéisme grossièrement spiritualiste qui, en admettant l'intime liaison et la dépendance réciproque de toutes les choses, en soumettant d'ailleurs d'une manière expresse la matière à l'esprit, subordonne le terrestre à l'action céleste, voit partout une émanation directe de la divinité créatrice, et range à ce titre au-dessous de celle-ci, dans les cadres d'une mythologie vulgaire, les intelligences supérieures, les esprits, les démons bons et mauvais, et les âmes qui président à la vie de chaque corps en particulier. Car tout est animé suivant ce système, et le monde n'est autre chose qu'un grand animal qui en comprend une multitude d'autres. C'est là le secret magistral, le moyen de pénétrer les arcanes de toutes choses, souvent mentionné dans la correspondance d'Agrippa et de ses amis.

Ces mystérieuses doctrines formaient le lien qui unissait entre eux des adeptes répandus en France, en Italie, en Allemagne, et compris dans une vaste corporation oii ils étaient distribués en groupes nombreux formant des associations secrètes. Agrippa a passé pour être le chef d'une de ces associations. Les premières lettres de sa correspondance échangées avec ses jeunes amis de l'université de Paris, vers les années 1507, 1508, 1509, contiennent en effet quelques traits qui semblent, on le verra, se rapporter h une organisation de cette sorte.

En disposant méthodiquement, comme nous ve-

nons de le faire, les notions essentielles que contient la philosophie occulte d'Agrippa, nous nous proposions surtout d'en simplifier l'exposition. Ce tableau donnerait une très fausse idée de l'ouvrage, s'il induisait à penser que celui-ci renferme un corps de doctrine suivi et complet sur les sujets divers dont il traite. Les idées sont loin d'y être systématiquement liées. L'auteur y fait surtout œuvre d'érudition ; il y procède par citations et par emprunts, et son travail n'est autre chose qu'une grande compilation dans laquelle il expose surtout les idées des autres, celles principalement des philosophes de l'antiquité. On voit même qu'il ne les leur emprunte pas toujours directement; mais que ses sources ont dû être souvent les grandes encyclopédies du moyen âge, dont son ouvrage est l'imitation. C'est, en somme, un assemblage un peu confus et assez indigeste de notions parfois disparates, où l'on ne devine, sur plus d'un point, la pensée de l'écrivain que par la complaisance plus ou moins grande qu'il met à rapporter celle des autres, sans déclarer nettement lui-même ce qui a dans l'opinion de ceux-ci son entier-assentiment.'

Nous n'insisterons pas sur la singularité des idées et des doctrines qui se trouvent réunies dans l'ouvrage d'Agrippa. Disons seulement qu'il ne faudrait pas les juger trop sévèrement du point de vue oh nous sommes aujourd'hui. Au moyen âge, c'était là réellement de la science ; c'était, sur certaines matières qui préoccupaient les esprits, l'ensemble des con-

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naissances acquises. Mêlées de préjugés et de grossières erreurs, ces connaissances forment le bizarre assemblage qu'Agrippa décore du nom do philosophie occulte. Il lui appliquerait volontiers celui de magie, dénomination antique dont il n'hésiterait pas, dit-il en plus d'une occasion, à relever le prestige, si la magie n'était pas condamnée '.

Le règne de cette étrange science était, au reste, bien près de finir. Agrippa échappait déjà en partie à ses lois, et l'on peut douter de sa bonne foi dans l'exposition de certaines conceptions, aussi bien que dans la mise en œuvre de certaines pratiques ou industries qui en dépendaient. Il est permis de croire, en effet, qu'il n'admettait pas tout ce que son livre contient, quoique ses doutes ne s'étendissent peutêtre pas jusqu'au principe qui en fait le fondement, la croyance à des rapports secrets entre les choses terrestres et les astres, avec l'influence directe de ces derniers sur celles-là. Cependant, quoique dans plusieurs circonstances il affiche sa foi pour cette croyance, il la juge ailleurs avec plus de sévérité et d'exactitude. Des, témoignages d'incrédulité en ce qui la concerne lui échappent dans plus d'un trait

1. C'est comme uq traité de magie, qu'Agrippa prétendait avoir composé et qu'il aurait voulu présenter le premier jet de son ouvrage à Tritheira en 1510 ; et ce n'est pas sans regret, on le devine, qu'il avait dû lui donner plutôt le titre moins décrié do philosophie occulte : « Très libros de magia «...composui, et de occulta philosophia, minus infenso titulo, «inscripsi. »(Ep. 1,23.)

CIIAPITHE PllEMlEU

de sa correspondance ; ils se groupent enfin cl s'affirment avec un certain éclat, sans beaucoup plus de sincérité du reste, on peut le croire en raison de ses formes paradoxales, dans l'ouvrage dont il nous reste à parler maintenant, dans le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences.

Le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences ' est un livre oîi le scepticisme et le doute s'étalent avec autant d'exagération que le font la confiance apparente et la crédulité dans le traité de la philosophie occulte. Mais, de même que certains passages de ce dernier ouvrage permettent de douter que l'écrivain croie de bonne foi tout ce qu'il y expose, de même on devine, à quelques traits de l'autre, que l'écrivain est loin d'avoir secoué le joug de tous les préjugés dont il essaie de démontrer l'inanité et de toutes les erreurs qu'il semble rejeter. Dans les deux cas, on est également conduit à reconnaître chez Agrippa un parti pris d'hyperbole en des sens opposés. Nous avons vu, dans la philosophie occulte, la crédulité poussée jusqu'à la superstition ; nous allons voir, dans.le traité delà vanité des sciences, le scepticisme poussé jusqu'au paradoxe.

Dans ce nouvel ouvrage, Agrippa prétend démontrer que, par leurs applications et leurs conséquences, les sciences et les arts sont nuisibles plutôt

1. Un imcrtiludine ol vanilale si'ienlianim tit aiiium, alqUD excclleiUia Vcvbi Dci, declamaiio (Opcra, L. II, p. 1 à 247);

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qu'utiles à l'homme. Il ajoute qu'ils ne peuvent que faire tort à son âme aussi bien qu'à son esprit et à son corps, et que le souverain bien consiste h ne rien savoir. Si ce livre ne contenait que le développement de cette singulière proposition, il mériterait à peine qu'on s'y arrêtât ; mais, pour nous comme pour l'auteur lui-même, c'est tout autre chose. Pour lui, c'est un cadre ouvert à son érudition, c'est surtout une occasion et un moyen de polémique, de polémique religieuse principalement. Quant à nous, indépendamment de l'intérêt qu'il noUs offre à ce point de vue particulier, nous y trouvons groupés, d'une manière très digne d'attention, une foule d'observations et de témoignages relatifs aux idées et aux mœurs du siècle où a vécu l'auteur ; car ce qu'Agrippa nomme les sciences et les arts, c'est nonseulement l'ensemble des doctrines et des industries, mais encore celui des pratiques sociales et des usages de son temps.

L'enchaînement de ces considérations, sans avoir rien de dogmatique dans le livre d'Agrippa, indique chez lui un esprit.de méthode qui ne manquait certainement pas dans la composition du premier ouvrage, mais qui mérite d'être signalé plus expressément dans celui'ci. En instruisant ce vaste procès contre les œuvres de l'esprit humain, l'auteur commence par les lettres, d'où il passe, parla philosophie, aux mathématiques et aux sciences, ainsi qu'aux arts qui s'y rattachent. La musique, à laquelle il airive ainsi, le conduit a parler des beaux arts, de Tastronomie en-

suite et tout naturellement de l'astrologie qui alors ne faisait qu'un avec elle, puis des arts divinatoires, de la magie, de la théurgie et des prestiges. Agrippa se trouve ramené par cette voie sur le terrain, de la philosophie naturelle, de la métaphysique, et de la morale tant privée que publique, de la politique par conséquent, et de tout ce qui touche au régime des sociétés, comme aux besoins des hommes, dans les exigences de leur propre conservation, dan^ leurs relations entre eux et dans leurs rapports avec la divinité-; d'oîi la médecine, la jurisprudence et la théologie.

Agrippa ne voit partout que mensonges, hérésies, abus de tout genre, instruments de mal, sources d'erreur. Sa conclusion est qu'il n'y a de bien et de vérité que dans la parole de Dieu. Mais il fait tourner cette considération finale en une amère et violente satire contre l'Église. Là est évidemment le but véritable, bien que déguisé, auquel tend l'ouvrage tout entier. L'auteur se montre animé, dans cette attaque véhémente, de l'esprit même et de la passion des réformateurs de son temps. Mais, avant d'en venir là, il développe brillamment la thèse qui doit le conduire à cette dernière proposition. 11 faut, sans s'attarder à sa suite dans la longue carrière où il s'est engagé en vue de cette fin, indiquer au moins par quelques jalons la voie qu'il a suivie pour arriver graduellement à la conclusion où il veut en venir.

Le traité de l'incertitude et de la vanité des

sciences et des arts et de l'excellence de la parole de Dieu n'a pas moins de cent trois chapitres et occupe deux cent cinquante pages à peu près d'un texte très serré dans l'édition générale des œuvres d'Agrippa. Au début de l'ouvrage, l'auteur s'élève contre une assertion qu'il a placée hn tête de l'un des livres de son premier traité ; ce ne sera pas le seul démenti qu'il devra se donner à lui-même. Il avait avancé que la science peut communiquer quelque chose de divin à l'esprit de l'homme. Telle est l'antique et unanime opinion de tous les philosophes, dit-il en commençant son second traité ; mais je suis, ajoutet-il aussitôt et il le répétera en finissant, d'un tout autre avis ; rien ne me semble plus pernicieux à la santé de notre corps et au salut de notre âme que la pratique des arts et la culture des sciences. Et il entre immédiatement dans le développement de ce prodigieux paradoxe qu'il s'applique à justifier à grand renfort d'érudition, avec beaucoup d'esprit en même temps, quelquefois aussi, on doit le reconnaître, avec une certaine habileté.

La grammaire et la rhétorique, dit Agrippa, qui sont des arts et non pas des sciences, mais qui sont au moins les principaux instruments de celles-ci, produisent aussi souvent des conséquences pernicieuses que des résultats utiles ; car, loin d'être au service exclusif de la vérité, elles obéissent aux caprices de ceux qui les emploient. Ce sont les organes de l'erreur et des plus insignes hérésies. Quelles autres armes ont employées ces promoteurs

de doctrines nouvelles qui, sur les traces de Luther, se sont multipliés à ce point, dit-il, que chaque ville ou à peu près a aujourd'hui la sienne? Que sont-ils ces hommes, sinon ceux dont la plume est la plus élégante et le langage le plus éloquent ?'Cicéron fait d'eux des païens, Aristote et Platon des impies. Dans la médecine ensuite, dans le droit, dans la philosophie, dans la théologie, que de choses contestables, que d'erreurs! La dialectique même, sous le nom de logique, ne fait qu'ajouter par ses artifices M'obscurité de ces sciences. L'art des sophistes, à son tour, est une nouvelle aggravation du mal qui en résulte, et les subtiles inventions de Raimond Lulle ne sont que des hardiesses aussi stériles qu'elles sont surprenantes. L'observation elle-même et les connaissances qui en dérivent, ne présentent que de l'incertitude ; car l'observation a pour instruments nos sens, dont les témoignages sont trop souvent trompeurs. Quant à la poésie, elle ne vit, on le sait, que de fictions; et l'histoire est un domaine toujours ouvert au mensonge (ch. ii-ix).

Agrippa ne semble pas avoir beaucoup connu les mathématiques ; elles ne se prêtent guère, en effet, à la culture un peu superficielle qu'il a seule accordée généralement aux divers sujets d'étude abordés par lui. Il ne s'arrête donc que fort peu à ce qui les concerne; cependant ce qu'il en dit ne manque pas d'un certain intérêt. Les sciences mathématiques passent, dit-il, pour les plus certaines ; et pourtant que sont-elles sinon les opinions mômes des doc-

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leurs qui les cultivent? On ne peut, il est vrai, les accuser d'être la source que d'un petit nombre d'hérésies; mais, suivant saint Augustin, elles n'importent en rien au salut ; elles peuvent, au contraire, bien plutôt conduire à l'erreur et éloigner de Dieu. Ce ne sont pas enfin, aurait dit saint Jérôme, des sciences de piété (ch. xi).

A leur tête est l'arithmétique, laquelle est aussi comme le cadre de toutes les autres. Elle traite des nombres et de leurs rapports. Connaissance vaine et superstitieuse, elle est le fondement des pratiques divinatoires, de la géomantie : — la géo^ mantie dont j'ai moi-même, ajoute Agrippa, écrit aussi un traité très différent des autres, mais non moins superstitieux, non moins trompeur, et je l'avouerai tout aussi mensonger. — L'arithmétique inventée, suivant Platon, avec les osselets et les dés par un mauvais démon, est responsable aussi des rêveries de Pythagore sur la vertu des nombres, dont on a osé dire qu'ils sont les instruments sans lesquels Dieu n'aurait pas pu créer le monde, et qu'à ce titre ils renferment le secret des choses divines. Les hommes, quand ils connaissent les nombres, qmd sciant numéraire, croient par là môme avoir en eux quelque chose qui tient de la divinité ; prétention insupportable à ceux qui cultivent la musique, ces derniers réservant l'insigne honneur du caractère divin à leur harmonie. L'art cultivé par ceux-ci, la musique, est sans doute plein de charme et de douceur, mais, d'un consentement unanime e t comme

le prouve l'expérience, il est surtout le partage des hommes d'un esprit malheureux et d'un naturel intempérant. La musique dont il est ainsi question est celle qui consiste dans les modulations de la voix et des sons ; mais non pas celle qui concerne le mètre et le rythme et qui n'est autre chose que la poésie. Avec la musique il faut ranger les arts qui en dépendent ; la danse favorable à l'amour, chère aux jeunes filles et oîi beaucoup perdent la pudeur; la danse guerrière, art tragique ; la danse théâtrale, art d'expression imitative, et celle du rhéteur qui diffère peu de la dernière, mais qui est plus calme, et que Socrate, Platon, Cicéron, Quintilien et les stoïques recommandent à l'orateur. Que de vaines spéculations ! (ch. xii-xxi).

Plus louable est la géométrie, qui réunit au moins sur ses doctrines l'unanime assentiment de ceux qui s'adonnent à son étude; tandis que partout ailleurs on ne voit entre les hommes qu'oppositions et disputes. Malheureusement elle sert de fondement à une foule d'arts plus ou moins pernicieux; à la pyrographie qui enseigne à faire vomir le feu par les instruments de guerre ; à la perspective créée pour la déception de nos sens ; à la peinture, à la statuaire, inventées par les démons méchants pour favoriser l'ostentation, la licence, la superstition, et que d'indignes images introduisent dans nos maisons, sous les yeux de nos femmes et de nos filles, dans nos temples même, où elles nous exposent, en outre, à tomber dans l'idolâtrie. La géométrie est

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aussi une partie essentielle de l'art de scruter les entrailles de la terre pour y chercher les métaux précieux et de celui d'interroger le ciel en étudiant les astres. Le premier soit maudit pour les richesses qu'il procure, source de tant de crimes ; le second, pour les impostures qu'il engendre. Ne sait-on pas que les astrologues, afin de satisfaire une curiosité impie, construisent des cercles et des figures, imaginent des mouvements et des nombres à l'aide desquels ils prétendent tout connaître : art plein de contradictions et de vanité, dont Pline démontre la nullité et où ont erré saint Thomas d'Aquin lui-même et Albertus Teutonicus (ch. xxii-xxx).

Rien de tout cela n'est l'œuvre de Dieu ni de la nature; tout est fiction dans ces conceptions; tout sort du cerveau des mathématiciens, des faux philosophes et des poètes. Imbu moi-même de ces erreurs dès mon jeune âge, au sein de ma famille et dans la maison paternelle, dit Agrippa, j'y ai perdu dans la suite bien de la peine et du temps, avant d'apprendre que tout cela n'était qu'imposture. Aussi, l'ayant rejeté de mon esprit, je n'y fusse jamais revenu, sans les importunes sollicitations des grands, et sans le besoin oîi je me suis quelquefois trouvé de tirer ainsi profit de leur sottise. Combien ont cru devoir agir ainsi, qui prudemment se renferment dans des prédictions enveloppées d'obscurité, et reçoivent des princes et des magistrats crédules, pour prix de ces artifices, des paiements et des pensions sur les deniers publics ! Aussi vaines sont

toutes les pratiques de divination; physiognoraie, métoposcopiû, chiromantie, etc. L'astrologie d'ailleurs a enfanté mainte hérésie; elle est condamnée par les docteurs de l'ancienne loi et par les Pères de l'Église, par Moyse et par saint Augustin, par les empereurs païens et par les princes chrétiens, par Tibère et par Justinien (ch. xxx, xxxi, xxxii).

Ces vaines pratiques se rencontrent avec quelques doctrines plus recommandable dans le vaste cadre de la magie : science antique des prêtres de l'Orient, comprenant toute philosophie, la physique, les mathématiques, et tout ce qui concerne les religions; reS' ponsable, par conséquent, des erreurs etdes abus qui peuvent résulter de celles-ci. La magie, suivant quelques-uns, se partage en deux branches, la magie naturelle et la magie cérémoniale (ch. xli).

La magie naturelle comprend l'étude de la nature sur la terre et dans le ciel, la connaissance des vertus secrètes qui rattachent les choses inférieures aux choses supérieures, et qui sont la source de tant de prodiges. Le magicien, explorateur attentif de ces phénomènes, peut en diriger parfois et en hâter l'éclosion, et, frappant ainsi les yeux du vulgaire, le faire crier au miracle ; tandis que les forces naturelles observées et conduites avec art ont tout fait- en réalité. Tels sont les effets des breuvages et des philtres, dont la composition appartient à la science des poisons. Ailleurs ce sont de purs artifices de mécanique qu'on met enjeu, pour imiter l'action de la nature (ch. xlii-xliv).

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Quant tt la magie cérémonialo, elle comprend la goéLie et la théurgie. Parla première, les magiciens se mettent en rapport avec les esprits immondes et avec les démons, familiers auxquels ils ne craignent pas de se soumettre, au grand péril de leur âme. De la goétie procèdent ces livres ténébreux dont les impostures ont pu séduire un Alphonse de Castille, un Robert d'Angleterre, un Bacon, un Apponus, d'autres encore doués cependant d'un grand esprit; ces livres fatidiques dont la seule vue glace d'effroi les hommes simples et ceux qui sont restés étrangers à la culture des bonnes lettres, qui nesciunt bonus literas. Cependant tout n'est pas vain dans ces pratiques coupables, lesquelles ne sont pas sans raison proscrites, vouées t\ l'extermination, et condamnées sévèrement par les lois divines et humaines. Les mauvais démons s'y prêtent seuls, parce que les bons anges n'obéissent qu'à l'ordre de Dieu ; et les femmes s'y adonnent surtout, parce que, plus curieuses des choses secrètes et moins prudentes que les hommes, elles sont plus portées aux superstitions. Par les mêmes voies, les nécromanciens conjurent les âmes des morts. Ce n'est donc pas sans raison qu'on ordonne d'ensevelir les corps dans des lieux consacrés, avec des flambeaux, de l'encens, de l'eau bénite et des prières. La théurgie, aux yeux de quelques-uns, n'a rien d'illicite, parce qu'elle s'exerce au nom de Dieu et des anges, pour contraindre et réduire les mauvais démons. Une grande pureté est son principal moyen d'action; mais elle comprend diverses

sortes de superstitions d'autant plus dangereuses qu'elles prennent, aux yeux des ignorants, un caractère plus divin (ch. XLV, xLvi). Mentionnons encore, à la charge de la magie, les prestiges, les illusions et les artifices, produits de la fraude des magiciens

(ch. XLVIII).

Que dire maintenant d'un art qui se rapproche de ceux-là, de la cabale des Juifs, doctrine traditionnelle qui passe pour avoir été donnée par Dieu luimême à Moyse ? Que dire de cet art singulier, sinon qu'une de ses parties, comprenant la cosmologie et l'explication des forces de la nature, n'est pas autre chose que la magie naturelle, où excellait, on le sait, le roi Salomon ; tandis que, dans une autre partie, elle applique la vertu des noms divins à la divination, à la conjuration des anges et des démons, et à la production des miracles. C'est par elle, prétend-on, que Moyse, Josué, d'autres encore et le Christ luimême, ont accompli tant de faits merveilleux. J'ai beaucoup étudié, ajoute Agrippa, cet art de la cabale ; je n'y ai trouvé que superstition ; et je n'y vois qu'une sorte de magie théurgique (ch. xlvii).

Si de la magie nous passons à la philosophie et aux sciences positives qu'elle comprend, nous ne trouvons dans les opinions qu'elles engendrent que diversité, disputes et incertitude (ch. xlix).

Considérons maintenant les choses humaines, et les disciplines diverses qui les concernent, le gouvernement des peuples, la religion, le régime des sociétés, les arts consacrés au commerce, à l'a-

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griculture, à la guerre, à la médecine, à la jurisprudence, à la théologie. Quelle confusion, quel mélange du bien et du mal, avec la prédominance presque constante de celui-ci I

Dans les gouvernements, on voit la forme républicaine, supérieure à toutes les autres, confinée chez les petits peuples, comme ceux de Venise et de la Suisse; mais, en revanche, presque partout, les rois, maîtres de tout faire, et usant rarement de ce grand pouvoir pour le bien. Dans les choses de la religion vers lesquelles l'homme est porté par une tendance naturelle qui le distingue, plus encore que là raison elle-même, des autres animaux, dans la religion, une foule d'erreurs. L'exploitation abusive du culte des saints et de leurs reliques ; les profusions en édifices aux dépens des pauvres dont on dissipe ainsi le patrimoine; l'abus des fêtes et des vaines cérémonies ; les scandales donnés par les prêtres (ch. lv, lvi).

Dans le régime de la société que trouve-t-on? Chez les gens de la classe commune, les mauvais ménages, le plus souvent produits par la faute de maris coupables; chez les grands, la vie des cours, théâtre des crimes les plus exécrables, école de corruption ; à ce point que, dans cette fameuse capitale de la France, objet d'admiration, la pudeur est presque inconnue, et que, pour une fille ou une femme, appartenir aux débauches du palais est réputé un suprême honneur. Le commerce est un brigandage. L'agriculture est un objet de dédain. La guerre est

une boucherie, un composé de crimes et d'excès d'où l'on fait sortir la noblesse la plus considérée, la noblesse militaire, avec laquelle sont en lutte et celle qui s'achète à prix d'argent, et celle qui s'acquiert par les plus honteuses complaisances envers les princes. A côté de la guerre on peut placer la médecine, comme elle appliquée à la destruction des homines ; fondée uniquement sur la fraude des uns et sur la crédulité des autres, presque toujours plus dan^ gereuse que la maladie, de l'aveu des princes de l'art eux-mêmes, d'Hippocrate, d'Avicenne, de Galien; la médecine trop bien secondée dans son action pernicieuse par la pharmacie et parla chirurgie. La cuisine mériterait peut-être plus de considération; mais que d'excès favorisés par elle (ch. lxvii-lxxxix). Quant à l'alchimie, qu'est-ce autre chose qu'une grande imposture? Car il ne saurait être donné à l'art de l'emporter sur la nature. Tout au plus peut-il la suivre à distance. Aussi l'alchimie, justement con-* damnée par les lois romaines et par les sacrés canons, est-elle proscrite par l'Église. Que ne pour-» rais-je pas dire, ajoute Agrippa, de ses vains mystères, et îiotaramènt de cette insigne pierre philosophale qui est le plus fameux d'entre eux, si je il'ètais foi*cé au silence par le serment que prêtent les initiés qui ont pratiqué ces secrètes opérations! Les alchimistes, en un mot, hé sont-ils pas les plus coupables des hommes, eux qui, en dépit de la loi de Dieu qui prescrit de gagner son pain à la sueur de son frontj prétendent faire, en se jouant, de l'or?

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A leur art cependant on doit mainte découverte utile, mainte précieuse conquête; mais je ne veux pas en dire davantage (ch. xc).

L'homme, pour les soins de son âme, dépend du prêtre ; pour ceux de son corps, il relève du médecin; pour sa fortune, il est entre les mains du jurisconsulte. A celui-ci appartient de décider du vrai et du faux, du juste et de l'injuste; et les maîtres suprêmes en pareille matière sont le pape et l'empereur, qui se flattent de posséder en eux, comme enfermé dans un écrin, tout droit et toute justice ; le pape et l'empereur, h qui leur simple volonté tient lieu de raison, et qui prononcent à leur gré sur tout Ce qui regarde aussi bieii les sciences et les arts, que les opinions et l'activité humaine dans son cercle le plus étendu. Toute cette science du droit procède d'ailleurs du péché du premier homme, et de la loi de corruption qui en résulte et qu'on appelle le droit naturel. En voici les éléments virtuels : repousser la force parla force ; tromper qui nous trompe; estimer une chose ce qu'elle peut se vendre, etc. Du droit naturel sort le droit des gens qui règle les guer^ res, les massacres, les servitudes, les dominations; et le droit civil, source des procès. iDe celui-ci émane le droit canonique, instrument de rapine, qui ne saurait venir de Dieu, mais qu'a pu seule produire la plus insigne corruption de l'homme (ch. xcixcii). Voilà comment sont réglés les biens et la fortune des humains. Ce quW sait de la médecine montre comment leur corps est gouverné; pour

les intérêts de leur âme, c'est, avons-nous dit, aux prêtres et aux théologiens qu'ils sont remis.

Que dirons-nous maintenant de la théologie? Sans parler de celle des Gentils, de celle des Musée, des Orphée, ou d'Hésiode, que trouve-t-on dans la théologie chrétienne ? A côté de la vraie théologie, la théologie scolastique fabriquée par la Sorbonne de Paris, mélange de lettres sacrées et d'argumentation philosophique, bonne pour combattre les hérétiques, entre les mains d'un Albert le Grand, d'un saint Thomas d'Aquin, à qui elle doit son origine, mais tombée dans le sophisme, avec les modernes docteurs : théologiens à prix d'argent voués à une vaine logomachie, par oîi notre foi devient pour les sages un objet de méfiance et de risée ; vrais suppôts d'idolâtrie, pour qui l'autorité des lettres sacrées est nulle, parce que suivant eux la lettre tue, le sens caché méritant seul qu'on le recherche ; à quoi ils s'appliquent à grand renfort de gloses, de syllogismes, et, au besoin, d'injures et d'outrages (ch. xcxvii). La vraie théologie ne saurait être autre chose que la tradition de ceux qui ont connu la parole de Dieu ; encore bien que, suivant certains docteurs, elle doive tendre plutôt à l'interprétation de celle-ci, et constituer l'art d'extraire des oracles divins la nourriture spirituelle ; comme il appartient à l'industrie humaine de faire le pain, le vin, l'huile et la toile, en soumettant h une dernière élaboration le froment, le raisin, l'olive et le lin, présents inachevés de la nature. Mais l'interprétation ainsi

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remise à l'homme est sujette à erreur. L'homme ne voit pas tout. L'Esprit saint possède seul la science divine. Quant aux théologiens, chacun prend de l'Écriture ce qui convient à son sentiment. De là vient que d'illustres et saints docteurs ont erré dans la foi, et ont admis des opinions condamnées par l'Église. La théologie ne nous offre donc pas plus de certitude que le reste (ch. xcxviii, xcxix).

Par cette analyse et ces extraits on voit quelle est la marche, quel est l'esprit du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences. Ce paradoxe prolongé ne soutiendrait pas longtemps l'attention, s'il n'était l'occasion de développements particuliers sur divers sujets que l'écrivain saisit au passage, et sur lesquels il révèle des connaissances qui rendaient son œuvre intéressante pour ses contemporains, et qui peuvent encore aujourd'hui exciter notre curiosité. Mentionnons comme des spécimens de ce genre d'exposition, les tableaux qu'il trace de certaines sciences ; ce qu'il dit de l'astronomie, de la musique, de l'origine de l'écriture, des vieux historiens français ; signalons encore dans son œuvre des considérations vraiment remarquables sur le tempérament et les mœurs des différents peuples. Ces connaissances, on le comprend, ne peuvent être chez Agrippa que le résultat de ses lectures. Il faut y voir un acte d'érudition, et non une œuvre d'observation directe. Mais, dans ces termes encore, elles témoignent au moins, par leur variété, de la rare culture de son esprit.

CHA]?ITRE PREMlEll

En astronomie, Agrippa est, comme tout le moyen âge, attaché au système de Ptolémée qui voit la terre immobile au centre de l'univers. 11 avait cependant quelque connaissance d'opinions très anciennes sur le rôle véritable du soleil, conservateur et régulateur de notre monde. Mais l'heure n'était pas encore venue oîi devait être constituée sur ces justes principes l'astronomie moderne. Agrippa, qui sait surtout ce qu'ont dit les Grecs, les Arabes, les docteurs juifs et les Italiens du moyen âge, depuis Ptolémée et Hipparque jusqu'à Augustinus Ritius dont il avait cultivé l'amitié. Agrippa fait tourner le monde autour de notre globe. 11 connaît d'ailleurs le mouvement propre des étoiles, et il sait que le ciel contient, au-delà des corps que nous voyons, d'autres corps inaccessibles à notre faible vue. Cependant cette notion ne lui fournit aucune idée touchant l'explication de la voie lactée, qui, pour lui comme pour tous les hommes de son temps, est un impénétrable mystère (ch. xxx).

La musique dont parle Agrippa es t celle des Grecs, avec ses modes qu'il détaille, en expliquant leurs caractères propres (ch. xvii). Pour ce qui est de l'écriture, il signale son origine orientale qu'il rapporte aux Ghaldéens, aux Assyriens et aux Phéniciens ; de qui elle passe, suivant lui, aux Hébreux, aux Grecs et enfin aux Romains; lesquels plus lard l'imposent avec leur langue à tous les peuples. Ces grands conquérants font, dit-il, oublier les écritures primitives en même temps que les antiques lan-

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gages clos nations qu'ils soumettent; ceux par exemple des anciens habitants de la Germanie et de l'Espagne ; ceux également des races étrusques qui employaient des caractères devenus indéchiffr-ables, mais encore visibles, dit Agrippa, sur leurs monuments ; ceux enfin des vieux Egyptiens dont il connaît aussi les hiéroglyphes (ch. ii).

En histoire. Agrippa critique les inventions de Robert Gaguin et des vieux chroniqueurs qui l'ont remonter à Priam la souche de nos rois, et qui prétendent rattacher aux Macédoniens les peuples de la Saxe. Il critique, en outre, et renvoie hardiment aux Actions des poètes les Amadis, les Mélusine, les Lancelot, les Tristan (ch. v). Dans une lettre écrite en 1527, il traite plus complètement la question de l'origine des Francs et des Saxons, venus les uns et les autres de la Germanie, dit-il, et non pas descendus des Troyens et des Grecs, comme le veulent certains conteurs de fables. Pour ce qui est des Francs, ajoute-t-il alors, on sait par Trebellius Pollio qu'ils ont reçu ce nom au temps d'Antonius et de Probus, et qu'auparavant on les nommait Sicambres. Les Francs ont souvent changé de demeure; la vanité seule, telle est sa conclusion, a pu les porter à faire remonter leur origine jusqu'aux peuples fameux qu'on leur donne pour souche, sans s'apercevoir qu'il est plus glorieux d'appartenir îi une nation qui a toujours su maintenir son indépendance, qu'à des fuyards et à dos exilés (Ep. V, 1).

Les indications de ce genre, accompagnées de eu-

rieux développements, abondent dans le traité d'Agrippa; mais ce qui s'y trouve partout répandu, c'est le témoignage de la hardiesse de son esprit en ce qui regarde principalement les choses religieuses, de son indépendance agressive vis-à-vis de l'Église, et de son hostilité envers le clergé, envers les moines surtout qu'il attaque en maint endroit avec violence.

La religion, selon lui, est en son essence purement spirituelle, et doit être tout intérieure, les cérémonies extérieures n'en étant que le signe. Quant à ces dei^nières, l'antiquité en a jadis admis de toutes sortes et des plus monstrueuses, et chez nous, chrétiens, elles ont varié, dit-il, grâce à la crédulité des peuples. Les images ont été l'objet du culte des Gentils ; les Juifs les ont eues en abomination ; et les premiers chrétiens ne le cédaient pas à ceux-ci sur ce point. Mais de notre temps, ajoute Agrippa, les images ont repris crédit dans l'Église, avec la vaine pompe de stériles cérémonies, avec de grossières superstitions, avec une sorte d'idolâtrie enfin, à laquelle les prêtres eux-mêmes convient le peuple ignorant. Tout au contraire, la parole ou la sainte Écriture, et non de vaines images, peuvent seules nous conduire à Dieu (ch. lvi).

Ecartez donc ce qui est visible, dit alors Agrippa, et attachez-vous à la seule pensée, sinon vous tomberez dans la superstition et dans l'idolâtrie. Laissez là les reliques et les images des saints, pour vous en tenir au seul sacrement du corps de Jésus-Christ. Mais des hommes avides trouvent bon de trafiquer

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despierres et des ossements des morts, et de vendre le droit de les toucher et de les baiser. Ils instituent en grande pompe le culte des saints et des martyrs, et leur assignent, comme aux dieux des Gentils, des offices divers, à ceux-ci de présider aux eaux comme Neptune, aux moissons comme Gérés, ou aux vignes comme Bacchus; à ceux-là de disposer du feu comme Vulcain, de la foudre comme Jupiter. Pour les bonnes femmes, il y a des saints auxquels on demande des enfants, comme à Vénus et à Lucine, ou l'apaisement des colères d'un mari violent, comme à Junon. Il y en a pour faire retrouver les objets perdus ou volés, d'autres pour obtenir des guérisons. Ghaque maladie a son saint. Les plaideurs ont eux-mêmes des patrons. Ne sont-ce pas là autant d'hérésies (ch. lvii) ? Ge n'est pas assez que chaque saint ait ses adorateurs ; il a aussi ses temples, comme les dieux du paganisme (ch. lviii).

En même temps se multiplient les jours de fête, comme si l'on devait jamais cesser d'adorer Dieu! Saint Paul blâme formellement ces pratiques. Les jours de fête ont cependant pu être institués; mais le diable y fait son profit, en attirant le peuple oisif qu'il détourne de la prière, aux pompes mondaines, aux jeux, aux chants, aux danses, aux spectacles, aux débauches de tout genre. Que d'observances ensuite et d'usages divers inventés en tous lieux pour satisfaire le peuple, à qui ne plaît que ce qui frappe les yeux ! G'est ainsi que l'antique palladium, le feu de Vesta, la superstition des jours néfastes,

les processions, les offrandes et la plupart des pratiques usitées chez les païens ont, comme le reconnaît Eusèbe, passé dans notre religion. Tandis que Dieu, dédaignant le culte grossier des actes matériels, ne veut être adoré qu'en esprit, Platon lui-même nous l'apprend. Les apôtres et les anciens docteurs ont introduit cependant quelques pieuses cérémonies, on doit le reconnaître; mais la sottise humaine les a ensuite multipliées h l'infini. Aujourd'hui notre religion n'en est pas moins surchai'-gée que n'avait autrefois fini par l'être la religion des Juifs. Et le peuple s'y attache plus qu'à la loi de Dieu elle-même

(ch. LIX-LX).

Que dire maintenant du clergé? Celui qui n'y est pas appelé par l'esprit de Dieu, mais par la faveur des hommes, celui-là y rentre comme un voleur; et il ne saurait être le vicaire du Christ ni des apôtres. Les prêtres convoitent les richesses, s'attachent aux dîmes et aux oblations et ils négligent la loi, et les les préceptes de l'Evangile (ch. lxi). Et les moines de toute espèce, gens inconnus dans l'ancienne loi! Ceux-là s'arrogent le privilège du titre de religieux. Affublés du capuce, invention du diable qui le premier s'en est coiffé, ils accueillent tous ceux que les excès de toute sorte, la paresse et la mendicité poussent vers eux. Troupe insolente de monstres encapuchonnés; singes do stoïcisme; barbus, porteurs de sac et de corde, on sandales ou les pieds nus, en robes ou en manteaux ; noirs, gris, blancs, de toute couleur et de tout pelage; pourvus

LA VIE ET f,ES OEUVRES DAGUIPPA IH

de privilèges par l'Église de Rome; exempts de la juridiction de toute autre Église; protégés par une impunité assurée; la plupart mauvais et réprouvés, bien qu'au milieu d'eux se trouvent quelques honnêtes et saints personnages auxquels ce discours ne s'adresse pas (ch. lxii). Mais, au nombre des plus méchants, il faut compter la tourbe des prêcheurs, inquisiteurs de la foi, lesquels prétendent qu'avec les hérétiques point n'est besoin d'arguments, et que le feu et les fagots sont tout ce qu'il faut pour disputer contre eux. Arrogamment confiants dans leurs privilèges, ils sont fiers d'une juridiction qu'ils étendent audacieusement des causes d'hérésie à tout ce qui, suivant eux, est erreur ou scandale (ch. xcvi).

Nous abrégeons, en l'atténuant, cette longue diatribe contre l'Église et le clergé. C'est le langage même des plus violents sectaires de la réformation au xvi" siècle, et le ton général des adversaires de l'Église de Rome à cette époque. Il était essentiel de la signaler. Elle dénote dans un de ses traits caractéristiques la disposition d'esprit d'Agrippa, et nous fournira l'explication de quelques-unes des circonstances de son histoire. D'accord avec un grand nombre de passages du môme genre, répandus çà et là dans le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences, elle montre quelle tin l'auteur avait surtout en vue, quand il a composé cet ouvrage éminemment satirique. La conclusion par laquelle il le termine ne permet pas le moindre doute à cet égard.

Agrippa a voulu, dit-il, démontrer que tout est

condamnable dans les sciences et dans les arts, sources de périls pour les hommes et de désordre dans le monde. Le dernier argument qu'il produit, à l'appui de son paradoxe, est un trait d'ironie passionnée dont on ne saurait méconnaître la véritable intention. Nombre d'excellentes raisons condamnent, suivant lui, les sciences et les arts ; mais la plus grave de toutes, dit-il, c'est que rien ne répugne autant que la science, à la religion chrétienne et à la foi (ch. ci). Nous savons, ajoute-t-il, que jamais l'Église n'a joui de plus de sécurité que quand la science a été abaissée. Que celle-ci se relève, aussitôt l'Église se trouble et l'hérésie paraît.

Il n'est pas d'hommes, dit-il alors, moins propres à recevoir la doctrine du Christ que ceux dont l'esprit est cultivé et enrichi de connaissances. Ceux-là, en effet, sont opiniâtrément attachés à leurs opinions, et ne laissent aucune prise à l'Esprit- Saint. Rebelles à toute vérité, ils n'admettent que les raisonnements, et se moquent de ce qu'ils ne comprennent pas. Le Christ cache la vérité aux savants et la révèle aux petits esprits seulement. Aussi n'a-t-il pas choisi ses apôtres parmi les rabbins et les scribes, les prêtres ou les docteurs. Il les a pris parmi de vulgaires ignorants ; ce sont des hommes sans lettres ; ce sont des ânes (ch. ci).

Et qu'on ne me querelle pas, s'écrie Agrippa, pour avoir dit des apôtres que ce sont des ânes. Je veux expliquer les mystérieux mérites de l'âne. Aux yeux des docteurs hébreux, l'âne est l'emblème de la

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force et du courage. Il a toutes les qualités nécessaires à un disciple de la vérité ; il se contente de peu, il supporte la faim et les coups. Simple d'esprit, il ne distinguerait pas une laitue d'un chardon; il aime la paix, il supporte les fardeaux. Un âne a sauvé Marins poursuivi par Sylla. Apulée le philosophe, s'il n'eût été changé en âne, Apulée n'eût jamais été admis aux mystères d'Isis. L'âne a servi au triomphe du Christ; l'âne a su voir l'ange que n'apercevait pas Balaam. La mâchoire de l'âne a fourni à Samson une arme victorieuse. Jamais animal n'a eu l'honneur de ressusciter d'entre les morts, sinon l'âne seul, à qui saint Germain a rendu la vie; et cela suffit pour prouver qu'après cette vie, l'âne aura sa part d'immortalité (ch. cii).

Vous tous donc, dit l'auteur dans sa péroraison, . vous tous ânes dévoués à la prédication et investis du sacré ministère, vous tous, rejetez la science humaine. Fuyez les écoles des philosophes et les académies. Contentez-vous de regarder en vous-mêmes, vous y trouverez la notion de toute chose. Déchirez le voile qui couvre votre intelligence ; brillez par la pure lumière. L'onction sacrée que vous avez reçue vous suffit pour connaître tout ce qu'on peut savoir; maints personnages célèbres en fournissent la preuve. Ou bien, si vous n'êtes ni de ces fils des dieux favorisés par le grand Jupiter, ni inspirés comme les prophètes et les apôtres, interrogez les divins oracles; appliquez-vous à la lecture des lettres sacrées. La sainte Bible vous instruira de tout. Que

peuvent vous apprendre les philosophes païens ? La loi, la vraie science viennent de Dieu. Qu'il vous suffise de lui demander à lui seul de vous en révéler les mystères (ch. ciii).

Cette insistance affectée à rabaisser le caractère et l'autorité du prêtre, avec le parti pris de mettre l'Écriture au-dessus de ses décisions, procède de l'esprit même des réformateurs du xvi^ siècle, qui, avec Luther, en appelaient à l'Église réunie en concile, des condamnations fulminées par le pontife de Rome, et réclamaient avant tout la confrontation de leur doctrine avec la lettre de l'Évangile \

Le caractère évidemment paradoxal du traité de l'incertitude et de la vanité des sciences invite à ne pas accepter sans réserve, comme étant le fond de la pensée de son auteur, tout ce qu'il y dit. Dans la plupart des cas, l'exagération de son langage n'est qu'un jeu d'esprit, destiné à amuser ses lecteurs. Ce pourrait bien être aussi un artifice de composition, imaginé par lui pour donner le change sur ses intentions réelles, dans d'autres cas oii cette prudente précaution n'est pas de trop pour dissimuler, sous le masque de cette exagération généralisée et en apparence uniforme, la véritable portée de

1. Cette communauté d'idées sur plus d'un point, entre Agrippa et les hérésiarques du xvi" siècle, s'accuse tout particulièrement dans divers passages de son traité de l'incortilude ol de la vanité des sciences. On trouvera, sur cet objet, quelques détails dans une nota de l'appendice (n" X).

LA VIE ET LES OEUVniSS d'aGUIPPA 115

son argumenlalion sur cerlains sujets. On ne peut mcconnaîtro en effet le ton do la conviction dans co qu'il dit notamment des choses religieuses, et dans les attaques passionnées qu'il dirige contre le clergé, contre les moines surtout, dont il avait eu à se plaindre et dont il se montre l'ennemi déclaré. Là, c'est bien sa pensée vraie qu'il nous révèle.

Nous avons fait connaître dans ses traits essentiels le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences. Sa publication devait naturellement soulever des orages. On s'explique difficilement que, aux prises avec les difficultés qui s'en suivirent, Agrippa ait trouvé un appui dans la protection de deux princes de l'Église, du cardinal de La Marck, évêque dô Liège, et du légat lui-môme du saint-siège, le cardinal Gampegi. On compi^end mieux que l'ouvrage ait été l'objet des attaques des docteurs catholiques, des théologiens de Louvain en particulier, et qu'il ait provoqué, de leur part, les poursuites qui ont con tribué, pour une bonne part, à troubler dans ses dernières années la vie de son auteur. Celui-ci pourtant, lorsqu'il l'écrivit à Lyon en 1526, l'avait jugé digne d'être dédié, il le dit lui-même, au roi François tout en déclarant alors que ce prince, dont il croyait avoir h se plaindre, ne méritait pas un pareil hommage (Ep. IV, M).

Les deux grands ouvrages dont nous venons de parler nous fournissent, malgré les réserves qu'il convient de faire en les lisant, d'intéressants témoignages des idées et des opinions d'Agrippa sur une

foule de sujets, sur ceux, entre autres, qui concernent la religion. La philosophie occulte touche par plus d'un point à la théologie, le traité de l'incertitude et de la vanité des sciences est une critique des croyances et surtout des pratiques religieuses, et dégénère finalement en une satire violente contre le clergé. Les autres ouvrages d'Agrippa et sa correspondance sont semés de traits qui se rapportent au même objet. Les questions qui regardaient la religion et l'Église préoccupaient alors tous les esprits. Une crise redoutable commençait pour les intérêts divers qui touchaient l'une et l'autre. Déjà les premiers actes de la réforme étaient accomplis. Sans être formellement engagé dans cette grande querelle, Agrippa s'y associe de loin. Sa vie reçoit de là une direction générale dont on ne saurait méconnaître le caractère. Elle est, en outre, mêlée à quelques uns des faits de la vie publique de ce temps, par des relations que sa correspondance révèle, entre lui et certains hommes qui y prennent part avec des rôles plus ou moins importants.

Par ces diverses attaches l'existence d'Agrippa, bien qu'on ne puisse voir en lui qu'un personnage d'ordre secondaire, présente un sujet d'étude qui n'est peut-être pas à dédaigner. Elle offre d'ailleurs, avec un tableau très animé du mouvement de certaines idées et du développement de certains intérêts d'un caractère général, un spécimen curieux et suffisamment éclairé par les documents, delà vie privée au xvi^ siècle. C'est là un spectacle plus rare dans

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l'hisLoire, et non moins instructif à plus d'un point de vue, que celui des faits politiques et des actes publics eux-mêmes.

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