‹ CorneilleChapitre 18 sur 19 · I) ( ) U Z I È .M E C O U II S · texte numérisé non relu

I) ( ) U Z I È .M E C O U II S

ceptions près, commo un monarque ; il est même , dans son langage , plus absolu que don Fernand , le type du roi bon et faible ; il est, lui, le modèle du roi servile , et deux fois lâch^, devantRome et devant Arsinoé. Mais laissons-ie parler ; il ressemble à beaueoup d'hommes, hypocrites ou non, dont le cœur, hélas! contredit la bouche. Nicomède est en présence de son père ; il est revenu sans son ordre; il s'excuse; voici, malgré des victoires récentes, la sévère leçon qu'il reçoit. Evidemment, Corneille a eu, dans sa pensée, l'idéal de la royauté, au moment où il écrivait ces vers :

Vous êtes aussi bien le véritable roi ; Je n'en suis plus que l'ombre , et l'âge ne m'en laisse Qu'un vain titre d'honneur qu'on rend à ma vieillesse ; Je n'ai plus que deux jours peut-être à le garder : L'intérêt de l'Etat vous doit seul regarder. Prenez-en aujourd'hui la marque la plus haute; Mais gardez-vous aussi d'oublier votre faute; Et comme elle fait brèche au pouvoir souverain , Pour la bien réparer, retournez dès demain. Remettez en éclat la puissance absolue ; Attendez-la de moi comme je l'ai reçue , Inviolable , entière ; et n'autorisez pas De plus méchants que vous à la mettre plus bas. Le peuple qui vous voit, la cour qui vous contemple, Vous désobéiraient sur votre propre exemple : Donnez-leur-en un autre , et montrez à leurs yeux Que nos premiers sujets obéissent le mieux.

Corneille semble avoir entièrement oublié Prusias , jaloux de son fils , assassin d'Annibal , esclave d'une femme et de Rome , pour peindre l'âme tendre d'un père , le cœur d'un roi. Ou bien le poète ne s'est-il pas mépris ? Prusias a-t-il , un instant , senti s'agiter en lui les pensées d'un souverain et les tendresses paternelles? Le caractère divin du monarque, du père, ne s'efface jamais complètement chez les plus pervers; le lâche, en particulier, veut toujours être ferme! Tout à l'heure Prusias sacrifiera à l'égoïsme son enfant, son honneur; sa patrie, il l'humiliera, devant l'étranger, devant l'ennemi héréditaire , sous prétexte de modération. Que de Prusias au monde, à cette heure comme dans le passé! que d'humiliations dues à une crainte servile ! En somme , avouons que le roi de Bithynie se débarrasse royalement de son fils.

Celui-ci va s'éloigner ; mais les intrigues d'Arsinoé et Rome le retiennent pour le perdre , en le provoquant à la désobéissance. Arsinoé ne serait, au fond, que la Béralde de Molière, maniant à son gré un vieillard craintif, si le poète ne l'avait élevée jusqu'à la puissance tragique ; il en a fait Tinstrument de Rome et l'ennemie , jusqu'à l'exil ou la mort d'un héros, de Nico-

iiiède. Comment un semblable caractère peut-il intéresser sur la scène ? Quel est son genre de beauté ? Infernal , il me paraît. Arsinoé n'a pas la grandeur de l'ange tombé ; elle en a l'intelligence, les ressources variées , le charme étrange , et jusqu'à cette profondeur dans le mal qui nous attire comme le gouffre et nous effraie ; elle inspire la terreur qui est un des éléments de la tragédie , elle a cette énergie qui gouverne les âmes, cette suite dans les desseins qu'on admire ; elle va à son but, même quand elle paraît s'en détourner ; elle est souple , elle est femme jusqu'à la perfection, dans le sens le plus détestable du mot ; c'est la femme déchue ; elle a toutes les nuances et les ondulations du serpent , elle fascine comme lui ; Arsinoé nous offre une étude vraie , animée , vivante , de la méchanceté ironique, de l'hypocrisie la plus fme etlaplus subtile ; c'est la femme sans cœur ; elle fait trembler ; elle n'a pas un mouvement généreux , mais elle feint la générosité avec un art infini; elle est bien plus dans son rôle que le Tartuffe de Molière ; elle est plus exacte , plus habile ; il n'y a pas jusqu'à ce langage quelquefois familier, relevé par la raillerie, qui ne donne à la perversité d' Arsinoé une apparence plus naturelle et quelque chose de moins

compassé, de plus original. Pour peindre mieux ce caractère, lisons les vers où , devant Prusias, sous prétexte de sauver Nicomède qu'elle veut perdre , elle l'accuse en ayant l'air de s'accuser elle-même et de le justifier ou du moins d'implorer sa grâce :

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