‹ CorneilleChapitre 5 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

dans le catholicisme , puisque c'est la religion de la vérité absolue.

Recueillons textuellement la définition que donne de la littérature ie vaillant et religieux professeur de Lille : ce La littérature est, dans la prose comme dans les vers, depuis la philosophie jusqu'au roman, l'expression naturelle, animée, souvent éloquente, delà vérité morale, mise en relief dans un ordre lumineux et rajeunie par le style original de l'écrivain. » La vérité et le beau sont inséparables : l'un est de l'essence de l'autre, il en est le reflet et la splendeur. Dans le ciel, ia vérité a son rayonnement divin et se suffit à ellemême ; à nous, pour la faire briller, il faut les couleurs de l'imagination , le plus souvent du moins , il faut l'émotion du cœur, le goût qui n'est autre chose que le jugement appliqué à l'expression littéraire. Mais la vérité elle-même , — je me plais ici à reproduire les pensées et le langage de M. Charaux , — n'arrive jusqu'à l'homme et jusqu'à l'écrivain avec toute sa puissance que par l'intermédiaire de Jésus-Christ, descendu chez les hommes pour la rétablir dans sa plénitude , la faire saisir surtout au cœur, la produire aux regards de rinlelligence plus éclatante , plus chaste , plus belle. Les anciens cependant ont connu le beau ; moins glacés que les sceptiques modernes , ils ont eu leur surnaturel. Mais ce surnaturel les a égarés ; ils ont surtout fidèlement imité la nature.

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Le Verbe incarné, en s'approchant de l'homme, lui a rendu plus sensible la beauté de la vérité. Non content de prendre notre corps et notre souffrance, il est mort comme nous mourons ; puis il a triomphé de la mort dans la transfiguration de la résurrection et de la gloire. De là trois genres de beauté, dont les deux premiers sont inférieurs, malgré le sceau divin que leur a donné le Sauveur Jésus. M. Charaux les nomme : beauté plastique, beauté morale de la souffrance, beauté de la transfiguration. La liuemture en général , toute œuvre littéraire doit envisager ces trois aspects de la beauté. Il n'est pas d'écrivain qui n'ait à peindre l'homme à l'homme, qui ne soit obligé , s'il est chrétien, pour exciter notre courage dans la lutte , d'élever celle-ci le plus près possible du modèle divin de la souffrance ; enfin de lui présenter l'image du succès et de la victoire. Mais il n'est d'autre véritable triomphe que celui du devoir sur la passion après la lutte ; et l'idéal de ce triomphe, c'est .lésus-Christ qui sort transfiguré du tombeau. La forme elle-même, le style doivent être modelés sur la beauté du Verbe fait homme , parlant à sa Mère , aux docteurs, à ses disciples et à la multitude.

Notre littérature du xix^ siècle s'est perdue , pour avoir méprisé ce type à la fois divin et humain de la beauté ; nous sommes descendus très-bas. Jamais nous ne nous sommes élevés aussi haut qu'avec Corneille, poêle catholique par excellence, et qui peint, d'après

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révangile, la souffrance de rhomme, ses combats, la victoire de l'héroïsme chrétien , et cette sorte de résurrection , cette ascension d'une âme qui se décide malgré tout pour le devoir. Presque tous les héros de Corneille , — il ne s'agit que du Corneille des grandes tragédies, — ont la beauté de la souffrance dans la lutte et revêlent , après le sacrillee, une vraie beauté de triomphe divin. Du tombeau où ils ont immolé leur passion au devoir, ils s'élèvent à Dieu dans la glorieuse sérénité qui suit la soumission. Chimène, Polycucte , Pauline, Auguste sont les types tragiques les plus parfaits, des figures toutes radieuses de beauté chrétienne.

Dans une synthèse rapide et sévère , M. Charaux jiasse en revue les écrivains du xix^ siècle , afin de montrer que plus ils se sont écartés de la vérité absolue du catholicisme , plus ils se sont dégradés en dégradant leur siècle. Leur décadence se mesure à la distance qui les sépare de Jésus-Christ. La philosophie, réloquence , l'histoire, le roman , la poésie de notre temps sont examinés par le professeur avec une justice que plusieurs auditeurs ont sans doute trouvée bien cruelle.

De l'orgueilleux éclectisme , de la superbe et fausse impartialité des Cousin, des Jouffroy et des autres ,

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plus scepliquos que leur maître, la philosophie est descendue nalurclieinent, par une dégradation nécessaire, à la religion naturelle de M. Jules Simon, à l'athéisme de M. Tainc et au plus abject matérialisme. Et l'éloquence, cette noble chose toute faite de vérité, de bonté et de désintéressement, n'allez pas la confondre avec cette rhétorique des tribuns qui parient aux sens. M. Charaux peint trois types de fausse éloquence; je me suis imaginé voir M. Jules Favre, M. Jules Simon et M. Léon Gambetta. Peut-être le lecteur sera-t-il du même avis. Je cite : « Est -on orateur, pour avoir la méchanceté oratoire, le silTlement de l'ironie , un teint bilieux , la lèvre pincée, une barbe moins majestueuse que repoussante, des mots glacials, des phrases qui tuent, l'autorité d'un geste qui dissimule le faux, le patriotisme sur les lèvres?... — Est-on orateur, pour avoir l'œil humide, l'onction sacerdotale d'un prêtre et toutes les finesses du beau dire, pour se jouer dans les détours des plus savantes constructions, pour avoir, sans s'écarter de l'erreur, le respect sincère de la vérité et même des douceurs pour la religion? Est-on orateur, pour distiller agréablement un venin subtilisé aux extrémités d'une langue toute parfumée d'hypocrisie poétique, ou pour verser des fleurs et des larmes sur la tombe ouverte du catholicisme?... — Esi-on orateur, pour avoir les épaules carrées, la voix sonore, le geste violent, l'œil tragique ,

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