‹ CorneilleChapitre 8 sur 19 · X V 1 1 1 INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X V 1 1 1 INTRODUCTION

Textérieur, elle était presque toujours livrée à la fatalité : la tragédie moderne, au moins celle du xyii^ siècle, est belle de la peinture de l'humaine liberté, et d'autant plus émouvante, que les personnages y sont, pour ainsi dire, suspendus entre la passion et le devoir.

Le Cid , c'est moralement la tragédie de l'amour filial. Don Rodrigue immole ses espérances par devoir; mais qu'il est faible ! c'est la faiblesse de la force. Chimène domine tout ; c'est la force de la faiblesse , c'est la grâce dans ce qu'elle a d'humain et aussi dans ce qu'elle a de divin ; c'est, avec le charme de la nature, l'énergie de la vertu surnaturelle. Soyez-en siirs, elle n'épousera pas Rodrigue.

L'honorable professeur de Lille expose, en vrai maître de la critique, le plan et l'esprit du Cid, les péripéties , le nœud et le dénoûment ; il fait avec un tact exquis l'analyse des caractères. S'il relève certaines fautes de détail, c'est sans aucune malignité. Combien le Cid français est supérieur à celui de Guilhem de Castro ! Le poëte espagnol n'a fait ni une épopée , ni une tragédie , mais un roman varié, élevé quelquefois et souvent trivial, sans unité, tout d'extérieur. Il a peint l'Espagne et ses usages , les apparences surtout. Corneille met à nu le fond du cœur humain. Le drame, chez lui, est l'expression de cette lutte intérieure qui se passe en nous tous les jours ; c'est la vertu en action , dans ses combats et dans ses triomphes. « La tragédie

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