‹ CorneilleChapitre 12 sur 35 · CHIMÈNE · texte numérisé non relu

CHIMÈNE

Sire, de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous l'ai déjà dit, je l'ai trouvé sans vie ;

34 CORNEILUS.

Son flanc était ouvert ; et, pour mieux m'émouvoir, Son sang sur la poussière écrivait mon devoir ; Ou plutôt sa valeur, en cet état réduite, Me parlait par sa plaie, et hâtait ma poursuite ; Et pour se faire entendre au plus juste des rois, Par cette triste bouche elle empruntait ma voix. Sire, ne souffrez pas que, sous votre puissance, Règne devant vos yeux une telle licence ; Que les plus valeureux, avec impunité.

Soient exposés aux coups de la témérité ; Qu'un jeune audacieux triomphe de leur gloire, Se baigne dans leur sang, et brave leur mémoire. Un si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir Eteint, s'il n'est vengé, l'ardeur de vous servir. Enfin mon père est mort, j'en demande vengeance, Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance. (1 ) Vous perdez en la mort d'un homme de son rang ; Vengez-la par une autre, et le sang par le sang.

Quelle affreuse aventure, et comme, de tout côté, on ne voit pour ces braves jeunes gens que des sujets de désespoir !

Mais en ce même temps les Espagnols sont en guerre avec les Maures. Pendant que le roi examine l'affaire de Rodrigue, les Maures attaquent la frontière, au milieu de la nuit. Rodrigue

(i) Allégeance, soulagement.

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