‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 11 sur 107 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la prudence dans les actions*

N'écoute pas tout cq qu'on dit,

Et souviens-toi qu'une dme forte

Donne mal aisément crédit A ces bruits indiscrets où la foule s'emporte. Il faut examiner avec sincérité 9 Selon l'esprit de Dieu, qui n'est que charité,

Tout ce que d'un autre on publie :

Cependant (Ô foiblesse indigne d'un chrétien !J

Jusque là souvent on s'oublie , Qu'on croit beaucoup de mal plutôt qu'un peu de bien.

Qui cherche la perfection ,

Loin de tout croire en téméraire y

Pèse avec mûre attention Tout ce qu'il entend dire et tout ce qu'il voit faire. Il se défend long-temps du mal qu'on dit d' autrui; Ou s'il en est enfin convaincu malgré lui,

Il ne s'en fait point le trompette; Et cette impression qu'il en prendra regret f

Qu'U désavoue et qu'il rejette , Demeure dans son dme un éternel secret.

Ce chapitre qui roule en grande partie sur la légèreté de nos jugements , matière féconde d'où nos orateurs

a Non est credendum omni verbo. . .. Pro dolor ! sœpe malum, facillus quam bonum, de alio credituret dicitur : ita infirmi sumusl

chrétiens ont tiré tant ^observations , n'a fourni à Corneille que ces deux strophes qui méritent d'être citées , et à M. de Boisville les vers suivants :

Ne crois point ces bruits qu'invente ou répète Bouche médisante ou langue indiscrète ; Mais quelque apparent qu'en soit le sujet , Longtemps devant Dieu pèse chaque objet.

honte ! ô douleur ! ô foiblesse humaine !

On dit , on répète , on croit tout sans peine , Et toujours le mal plutôf que le bien :

Mais un homme sage et vraiment chrétien , Qui connoit du cœur la pente facile , Hélas ! et combien la langue est fragile , En prêtant l'oreille aux discours des gens, Leur fermé son âme et reste en suspens.

Le sage jamais dans son sens n'abonde ; Il ne sait en rien se précipiter ; Et cpmme il croit peu ce que dit le monde , Il n'est jamais prompt à le répéter.

des vers coupés au cinquième pied , ont un rhythme remarquable. Nous n'en trouvons pas même d^exemple cians Corneille , dont néanmoins la poésie offre en ce genre de nombreuses variétés , qu'il nous a suffi dMndicjuer, pour faire apprécier encore , sur un point bien peu Remarqué, ce génie étonnant.

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