CHAPITRE VIII
Sur la trop grande familiarité.
X'auteur , après avoirrappelé le conseil salutaire donné
Par FEcclésiaste de ne point révéler son cœur à tout
b>*nmei ma * s seulement à Thomme sage et craignant
^e*i, veut qu'on fuie les gens disses, qu'on se garde
* e flatter les riches et de se plaire avec les grands, Cor-
fie *Ue , après avoir trop faiblement traduit ces sages le-
Çor^s ^ poursuit :
a Evite avec grand soin la pratique des femmes > Ton ennemi par là peut savoir ton défaut :
Recommande en commun aux bontés du Très-Haut Celles dont les vertus embellissent les âmes, Et sans en voir jamais qu'avec un prompt adieu, Aime-les toutes , mais en Dieu (1) .
* -ZVorc sis familiaris alïcui mulieri; sed in commun i emnts bonas ma **«re« Deo commanda.
La charité vers tous est toujours nécessaire, Mais non pas avec tous un accès trop ouvert : La réputation assez souvent s'y perd , * b Et tel qui plaît de loin , de près cesse de plaire ; Tant ce brillant éclat qui ne fait qu'éblouir Est sujet à s'évanouir. 1 (2)
(1 ) Il est intéressant de voir comment le même écri-< vain fait exprimer les mêmes idées à des personnages tout différents. Corneille recommande ici à l'homme religieux d'éviter «vec soin la fréquentation des femmes , comme pouvant affaiblir son courage et donner prise à l'ennemi, Voici comment le vieil Horace fait à son fils et à son gendre la même recommandation ;
. . . Perdez-vous encor le temps avec des femmes ? Frets à verser du sang , regardez-vous des pleurs ? Fuyez , et laissez-les déplorer leurs malheurs. Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse. Elles vous feroient part enfin de leur faiblesse ;
Et ce n'est qu'en fuyant qu'on paçe de tels coups,
Le traducteur de Y Imitation dit :
Et sans en voir jamais qu'avec un prompt adieu, Aime-les toutes , mais en Dieu.
Et ce trait rapide , jeté comme en fuyant aussi , n'a rien de blessant pour celles dont les vertus embellissent les âmes y et que le christianisme a relevées de rabaissement où trop souvent les retenoit la brutalité payenne , si bien peinte dans les Horace.
b Accidit ut personna ignotaex bonafama lucescat, ci/jus tamen prçpsentia offuscat.
Quelle idée pouvoit avoir de la tendresse et dé la pureté d'une femme un Caton lui-même qui , après avoir eu des enfants de la sienne, la rënvoyoit, pourquoi? pour qu'elle en eût ailleurs , dans l'intérêt de la patrie ; ce qui , malgré ces beaux vers de la Pharsale de Brébeuf , n'en est pas 'moins révoltant :
Mais quand elle eut donné de sa couche féconde Des enfants à Caton et, des héros au monde , Il veut qu'en d'autres bras cette chaste beauté Porte Theureux espoir de sa fécondité.
(2) Cette image d'une personne qui brille de loiû, à l'éclat d'une réputation toute faite , et qui de près s'éclipse , cette image poétique ne sembloit pas pouvoir être mieux rendue ; mais voici quatre vers supérieurs que l'évêque de Dijon en a tirés :
Crois-moi, plus nuit que sert liaison trop intime, La distance souvent fait valoir les objets ;
L'absence même accroît l'estime ;.
Et tel brille de loin qui s'éclipse de prés..
Ce vers; « La distance souvent fait valoir les objets » est aussi vrai dans le monde que dans les arts du dessin ; il rappelle aussi le Major e longinquo revereniia de Tacite, et le mot d'une femme d'esprit, dont on a fait ce vers :
Qui nous voit trop souvent, voit bientôt qu'il nous lasse.
SP ■ ' " ' '* " ' ' •*< " •** "" I Wl I I "I *^« — )■■) - Mil » I I ' I L I . III il i ^ft