CHAPITRE XU
Des utilités de t adversité*
II est bon quelquefois de sentir des traverses , Et d'en éprouver la rigueur;
Elles rappellent l'homme au milieu de son ceeur }
Et peignent à ses yeux ses misères diverses.
Elles lui font clairement voir QuHl n'est qu'en exil en ce monde ,
Et par un prompt dégoût empêchent qu'il n'y fonds Ou son amour, ou son espoir,
a Bonum nobis est quaiido habemu* aliqua s gravitâtes, quia sœpe hominem ad cor revocanU
Il est avantageux qu'on blâme, qu'on censure
Nos plus sincères actions ; Qu'on prête des couleurs à nos intentions, Pour en faire une fausse et honteuse peinture :
Le coup de cette indignité
Rabat en nous la vaine gloire, Dissipe ses vapeurs , et rend à la mémoire
Le souci de l'humilité.
• Cet injuste mépris dont nous couvrent lés hommes , Réteille un zèle languissant ; Et pousse nos soupirs aux pieds du Tout-Puissant Qui voit notre pensée, et sait ce que nous sommes : La conscience en ce besoin Y cherche aussitôt son refuge , Et sa juste douleur V appelle pour seul juge, Comme il en est le seul témoin.
Lorsque Vdme du juste est vivement pressée Du coup de quelque affliction ,
Qu'elle sent les assauts de la tentation ,
Ou V effort insolent d'une indigne pensée ; Elle voit mieux qu'un tel appui A safoiblesse est nécessaire; •
Et que , quoiqu'elle fasse, elle ne peut rien faire Ni de grand , ni de bon sans lui.
Alors elle apperçoit combien d'inquiétudes Empoisonnent tous nos plaisirs ,
Combien de prompts revers troublent tous nos désirs,
Combien nos amitiés trouvent d'ingratitudes; Et voit avec plus de clarté Qu'on ne peut rencontrer au monde
Ni de solide paix , ni de douceur profonde , Ni de parfaite sûreté.
L'évêque de Dijon, dans ces trois strophes, est moins noble et moins harmonieux , mais beaucoup plus serré :
Malheur est bon à quelque chose , Puisqu'il ramène le pécheur , Qu'à la sagesse il le dispose , Et le fait rentrer dans son cœur.
Il lui découvre la chimère D'un monde qui passe et périt ; Détache l'homme de la terre , Et de son exil l'avertit.
Malheur est bon , même au plus sage ; Il est bon que , contrarié , Il souffre l'injure et l'outrage > Soit méconnu, calomnié.
Des hommes ne dût la malice Qu'accroître son humilité , Toujours seroit-ce un exercice Profitable à la piété.
C'est surtout alors qu'il réclame Le Dieu témoin de ses vertus ; Qu'il l'atteste au fond de son âme , Quand l'homme injuste n'y croit plus.
Ce dernier vers , dont Pidée tfest pas dans le texte , offre un rapprochement aussi vrai qu'imprévu : les hommes et les siècles corrompus , loin d^être éclairés par le malheur, et de àe réfugier dans la Providence , repoussent la lumière qu'ils ne peuvent comprendre , et se précipitent dans F athéisme :
Lutemqu* ptrotî , Projecere animas.
•mn*-^*m^^