‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 24 sur 107 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Comme il faut supporter les défauts (f autrui;

a Souffre sans murmurer tous les défauts des autres , Pour grands qu'ils se puissent offrir / Et songe qyfen effet nous avons tous, les nôtres , Dont ils ont à leur tour encorplus à souffrir.

h Si tous étoient parfaits , on n'auroit rien au monde . A pouvoir endurer pour Dieu; Et cette patience en vertus si féconde, Jamais à s'exercer ne trouveroit de lieu.

c La Sagesse divine autrement en ordonne. : . Rien n'est ni tout bon , ni tout beau ; Et Dieu nous forme ainsi, pour n'exempter personne Déporter l'un de l'autre à son tour le fardeau (1).

d Aucun n'est sans défaut , aucun n'est sans foiblesse , Aucun n'est sans besoin d'appui ; Aucun n'est sage assez de sa propre sagesse , Aucun n'est assez fort pour se passer d' autrui.

a Slude patiens esse in tôle r an do aliorum de fe et us, et qualescumque infirmitates ; quia et tu multa habes, quœ ab aliis oportet hlerari.

b Si essemus omnes perfecti, quid tune haberemus pro Deo ab aliis pati?

c Deus sic ordinavit, ut discamus al ter alterius oneraportare,

d Quia nemo sine defectu , nemo sine onere, nemo sibi sufficiens , nemo sibi salis sapiens.

e II faut donc s'entr'aimer, il faut donc s'entt'instruire , Il faut donc s'entre secourir, Il faut s'entre prêter, des yeux à se conduire , Il faut s'entre donner une aide à se guérir (2).

- Aimer j servir son prochain, quel quil soit, en ♦ vue de Dieu , tel est le précepte de la philosophie chrétienne, dont les anciens, quoi qu'on en ait dit , étoient bien loin encore , quand ils se bornoient à recommander de ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qui nous fût fait.

(1) « Revêtez-vous, dit St. Paul, de bonté, de patience ; et supportez-vous les uns les autres , ainsi que Dieu lui-même vous a supportés. » Mais, dira-t-on, tel homme est insupportable : comment voulez-vous que j'endure ses défauts ? — Ecoutez la réponse de Pauteur du Misanthrope , où nous retrouvons jusqu'aux expressions de St. Paul :

Tous ces défauts humains nous donnent, dans la vie,

Les moyens d'exercer notre philosophie ;

C'est le plus bel emploi que trouve la vertu :

Et si de probité tout étoit revêtu ,

Si tous les cœurs étoient francs, justes et dociles ,

La plupart des vertus nous seroient inutiles.

St. Paul dit encore quV/ faut des hérésies pour éprouver la foi , de même qu'il faut des vices afin d'exercer la

e Sedoporiet nos inpicem portare, inpicem consolari , pariter adfuvare, instruere et admonere.

vertu : considération lumineuse , opposée par Bossuet aux hommes assez aveugles pour se faire , des erreurs et des vices de leurs semblables , une arme contre la vérité.

S'il étoit bien de mettre en vers la grande et charita;ble pensée de St. Paul , il étoit mieux de la mettre en pratique. Voici ce que St. François de Sales , dans son Introduction , raconte avec sa naïveté :

« Une dévote Damoiselle , désireuse d'être exercée en la vertu de patience , recourut à St. Athanase , lequel , sur sa requête , mit avec elle une pauvre veuve hargneuse, fâcheuse, insupportable, qui la gourmandant perpétuellement , lui donna bon sujet de pratiquer dignement la douceur et condescendance. »

(2) Ces mots composés ientr* aimer, s*entrepnéterde& yeux, s entredonner une aide, que nous trouverons déjà en partie dans le texte de Valenciennes , ne pouvoient être plus heureusement places que dans cette strophe sur la charité mutuelle.

Quant à la manière dont les avis à donner au prochain doivent être assaisonnés , « il faut , dit encore St. François de Sales , y mettre plus d'huile que de vinaigre et de sel , ou les cuire si bien au feu de la charité et de la dilection , qu'il n'y reste aucune àpreté qui les rende indigestes. »

Et ce qu'il conseilloit avec tant d'esprit, il le faisoit avec une chaleur d'âme qui ne nuisoit en rien à sa fermeté : // ne nia jamais /tatté } disoit Henri IV.

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