‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 27 sur 107 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

De la componction- du cœur.

a Chose étrange! que l'homme accessible à la joie , Au milieu des malheurs dont il est enfermé , Quelque exilé qu'il soit , quelques périls qu'il voie , Par de fausses douceurs aime à se voir charmé ! Ah ! s'il peut consentir qu'une telle allégresse

Tienne ses sens épanouis , II n'en voit pas. la suite , et sa propre foiblesse

Qu'il reçoit pour maîtresse , Dérobe sa misère à ses yeux éblouis.

b Oui, sa légèreté que tout désir enflamme.

Et le peu de souci qu'il prend de ses défauts , L'ayant rendu stupide aux intérêts de l'dme , Ne lui permettent pas d'en ressentir les maux. Ainsi pckr grands qu'ils soient , jamais il n'en soupire ,

Faute de les considérer ; Plus il en est blessé , plus lui-même il s'admire , •

Et souvent ose rire , Lorsque de tous côtés il a de quoi pleurer.

a Mirum est quod homo potest umquam perfecte in hac. pi ta lœtari; qui sùum auxilium, et tam multapericula animœ suce considérât et pensât. '

b Propter levitatem cor dis, et negligeniiam defectuum nostrorum, ^non sentimus animœ nostrœ dolorej ,- sed sœpe pape ridemus, quando meritoflere deberemus.

• Sacrée ressentiments, réflexions perçantes,

Qui dans un cœur navré versez d'heureux regret*, Que vous trouvez souvent d'occasions pressantes > Parmi tant dépêchés , et publics , et secrets ! Mais hélas! ces tyrans de l'dme criminelle

L'enchaînent si bien en ces lieux , Qu'il est bien maltaise que vous arrachiez d'elle

Quelque soupir fidèle Qui la puisse élever un moment vers les deux*

Ce chapitre et les suivants sont empreints dans l'original d'un esprit de contemplation profonde , naturel aux hommes qui vivent dans la solitude , et que rien ne distrait des hautes destinées qui nous sont réservées. On ne pouvoit peindre en traits plus frappants la condition de l'homme qui , attaché à la terre , est tellement enveloppé de ses vices , qu'il peut à peine lever les yeux au ciel. Voilà ce qui doit l'accabler. Et c'est là la pensée , l'image essentielle dont Corneille , dans sa troisième strophe , n'a donné qu'un équivalent. L'évêque de Dijon s'est rapproché davantage du texte dans ces vers :

Plus l'homme songe à sa misère ,

Et plus sa peine va croissant :

Ces foiblesses d'un cœur malade et languissant , Cette chaîne , ce poids qui rattache à la terre ,

Ce nuage épais qui des deux Dérobe si souvent les clartés à ses yeux , Voilà ce qui nourrit sa tristesse profonde.

c Materiœjusti doloris et interna compunctionis suntpeccata et vitianoêtra; quiàus ita involuti jacemus, ut raro cœlestia contempla ri ualeamus.

%■ ■ ■ ■■ " ■ i . Egg=s=B=as=c=±g=

Page 1