CHAPITRE IV
De ta pureté de cœur et de la simplicité <t esprit +
a Pour t'êlever de terre , homme , il te faut deux ailes r La pureté de cœur et la simplicité ; Elles te porteront avec facilité Jusqu'à l'abîme heureux des clartés éternelles (i) K Celle-ci doit régner sur tes intentions , Celle-là présider à tes affections , Si tu veux de tes sens dompter la tyrannie .* L'humble simplicité vole droit jusqu'à JHeu> La pureté l'entrasse ; et l'une à l'autre unie S'attache à ses bontés et les goûte en tout lieu*
Si ton coBur étoit droit, toutes tes créatures Te seroient des miroirs et des livres ouverts , Où tu verrois sans cesse en mille lieux divers Des modèles vivants et des doctrines pures.
a Duabus alishomosublevatur a terrenis, simplicitate et puritat*. Simplicitas débet esse in intentione, puritas in affection*, Simptiei* tas intendit Deum; puritas app retendit et gustat.
IMITATION DE J. C. LIT. II, Cil. IV. f 43
fi Toutes comme à Venvi te montrent leur Auteur:. Il a dans la plus basse imprimé sa hauteur r . Et dans la plus petite il est plus admirable-. De sa pleine bonté rien ne parle à demi, Et du vaste éléphant la masse épouvantable Ne l'étalé pas mieuœ que la moindre fourmi (2) .
Purge l'intérieur; rends-le bon.et sont tache, Tu verras tout sans trouble et sans empêchement , Et tu sauras comprendre , et tôt , et fortement , Ce que des passions le voile épais te cache.
Au cœur bien net et pur Vdme prête des yeux Qui pénètrent l'enfer et percent, jusqu'aux deux ;■ Il voit tout clairement , et jamais ne s'abuse. Mais le cceur corrompu n'a que tes yeux du corps , Toute sa connoissance ainsi qu'eux est confuse,. Et tel qu'il est dedans , tel il juge, au dehors.
e Certes , s'il est ici quelque solide joie , C'est ce cœur épuré qui seul la peut goûter ; Et s'il est quelqu' angoisse au-monde à redouter, C'est dans un cœur impur qu'elle entre et se déploie. Dépouille donc le tien de ce qui Va souillé; Et vois comme le fer, par le feu dérouillé , Prend une couleur vive au milieu de la flamme : D'un plein retour vers Dieu c'est là le vrai tableau ; Son feu sait dissiper les pesanteurs de Vdme , Et faire du vieil homme un homme tout nouveau.
b Non est creatura tamparva et vilis, quœ Dei bonitatem non reprœsentet. Si tu esses intus bonus et punis, tune omnia sine impttdimento vider es et bene caperes. Cor purum pénétrât cœlum et infernum. Qualis unusquisque intus est, taliterjùdîcat ex (e ri us.
e Si est gaudium in mundo> hoc utique possidet puri cordis homo. Bt si est alicubi tribulatio^etangustia, hoc melius nopit mala conscientia. Sicut Jerrum missum in ignem amittit rubiginem et totum. cândéns efficitur, sic homo- intègre ad Dèum se conre riens a torpor* •xuitur, et in novum hominem transmutatur.
Rien de plus poétique et de plus vrai que ce chapitre , et surtout le début sur la simplicité : c'est que rien n'est plus vrai que la vraie poésie. Malgré l'entraînement des préjugés vulgaires, elle a souvent emporté sur ses ailes , jusqu'à la vérité , des hommes nés pour la sentir autant que pour la peindre.
Un des membres les plus distingués de l'Académie des Sciences, et successeur de Fontenelle au Secrétariat perpétuel, M. Flourens, comme s 1 ]! eût voulu réparer les torts de son prédécesseur envers la poésie , nous a montré , dans son discours de réception à l'Académie françoise , Voltaire jugeant mieux les croisades, et plus près de la vérité , dans sa fiction de Zaïre , que dans l'histoire même où le philosophe n'a pu se dégager des préjugés de son temps.
(1 ) Voici , sur ce brillant début , les quatre vers de M. de Boisville, qui sont plus légers sans doute, mais moins beaux que ceux de Corneille :
Pour s'élever de terre avec facilité ,
L'homme en son pouvoir a deux ailes :
Simplicité , c'est Tune d'elles ; L'autre se nomme pureté.
Dans le reste du chapitre, M. de Boisville ni M, Delmas ne peuvent entrer en comparaison avec Corneille.
(2) Un esprit vaste et fait pour l'immortalité , Partout dans l'univers voit la divinité >
a dit le religieux Ducis, qui faisoit de V Imitation de J,-C. son veni-*necum. Avec quel intérêt nous le
voyons, dans son testament, léguer à un de ses amis qui lui a servi constamment dt 'exemple et de soutien dans le chemin des vertu sehrétiennes (ce sont ses expressions), sa petite Imitation , quia appartenu au saint curé de Roquencourt (sic) .