‹ Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-ChristChapitre 38 sur 107 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des joies de la bonne conscience.

a Droite et sincère conscience , Digne gloire des gens de bien; Q que ton témoignage est un doux entretien , Et qu'il mêle de joie à notre patience ,

Quand il ne nous reproche rien /

Tu fais souffrir avec courage, Tu fais combattre en sûreté ; V allégresse te suit parmi l'adversité, Et contre les assauts du plus cruel orage Tu soutiens la tranquillité.

a Gloria boni hominis est testimonium bonœ conscientiœ. Habe bonam conscientiam , et semper habebis lastitiam*

1 48 COSNBILLB.

b Douce tranquUlèté de Véme , Avant-goét de cette des eieuX; Tu fermes poev la terre et l'oreille et les feux; Et qui sait dédaigner U louange et le btdme , Sait te posséder en tous Heux.

Tm\ repos est une conquête

Dont jouissent m sûreté Ceux dont la conscience est sans impureté; Et le cœur est un port où n'entre la tempête

Que pur lu tonne anxiété.

Bis donc , mortel, des vains mélanges Qu'ici le monde aime à fotmer :

Il a beau s'applaudir, ou te mésestimer ;

Tu n'en es pas plus saint pour toutes ses louanges, Ni moindre pour t'en voir blâmer.

Ce que tu vaux est en toi-même , Tu fais ton prix par tes vertus:

Tous les encens d'autrui sont encens superflus;

Et ce qu'on est aux yeux du Monarque suprême , On Vest partout > et rien déplus.

c L'homme ne voit que l'apparence, Mais Dieu voit jusqu'au fond du cœitr; L'homme des actions voit la vaine splendeur , Mais Dieu connoît leur source, et dans la conscience Voit leur souillure, ou leur candeur.

b Magnam habet cordti ItanquitUiusem qai nec laudes curai, nec vituperia. Facile erit contentas et pacatus, cujus conscientia munda est. Non est sanctior, si laudaris; nec vilior si vituperaHs. Qaodes, hoc es : nec major dici vales, quam Deo teste sis.

c Homo vidai in/acie, Deus autem in corde.

Fais toujours bien, et fuis le crime ,

Sans t'en donner de vanité ; Du mépris de toi-même crue ta sainteté; Bien vivre, et. ne s'enfler d'aucune propre estime ,

Cest la parfaite humilité.

d Ce n'est pas celui qui se loue , Bit Saint Paul, qui sera sauvé (1).

Qui s'approuve soi-mém*est souvent réprouvé, Et c'est celui-là seul que ce grand Maître avoue, Qui pour sa ghÂre est réservi.

Ces vers harmonieux et doux semblent néanmoins un peu foibles : c'est peut-être la faute du sujet. Il étoit facile de peindre l'enfer, on a peint le remords > cet enfer anticipé : Facilis descendus, a&emi ; mais les joies de la bonne conscience , cet a&anfcgoût de* çieux , il n'a été donné qu'a bie** peu d'écrivains de s'élever jusque-là : Paùci. .-, . quos ardens evexit ad œihèra virtus. . . . L'auteur latin de Y Imitation quelquefois (dans le chapitre suivant par exemple) , et Fénélon souvent, ont su nous enivrer des joies du paradis.

(1) Ce n'est pas celui qui se loue, Bit Saint Paul , qui sera sauvé.

Nous verrons pourtant tout-à-1'heure St. Paul parler magnifiquement de lui-même et se reporter à son troisième ciel : cette sorte de contradiction , qui au reste ne résulte pas du texte de St. Paul (1 1 Cor. 40,1 8.), viendrait de ce qu'il y a quelque chose de supérieur, même à l'humilité chrétienne : la vérité.

d Non qui se ipsum commendat, ille probatus, ait jipostolus.

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