CHAPITRE XY
Comme il faut nous comporter et parler à Dieu ev*
tous nos souhait^;..
Pense, à moi, mon enfant ; quoi que tu te proposes K Laisse m'en disposer, et dis en toutes choses :■
O mon Dieu, si ton hon plaisir S'accorde à ce que je souhaite, Jpanne-m'enle succès conforme à mon désir; Sinon , ta volonté soit faite.
Si ta gloire peut s'exalter Par l'effet où j'ose prétendre > Permet* qu'en ton saint nom je puisse exécuter •• Ce que tu me vois entreprendre.
Mais s'il est nuisible à mon cour y S'il est inutile à mon dme, Daigne éteindre, ô mon Dieu, cette frivole ardeur. Et remplis-moi d'une autre flamme.
Donne-moi ee que tu voudra*,
Choisis le temps et la mesure ;
Et comme il te plaira daigne étendre le hra*
Sur ta chétive créature.
Fois-moi gémir et travailler, Et pour tout fruit ne me destine Que ce qui te plaît mieux, et qui fait mieux brU&r L'éclat de ta gloire divine.
Ordonne de tout mon emploi Par ta Providence suprême , Agis partout en maître , et dispose de moi h " Sans considérer que toi-même.
a Tiens-moi dans ta main fortement ; Tourne > retourne-moi sans cesse ; Porte-moi sans repos de lajoye au tourment, Delà douleur à l'allégresse.
Tel qu'un esclave prêt atout , Pour toi y non pour moi, je veux vivre * C'est là mon seul désir, puissé-je jusqu'au bout, O mon Dieu , dignement te suivre !
a in manu, tua sum, gyra et reversa meper circuiium. En ego servus tuusparatus adomnia^ quoniam non desidero mihç viuere, sed iibi, Ulinam digne etperfectel
Le fat voluntas , cette soumission à la volonté de Dieu , inspirée par Dieu même au chrétien , ne pou\ oit être mieux sentie que dans Les deux derniers quatrains surtout... Je me trompe : dans la prière, foiblement traduite (Tailleurs , qui termine ce chapitre , il se trouve un passage , le seul qui mérite d'être cité , dans lequel 1 auteur de X Imitation (quelle abnégation plus grande?) prie Dieu de n'être pas connu , et de n'obtenir que les. mépris du monde :
b Que ma gloire à V abandon Sous le mépris abîmée , Conserve si peu mon nom Qu'âmes yeux la renommée Doute si je vis, <m non.
Si X Imitation est de Gerson , comme je crois l'avoir prouvé , s'il l'a composée dans sa retraite chez les Gélestins de Lyon , pouvoit-il mieux expier sa gloire passée et le trop naturel orgueil qu*il en ressentoit quelquefois, ainsi qu'on a pu le voir dans le chapitre précédent ? On peut voir aussi dans la lettre latine de son frère, le prieur des Célestins de Lyon , que j'ai fait connoitre et que j'ai traduite (*}, combien l'illustre proscrit, au moment ou il composoit pour ces religieux , avec tant de mystère , V Imitation de J. C, se sentoit porté par son génie aux plus hautes contemplatifs. « Mais r
h Da miki omnibus mort quœ in mundo sunt; et propler te aman contemniy et nesciri in hoc seculo, (*) Etudes sur les Mystèns etc. p. 433 et suivante».
)> ajoute son frère , dès qu'il s'aperçoit que le moindre » souffle des vanités humaines tente de rébranler, vite il » descend de ces hauteurs au plus profond de la vallée , » et s'y met en lieu sûr ; suivant moralement l'exemple )> du hérisson , qui , aux attaques de son ennemi , se re- » cueille , en se repliant tout entier sur lui-même (*).»
Qu'il me soit permis de renvoyer le lecteur à l'ouvrage précité où le texte de cette longue et admirable lettre suffirent seul pour nous montrer Fauteur de V Imitation, si les manuscrits analysés dans le même ouvrage , ne le découvroient mieux encore .
Remarquons , en passant , que nous trouvons dans ce chapitre une des preuves que Thomas à Kempis n'est pas l'auteur de V Imitation. On nous oppose un manuscrit signé de lui , évidemment. Oui , mais Thomas étoit copiste de son monastère , nous en avons donné la preuve. C'est comme copiste qu'il a mis son nom au manuscrit. L'eût-il signé s'il en étoit l'auteur, lui qui prie Dieu de rester inconnu : Da mihi neêciri !
(*) Quod si persenserit auram vel ttnuem humanœ vanitatis aliunde perfiare, et ruinant minari, mox ab alto desiliens, se se in
ima recipit, et in tulo locat • More spiritualis erinacei» toiutn se
in se curvanda recolligit*