CHAPITRE XVLw
Que les véritables consolations ne se doivent chercher
quen Dieu.
a J'épuise mon désir, j'épuise ma pensée
A chercher des contentements ,
Qui par de trais soulagements Adoucissent les maux dont mon tjm&est pressée j Mais hélas ! après tout , j'ai beau m'en figurer,
J'ai beau les iésvrer, Ce n'est point en ces lieux que je les dois attendre ;
L'avenir seul me le promet, Cet heureux avenir où chacun peut prétendre , Mais qu'on n'obtient qu'au prix où la vertu le met .
Quand par un heureux choix d'événements propice*;
Le monde me feroit sa cour ;
Quand il n'auroit soin nuit et jour Que d'inventer pour moi de nouvelles délices ; Quand il attachefoit lui-même à mes côtés
Toutes ses voluptés , De combien de moments , en seroit la durée f
Et quels biens me pourroit donner Sa faveur la plus ferme et la mieux assurée, Qu'en un coup d'onl peut-étr& il faut abandonner T
a Quidquid dtsiderare possum , vel cogitare ad solatiufn meum, non hic expecto, sed in posterum.
N'espère point de joie, 6 mon cœur, que frivole , N'en espère aucune ici-bas , Qu'en ce grand Dieu de qui Ubras
Soutient l'humble et le pauvre, et partout le console.
Quels que soient tes ennuis , attendsBneore un peu , .Sans attiédir ton feu,
Attends le doux effet des promesses dwines, Et tu posséderas bientôt
Des biens encorplus grands que tu ne t'imagines
Et que le Ciel pour toi garde comme en dépôt.
Ce lâche abaissement aux douceurs temporelles Que le siècle fait trop goûter , Sert d'un grand obstacle à monter
Dans ce palais de gloire ou sont les éternelles :
Attache tes désirs , mon âme , à celles-ci, Fais-en ton seul souci ,
Et regarde en passant celles-là pour l'usage , Ne t'en laisse plus éblouir ;
Ce Dieu, qui du néant te fit à son image ,
Eut un plus digne objet que de t'en voir jouir.
L'expression de ces N stances est souvent poétique., mais un peu diffuse. La dernière surtout , ce conseil de philosophie religieuse , (Cuser des Mens temporels , en aspirant aux éternels ; demandoit plus de concision.
b Si nimis inordinate ista appelis prwsentia , perdes œterna et cœlestia.
Sint iempordlia in usu, œterna in desiderio.
Non potes aliquo bono temporali satiari; quia ad hœc fruenda non es creata.
Voyez Fauteur latin : Sint temporal™ in mu , œtênta in desiderio.
L'évêque de Dijon traduit ainsi :
Si pour le ciel tu soupires > Use des biens temporels ; Mais que les biens éternels ' Soient les seuls que tu désires .
Le curé de Montauban dît mieux :
Usez des biens créés > aspirez aux célestes.
Le dernier vers de Corneille ne fait qu'indiquer la pensée suivante que , « si notre àme n'est jamais entièrement satisfaite {les , biens temporels , c'est qu'elle n'a pas été créée pour en jouir, » L'évêque de Dijon interprète et traduit ici admirablement :
Des faux biens sais* tu pourquoi Tu n'es jamais satisfaite?
C'est qu'ils sont bien faits pour toi ; Mais pour eux tu n'es pas faite.
Est-il vrai , dira-t-on , que les faux biens soient faits pour l'âme ? Oui , pour l'éprouver par le bon ou le mauvais usage qu'elle en fera. Rien ici bas d'inutile. Tout est moyen dans les vues de la Providence > même les obstacles.
«MMUMaMM»
IMITATION DE j. C. LIV* III, CH. XVII. 2G3