Leroy
M. de Lamartine me répondit :
« Monsieur,
» Vous ne vous trompiez pas en présumant tout l'intérêt que votre précieuse découverte auroit à mes yeux. J'aurois toujours regardé comme une des grandes iniquités de la postérité
que le nom de l'auteur du plus bectu des livret fût douteux dans sa mémoire, s'il n'avoitpasptacé lui-même sa, gloire plus haut qu'une renommée terrestre. Ce n'est donc pas- pour lui , mais pour nous, que je me réjouiroisde son nom retrouvé, et surtout retrouvé pour la France. J'ai toujours soupçonné que cette haute et large sagesse n'avoit pas été le seul fruit des méditations d'un cloître ; mais d'une longue et forte vie, passée tour à tour dans l'exercice des hommes et des choses , et dans les contemplations intimes de la pensée ; et sous ce rapport jHnctinois pour Gerson.
» Soyez assez heureux, Monsieur, pour changer nos soupçons en certitude, et le monde savant et la France vous devront une égale reconnaissance.
» Agréez f Monsieur, les nouvelles assurances de tous mes
sentiments.
» Lamàrtinb. »
Ma lettre , grâces au sujet et au nom de Celui à qui jel'adressois , alla par nos journaux à l'étranger ; j'en ai reçu plusieurs réponses et dé nombreuses questions, mais aucune nouvelle du voluihe perdu , perte regrettable sans doute, qui toutefois nous a fait trouver, jusqu'en Angleterre , jiisques en Russie, des frères en Çerson, jepourrois dire mieux , lorsque je relis ïes lettres de quelques religieux et savants étrangers , et quand je me rappelle les visites et le sympathique intérêt dont m'honora , pendant son séjour à Paris , le vénérable Tour-
gueneff, j'ai oublié ses titres, mais non qu'il fut
l'ami de l'illustre Spçransky , cet homme d'Etat , cet homme de foi surtout qui , ainsi que Gerson , exilé de sa patrie , avant d'être rappelé par le Maître des maîtres dans une autre patrie meilleure , imita doublement l'auteur de F Imitation , en faisant de ce livre son occupa-
tion la plus chère et une traduction aujourd'hui répandue dans tout le Nord f). Revenons à la France.
Malgré son indifférence pour les choses qui l'honorent le plus , la France elle-même , grâce à quelques hommes à part, que n'a pas atteints une plaie honteuse, est loin de s'être montrée étrangère à l'espoir que les deux manuscrits de Yalencienhes et de Saintrond nous ont fait concevoir de lui rendre une de ses gloires les plus belles , et , depuis trois siècles, la plus contestée. Nos recherches , que 1- Académie frariçoise avoit , en quelque sorte provoquées, en demandant une Biographie savante et caractérisée de Gersoh (**) , ont reçu en particulier de plusieurs de ses illustres membres et de l'Académie des Inscriptions , de glorieux encouragements ; et si l'intervention éclairée de ministres tels que MM. de Salvandy, Cousin , Villemain , n'a pu recouvrer le volume perdu , c'est qu'il l'est sans retour. M. Villemain a du,moins porté sur celui qui reste un vif intérêt dans le Journal des Savants. Enfin , deux longs Rapports publiés en 1838, sur le manuscrit de Valenciennes, et adressés à M. Cousin , membre alors du Conseil royal , par M. Mangeart, ont prouvé que quand je croyois pouvoir attribuer à Gerson une partie de notre manuscrit, je n'allois pas trop loin.
Ces Rapports , souvent sagaces , ont paru quelquefois m'étre hostiles dans la forme: je ne m'en plains pas, puisque M. Mangeart ne fait , pour ainsi dire, que tra-
(*) La Biographie des Contemporains, la seule qui ait parlé de Tlperansky, n'a pu mentionner son Imitation, publiée depuis sa mort. (**) Es pressions du programme.
duire mes doutes en affirmations. Voici l'exposé de sou premier Rapport :
« J'ai examiné attentivement ce manuscrit, M. le Conseiller, et je n'hésite point à croire que tous les traités qu'il renferme sont du même auteur. C'est dans tous à peu près le même stylé 1 et quelquefois jusqu'aux mêmes expressions. Il y a identité de sentiments et de vues. J'ajouterai que c'est bien partout l'esprit de Gersori. On y reconnoît partout f interprète, comme vous l'appelez , le représentant véritable du mysticisme au commencement du XV* siècle. Il y a , entre les traités renfermés dans ce manuscrit et ceux publiés de Gerson , la plus complète uniformité de pensées. Il y a entre l'auteur que nous connoissons et celui que nous cherchons à connoitre , la solidarité la plus entière : elle résulte , suivant moi , de leur identité.
ff Laissant de côté les inductions et autres présomptions fournies par le raisonnement , je veux m'en tenir aujourd'hui à quelques preuves matérielles que je vous exposerai dans toute leur nudité , telles que je les trouve dans le manuscrit de Yalenciennes. Ces preuves, bien concluantes cependant , M. Onésime Leroy a négligé d'en faire mention dans ses Etudes sur les Mystères.
» D'abord * le nom de « Maistre Jehan Jarson , chancelier de Nostre-Dame de Paris , » répété à la tête de chacun des sermons sur la Passion , et parfaitement écrit de la même main qui , en 1 462 , a copié tout le volume, ne permet point de douter que Jean Gerson ne soit l'auteur de ces deux discours (*). Eh bien , je m'empare de
(*) Le second discours est la continuation du premier, comme l'indiquent ces mots de l'orateur : Comntrncoits où nous ftttasmrf ott mottit. o. l.
328 GEftSOtf.
cette preuve péremptoire pour établir qtfil est également Fauteur du Miroir d! humilité, et des trois traités qui entrent dkns V Imitation de J. C. Remarquez bien , Monsieur, que j'ai promis de n'apporter pour le moment que des preuves-matérielles.
» f° Je dis que Gerson est l'auteur du Miroir <f humilité; et la preuve je la trouve écrite en la a tierce ou derreniere partie » de ce traité lui-même. Je lis en effet au feuillet 238 verso :
» En tout sonprecieulz et digne corps nedemoitra titeùibrè sain ", fors tant seulement la langue , et celle fin quelle pryast pour les pécheurs et quelle recommandas t sa mère a son disciple : si comme toute teste matière est plus a plain declairee en la première parfier de ce traittié sur le mister e dé la passion de nostre doulz saulveur Jhesucrist. »
» Je lis encore au feuillet 268 , toujours dans le JfaRroir éthttmiKté :
» Apres nous doist souverainement esmouvoir et estre tresdçsirantde amer Dieu la misérable et la venetabh passion de nostre doulz sauveur Jhesus, si comme teste matière est pins a plain déclaré c'y dessus.
» Que veutnm de plus clair ? L'auteur du Miroir
<£ humilité ne se reconnoît-il pas dans ces deux passages , non pas en marge , mais au milieu même de son texte , l'auteur des sermons sur la Passion? Or, nous venons de V4*up que ces deux sermons sont dte Jean Gerson.
» 2° Quant aux trois traités contenus dans notre manuscrit, et que nous retrouvons, en latin, il est vrai, dans
les éditions de V Imitation , voici ce qui me porte à les attribuer au chancelier de Paris. Toujours, remarquezle y des preuves matérielles , écrites dans le manuscrit de Vàlenciennès. »
M. Mangeart cite ici plusieurs passages de ce volume, dans lesquels se trouvent des phrases telles que celle-ci : « Si comme toute ceste matière est plus a plain déclai- » rée en la première partie de ce traittié sur le mystère » de la passion, etc. »
J'avoue qu'ayant à signaler dans ce manuscrit bien d'autres interpolations , je n'ai pu attribuer ces phrases impersonnelles à Gerson , mais bien au copiste , à celui qui a recueilli dans ces deux volumes et rattaché par ces fils légers les écrits françois dont Gerson faisoit trop peu de cas pour se donner le soin de les rassembler ainsi , lui qui , nous dit son frère , encore dans sa leltre , « les négligeoit tous au point que, s'ils n'avoient été recueillis et transcrits par ta pieuse sollicitude de quelques bonnes âmes , on peut douter que rien en demeurât (*). »
Le Bon Duc Philippe de Bourgogne , quoique Gerson eût poursuivi si énergiquement et fait flétrir l'apologie honteuse du crime de son pèfe, le Ban Duc, ai— je dit ( et jamais il ne mérita mieux ce titre) , Ait une de ces nobles âmes animées d'une pieuse sollicitude pour les écrits de l'homme de bien qui avoit été attaché àjsa maison, mais plus encore à la justice et à la vérité. Nous ne connoissons rien , nous le répétons , qui honore plus Philippe-le-Bon que ce trait de justice aussi , dont nous
(*) Ita neglexit, uti nisipia quorumdam cura fuissent diligentius récollecta et transcripla , nescio si usque mpdo comparèrent,
regrettons que le noble historien des ducs de Bourgogne n'ait pas eu connoissance. Avec quel intérêt nous relisons dans le volume de Valenciennes , écrit tout entier de la main du célèbre calligraphe David Àubert , la répétition de ces mots :
|lar le oratmanfremettt et oxionnautt î>e très Ijault, ttt* excellent et txts puisant prince ftyeltppe, par la grâce ht Bien, îrur >e tiaurgogne, îre ftrûbattt, etc.
Son amour éclairé des lettres et l'élévation de son âme , qui partoient de la même source , le firent triompher, du moins dans ses dernières années , des préventions qui avoient dû faire étouffer dans la cour de Bourgogne jusqu'au nom de Gerson. Philippe, recueillant si magnifiquement les écrits françois du Chancelier de Paris, dans l'intention sans doute de les transmettre à la postérité, pouvoit-il penser néanmoins qu'après tant de siècles d'oubli , les premiers rayons du livre immortel , sortis de la cour de Bruges, viendroient se refléter sur lui , sur son sage grand-père , dont on le nommoit le Continuateur ? Ce bon aïeul de Philippe-le-Bon , (qui pouvoit être mieux qualifié que le Hardi) mérita bien d'avoir reçu, comme nous le verrons, la première inspiration de limitation de /. C. t
Gerson, quiavoit été son aumônier et son prédicateur à Bruges , tout en flétrissant au Concile de Constance la doctrine de l'assassinat , cita de Philippe le Hardi (qui ne l'étoit point pour le crime , ainsi que Jean-Sans*- Peur) , cita , dis-je ? dans une des mémorables séances du Concile (*), ce trait, bien naturel sans doute, mais qu'il
{*) 5 mai 1416.
IMITATION DE ji$US-CHRIST. 331
faut remarquer dans des temps de perversion et de honte, et que je regrette de ne pouvoir traduire plus énergiquement:
S'adressant à Gauchon qui , plus tard , assassin de Jeanne d'Arc , étoit déjà le digne apologiste d'un autre assassinat , Oerson lui dit : « Et vous , Monsieur le vidame.de Reims , ne conviendrez-vous pas que le meurtre du duc d'Orléans ne peut être parti que d'un infernal conseil , et que jamais le père du doc votre maître n'auroît pu concevoir un pareil attentat? Quand ce noble prince vivôit , quelqu'un ayant osé lui conseiller aussi de se débarrasser d'un ennemi par quelque moyen violent , il sortit indigné de la chambre , et rencontrant son médecin , lui dit en latin ces mots du Psalmiste : « Heureux l'homme qui n'est point entré dans la société des méchants (*) ! *
Cette cour de Bourgogne, si heureuse à Bruges, du vivant de Philippe-lé-Hardi , méritoit bien que Gerson y cherchât un refuge contre les passions , les crimes politiques dont la France alloit devenir le foyer,
Gerson aussi mérite d'autant plus que nous remontions le cours de ses années et des idées qui dévoient le conduire à V Imitation de /. C, que personne avant nous n'en a pris la peine.
Là première partie de notre manuscrit nous le montre encore dans cette France si agitée , retenu dans sa chancellerie de l'Université., et prononçant dans l'église de St. -Bernard à Paris , son sermon de la;Passion , comme
(*) Beat ks vir qui non abiit in consilio impiorupi. Op. fiers, t. i, ch. xn.
332 cïrscn.
nous le voyons dans cette miniature, en télé du sermon* Ce fameux sermon de la Passion est celui dont nous ayons parlé tout à l'heure , et donné dans nos Etudes , des extraits si piquants. Ils ne le furent que trop ! On peut croire que le succès de l'orateur alla plus loin qu'il ne le vouloit , et que sa conscience lui reprocha sa déférence pour des auditeurs qui lui demandaient des choses curieuses (curiosa) : ils auraient Voulu ( comme on dit aujourd'hui ) de V actualité, jusque dans un sermon ! Cette badauderie'k laquelle il faudrait toujours du nouveau , comme si l'Evangile n'étoit pas la Nouvelle de tous les temps, inspirait un profond dédain à cet esprit si étendu, qui, forcé d'assister aux futilités, aux vices de son siècle , \a se réfugier dans le passé , dans l'avenir surtout , comme pour échapper au présent {*) .
Mais ce présent, il le subit encore ici; car s'il n'est pas loin de sa retraite de Bruges , il aura vingt ans d'orages encore à traverser, avant d'arriver à celle de Lyon où il pourra nous peindre, avec autant de calmé que de génie , l'ineffable sérénité de son Chrétien battu parla tempête. Aujourd'hui , vers l'an 4395 , déjà Chancelier de Notre-Dame et de l'Universké de Paris, c'est-à* direchef en activité des plus importantes affaires, jeté au milieu des tourmentes publiques , et forcé par sa position de gounnander jusqu'aux pilotes , il se contraint pourtant , par nécessité , comme il le fera plus tard par vertu , après avoir dompté les exaltations d'une ferveur première.
(*) 9||mr! (s'édiera-t-il dans notre Mb.) ioltnx a ceiil* qm fttqmmnt >rs tjomnuB moult fcr ctyotta cnxvtuus ! St ttmys centra que îtsljucmt , \t •taistre ftt* matstres, offrira, rt lors seront maniftstri les secrets fets timbre».
Toutefois l'orateur do XV e siècle n'a point dans cette miniature l'auditoire solennel ou tumultueux de l'église de S t, -Bernard à Paris. Le peintre , qui probablement ne l'avoit pas vu cet auditoire , ft'en donne qu'une idée incomplète. La figure même de Gersôn peut confirmer l'observation que les peintres des anciens manuscrits cherchent plus l'expression que la ressemblance (*).
Cette expression est du moins remarquable ici dans l'auditoire : ce jeune militaire ou cet homme de cour qui est là posté devant l'orateur, et qui s'y tient coiffé , comme on rétoit alors , même dans les églises , semble personnifier Timpertinence , la curiosité vaine dont se plaint si souvent Gerson , quelquefois d 1 un ton assez vulgaire , et que nous retrouvons dans un autre manuscrit de la bibliothèque de Valenciehnes , que tout porte à croire aussi de lui : le noble orateur, quand il partait des grands et de leurs coupables excès , comme dans son Vivat Rex à Charles VI , savoit bien , devançant Menot , descendre ( le sujet le vouloit ) jusques à des traits fort semblables à ceint que nous allons tirer de ce dernier volume:
Bmmnt m wtt 4*01 fytmtBtt oie et ni boxmts tueur*, qui tsA irruft noble*** , ttttg jwtnre \)tmmt **rn mien* ûvî$mi en tontes bomte* tmhtxoxiB ipte eul*-
tnefeme* Contemplez (mjaurîrfjm lit trottait* &e plu^
*tettr* noble* Cotante* et gentils, et eapecialment to ee* jeunes glorien** onltreatifrtej orgneillea*, qftt >eV
(*) Le portrait de Gersoa que nous voyons en tête de l'édition de i494 de ses œuvres, nous te montre avec sa longue barbe ,. vielHi par la feti?gue | tons la robe de pèlerin qu'il avoit adoptée..
334 cirso*.
oromrt ester miroir fe toutes uertu* et esempte httont bien on menu et rnfre peuple en tontes bonnes meurs, en IKett (jonuonroitt, comme otnsg soit qat ce foire sont grandement tenns f comment ils vans sont remplis h y iniquité, tant en blasphèmes que anltrcmcnt*.
ttegarbe en outtre les serimonies <juîlz tiennent en leglise bc ©teu qui est maioon btooison , comme il meismes le Mst~ Durant le saint seruicc, mi que pis est , tandis qnon chante les messes* tu oerras que les uns ng font que piatbier, ou les aultres se pourmainent en faisant lu rot porteront mesbampbelles»
Ces demoiselles devant qui les glorieux alloient faire la roue f comme des paons ou des dindons , l'orateur les a-, un moment auparavant , presqu'apostrophées sur leurs hautes coiffures , leurs gorges découvertes : il en nomma une la cornue et la despoitrinée t mais poursuivons :
titatr font encores les bcosus-bis glorieux ? .
Ctttbte*4ons ipte quonb on célèbre nostre detgneur, qug est le créateur îiu ciel rt îre la terre * qutls baignas^ *t*t culs mettre a genonlz, a nu)» cljtef en ostant leur bonnet f quil* ont mto tout Iputti, nous m'cntenbçs bien, en manière bc uib be grue? Certes nennil i car sonnent ilz ng ostctwtt \à leur rfyapd on ct)ape«m, et nous aront le baston en la main, en capitaine , Uut broit, en estant (étantes) si (tellement) tptil semble que se Bien leur bisoit Ijcu , quiU seraient tout prests pour responbre $wx\ <ft>u les autres aront loisel sur le poing , entour eu* plusieurs chiens <prç sonnent font leur orburc contre Idf tel.»
3tem il ç en a ftaultretf quç 0e mettent an tez&w be lautel et 00110 regarderont le preb0tre an ntoage... 3iem ne 00t0Htu pa0 en ce* preitcationa que aulcuneô fe ce0 ponrea mellotea qui 00110 sont avises bien bûô à la terre et wulenttero , 0e faire 0e powtt , 0e bouteraient àefrano par granfre Ijumiltte que notât 0etgnen? leur tonne apte banne freuotton et larmes it compudton et àe contrition. €t ce0 grnn0 taMô et gro0 madjefahui 00bu bien a leur 010e , ou pre0umptueu0ement apuge* 0ur le0 auteU... par orgueil enfles..., ng aront paa fre bonne tootion.
Il parle aussi des courtauds qui tournent le dos à l'autel , et encore des femmes du monde qui , à l'église r font grand teippeste de la langue , et regardent de çà et dç là y ou bien, s'endorment au sermon; et ses traits, piquants pouvoient lés réveiller, si ce traité a été prêché d'abord , comme V Imitation , comme la plupart des écrits mystiques ou de controverse de cette époque , où les sermons étoient d'autant plus communs et plus longs r que les livres étoient plus chers et les lecteurs plus rares. Aussi les orateurs avoient-ils sous les yeux,, pour aider leur mémoire dans les discours étudiés ,. un manuscrit ouvert , comme nous en voyons un ici sur un pupitre : c'est le sermon de la Passion qui , malgré sa volumineuse étendue r fut prêché à Paris dans la même journée*
Gerson se tut bientôt après , fâché d'avoin dit des choses curieuses , et s'enfuit dans sa solitude de Bruges.
C'est dans cette retraite féconde que nous le montre
la miniature suivante , peinte dans le manuscrit sur le revers du dernier feuillet du sermon de la Passion et sur la page même qui commence le sermon de Y Interne lie Consolation , d'où probablement est sorti le second livre de ï Imitation. Le Chancelier , en secouant 9a robe et ses soucis universitaires, a repris un habit plus humble et toute sa sérénité. Sa tonsure aussi , plus étendue peut-être , exprimoit alors un détachement plus entier du monde (*).
Au milieu de cette ville pieuse , le royaume de Dieu est tout dans son âme , comme il va , dès ses premiers mots , le trouver dans son auditoire.
L'idée de l'effet produit par la première inspiration du livre sublime , qui n'est encore écrit que dans le ciel , et n'a pafc besoin d'autre pupitre, est admirable. Tous le reçoivent avec l'attention la plus religieuse ; et la terre et les cieux , car l'artiste ne se contente pas de nous montrer dans une tribune les deux principaux personnages de la cour de Bourgogne : la Gour Céleste tout entière , et Dieu même et sa mère et les saints et les saintes prennent part à l'inspiration ; et les chérubins et les anges applaudissent jdes ailes, et rendent gloire à Dieu au plus haut des cieux du présent qu'il fait à la terre.
Jamais livre ne fut mieux annoncé. Son heureuse influence s'est déjà répandue sur le peuple de Bruges oit nous ne voyons pas un seul front ennemi , et où nous remarquons en particulier sous leur humble mantille (dont là forme est encore aujourd'hui la même (**) ), ces»
(*) Richard , Dict. univers, eccl, an mot Tonsure. (**) Rien n'a changé à Bruges.
pieuses femmes si attentives on si recueillies , qui wm&
sont a*mt& bien bo* a la terre, et Boulenttera , st faire Be potuHt, 5e bouteraient Mwxb par grande humilité»
Mais la figure de l'orateur qui , moins pleine , en ressemble davantage à celle de Gerson (*), est surtout d'un calme qu'il étoit venu chercher, bien moins à la cour qui rarement se trouvoit à Bruges, que dans la vie intérieure , comme il nous le dira. Cette cour , au reste , étoit religieuse , car Philippe avoit de la religion ; et il est difficile de ne pas le présumer au recueillement avec lequel il écoute la parole sainte. Sa femme, Marguerite de Flandre , gouvernante de la maison d'Isabeau de Bavière , dont elle a la coiffure et un peu trop l'esprit , paroît moins attentive.
Ce qui nous fait croire aussi que les deux personnages, de cette tribune sont le duc et la duchesse de Bourgogne , ce n'est pas seulement la richesse de leur costume (inMs), ce sont ces mots du Psalmiste qui se déroulent en guirlande au-dessus de leurs têtes : Melior est aies una in atriis fuis super millia ; ce qui signifie : « Un seul jour dans ta cour en vaut plus de mille ailleurs. » Flatterie délicate , qui n'est pas dans le texte , mais que Gerson a bien pu mêler à d'austères leçons. Le mot atrium d'ailleurs peut signifier le peristile de la maison de Dieu , une entrée au ciel ; et c'est sous cet aspect que Gerson regàrdoit sa retraite à Bruges. S'il y a donc là une flatterie > elle est relevée par la vérité qui ressort des
(*) Au portrait qui doit être aujourd'hui à Versailles.
338 GRRSON.
lettres de Gerson. Quelques citations que nous en ferons suppléeront aux détails qui se trouvoient peut-être dans le premier volume sur la transformation si subite du puissant Chancelier de l'Université de Paris, en un modeste prêtre d'une église de Bruges.
Le c ail i graphe ou l'éditeur disait peut-être aussi pourquoi Vlnternelle Consolation , qui a donné à l'ouvrage son premier titre , n'est dans le manuscrit , qu'en second, avec la miniature de Jésus-Christ, qui nous en apporte le Livre et tout l'esprit dans ces trois mots :
3e mi* la 005e, la irérttf et la rie.
Nous avons cru pouvoir remettre cette miniature à sa place , en tête du volume (aDeo omnia), tant pour l'ordre et l'harmonie , que parce qu'il est probable que ce second livre a été composé le premier. Mais comme cette composition prêtoit moins au débit oratoire , peutêtre Cerson n'a-t-il prêché que celle où nous le voyons et qui commence par ces lignes :
Regnum Dei intra vos est, ttst a frire, le règne îre n00tre 0etgneut Bien e*t fteftott* 00110.
Ce début , qui est aussi celui du second livre de V Imitation (*), ce texte latin, tiré de l'Evangile, et conservé dans toutes les Inlernelles Consolations , et même dans des traductions anciennes de Y Imitation , offre encore la forme d'un sermon et les , applications , et les leçons les plus heureuses à Philippe-le-Hardi, à qui l'orateur chrétien dit ce qu'il doit faite , s il veut
(*) Rbohum Dei imtra vos est» dicit Dominas,
régner avee le Christ (*) , iil veut établir la paix chez lui et chez les autres (*•*) •
Ce fut là le but le plus noble de Phihppe-le-Hardi. II se montra souvent le digne frère de notre Charles-le- Sage y quand il eut à pacifier, non seulement ses Etats , mais la France entière et l'Europe, en proie à tous les débordements. S'il n'en put arrêter le cours, il, les suspendit du moins par sa prudence; et le portrait que fait Gersôn de Y ] Homme Pacifique , dès le début aussi de son sermoa , et du 11 ° livre de V Imitation , est en tout conforme à celui que l'historien des ducs de Bourgogne a tracé dePhilippe-le-Hardi(1404).
Mais ce qui est bien remarquable , c'est le développement inusité que , dans son sermon , comme dans le chapitre de V Homme Pacifique , l'auteur donne au caractère qui lui sert de contraste , à cet esprit indisciplinable et soupçonneux, implacable surtout, inconséquent , à charge à autrui non moins qu'à lui-même , et qui semble jeté sur la terré pour n'être jamais en repos et n'y jamais laisser les autres.
Qu'on relise dans la prose latine ce portrait (si bien reproduit par Corneille) , il est difficile de croire que l'auteur n'eût pas quelqu'un en vue , Jean-Sans-Peur
(*) Smtftttttt î*acqtU0 tnttqntê Sfyefturrist, et pour Stytsamst, sr tu «eau régner tveopieft 3l)e»isttf»t. C'est le texte exact de V Imitation (li*« il, chap. i) : Sustine te cum Christo, et pro Christa, si pis régna*» eum Christo.
(**) fetentogyrernseremeitten put*, et lar* tn contra* les attitrés faoCrrr. C'est encore le texte de ces mots du Ut. 11 e , chap. m e de l'Imitation c Tene té primo in pace, et tune poterie alios pacificare,
peut-être , cet indigne fils du bon prince dont nous parlons. L'insensé , qui, sur un léger soupçon , sur le mot indiscret d'une femme , jure audacieusement la mort de son parent, du frère de son roi, le fait assassiner, dissimule son crime, en convient tout à coup, s'en accuse, et bientôt après s'en vante et en laisse faire l'apologie , pour^ suit de sa haine et de ses fureurs le sage courageux qui a censuré cette apologie (*) ; ce furieux assurément méritait bien que son portrait fut tracé comme un modèle à fuir : c'est ce qu'a fait , sans vouloir le désigner sans doute , Fauteur, dont voici , presque au début de son sermon , des traits qui ne dévoient que trop bien convenir à Jean-Sans-Peur, en qui , peu d'années auparavant, 8ajazet , à Nicopolis , avoit déjà entrevu , dit-on , le fléau des chrétiens :
€Ut mal se contente et esmeult, il sera frqettf {agité) it moult ire Bou&ytct)(m&> ne il ne reposera, \a (déjà) ne tairra les autres reposée. 31 Mot soutient ee qutl ne freorott pas frire, et délaisse a faire ee qui lug serait plus e*peïrtent
aucuns sont <ptg a eul* metsmes nant point k pat*, et si ne laissent les autres en pat*. 3ls sont griefs Aux autres , et a eul* metsmes sont iU plus griefe.
(*) Ces inconséquences ont été* remarquées par le Religieux de Saint- Denis ^ qui nous peint Jeau-Sa as-Peur se contredisant sans pudeur: Sine verecundia sibimet con trachéen do. etc. Voir aussi dans Ju vénal des Urstns (an ij i3, p. 269) te portrait de Jean-Sans-Peur, dans une proclamation de Paris et de L'Université aui autres villes du royaume. Il y est peint comme ne sn pouvant abstenir de machiner ; et on le nomme Vennemjr adversaire de paix , qui ne cesse de semer discordes, en lie les créatures, etc.
%pa fcmopteg le premier amour &wc iog metemea, et 10T0 1» .{wprjt* jnwr ton priant.
Ce dernier trait , qui n'est pas dans V Imitation , /est remarquable : il rentre dans cette phrase populaire : Comment voulez-vous qu'il aime le* autres , il ne s'aime pas lui-même? C'était un commencement du portrait de l'Homme Fantasque, que Fénélon nous peint avec tant de vérité , quand il dit que « souvent , après avoir w porté ses coups en Pair comme un taureau furieux , il » se tourne contre lui-même, se blâme, ne se trouve bon )> à rien , et trouve fort mauvais qu'on veuille le conso- « 1er. »
D'où vient que l'auteur latin de V Imitation s'est arrêté devant ce développement ? Il a craint peut-être , en nous recommandant, comme St.-François-dé-Sales , (Hêtre doux envers nous-mesmes, d'encourager la disposition qui ne nous porte que trop à cette indulgence personnelle ou égoïste , qu'il combat ainsi , dans ce même chapitre :
%tx &cn bien tea fûts txcuBtr et amhrurer, et ne ueuU rerepiwr le* esmaattona ires autres. JïtteuU DûtU&ratt tog accn&tt, et ton frère estuaer.
Pour tracer ce caractère implacable , Gerson , il est vrai, n'avoit pas besoin de voir Jean-Sans-Peur. Voici comment , dans le sermon de la Passion , à propos des outrages soufferts si patiemment par Jésus- Christ , l'orateur venoit d'apostropher et de peindre un de ces hommes qu'il avoit sous les yeux, toujours armés de représailles , et si cuirassés de leurs haines , que la religion n'avoit pu les toucher :
SGtofee* tqj ntror hnpatirnt, tnm gm d enflé qui nt pru5 mate, ne *euh saifinr une îrurrttr parait que ôonbîratnemnrt ne tariritgittf gratis (colère) ; et en telles contenances semblables, a nng mat, fort eus, tn nuratfz, tu jures, tu rougis, ta menaces au fiera (tu frappes) * on romps, on jettes ce que tu tiens, ou ce que tu encantres , et ten prend ancaires a JDtro , eh Misant que tu ne las pas îresserag, et uattenîrs pas qutl te nenge comme tau juge*- tu te constitues juge et partie en ta cause, incontinent tu penses a la uengeante....
SiGerson se donne rarement la peine d'écrire en françois avec cette verve et ce soin, s'il, n'y a pas dans» Y Imitation de J. C. de portrait plus remarquable que celui qui. contraste à l'Homme Pacifique , c'est que l'auteur s'est plu à buriner ce qui blessoit souvent ses regards et son âme , ce donl lui et les gens de bien n'avoient eu que trop à souffrir.
Le fils de Jean-Sans-Peur, Philippe-le-Bon , cet homme de toutes les gloires , ne pouvoit cependant répudier toujours celles de Gerson et de X Imitation de J. C, qui déjà paroissoient se confondre , en se répandant en Europe avec les manuscrits du livre latin (*).
L'idée que l'ouvrage célèbre avoit été conçu , prêché d'abord dans la cour de Bourgogne , étoit trop belle aux yeux de cette cour amie de la religion et des lettres ,
(*) J'ai dans ma bibliothèque une Imitation latine imprimée à Pari» en i4&9» avee ' e nom de Gerson. Les Nouvelles Recherches de Bruoet qui la menliopnenl , en citent une bien plus ancienne (de 1470 environ) où Gerson es* nommé* avec St. Bernard.
pour n'être pas revendiquée par Philippe-le-Bon. Voilà ce que nous disoit peut-être le premier volume que nous regrettons , et ce qui a fait peindre et placer Gerson prêchant Y Interne/le Consolation, même avant le Dieu qui la lui inspiroit.
De là aussi le luxe de ce volume, que se transmettoient les princes et princesses de Bourgogne. Une d'elles, la troisième femme de Charlçs-le-Téméraire, fils de Philippe-le-Bon , a même écrit , à la lin du volume (immédiatement après le commandement et ordonnance de très hault , très excellent et très puissant prince Phi-* lippe) , son nom de fille , ou de fleur, transplantée hors de son pays :
iïlarguerete yCngletmre.
L 1 Imitation de J. C, n'a donc pas été faite uniquement pour des moines , comme on l'a souvent répété. Le mot de moine , monachus , ne s'y trouve qu'une fois, je crois (livre 2, ch. 12). L'ouvrage est fait pour les chrétiens , pour les chrétiens des temps passés , que n'effrayoient point de grands repentirs , et à qui Gerson pouvoit sans cesse répéter, après saint Jean , son rigide patron: Pœnitemini^ « Faites pénitence ! » Ne voyonsnous pas Philippe-le-Hardi , à qui ce livre où tout rappelle à Dieu , venoit d'être prêché , mourir, en 1 404 , dans une pénitence austère ? Son corps revêtu de l'habit religieux , ainsi qu'il l'avoit demandé par son testament , ne fût-il pas transporté dans la Chartreuse de Dijon qu'il avoit fondée ? Ne vit-on pas , à la grande édification des villes d'Àudenarde, Courtray, Lille, Douai , St -Quentin., Troyeset Chatillon , ce cortège lugubre se rendre
au lieu qu'avoient désigné les volontés expresses du défunt? Mais sans remonter si haut , ne voyons- nous pas le grand Corneille vivre en religieux à Rouen , les trente dernières années de sa vie? Et son immortel imitateur (pour ne rappeler du grand siècle que de grands exemples ) , Racine n'a-t-il point entouré de rigidités assez dures la tin de sa carrière? Et notre Lafontaine enfin , s'est-il endormi , comme il avoit vécu , indifféremment, sur des roses Q ?
Quant à l'objection que limitation deJ. C. est l'ouvrage d'un moine et d'un solitaire , on ne s'est pas trompé : lorsque Gerson la commença dans la ville de Bruges , il entroit déjà dans la solitude qu'il vouloit se faire en lui-même , et , suivant son expression , « dans la eellule de son cœur, » in ce lia cor dis. S'il n'y resta que peu d'années , s'il retomba dans les honneurs qu'il avoit évités , c'est que les nécessités des temps et les instances du duc de Bourgogne encore vivant, l'y rappelleront en 1403. On ne peut douter que l'intérêt public ne l'ait bien souvent arraché à la vie contemplative où ses goûts le portpient.
Nous allons voir dans ses lettres de Bruges la situation de son âme et les dégoûts , les injustices , qui lui faisoient quitter le monde et les affaires pour chercher en lui-même, c'est à dire en Dieu, son internelle consolation.
Son frère , dans sa prose sententieuse et rimée , nous
(*) L'auteur des Contes, mourant dans un cilice, résume bien ces temps de joies licencie us.-s et de grands repentirs.
dit : Misère humaine -— à Dieu ramène (*). C'est ce queGérson nous paroît avoir éprouvé. Il n'en était pas encore , il est vrai, « à l'exil , aux persécutions, à la fureur des hommes qui furent pour son âme , ajoute le Prieur , la piertre qui aiguise, et qui la rendirent plus belle et plus brillante. »
- Il n'étoit encore qu'à Bruges.
Voyons dans quelles dispositions il y déposa , pour ainsi dire , les premières semences qui , fécondées par le malheur des temps, la résignation, la foi la plus ardente, dévoient enfanter , au milieu d'un siècle de vices et de crimes, V Imitation de /. CJ
Presque au sortir de ses fortes études , Gerson qui s'étoit vu jeté par son mérite et malgré l'obscurité de sa naissance , au milieu des affaires et au poste éminent de l'Université de Paris , n'y fut pas retenu par l'ambition. Après cinq années d'exercice , et à peine âgé de trente-six ans , il se démet de ses fonctions , renonce à la prébende attachée à sa charge, et se retire à Bruges , d'où il écrit à quelques amis qu'il a laissés au collège de Navarre , une lettre que ses partisans même n'ont pas citée , quoiqu'elle nous donne la clé , et nous fasse entrer, pour ainsi dire , dans le péristile *, in atrium , de ['Imitation de J. G. (**). i <
L'auteur commence par y établir, en thèse générale , qu'on ne peut servir deux maîtres à la fois , le monde et
(*) Mala quœ nos hic premunt , ad Deum ire compellunt. ('*) L'édition in- fol. de i4<)4> dont les abréviation» contiennent en quatre volume» la matière de huit, nous donne cette lettre, t. il, cb. li.
Dieu. Celte maxime de l'Evangile est une de celles qm sont la base de V Imitation, a Pressé 9 dit-il , cotame je le suis par les circonstances , j'aime mieux tomber dans les mains de Dieu que dans celles des hommes (*) .
Forcé , dans les malheurs de sa patrie , de se mêler aux joies d'un monde qu'il désapprouve (gaudere cum gaudentibus) , il ne peut qu'en gémir. Il se plaint surtout d'être forcé d'entendre ces rumeurs continuelles qui ôtent à l'âme toute sa quiétude (**).
N'est-ce pas dans cette disposition d'esprit qu'a été écrit ce début du 111 e livre de X Imitation de J '. C, que nous retrouverons en partie dans le début de Y Interpelle Consolation :
« Je pourrai maintenant ouir ce que le Seigneur me o> dira. Heureuse l'âme qui entend la voix du Seigneur! n Heureuse l'oreille qui peut en recueillir les accèns, et » se fermer aux bruits tumultueux du monde ! Heureuse » mille fois l'oreille qui écoute , non la voix qui re- » tentit au dehors, mais la vérité qui enseigne au de- » dans!
» Heureux ceux qui n'ont plus d'autre soin que de » se livrer tout entiers à Dieu (Deo vacare gestiunt) , » et qpi se délivrent de tous les; embarras du siècle! » (Ab omni impedimenta seculi se excy,tiunt)+
Notre manuscrit de Valenciennes dit :
itaieitm 50irt ttvXx qttg Btttotfycnt te vacqmtx a JKnt f et st htBd)ûx%tut to tout etaftsctymevA ht ce Bterie.
(*) Melius est incidere in Dei manus quant hominum. (*•) Cogor assidue rumores audirt quiillie continue perstrepuni, quibus animœ quUs omnis eripitur.
C'est précisément ce qu'éprouvoit et ce que faisoit l'orateur. Achevons d'entendre ses confidences.
Forcé de travaillera des sermoùs propres à exciter la curiosité (comme celui de la Passion peut-être), lesquels, sans aucun fruit , font perdre beaucoup de temps (*) ; exposé au reproche d'ambition, s'il garde à la fois les fonctions honorifiques de chancelier de l'Université et celles de curé de St. -Jean en Grève, combien il aimeroit mieux une heureuse médiocrité, una pauvreté qui n'auroit pour lui rien d'amer .(**) !
Gerson, dans sa lettre, oppose ensuite à ceux qui cherchent à le ramener par les avantages temporels qu'il abandonne /ces paroles foudroyantes de Dieu: « Quand un homme gagneroit le monde entier, s'il perd son âme , qu'aura-t-il?( w ) »
II. prie ses amis de considérer combien il y a peu de progrès à faire* auprès d'hommes qui se croyent sages à leurs propres yeux , et qui n'ont pas de plus grande occupation (adntl afiud vacant) que de dire ou d'apprendre , comme des Athéniens , quelque chose de pouveau (****). A l'imitation de Jésus^Christ, lorsqu'Hérode lui demandoit de piquer sa curiosité (curiosa gestiret) , il faut se taire f"**).
(*) Cogor laborare curiosis sermonibus, quitus absque œdification is fructu , maxima tempo ris pars absumjitur.
(**) Cum mediocritas aurea, non amara paupertas sit tufissima.
(***) Audi an t divinum tonitruum : Quid prçdest homini si totum mundum lucretur!
(****) Consideretur quam parva sil prqficiendi spes apud eos qui sapientes surti in oculis suis , et qui ad nil aliud vacant nisi cum Atheniensibus dicere vel audire aliquid navi!
(*****) Exempio Christi qui coram Herods cum audire curiosa gestiret, obmutuit.
Ces expressions vacant et curiosa yestiref qui peigoent l'active inoccupation des Athéniens et le cnrieux empressement dîHérode,- fauteur de Vlnternelle Consolation et de V Imitation s'en sert pour peindre ce qui s'en éloigne le plus , le bonheur des hommes qui « sWforchent de vacquier à Dieu nD'eovacaregestiùnt.Qmnl à la vaine curiosité , à son empressement stérile contre lesquels il s'élève si souvent dans ses deux ouvrages , et qu'il traite da «grande sottise (a) , il se contente , pour le moment, de leur opposer, à l'exemple du Maître, un dédaigneux silence , et de se retrancher dans sa paisible retraite de Bruges. « Là, dit-il, le seul exemple de ma vie peut être de quelque utilité, quand les paroles me manqueroient (*). »
Il en vient à la prébende qui étoit le bénéfice attaché à ses fonctions : on la lui avoit disputée, et, à la honte du siècle dont il se plaint , on avoit été 'jusqu'à Rome pour la lui enlever (**) ; on Tavoit forcé à plaider (***), C'est à quoi il songeoit sans doute quand , dès le début encore de Vlnternelle Consolation , il écrivoit ces mots énergiques, qui le sont plus encore par cette préparation
(a) Grandis insipientia quod, neglèctis utilibus et necessariù, ullro intendimus curiosis et dàmnosis. Irait, lib. i, cap. ni.
Vœ eis qui muita curiosa ab hominibus inqairuntj Ib. lib. m , cap. xliii,
(*) Cormideretur quis profectus este B rugis potesl solo etiam vitœ exemplo, si verba deessent.
(•*) Audisti alios Romam pergere et pro beneficio làborare. Epîst. Gers, ad fratrem , t. ni , p. 755.
(»**) Cogorliti pro mdjuncto beneficio ; cogor ad prœbendam noviter anhelare, me quoque et amicos huic novae euros sjubficere, ubi quanta spesprovisionis mores hodiemi docere possunt.
solennelle, que la prose latine et les vers de Corneille ont si bien reproduite :
« goutte tog , JKtam , ce Hat la mer ; et 0e tu quter* » la tw&t* e0(0ûte par^i: |Jour utte petite prebenbe » m jquerratt une langue t»0ge* mata &e peu &e 4010 est » une uns U pté Itvi pour me éternelle. <8ta qutert utl » pria, et tendje len (an plaide) aucutteffat^ laftement v p0«r un tenter ( ¥ ).
Gerson continue dans sa lettre :
« Si fon me demande pourquoi je fuis si ardemment ee que j'ai si vivement poursuivi , je répondrai que l'expérience in'a rendit plus sage; et si Tourne reproche mon inconséquence , je passerai condamnation : par là aussi on peut aller au ciel (**) »
Nous avons vu, dès le premier chapitre de V Imitation , que « c'est une grande sagesse de s'élever, à travers le mépris du monde , ou suivant l'expression de Corneille , sur le mépris du monde T au royaume céleste (à). »
N*y a-t-il pas dans ce sentiment un peu de misanthropie et d'orgueil? Non r du moins dans Y Imitation de J. C. Je nWrois en dire autant de la lettre de Gerson dont j'ai réservé quelques passages où l'homme se*montre un peu trop. On sent qu'il ne fait que s'essayer en-< eore à Y Imitation , et qu'il a bien du chemin à faire , avant d'arriver, par la persécution , par Pexil , dans sa
(*) Voir préeéd. p. 19:*, îgfo (**) Per infamiam. • . pergitur adc&lum»
(a) Ula est summa sapientia fer contemptum mundi tendert ad régna cœlestia. Imit. lib. 1, cap. 1.
retraite de Lyon où son âme viendra , comme son style , s'élever encore et s'épurer.
Ici, dès le commencement de sa lettre , il craint le mépris du monde , parce que sa fortune ne lui permet pas de soutenir le rang de Chancelier Q !
Il est vrai que ce sentiment est bien corrigé par ce qu'il dit ensuite et que nous venons de citer -> mais la contradiction n'en existe pas moins , et il en e$t encore à parler avec quelque aigreur de ceux qu'il abandonne et de la nécessité où il étoit de vivre avec des grammatistes et des enfants (**) !
Il y a loin de là , je le répète , à l'époque touchante où son frère et son historien nous le peindront :
Prenant tout doucement les hommes comme ils sont r Accoutumant son âjne à souffrir ce qu'ils font,
se faisant tout à tous, tantôt leur rendant grâce ou les encourageant, tantôt les adjurant de ses pieuses prières, exhortant les uns, compatissant aux autres (***); dans ses dernières années enfin, comme pour abaisser jusqu'à l'ombre de ses fumées universitaires, catéchisant les plus pauvres enfants de Lyon , et leur demandant pour salaire « de prier Dieu d'avoir pitié de son pauvre serviteur Gerson. »
Déjà dans son traité De puerisad Christum trahenr
(*) Cogor «* temporaîi piia quasi mendicare et despeetus pivert-,
(**) Cum grammaticulis et pueris piperel
(***) Coaptat animum unicuique,. . . omnibus omnia foetus, modb> per graiiarum actiones, illis applaudendo , modo piig orationibus. illos ac(furando, hos exhortando, illis compatienda.
IMITATION DE JESUS-CHRIST. . 35f
dis y il leur avoit dit : « Venez; à moi sans crainte , mes enfants , nous mettrons en commun nos biens spirituels , carde vos biens temporels je ne veux rien. Par un heureux échange, ce que je vous donnerai d'instruction , vous me le rendrez en prières , ou plutôt nous prierons les uns pour les autres y et par là nous trouverons peutêtre, que dis— je ! bien certainement nous trouverons grâce près de notre Père commun .(*) . »-
Voilà Pesprit de V Imitation , dont le in* Evre-, longtemps le dernier, finit comme a fini Gerson , par cette humble et sublime prière :
« Seigneur, où ai— je été bien sans vous ? Mais avec » vous, où suisr-je mal? JYime mieux être pauvre à » cause de vous que riche sans vous. Paime mieux avec » vous vivre en pèlerin sur la terre que posséder le ciel » sans vous. Où vous êtes , là est le ciel ; et là où vous » n'êtes pas est la mort et Penfer. . . . Oh f jetea les yeux » sur moi ; exaucez la prière de votre pauvre serviteur )> encore exilé dans le royaume des ténèbres et delà » mort (**). Conservez et protégez Pâme de votre ser-
(*) Venite fidenter, communicabimus mutuo bond spiritualia , quia temporalia vestra nutta requiro. Ego vobis âoctrinam, vos mihi orationem impendetis , imo orabimus pro invicem* Sic forte, necjam forte, èed certa-spe, misericordiatn inpeniemus apud Patrem nostrum.
N'est-ce pas le même homme qui ecrôoit alors diras le îv* \H\ ch. lviti de V Imitation, oc qu'il font se faire petit comme un enfant , si l'on veut , passer par la porte du ciel qui est basse. 9
(**) Ces mots ne s'appliquoient encore que trop bien à la France dont Gerson , nons dit le Prieur, déplorait amèrement les maux: Deflet miserabilem cladem, nunquam dignis planctibus adoyquandam, prœclârUsimiFranciœregni, quodintestinis et cipilibus bellis disrumpitur atrociter et vastatur, et prœda hottibus palet.
» viteur misérable. Que votre grâce raccompagne , et i» le guide par le chemin de la paix, au séjour dé l'éter- » nelle lumière ! Ainsi soit-il. (*) »
Voilà , dis-je^ l'esprit de Y Imitation où s Gerson rappelle souvent son exil , son Testament Hun Pèlerin et ses fréquents recours à Dieu dans ses nécessités.
Mais ce n'est pas là tout l'esprit de X Imitation . S'il n'y avoit que des prières ou des hymnes , mêlés de touchants souvenirs , ce ne seroit peut-être qu'un livre admirable : il y a (ce qui vaut mieux pour le succès), il y a encore (oserai-je le dire)? je crois y voir encore quelque peu du vieil homme , je dis du jeune Chancelier, de ses exagérations premières, de ses humeurs, de ses boutades contre quelques savants , dont il avoit eu à se plaindre peut-être, ou dont il n'avoit pu supporter la fatigue* Mais ces boutades , ces humeurs, ces exagérations , ce vieil homme (**) épurés par la Religion , se sont tournés contre lui-même (a) , et , confondus dans Famour de
(*) Domine, ubi miâi bene fuit sine te ? Aut quahdb maie esse potuit prœsente te ? Malopauper esse propter te, quam éives sine te» Eligo potius tecum in terra peregrinari, quam sine te cœtum pestidere. Ubi au, ibi codum^ atque ibi mors et jnfernus, ubi tu non es... Respice in me, et exaudi orationem pauperis servi tui, longe exalantis in régions umbrœ mortis. Protège et conserva animam servait tui, inter tôt discrimina vitm corruptibilis ; ac comitante gratia tua % dirige perviam paris, adpatriam perpétua claritatis* Amen.
(**) Doleré debeo quod adhue in me malum pivit, et nondumperfecte homo sibi mortuus est. Epis t. Ge». ad fratrem Nicol. éd. Dupio , t. m,p. 75i.
Adhue, proh dolor! vivit in me vêtu* homo; non est.,, perfecto mortuus. Imit. lib. m, cap* 54*
(a) Exardesce contra te, nec patiaris tumorem in te virers. Imit. lib. m, cap. xin.
Dieu , s'élèvent du sublime , lorsque , brûlant d'ouïr la Vérité-Dieu, il va jusque* à repousser ces hautes et saintes Intelligences qije le Créateur a placées, comme intermédiaires, entre notre petitesse et son incompréhensible grandeur.
Que dans le premier livre de X Imitation , fatigué des disputes seholastiques ( tœdet mesœpe multa légère et audire ) , il impose silence à tous les docteurs ( taceant omnes doc tores ) ; qu'il parle avec dédain de leurs vaines sciences (a) , avec indignation de leurs erreurs, des scandales et. du relâchement qu'elles amènent dans la société religieuse (b) , il ne fait que blâmer des chose» très-blâmables , et répéter, à peu près , ce qu'il avoit dit dans une autre lettre de Bruges aussi, adressée aux mêmes personnes. Il y parloit en termes très-piquants de ces savants qui ne savent pas le nécessaire , chargés qu'ils sont de superfiuités (*) , et il se promettoit bien de suivre un chemin moins hérissé de scandales et d'erreurs (**)• ' ■ .
Mais maintenant , ce n'e$t plus sur la terre qu'il marche , il est dans les deux: à ses yeux, les plus hautes montagnes ne sont plus que d'humbles monticules. Les Prophètes eux-mêmes et Moïse semblent devant lui s'abaisser. Il ne voit plus, il n'entend plus (pie Dieu :
riMMBM^^Ml
(a) Grandis insipientia quod neglectie utilibus et necessariis, ultro intendimus curiosis.,. Irait, lib. i, cap. m.
(b) Non fièrent tanta mala et scandala in populo, nec tanta dissolutio in cœnohiis, Ib.
(*) Necessaria nesciunt, qui* tupcrvacua diéùerunt. t. iv, j>. j%j et seq, contra Curiositat.
(**) Aberrorum scanâalorumque discrimine remoiius. Ib.
354 GBRSON.
Silence donc, Moïse. Et. Toi, parle en ta place, Eternelle , immuable, immense Vérité !
Nous avons vu tous ces vers de Corneille , mais en voici déjà , dans la prose françoise de Gerson ,. la pensée , le mouvement , quelque chose même de plus fier que dans le latin :
VU parles a point a mog, JRogse, on ung autre tos prophètes; mais tog monseigneur et mon HDiêu, parle a mog, tog (jui es inspirateur et illuminatenr &e tous le0 prophètes. Car tog seul me peu* sans eu* enseigner parfaitement, mate eul* sans tog ne me pranfftteratent rien. 3U peuvent bien sonner parâtes , mats iU ne tonnent point lespertt. 31* parlent bel, mats ils ne regardent point m mer. 3U baillent lettres , mais tn euores le sens. 3U ordonnent commantomens , mais tu atàts a les parfaire. 3U enseignent la page, mais tn confortes pour g aler. 3te oeuvrent seulement par fte* l|ors, mais tu instruis l(s ruers et enlumines. 3U crient par paroles, mais tu tonnes lententomeut Jitogsc ton* ne parles ee point a mog, mais tog, monseigneur et mon IPieu , éternelle oeritc.
Assurément c'est là une grande inspiration , mais si voisine de la misanthropie et de l'injure , que Fauteur parle.presque des Prophètes eux-mêmes, ainsi qu'il parloit des savants de son temps , auxquels il paroit songer encore : « Ce sont de beaux diseurs , des parleurs sans effet. » Pulchriter dicunt , clamant verbis y forts tantum , etc.. Et c'est ici des Prophètes qu'il parle, ne vous y trompez pas !
Mais s'est-il aperçu de cette sorte de profana-
tion ? Je le croirois quand je lis dès le 4 er chapitre du livre suivant (le iv° ) , qui ne parut que plusieurs années après , l'éloge de plusieurs prophètes , en particulier de Moïse , qu'il qualifie « le grand serviteur et l'ami spécial de Dieu.. »
Il y a là, je le répète , personne ne l'a dit , une inspiration si voisine de l'orgueil , que nous concevons les terreurs de Gerson , lorsque, dans ses dernières années , nous dit son frère , après s'çtre élevé dans ses contemplations au-dessus de lui-même, il se hâtoit dedescendre de ces hauteurs au plus profond de la vallée (*).
Gerson nous dit aussi, AamYlmitation , que « toute hauteur n'est pas la sainteté , » non omne altum, sanctum: mais auparavant , dans sa longue lettre de Bruges , quand il délaissoit sa chancellerie , il disoit que beaucoup de gens pouvoient en remplir le» fonctions , tandis que rien de plus rare que le nombre des hommes dignes, comme lui , de se consacrer à Dieu, dans la vie contemplative, à l'exemple des premiers Saints (**).
Nous retrouvons cette pensée dans son Traité de la Contemplation, mais plus adoucie (***).
Nous la retrouvons enfin , mais plus modeste encore , dans V Imitation de J. C. (a).
Voir cetU
(*) Dum libéra mentis polatu, levai se se supra se,.. Voir cette citation , p. a5g.
(**) Consideretur quanta sit raritas Deo in contemp(ationis quitte vipentium, more priorum Sanctorum. Epis 1. 1. iv, p. 725.
(***) Non omnibus est data gratia talis piuendi scilicet in contemplativa vita.
(a) Quid rétribuant tibipro gratia ista! Non enim omnibus datum. est ut, omnibus abdicatis, seculo renuntienU Irait, lib. m, cap. 10.
Non il n'est pas donné à tout le monde de ri?re dans cette contempla-
Ces flnctuations de son humeur, ou si L'on veut , ces heureux changements , nous les retrouvons encore dans ses lettres , et dans V Imitation où nous avons vu avec quelle douceur tour à tour, et quelle violence il parle à ses frères les moines , si ce n'est à lui-même.
Voilà ce qui nous explique comment le plus effervescent des livres , en est quelquefois le plus doux ; comme son auteur, le plus fier des hommes peut-être, en étoit devenu le plus humble , à Lyon , et le plus mortifié dans toutes ses passions y grâces aux combats dont il ' nous a laissé de si admirables peintures (*).
De toutes ces passions , ce n'est guères que son orgueil et ses aspérités qui se montrent dans ses premières lettres venues jusqu'à nous , et que tousses partisans ont jugé à propos de passer sous silence. Nous n'avons pas cru devoir les imiter.
On a fait la remarque que Gerson étoit parvenu , de la plus grande obscurité , à d'éminents honneurs. Il y auroit une observation plus intéressante , plus morale , plus dans r esprit ù&V Imitation de J. C. , dont le but est l'amélioration de notre nature déchue : ce seroit de rechercher de quel fond de corruption originelle , d'or-
tion ardsjsjc où la pensée du sage sert au bouhear des hommes pins que ses actinnsHp peut appliquer au temps désastreux où Gerson se trouvoit , ce que dit M. Cousin d'une autre époque : « Le seul asyle de l'âme étoit le monde invisible : il étoit bien naturel d'abandonner alors la terre pour le ciel , et une pareille société pour le commerce de Dieu. i> Hist. de la Phil. t. 1, p. 287, Paris, 1841.
(*) Nous avons tu, p. 128, les agitations «Pan homme qnt n'est pas nommé (cura quidam anxius fiuctuaret), et qui , se rappelant sa vie passée , flottant entre la crainte et l'espérance de son avenir, reçut du Ciel une réponse consolante : cet homme , n'est-ce pas Gerson lui-même'?
gueilleuse bassesse a pu partir (comme chacun de nous) ce malheureux enfant d'Adam, pour s'élever ensuite , du sein des plus fameux Conciles , du faite de l'Université de Paris , à cette humilité sublime du catéchiste des plus pauvres enfans de, Lyon , à cette prière chrétienne de votre serviteur {servuli tui) , Dieu Régénérateur et Tout-Puissant! Que l'on cherche ailleurs l'auteur de votre Imitation , nous ne saurions le voir que là ; nous le voyons surtout dans ces apostrophes que vous lui adressez, que vous lui inspirez sur la douceur, la charité , sur l'humilité J volontaire : ce que vous lui dites, il Ta fait; l'orgueil et les autres passions violentes qui s'étoient insurgées en lui {insurrexerànt), il les a domptées ( expugnavitmalas bestias); les souillures qu'elles avoient faites à son âme, vous les avez purifiées, en répandant votre grâce d'en haut (grattant desuper) ; vous avez pénétré son cœur d'une rosée divine {rare cœlesti) , enfin cette âme sous le poids de ses iniquités ( mole peccatorum pressant) , vous l'avez relevée jusqu'à vous. (*).
Outre les preuves matérielles développées dans notre précédent travail contre les partisans d'A-Kempis et de Gersen, nous avons pensé que chercher l'auteur de F Imitation dans la pure innocence du pieux cénobite , que l'on nous a dépeint , c'étoit se tromper. Si ce livre n'étoit une expiation véritable , une réhabiliation magnifique, ce neseroit souvent qu'une déclamation stérile. Nous devons honorer sans doute de tous nos respects l'inaltérable pureté , cette innocence vénérable que Dieu
(*) Voir piécld. toutes ces citations, p. 292, 293.
départ à ses enfans de prédilection , et qu'un poëte de l'antiquité a lui-même honoré dans un jeune homme , de la qualification qui est la couronne de la vieillesse (*). Mais il y a , aux yeux de Dieu , suivant l'Evangile , quelque chose de supérieur peut-être au Juste même qui n'a jamais failli , c'est le pécheur qui se relève ,. et qui jusqu'au moment de rendre au Maître ses comptes et le champ qui lui a été confié, suivant la comparaison du texte sacré , travaille à en extirper les chardons et les ronces pour lui faire porter de bons grains. Améliorer , telle est la mission du christianisme /dont tous les peuples au reste, ont eu plus ou moins le pressentiment. D'où vient la vénération généralement attachée à la vieillesse , si ce n'est de l'idée que l'homme s'est efforcé de se rendre plus digne de son origine céleste , à mesure qu'il s'en rapproche.
. Voilà ce qui nous frappe et nous touche dans un St.- Jérôme , un St .-Augustin , dans un St.-François-der Sales qui, eux aussi , reçurent en partage un bon fonds sans doute , mais qui a voit grand besoin d'être amendé. Quand on se rappelle surtout par quels admirables efforts le saint évêque de Genève parvint à rendre si douces et si belles les aspérités de son âme , on seroit presque fâché que l'auteur de V Imitation, avec qui nous avons vu si souvent le Saint s'identifier, n'eût pas avec lui ce .trait de plus de ressemblante.
Il l'eut encore ce trait de ressemblance avec un autre
(*) Venerande puer , dit, dans Virgile, Àscagne au jeune Earyale, •i touchant par sa piété pour ta mère.
Saint y avec Pierre, dont il nous a fait voir la rigueur extrême, à propos de celles d'Urbain YI, sans songer que lui-même devoit bientôt* . . Rappelons les faits.
Un Religieux austère , mais aussi dur envers les autres qu'envers lui-même , élevé par la violence à la chaire de St .-Pierre sous le nom d'Urbain YI ^ avoit , par sa rigidité, fermé Foreille de ceux même qui vouloient écouter sa voix. Des doutes trop fondés sur la légalité de son élection sont alors élevés par des cardinaux même qui l'avoient intronisé : un autre pape est élu par eux, l'Europe se divise , le grand schisme d'Occident commence , les rois et les peuples y prennent part, et Urbain, se' croyant blessé dans ses droits, a recours aux afrnes ; par là , il coupe les liens et se ferme l'oreille de ceux même que lui attachoient son rang et ses vertus.
C'est dans l'effervescence de ce grand débat que Gerson pronpnce à Paris son sermon sur le mystère de là Passion. Arrivé au moment où St.-Pierre, dans l'ardeur d'un zèle excessif , tire son épée , coupe l'oreille du soldat qui avoit porté la main sur son maître , est repris par ce même maître qui guérit le soldat , quel est le commentaire de Gerson sur ce passage de l'Evangile? Ecoutons-le : •
|)rentoms icg pour ample et enseignement ipte miserkorîre est moult a loer, et que souvent rest le meilleur souffrir bebsnnahrement aurons mesdjiefe , an plaisir îre Bien, et pour ses pecfyés acquitter, et pour plus grant gloire mevoïx et auotr, que ssg vouloir ta tant flmtreaengier. €st aussi ieg reprise la rigoreuse présomption Saurons souverains qui, an premier faurfait,
ianrljntt {lancent) Iqpèt ht txc$wmxmc*twn ou î>e ml* ire ptt|Httt0n, et ripent bnrettle te* «utyete, pur laquelle {entente abetoatiee.
Ce double trait ne va que trop bien a Urbain VI qui , du haut d'une forteresse où l'assiégeoient des hommes qu'avoient détachés de lui ses rigueurs, lançoit sur eux , après des cérémonies saiotes , lançait tépée dfexcotnmunication , et les cierges renversés , symboles de sa raison éteinte , car on ne peut expliquer autrement plusieurs actes de cruauté que l'histoire reproche à ce souverain (Gerson ne lui donne pas d'autre titre).
Le zèle outré ne peut se soutenir. Jésus prédit à Pierre sa chute prochaine : « Avant que le coq ait chanté, lui dit-il , tu m'auras renié trois fois. » Pierre se récrie et jure que jamais rien de pareil ^arrivera. Malgré cette assurance , lorsqu'il voit Jésus arrêté par des soldats , raillé , traîné devant Caïphe , et , pour surcroît , abandonné de ses autres disciples, que fait-il? Il suit encore son maître , mais de loin , comme un homme qui commence à rougir du Christ et de sa doctrine : sequitur alonge, dit l'Evangile. Quelle vérité dans ces mots! Il se mêle ensuite parmi les valets dé Caïphe (à quel point le respect humain. vous dégrade ! ). Il entre dans l'antichambre du juge, quand la servante.... Mais laissons parler Gerson :
€&4t<nttr fimaUf le rtgtrte , elle îftrt : « mot* rie*tu pà* &e* ftfeeiple* ht eetlug domine? » 31 xtspmiit <t i'tneeUe: « 3e ne le cognit* inapte*, et ne **«g tpt ta Ma. » Ces *emte«r* e*t*ient tarit* an fat, rar il inx* Boit fr*fo, et *e etjauffirient €t pierre e*t<rit mtt eut
en egtOttt (en se tenant debout), et en 00g Chauffant,
pour ueotr lu fin.
<lkue natta en semble ht Bahut |)icrre qui est rî)icf rt fondateur >e aatnctc <Kgli*e, ealn fre Bien, et qui 5e rngfrait (*e croyait) tant ferme en la foi et en ramant te aan matetre * regnte trg aan reàemptenr , a la nai* x toute femmelette. <0Luelle tarit etftre naôtre fiance, an la fiance Ire quelconque Ijumatne créature qn$ ntt en celle •aU&marteUe?
Jcg eat enseignement cantre les fola preiamptneu* <pti> jugeant aultrng en meprteement, *ant îreôcanfiô et afcatu* par un petit tient ht naine glaire»
Cette image est d'autant plus heureuse , que l'orateur a parlé , un moment auparavant , de la barque de saint Pierre ; fort belle sans doubte , mais en butte à bien des tempestes. Il continue.
©orfres ht re&$ambler tcg eainct |)ierre, auquel une firattne fiât rcnoger &m matetre* tëeate femme e*t naître tre* ntanlnatee rijamalitf , qui gapnent natta encarte ht latBBxtx Bien, naître Seigneur, par aettnre* et par pa* raie*.- Camme maulnaiae compagnie (il) fatit ^agr, il
apert tCg ( c'est ce qu'on voit évidemment ici) ; COT
quanîr aaittft pierre ûtt <mtt 3J)eau5 Cljrtet, il ûit ffmtt et ieg fl)ict (tomhe). tèt ncatait paa merucillc, ôainct pierre, « tu te chauffai* > car tu anaie* tm amanr força par àeftan* reâraftie par la gellie ht paotar et ht trfete**e.
L'orateur continue à suivre Pierre qui , étant sorti de
la pièce où on le questionnent , se trouve dans la cour d'où Jésus pouvoit l'apercevoir :
HPe rec^jef, une attitré femmelette le tut et hit a eeiur qui estai eut enwron : « (Et rellng»fg estait met 3J)e$us ht Ifauaretl) ! » 2lpp tardèrent reus qug estaient, et dirent a flierre : « bragment , tu es >e reul**ln, rar ta parole te montre. » €t ire rerijtef nge par serment: « 3e ne rognus onapies restug Ijomme. » €n après ung peu, rftmme lespare hune tyeure , bist un îrcô seroiteurs , le ronsht >e eellug auquel flierre eopa loretlle : « fortement, fellug^eg estait avec lug, ear il est fre <$alilée.„» Sttrone il prist (Pierre se prit) a frètes ter, manftire et jurer: 3e ne rognns oneques rellng Ijmnme que tu iris..! » Ce C0ci| rfyanta , et nostre Seigneur 31>esus se retourna et regarda flierre, €t flierre fat reeors (*) ire la p*-
rôle >e 31)esns stn mit (sortit), et pleura moult
amèrement.
Ce récit est frappant de vérité : c'est F Evangile. Nous y entendons Pierre répondant d'abord à la servante ces mots: « Je ne scay que tu dis. » Nescio qirid dicis. Interrogé de nouveau , il proteste qu'il ne connoît pas cet homme: « Negavit cum juramento: Non novi hominem. » Homtneml Ce n'étoit pas assez de rougir, devant une servante , du titre de disciple de Jésus-Christ et de le renier, il affecte de ne pas même savoir le nom du Maître dont il devroit être si fier. Pauvre humanité !
(*) C'est mieux que se souvint : il y a du cœur encore dans cette recordtuion.
À de nouvelles questions , sa faiblesse s'emporte jusqu'à l'anathême , aux jurements , et jusqu'au mépris de son Dieu: cœpitanathematisareetjurare: Nonnoirihaminem istuml Quel lâche mépris dans cet istùm ainsi rejeté ! C'est la gradation de l'impiété jointe à l'ingratitude, De St.-Pierre à Judas il n'y a plus qu'un pas. Et voilà l'homme que Dieu a mis à la iête de son Eglise !
Oui, répond l'orateur, qui songeoit sans doute à son inflexible Urbain , Dieu a mis St.-Pierre , pécheur .et repentant , à la tète de son Eglise , pour qtul fust plu* enrlin a prtr&onner en esprit i>e iroulreur. Celui qug juge, et qn$ m point fatllg, est &e legier trop rigoreus a puptr aultrug.
Une autre raison, c'est qu^un repentir sincère change en gloire les plus grandes fautes. Considérons ce qui se passe , ajoute Gerson :
Ce cocq rijante, 3ijesus regarde flierre : pierre *en ç*t l)or* et pleure tre* amèrement, et *e toute , selon le* Jeteur*! en aroerne ou fasse qui se îrtt (Sfolliran" îub, Cl)ftttteroc<| O
21 no*tre instruction, je tf* que le totq étante pour nous, toute* fois que bonne prestation ou ûmonttton non* est Tantenteoe (remise en F esprit). Jttats le rijant ne sonfftt point, se le regarîr ire 31je*u* trç est.
Ce regard , Gerson eut grand besoin à son tour d'en être éclairé , si , lorsqu'il recommandoit aux autres avec
(*) D'anciennes horloges, surmontées d'un coq qui chante quand l'heure sonne , portent encore le nom de Gallicantus,
tant d'éloquence de n'être pas trop rigoureux à juger, k punir autrui; si, lorsqu'il blâmoit Pierre et par suite Urbain d'être tombés dans un excès funeste , lui-même devoit aller plus loin peut-être , et prouver trop bien par ses actions la vérité de ces paroles :
€Lucllc toit eatre twatre fiance , « la fiance ic jptd* connue Ijumame créature quç *tt en celle ©allée mortelle?
Suivant une lettre , dont l'authenticité nous paroissoit douteuse, mais qui est citée dans du Boulay (*), Gerson, avant le Concile de Constance où Ton sait qu'il siégea parmi les juges de Jean Huss et de Jérôme de Prague, auroit , dans l'ardeur d'un zèle outré , appelé sur eux le glaive séculier et toute la rigueur des lois. Ce seroit bien pis que St. -Pierre coupant , dans un mouvement irrésistible, l'oreille du soldat qui avoit outragé son maître. Il y auroit eu ici préméditation , parti pris d'obtenir une rétraction des accusés , ou de les punir avec une « rigueur salutaire , » miséricorde crudelitate , suivant régression de la lettre.
Àvez-vous oublié , me dit-on , les crimes de Jean Huss et de ses partisans ? Et quant à Gerson , ne faitesvous point la part des temps et des circonstances ?
Je la fais très grande ; je sais tout ce qu'il y avoit de dangereux dans Terreur anti-sociale de ces hérésiarques qui , par l'envie de se signaler et dans un intérêt de politique étroite , joignaient à des actes cruels des écrits coupables , détruisoient l'Eglise que Gerson réformoit ,
i*) RUtoria UjùvertiL v, 27,
jettoient entre les Chrétiens la discorde , v enoient ensanglanter FEùrope , rompre l'unité catholique et nous livrer à l'islamisme. Je n'ignore pas que ces sectaires s'émbarrassoient si peu de notre civilisation qu'un de leurs disciples écrivoit dans un de ses livres cité par Bossuet : « II y a beaucoup d'apparence que les conquêtes des Turcs sont poussées si loin , pour leur donner le moyen de servir avec nous au grand œuvre de Dieu.... Dieu a abaissé les Réformés et les Turcs en même temps pour les relever en même temps , et les faire être les instruments de sa vengeance contre l'empire papal (*) » Je sais enfin que le Concile s'efforça de sauver les deux malheureux , obstinés à se perdre , qu'il les conjura par des prières auxquelles l'Empereur lui-même se joignit r de dire seulement , pour tout le mal qu'ils avoient fait r qu'ils s'étoient trompés : ils forent inflexibles.
Mais leur inconcevable obstination même prouvoit qu'il y avoit en eux plus de démence encore que de* crime ; et quand Gerson comprit que sa rigueur, prétendue salutaire , n'avoit rien sauvé, ne dut-il pas s'en repentir amèrement ? Tout nous le feroit croire : son caractère , ses derniers écrits, ce que nous dit de lui son frère , et aussi la recommandation qu'il ne cessa de faire jusqu'à sa dernière heure aux enfants qu'il catéchisai^ de prier Dieu pour îâmç du pauvre Gerson*
D'après ces conjectures, que n'appuyé pourtant aucun aveu formel (mais politiquement Gerson n*en pouvoit faire), d'après ces conjectures , le cloître de Lyon auroit
(*) Hist. des Variât, liv. «», 39.
été pour ce nouveau Pierre , qui auroit méconnu soa Dieu dans des frères aveugles , un asyle ouvert au repentir, un gallicantus ; le travail approfondi de V Imitation de Jésus-Christ [, un besoin immense de se rapprocher, de se pénétrer du Modèle , sublime T dans sa miséricorde surtout ; enfin l'anonyme gardé avec tant de rigueur, Le sacrifice expiatoire de la gloire la plus, complète qu'un homme ait pu ambitionner.
Les eflorts de l'auteur pour la détourner loin de lui f au moins pendant un siècle , n'ont été que trop secondés par les préventions de l'esprit de parti. Pour y répondre,, il suffisoitde remonter à la source françoise qu'enfin nous % avons sous les yeux. Ce n'est pas que je crois que ce soit encore ici le texte pur de Gerson et que les transcripieurs n'y aient rien mêlé ; non , contrairement à l'opinion du savant auteur des Rapports qui ne balarfce point à croire que tout est de Gerson, je deviens moins affirmatif: souvent je vois dans ce text.e françois tous les caractères d'un texte primitif; souvent aussi , j'y trouve une traduction évidente. Je me demande , par exemple, si, dès ce début du troisième traité , qui correspond au début si connu de Y Imitation , nous sommes dans une traduction ou dans un texte original :
(a) (BHut me BUvAxi ne m pas rit ténèbres, re Mtftttoô^ tre 0eignnnr 31)teum0t Ce sont tes k* parole* fcuftU
(a) Qui sequitur me, non ambuîat in tenebris, sed habebit lumen, vitœ , dicit Dominus. Hœc sunt verba Christi , qùibus admonemur quatenus vitam ejus et mores imitemur, si velimus véracité r illumixari, et àb omni cœcitate cordh liberari. Summum igkur studium nostrum sit, in vita Jesu Christi meditari etc.
ît UHen par lesquelles nous sommes ammonestei- que nom ensieuvons $a nie et mb meurs , de 110110 voulons eBtre mragement encline* , et ire toute avcuglerie ire cuer e*tre Mwxtz. Sort tomcques no&tvt souverain t*ttàt ire meiriter eu la voge ire 3t)cs\xa\&t. Ca doctrine ire 3t)esucrist va pari>e00ue toutes ,le0 autres doctrines ires saints; et qutrou^ues attrait le&perit ire Bieu, il 5 trouverait manne répons. Jîtais il airvient qae plusieurs par fréquente audition ire l'Cvangilt seuteut nn petit iresir, pour ce qutl* uont point lesperit ire 3^esucrist* (Hltuî voeult platnemcnt et 0avonreu0ement entendre les paroles ire Sljesucrât, il 0e convient e0tuirier et ro*fermer 0a nie a celle ire 3l)esucrtst (Hltue te pronffite disputer Ijanltes évases ire 3l)esud)rtst et ire toute la Trinité , 0e en iog na point ire Ijumilîté, parquog tu îresplatses a la Trinité. Vraiment Cultes parales ue fout point lljomme saint ne lljomme \uste ; mais vie vertueuse le fait cljier a ©ieu. ÏDesire plus a sentir cm* pnction que seavoir la Mffînition. 0e tu se auates toute la tfible par freljors et les frits ire taus pljiUrsapljes , que te proufRteroit tout ce, 00110 charité et sans la grâce ire Bien, Vanité fres vanité*, toutes choses saut vanité, force lUieu ire ban cuer amer et servir. Car cest est la souveraine Bafxtna tenirre an règne céleste par le ton* tempt toi monire, <test ironcque0 vanité ire quérir richesses qny perî00eut et ire e0perer en elle0. Ce0t vanitf ire îresirer donneurs par ambition et ire 00s eslever en tyault. Cest vanité Ire sieuvir les iresirs ie la ctyar et ire
r e freairer front optes il nrautent tftre numtt grieffctetô pttgng» (Jtt0t wmttf fre tamrtr longuement «wre, et frt bien peu curer fre banne nie. Cegt wtntté fre regarder reste nie présente seulement, et mm aimteer fmtefytri* cr celle qug est afcoemr.
Est-ce ici une traduction? Quelques membres de phrase ne s'y trouvent pas , il est vrai , quelques images ne sont pas les mêmes : le mot encline* -, par exemple, qui signifie avoir une pente heureuse , et le mot voye qui continue la métaphore , ne sont pas la traduction des. mots illuminari et in vito. Le mot illuminé étoit pourtant déjà familier à Fauteur, et nous Pavons vu tout à l'heure. Mais ces légères différences, ne prouvent-elles, pas plutôt une traduction libre ou négligée qu'un texte original?
On me répond que la formule habituelle des traductions : Translaté de latin en françois , ne s'y trouve pas. — Elle ne devoit pas s'y trouver : voici comment j'explique ce mélange de texte original et de traduction que nous croyons apercevoir : Ces sermons oh traités de Gerson sur la Conversation et la Consolation inter~ ne lies n'offrant encore que les premiers jets de Y Imitation auront été recueillis vers 1400. Lorsque trente ans plus tard apparut, sans aucun nom d'auteur, le livre de Y Imitation, on ne tarda point à l'attribuer à Gerson , et à mettre son nom sur le texte latin des manuscrits , parce qu'on avait remarqué sans doute les rapports qu'il offroit avec ses premiers sermons de Bruges. Ces sermons ayant dû conserver dans les Etats des ducs de Bourgogne un intérêt particulier, on aura cru pou-
voir les compléter en traduisant arbitrairement du latin les passages qui ne s'y trouvoient pas. Voilà ce qui explique pourquoi les textes, même bien moins anciens, de Ylnterne lie Consolation * sont si variés.
À l'appui de cette conjecture , je viens de recevoir la communication d'un autre manuscrit vélin, tout françois aussi, et complet , et de la même époque que le notre. Il provient d'une famille puissante attachée aux ducs de Bourgogne, et commence, sans aucune préface ni observation , par le double Sermon de Gerson sur la Passion, suivi des trois livres de Ylnternelle Consolation , en forme de sermons encore , et avec des miniatures moins finies , représentant aussi Jehan Jarson (sic) , prêchant à S t. -Bernard de Paris et à Bruges , mais ne ressemblant nullement au Gerson de notre volume dépareillé. Ce qui nous paroit donner un prix particulier à ce second manuscrit (dont le texte, rapproché du premier, formera lin volume à part) , c'est qu'il reproduit des expressions, des phrases entières du nôtre qui ne sont nullement une traduction ; c'est qu'il offre enfin dans le texte d'autres lacunes portant sur des passages qui sans doute n'étoient pas dans le texte primitif, car on ne les eût pas retranchés.
À l'ouverture du volume, remarquons^ , par exemple , l'absence de cette déprécation pathétique par où nous avons vu finir un des beaux chapitres de V Imitation (le xvn e du ni livre) si bien traduit dans ces vers :
Pourvu que ma langueur ne soit jamais punie
Par un éternel abandon ; Pourvu y Seigneur, pourvu que du Livre de Vie
Jamais tu n'effaces mon nom;
370 GEJISON.
Fais à longs flots sur moi déborder les misères , Fais sur moi fondre tes rigueurs etc.
Voici comment tout ce passage se trouve renfermé dans le premier manuscrit de Yâtenciennes :
toutes voies que tu m nu xtbouUô éternellement et que tu ne me tjotes (âtes), ta Cture ire aie , et lors ne me ntitra quelque tribulattan qui wrogne aur mog.
Cette grande image : « Pourvu que tu ne me précipites point dans l'éternité ;.» (Dummodo in œternum me non projicias) ; cette autre image non moins grande « Pourvu tjue tu ne m'effaces point du Livre de Vie , » (nec deleas de Libro Vitos); toutes ces belles expressions latines ne sont encore qu'indiquées ici ; mais ces indications n'existent pas même dans le texte du derniçr manuscrit dont nous parlons , et qui par ses lacunes nous semble plus près de la source première.
Nous y remonterons à cette source, plutôt par curiosité, que pour acquérir d'autres preuves qui nous semblent désormais bien superflues : Ceux de nos lecteurs qui ne sont pas maintenant convaincus , ne le seront jamais , ou ne voudront point l'être. Ils continueront de porter leurs hommages , les uns au . Gersen qui n'a jamais existé , mais dont on vient de graver le portrait , qu'on dit très ressemblant; les autres, au modeste Thomas Des Champs , à Campis, ou Kempis , à qui les Allemands vont élever, dans son lieu de naissance, une statue (*).
(*) La revue hebdomadaire angloise intitulée The Tablet, dans son numéro du samedi 26 juin 1841 , a consacré un long article à la souscription de cette statue et à l'auteur de V Imitation, en qui nos pieux voisins,
ont foi , sans le connoilre encore : x
ignoto !
La base de ce monument , nous en prévenons nos voisins d'Allemagne, manquera de solidité , car elle ne reposera que sur un manuscrit de 4442, signé par Thomas à Kempis , il est vrai, mais comme copiste , per manus (ce sont ses expressions) ; manuscrit auquel celui de Saintrond dont on ne peut plus contester l'existence y est antérieur de plus de quatre, ou de quatorze ans, suivant les Bénédictins , et il n'est pourtant pas l'original encore , ainsi qu'on peut le voir dans ma bibliothèque. (*)
. Mais qu'importe que nos bons Germains se trompent sur ce point ! teur hommage n'en sera pas moins méritoire, puisque, s'il ne rencontre l'auteur véritable, il remonte au livre inspiré par la vérité. Nous sympathisons donc de grand cœur avec eux, nous leurs demanderons seulement , avec nos autres frères de la revue angloise, délaisser quelque vague dans l'inscription de la statue. Celle , par exemple , qui s'adresseroit à V Homme immortel ,
VlRO IMMORTALI ,
ne seroit jamais effacée, ni Contestée dans aucun lieu du monde.
Nous ne reviendrons pas; sur les nombreux rapprochements que nous avons faits ailleurs entre V Imitation deJ.-C. et les moindres écrits de Gerson. Il en résulteroit que si Gerson n'étoit pas l'auteur de cet ouvrage ,
(*) J'ai donrié* sur ce manuscrit rt sur Thomas à Kempis de curieux détails dans mes Etudes p. 419 et suiv. On peut y voir qu'il fit pour le couvent x moyennant salaire, pro domo et pretio , uue Bible qu'il signa, ainsi que V Imitation, mais comme copiste.
il l'auroit du moins parfaitement connu. Et il ne l'auroit jamais cité , lui si exact ! Et il ne l'auroit pas même nommé dans les trois écrits où il recommande Ja transcription ou la lecture des meilleurs livres ! . . . .
Nous ne reviendrons pas davantage sur les preuves matérielles qui nous ont montré précédemment Fauteur de V Imitation. J'ai taché de les tirer aujourd'hui ces preuves toutes nouvelles du caractère moral de Gerson , que l'on a depuis quelque temps assez maltraité. Nous concevons qu'il y ait peu de sympathie entre une âme de cette trempé et les esprits positifs et légers qu'on voyoit à Paris dès le xv e siècle. Ils ne sont point juges en pareille matière :
C'est aux grands {flux vrais grands) , c'est aux esprits bien faits, A voir la vertu pleine en ses moindres effets , '
nous dit le grand Corneille.
Si pour nous remonter à des idées plus nobles et moins matérielles que celles qui dominent, nous avons suivi une haute impulsion ; si nous avons taché , avant d'arriver à Gerson , de nous appuyer de Corneille , c'est que l'auteur d 1 Horace et de Cinna, beaucoup plus connu de nps lecteurs françois que le moraliste latin du xv e siècle, était un introducteur naturel aux sévères pensées qu'on voudroit voir plus répandues encore dans notre belle France.
Plus de rapports qu'on ne le croit existent d'ailleurs entre ces deux âmes toutes romaines et toutes religieuses qui ont animé Corneille et Gerson. Ce n'est pas seulement sur le terrain sacré de X Imitation de J.-C. que
bous les rencontrons au bout de leur carrière ; nous entendons encore Gersou , dans la lettre de son frère , dé* plorant les déchirements et la ruine de ce beau royaume de France qu'il avoit défendu devant Charles VI contre la dissention des princes laquelle , avoit-il dit , est trop nuisable et reeket toute sur le pauvre peuple. Corneille aussi , dans une petite pièce de sa vieillesse, récitée devant Louis XIV , ne craignit point de mettre dans la bouche de la France personnifiée , ces vers énergiques:
À vaincre tant de fois mes forces s'affaiblissent ; l'Etat est florissant , mais les peuples gémissent ; Leurs membres décharnés courbent sons mes hauts faits % Et la gloire du trône accable les sujets.
Nous trouvons encore Gerson et Corneille, dans leurs relations intimes , attachés à deux frères tendres , leurs dignes appréciateurs , les associés, pour ainsi dire, de leur âme et de leur génie. (Unanimes etconsortes peregrinationis) .
Mais l'hommage que rendoit le pauvre Prieur des Cétestins à soa frère persécuté, c'était, en quelque sorte , dans le secret du cloître.
Il ifea fut pas de même de Thomas Corneille , qui eut , lui , la consolation (si rien eût pu le consoler) de voir rejaillir sur la mémoire de soa illustre frère les plus resplendissants rayons du siècle ouvert par lui. Quoique le bon Thomas se fut exposé à l'épigramme de Molière , en. quittant le nom de Corneille , qu'il croyoit ne pouvoir soutenir après Celui qu'il nomme toujours., dans son Dictionnaire Universel , « Le Grand Corneille , » l'Académie françoise lui dévolut unanimement
374 GËRSON.
sa place , comme une succession à laquelle personne n'avoit de droit que lui. Racine étoit alors directeur de l'Académie : en cette qualité , il fut chargé de répondre au Récipiendaire ; et c'est une circonstance mémorable dans les fastes de la littérature que celle où Ton vit l'auteur de Britannicus payer, avec autant de noblesse que de magnificence, à la mémoire de son sublime rival, le tribut de gloire qu'un frère ne pouvoit , dans sa douleur et dans les convenances, lui rendre qu'à demi.
Rien ne manqua donc à la mémoire de Corneille , puisque son génie et son âme furent loués par la voix solemnelle du plus grand des poètes , par les larmes publiques du meilleur des frères .
Gerson, un des écrivains les plus cités dans l'Europe savante , n'avoit pas eu en France les mêmes avantages. L'Académie dont la mission est à la fois de conserver, de relever toutes nos gloires , et les moins populaires , a vengé celle de l'illustre Chancelier' de la défaveur trop long temps attachée parmi nous aux ouvrages écrits en latin. Notre langue est pourtant sortie tout entière avec nous, je dis avec nos mœurs, nos lois, notre civilisation, notre histoire, de cette Latinité , que nous devrions , par piété filiale du moins, ne pas abandonner, n'eût-elle aucun des nombreux avantages que nous tâcherons d'indiquer aux familles dans la lettre qui suit , et qui nous semble un utile appendice à ce volume.
A Monsieur VILLEMA1N,