‹ Corneille et Rotrou, comédie en un acte en proseChapitre 13 sur 37 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ROTROU

N'insiste pas, Rotrou... En toute autre circonstance peut être , j'aurais cédé à tes conseils... mais aujourd'hui cela me serait impossible. Quand on souffre on est plus irritable... et je souffre, ami; j'ai le cœur doublement ulcéré des ^basses intrigues, des critiques haineuses dont je suis l'objet,., et surtout... à toi je puis l'avouer... d'un amour qui domine toutes mes pensées ! un amour sans espoir !

ROTROU

Ah !... je te plains ! avec une âme comme la tienne, l'amour ne peut être qu'une passion sérieuse. Tu n'es donc pas aimé?

Je l'ignore et n'ai point cherché à le savoir.

ROTROU

Je ne te demande pas si la personne est digne des sentimens qu'elle t'a inspirés.

Elle a vingt-trois ans, une éducation parfaite , une âme pleine de noblesse. C'est une bonne et douce créature, qui , privée de sa mère depuis une dizaine d'années, a consacré sa vie à faire le bonheur de ceux qui l'entourent. Elle a élevé elle-même sa jeune sœur... elle dirige la maison... elle prodigue les soins Ips plus touchans à son père : tout le monde l'admire, tout le monde l'aime et j'ai fait comme tout le monde!

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