‹ Corneille et rotrou: comédie en un acte et en proseChapitre 10 sur 17 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les Mêmes, COLLETET.

colletet, arrivant de la droite. Parbleu ! ce faquin de Lambert a juré de me faire faire des chefs-d'œuvre ! Je cherchais deux ou trois vers pour un ami que je ne puis nommer... Un petit trait de génie qui manquait au second acte de l'Etoile !... ça ne venait pas!... mais j'ai rencontré Lambert!... ma providence !. . . et le trait de génie est sorti d'un flacon de Xérès !. . . Oh ! je n'y suis pour rien, je te le jure...

rotrou, à part. Au diable l'importun !

colletet. Mais que vois-je?... Ah! mon Dieu ! n'est-ce point un revenant ? le petit Corneille ! {Corneille fait un mouvement , Rotrou lui saisit la main.) Eh mais, mon cher, d'où venez-vous donc? On vous disait enseveli dans un bailliage de Normandie ou dans un couvent de moines espagnols ! Est-ce un motif de santé qui vous ramène ?. . . Vous a-t-on recommandé l'air du palais Cardinal ? Prenez garde! vous me faites l'effet d'être bien malade!... il vous achèvera!

corneille. Vous avez raison , monsieur Colletet, il me faut un air pur et libre!... Celui de ce palais sent trop la prison !

colletet. Partez vite , mon cher, partez vite !

ROTROU. Pas avant d'avoir laissé a monseigneur un témoignage de ton respect et d'une juste reconnaissance !

colletet. En effet, monseigneur, comme toujours, a fait preuve d'esprit et de générosité. Il blâme la tragédie, mais il pensionne l'auteur!

rotrou. L'auteur qui n'accepte un bienfait que pour s'en rendre digne, et qui vient offrit' au Cardinal le fruit de ses méditations et de ses veilles !

colletet. Quelque parent du Cid?... Un petit Espagnol ?

rotrou. Un Romain, Horace !. . . dont il fait hommage à Richelieu !

corneille. Rotrou, quedis-tu?

colletet. L'action me semble hardie !

rotrou. Corneille te fait-il l'effet d'un poltron ?

colletet. Qu'il prenne garde, pour son Horace, à une seconde critique !

corneille, avec force. Une critique!...

Eh bien, monsieur, qu'elle vienne!... je l'attends sans crainte!... Horace fut condamné par les décemvirs, mais il fut absous par le peuple!... — Rotrou, je me décide à suivre ton conseil... J'écris à Richelieu... je lui dédie Horace!... Mieux vaut cent fois fléchir le genou devant un grand homme que de courber la tête devant des nains !

Il se met à la table et écrit. Rotrou lit et approuve à mesure que Corneille écrit.

colletet, à part, après un temps. Eh!

eh!... j'ai bien peur d'avoir réveillé le lion! Ce maudit Romain que Corneille s'est avisé de ressusciter est bien capable de nous traiter, Boisrobert, l'Etoile et moi, comme des Coriaces !

rotrou. Parfait!... la lettre est digne du poète et du ministre !. . . Signe !

colletet, à part. Leur confiance est effrayante !

ROTROU. Maintenant ne perds pas une minute; va chercher ton manuscrit, sois vain-

MAGASIN THÉÂTRAL

queur avec Horace, et Julie t'appartiendra... La fortune ne revient jamais à demi !

corneille. Prends donc cette lettre!...

mais songes-y bien, Rotrou, c'est mon honneur que je te confie... défends-le comme le tien !

Au moment de sortir, il se rencontre avec Boisrobert et l'Étoile qui entrent et s'arrêtent eu le voyant.

l'étoile. Que vois-je?... Corneille!

boisrobert. Eh ! que viens-tu faire ici?

Corneille les regarde avec mépris et sort sans répondre.

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