‹ Corneille et rotrou: comédie en un acte et en proseChapitre 9 sur 17 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

rotrou. Quelle peut être la pensée du Cardinal en mandant près de lui mademoiselle de Lamperrière ?

corneille. Ah ! Rotrou ! mon cœur me l'a dit!... il veut la marier!

rotrou. Tu pourrais croire!...

corneille. N'as-tu pas entendu ce que disait tout à l'heure M. de Lamperrière lui-même ? Oui. . . oui. . . je le sens à mon trouble, au désespoir qui s'empare de moi, Richelieu a disposé de la main de Julie pour quelque noble protégé!... il a frappé le père ! il veut élever, enrichir la fille ! Et moi, Rotrou, je la perds au moment où un rayon d'espoir venait ranimer mon cœur !

ROTROU. Pourquoi la perdre?... si elle t'aime. . . si elle te l'a dit. . .

corneille. Mon ami! pas on mot d'amour n'a été prononcé entre Julie et moi ! Elle ne m'a parlé que de son amitié !... Ah ! si je dois tout perdre en un jour... si Richelieu me dispute à la fois mes succès et mon bonheur... eh bien, je n'y survivrai pas!... Cette pensée est affreuse ! elle m'accable, elle me tue !

rotrou. Corneille!... mon ami!... commande à ta douleur ! songe à Julie, à son père, aux dangers qui les menacent et que tu peux contribuer à détourner. . . songe à cet enfant de ton génie que le Cardinal peut condamner avant qu'il n'ait vu le jour! [Corneille paraît indécis. ) Ah ! c'est le ciel qui m'inspire!... Je tremblais pour le père d'Horace, c'est Horace qui te sauvera !

corneille. Que veux-tu dire ?

rotrou. Silence ! voici Colletet !

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