SCENE VIII
Les Mêmes, ROTROU, LAMPERRIÈRE.
lamperrière, ^d£e<?£ tremblant. Mon ami, mon cher Rotrou. . . vite un siège, je vous en prie. . . Je suis mort !
Il tombe dans un fauteuil.
JULIE, courant à lui. O ciel ! mon père ! qu'avez- vous?
lamperrière. Qui pouvait s'attendre à cela?,.. C'est un coup de massue!
corneille, à part. Mais que s'est-il donc
lamperrière. Ah! ma fille! ma Julie!...
Je l'avais oublié en venant ici !. . . la main qui
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distribue les faveurs est la même qui lance la foudre!... et je suis arrivé au moment où le tonnerre grondait î il m'a écrasé !
JULIE. Mon père, je vous en conjure, expliquez-moi. . . Vous avez vu le Cardinal ?
lamperrière, avec un effroi comique.
Oui, oui. . . je l'ai vu. . . et je le verrai toute ma vie !. . . Il était assis dans un grand fauteuil !.. . d'une main il pressait avec force les sceaux de l'état, et de l'autre... étrange contraste! il jouait avec une innocente créature... un tout petit chat, le plus joli du monde ! Après avoir attendu avec respect pendant quelques minutes au fond de l'appartement, M. de Rotrou se décide a annoncer mon arrivée et la tienne ! (Se levant. ) Je m'approche aussitôt. . . Je m'incline... je m'incline encore... davantage... de plus en plus... en attendant qu'un mot, un signe, m'autorisent à reprendre une position verticale !... Rien, rien !... Je sentais déjà des éblouissemenls affreux... tu sais que j'y suis très-sujet!... lorsque enfin...
JULIE, impatiente. Le Cardinal rompt le silence ?. . .
LAMPERRIÈRE. Non, pas lui, mais la petite créature!... et de façon à dénoter une terrible colère dans la main qui caressait l'animal !
rotrou. C'était en effet un signe certain de l'irritation de Monseigneur.
LAMPERRIère. Acobruitde sinistre augure, je me hasarde à relever la tête. . . Le Cardinal avait les yeux fixés sur moi. . . mais des yeux. . . l'éclair !. . . Je ne savais plus si je devais parler ou me taire, rester debout ou me prosterner à ses pieds. . . Mais lui, sans me donner le temps de choisir, étend le bras et me montre la porte ! Elle était ouverte!... Je crus devoir en franchir le seuil Mais je n'avais pas aperçu un
maudit tabouret , et dans ma précipitation. . . (il étend les bras en avant comme un homme qui tombe, et il ajoute en soupirant) j'ai fait une vilaine sortie !
Julie. Mes pressentiments ne m'avaient pas trompée ! Je redoutais cette entrevue !
lamperrière. Mais que vois-je?... Monsieur Corneille!... Ah! pardon! je m'attendais si peu à vous rencontrer ici... et je suis si troublé. . . que je ne vous avais pas reconnu. . . vous voyez un homme disgracié.
corneille. Une disgrâce imméritée sans doute, quelque injustice nouvelle.
julie. Mon père !... il est peut-être temps encore de prévenir ce malheur.
rotrou. Cherchez, du moins, quelle peut en être la cause !
r. \ m Perrière. Voilà précisément ce que je me demande. Ou'ai-je fait?... Qu'ai-je dit? .le suis lieutenant civil, c'est vrai; c'est une place dans laquelle on peut se faire beaucoup d'ennemis,., quand on s'en occupe... Mais de
ce côté-là, je n'ai rien à me reprocher!... Sont-ce mes opinions politiques ?... Ah ! mon Dieu ! ceux qui les connaissent sont habiles !
rotrou. Eh bien , il faut passer en revue tous vos amis... voir ceux qui peuvent vous servir auprès du Cardinal.
lamperrière. Vous d'abord , mon cher Rotrou, je compte sur votre appui... Je réclame aussi le vôtre, monsieur Corneille.
corneille, embarrassé. Oh ! le mien, monsieur!
lamperrière. Laissez donc!... Autrefois vous étiez au mieux avec son Eminence... Vous devez être encore très-bien, puisque je vous retrouve ici... Je le répète... je compte sur vous comme sur un ami! ( À part. ) J'ai eu tort d'être si fier avec lui (Haut.) Ce cher Corneille!... un charmant garçon , plein de mérite, de talent ! (A part. ) Jl n'y a pas de petit protecteur !
ROTROU, bas à Corneille. Il ignore ta rupture avec le Cardinal!... Laisse-lui sou erreur !
lamperrière , frappé d'une idée. Ah! le duc de Praslin !... Mes propriétés touchent aux siennes!... Nous chassons ensemble tous les hivers. . . et il m'a cent fois assuré de sa protection !
V! ROTROU , passant auprès de Lamperrière . M. de Praslin !... C'est l'ami du Cardinal, le confident de ses pensées les plus secrètes. . . Lui seul peut vous éclairer sur les motifs d'une colère vraiment inexplicable !
LAMPERRIÈRE, prenant Julie par la main.
Courons chez lui, ma fille! .. Ah! mes amis, quel voyage! Vingt-six lieues en quarante-hui i heures... pour être reçu de la sorte !
julte. Venez, mon père... ne perdons |>a> de temps !
Ils remontent vers la porte du fond.
UN HUISSIER, sortant de V appartement il a Cardinal. Mademoiselle de Lamperrière estelle encore ici?
jf lamperrière, avec inquiétude. La voilà , monsieur.
* l'huissier. Monseigneur prie mademoiselle de passer dans le grand salon et d'attendre qu'il la fasse appeler !
julie. Ah ! mon Dieu !
lamperrière, à Rotrou. Qu'est-ce qu<cela signifie?
~~ julie. Paraître seule devant lui !... Oh ! je n'oserai jamais.
ROTROU. Refuser serait l'irriter encore !
lamperrière, vivement. Chère enfant....
songe à ton père... à sa place! Il y tient autant qu'à la vie!... que sais-je? ma vif ellemême est peut-être menacée. . .
julie, à V Huissier. Monsieur!... conduisez-moi !
lvmperrière. Va. ma fille, sois plus heu-
reuseque ion père dans ton entrevue et surtout dans ta sortie ! Je cours chez M. de Praslin !
Jolie entre chez le Cardinal, Lamperrière sort par le fond.
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