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. il n'ajoutera pas aussitôt :
Oii Ton voit sauter les grenouilles Qui de frayeur 8*y vont cacher Sitôt qu'on les veut approcher * .
Celte vérité, sans grâce et sans intérêt, n'est point la vérité poétique; car un poëte> un homme vivement saisi d'idées et d'images agréables ou élevées^ nlra certainement pas songer aux grenouilles qui sautent à ses pieds, ou n'y songera pas assez pour s^arrêter à les peindre.
C'était cependant par cette vérité à la fois factice et vulgaire que se laissaient charmer des lecteura aussi dépourvus que les poètes de ce sentiment du beau qui n'est que le vrai mis à sa place* On voit dans le Monologue de CoUetet % qui sert de préface à la Comédie des Tuileries, des cinq auteurs :
La canne s'humecter de la bourbe de l'eau, D'une voix enrouée et d'un battement d'aile Animer le canard qui languit auprès d'elle \
On voit le cardinal de Richelieu^ à qui Colletet lisait ce monologue, transporté à cetle lecture, donner de sa
1 Ces vers sont tirés de la Solitude, de Saint-Amant, déjà citée, (Voyez le Recueil des plus belles pièces des p9ëtes français^ t. lil^ p. 236 et suiv.) •
* Le père de celui dont a parlé Bolleau.
s Voyez ce monologue imprimé en tête de la Comédie des Tuile» ries, Paris, 1638, in-4.
main cinquante pistoles à l'auteur, disaùl que c'était pour ces trois vers seulement^ et que « le roi n'étoit pas assez riche pour payer le reste de la pièce *. d Seulement le cardinal aurait voulu, pour plus d'exactitude, que GoUetet changeât ainsi son premier yers :
La canne barbotter dans la bourbe de ]*eau,
et le poète eut beaucoup de peine à se dispenser de la correction % qui du reste eût été eu harmonie avec Pensemble du tableau •• Qu'on parcoure tous les poètes de cette époque ; on
* Voyez V Histoire âe l'Académie, par Péiisson, p. 182, et Tiîtetoire du eardinal 4uc de Richelieu^ par Aubery, t. U» p. 434.
^ En quittant le cardinal, qu'apparemment il n'avait pas encore bien cottvaincti, CoUelet lui écrivit une lettre sur ce -sujet : « Le cardinal achevoit de la lire» dit Péiisson, torsqu*il survint quelquesuns de ses courtisans, qui lui firent compliment sur je ne sais quel succès des armes du roi, et lui dirent « que rien ne pou voit résister à son Éminence. » — « Vous vous trompez, leur répondit Richelieu en riant, je trouve dans Paris même des personnes qui me résistent ; i> et comme on lui demanda quelles étoient donc ces personnes si audacieuses: « Colletet, dit-il ; car après avoir combattu hier avec moi sur un mot, il ne se rend pas encore, et voilà une grande lettre quMl rient de m'en écrire. » Hiitoire de l'Académie, par Péiisson, p. iS% et suiv.)
* Le voici en entier :
A mesme teintas j*ay veu^ sur le bord d'un ruisseau^ La canne B'bumecler de la bourbe de l^eaui D'une voix enrouée et d'un baltemenl d'nisle. Animer le canard qui languit auprès d'elle^ Pour appaiser le feu qu'ils sentent nuit et jour^ Dans celte onde plus sale encor que leur amour*
sera partout frappé de ce défaut de médilation qui empêchait leur goût de devenir pur, et leur sensibilité de devenir profonde; ils passent quelquefois devant une grande idée ; mais ils ne s'y arrêtent jamais, car ils ne se doutent pas de tout ce qu'elle contient de poésie et de grandeur; c'est pour eux une pure combinaison de l'esprit, une étincelle passagère qui, loin d'allumer un feu durable, ne brille que pour s'éteindre. A cette froideur, maladie mortelle de la poésie , vint bientôt se joindre cette négligence, qui est un caractère essentiel de la grâce des gens du monde, et par laquelle ils dénaturent, pour se les approprier, les choses qu'ils destinent à leur usage. Dès qu'il fut à la mode d'avoir de l'esprit, tout le monde voulut faire des vers ; et, grâce à ce privilège qu'ont les gens de qualité a de savoir tout sans avoir rien appris, » tout le monde en fit. Dès lors il fallut, pour être à la mode, que les poêles fissent des vers comme les gens de qualité, sans travail, sans ce qu'on appelait « pédanterie ; » il fallut leur donner ceatour cavalier» dont s'enorgueillissait ce Scudéry, qui se vantait d'avoir « usé beaucoup plus de mèches en arquebuses qu'enxhandelles,» d'être sorti d'une maison où l'on n'avait « jamais eu de plumes qu'au chapeau,» et qui voulait apprendre à écrire de la main gauche, afin d'employer « la droite plus noblement » ', «Je me
' Voyez la Préface de Lygdamon, adressée au duc de Monlmorency.
donne au diable si je suis poëte^ fait-on dire à un de ces petits maîtres beaux-esprits, et si je sçay seulement ce que c'est qu'enthousiasme. Je fais des vers, il esf vrai , mais c'est pour tuer le temps ; encore ce sont de petits vers galants que je compose en me peignant. Je laisse aux poètes de profession tout ce grand attirail de fictions et de termes ampoulés; je m'arrête seulement aux expressions tendres et délicates, et je crois, Dieu me damne, avoir attrapé cet air de cour dony^ manière badine dame le pion à la gravité des savans^ » C'étaient là les gens qui jugeaient les vers, et pour qui on les faisait, et à qui il fallait ressembler si l'on voulait leur plaire. Malherbe était rangé au nombre des poètes « de profession ; » et, sauf le français qu'il avait enseigné à la cour, il ne se serait reconnu nulle part dans cette inondation de rimes qu'on n'oserait appeler de la poésie.
a J'ai vu, dit Saint-Évremond , qu'on trouvoit la poésie de Malherbe admirable dans le tour et la justesse de l'expression. Malherbe s'est trouvé négligé quelque temps après, comme le dernier des poêles, la fantaisie ayant tourné les François aux énigmes, au burlesque et aux bouts-rimés *• »
C'était de là, cependant, que devaient sortir les plus brillantes époques de notre gloire littéraire. Les gens
1 Parnasse réformé, p. 65.
« Œuvres de SahU-Êvremond, t. V, p. i8.
n DE L'ÉTAT DE LA POÉSIE EN FRANCK
de lettres, par leurs conversations et par leur présence, avaient trayaillé à répandre dans la société le goût des occupations de Tesprit : ce goût avait eu pour eux* ^ mêmes l'attrait d'une nouveauté dont on s'empresse de jouir et de se parer; mais on s'accoutume à la nou** veauté, et quand le bien qu'elle a servi d'abord à embellir est en lui-même un bien réel et qui peut deve^ nir la source de plaisirs doux et véritables, on arrive, lorsque laanouveauté est passée, à goûter ces plaisirs, plus silencieusement, plus profondément, et sans éprouver le besoin d'en faire parade chaque jour. Si le public ne s'était pas encore éclairé, il s'était du moins étendu 5 les écrivains pouvaient espérer de trouver, hors de leur coterie, des admirateurs et des juges; ils eommençaient ainsi à devenir plus indépendants; ils acquéraient et plus de loisir pour méditer, et plus de liberté pour suivre les impulsions naturelles de leur talent. Il ne fallait plus que des circonstances favorables qui pussent assurer cette liberté, augmenter ce loisir, et mettre ainsi les poètes en état de produire de beaux ouvrages propres à diriger le goût d'un public qui n'avait plus besoin de s'amuser tous les jours de leur esprit pour s'intéresser à leurs travaux.
L'institution de l'Académie française, l'établissement des théâtres, et un peu plus tard la protection directe de Louis XIV, furent les principales causes qui amenèrent ce grand et heureux effet.
J'ai montré quelle était, au commencement du dixseptième siècle, la fermentation générale qui portait les esprits vers la littérature. Cette fermentation n'était pas celle que produit Tapparition d*un génie supérieur qui entraine tous les autres après lui : ce n'était pas non plus cette chaleur forte et soutenue qui ndt, au milieu d'une nation libre, du développement égal et naturel de toutes les facultés ; c'était un mouvement vif et incertain vers la lumière , un besoin d'agir sans but déterminé , et où se faisait sentir la tendance au perfectionnement plus que la fièvre de l'invention. Satisfaits de leurs richesses , les beauxesprits semblaient n'avoir d'autre soin que de les mettre en ordre pour s'en parer; de tout ce qui manquait à notre poésie» ils n^apercevaient que le défaut de régularité et de correction. Le principal objet de leurs travaux était l'épuration de la langue ; à l'exemple de Malherbe, « ce docteur en langue vulgaire, » selon l'expression de Balzac*, ils se croyaient chargés du soin de sa gloire et de sa prospérité, à laquelle, dans leur opinion, tenait, peut-être plus qu'on ne pensait, la prospérité de l'État*. Us s'en occupaient avec l'assiduité
t Socrate chrestien.
^ Dans la lettre que le cardinal de Richelieu voulut que lui écrivissent les académiciens pour lui demander sa protection, on voit • quMl sembloit qu'il ne manquât plus rien à la félicité du royaume, que de tirer du nombre des langues barbares celte langu que non^ parlons. » (Hist. deVAcad,, Par Pélisson, p. 37.)
qu'on doit mettre à une fonction spéciale, avec le zèle attaché au maintien d'une autorité supérieure; le goût de la liltérature, répandu dans la société, faisait, des hommes à qui il appartenait d'expliquer ou de faire obserrer ses lois, les chefs d'un vaste et brillant empire; et « la grammaire qui sait régenter jusqu^aux rois, d ne pouvait être, aux yeux de ses propres ministres, un objet d'une médiocre importance. Aussi , . en même temps que les gens de lettres allaient dans le monde jouir de leurs succès, un intérêt plus sérieux, celui de la chose publique, les réunissait souvent entre eux. Là, quel que fût le sujet de l'entretien, le respect pour la langue, le choix, l'élégance, la propriété des termes étaient observés avec tout le scrupule d'un devoir, et tout le tiravail d'une tâche. « Tout au contraire d'aujourd'hui, dit Ménage, on prenoit garde à parler correctement, à ne pas faire de fautes dans ces entretiens d'assemblées ^ » Balzac resté seul avec Ménage, après une de ces réunions, lui disait en respirant : a A présent que nous sommes seuls, parlons librement, sans crainte de faire des solécismes * ; » et Balzac, qui s'en moquait, s'observait encore plus que les autres. « Il partait, dit Ménage, beaucoup mieux qu'il n'écrivoit. Quand tous ceux qui se mêlent de bien parler se seroient assemblés pour former une période, ils n'auroient- pas
i Menagiana, t. I, p. 306.
» IMd.
mieux réussi que lui... Tous les habiles gens ont été obligés de le reconnoître pour le restaurateur, ou plu- ' tôt pour Vauteur de notre langue ^ telle qu'elle est aujourd'huy*. »
Quelle que fût d'ailleurs la fatigue de ces entretiens, c'était celle qui résulte d'un vif et amusant intérêt; d'après ce qui nous est resté de lettres, d'anecdotes^ de mots, d'opinions recueillies dans la conversation à cette époque, il est aisé de voir combien était active la circulation des idées , presque toutes employées en petits échanges journaliers. Jamais peut-être l'esprit et Pin^ struction n'ont été si entièrement consacrés au commerce habituel de la vie : les assemblées littéraires se multipliaient partout; on se réunissait chez M^^de Gournay *, chez Balzac, plus tard chez Ménage. On se réunissait dans le a pays latin % d aux environs des collèges, où l'on commençait à chercher s'il y avait moyen de faire , d'une langue comme la langue française, quelque usage raisonnable. Pélisson raconte qu'au sortir du collège , rempli de dédain pour le français, il ne cessait de se moquer des a romans et autres pièces nouvelles » qu'on lui présentait, « revenant toujours,
t Menagiana, 1 1, p. 311*
< Je ne sais sur quel fondement Tabbé de Marolles prétend que ce fut chez elle que « se conçut la première idée de T Académie franroise. » [Mémoires de Michel de Marolles, t. Hl, p. 289.)
• Voyez Y Histoire de l'Académie, par Pélisson, p. 356, et les Mémoires de Marolles, 1 1, p. 77.
dit-il, à mon Cicéron et à moû Térence, que je trouvois bien plus raisonnables ; )» eafin il fut frappé de quelques ouvrages qui lui tombèrent entre les mains, et parmi lesquels se trouvait le quatrième volume des L$êlre$deBalMe ; a Dès lors^ dit-il, je eommençay nonseulemént à ne plus mépriser la langue françoise, mais encore à l'aimer passionnément, à l'étudier avec quelque soin, et à croire, comme je fày encore aujourd'huy, qu^avec du génie, du temps et du travail^ on pouvoit la rendre capable de toutes choses ^ » On peut juger si les assemblées littéraires étaient nécessaires à des hommes élevés de cette façon. Là étaient discutées les difficultés de la grammaire; là se jugeaient les ouvrages; là, les beaux esprits de la coterie, inspirés quelquefois par les idées proposées dans ces conférences, et encouragés du moins par la certitude d'y trouver un public attentif, apportaient les fruits de leurs travaux. Quelques graves censeurs critiquaient ces occupations, cette activité d'esprit prodiguée sur des mots'; ils n'y apercevaient pas les premiers essais
d'une activité plus importante, et le sentiment naturel
1 Histoire de V Académie^ p. 48i .
s a Ce fut alors, dit Tabbé de Marolles, qu'un jeune théologien, appelé Louis M^sson, ne put s^empêcher de nous marquer son étonnement, nous ayant trouvés comme nous examinions certaines façons de parler de la langue : ce qu'il estimoit de peu d'importance en comparaison d'autres choses où, selon sa pensée, il eût été bien plus juste que nous eussions em|)Ioyé du temps. » {Mémoires de Vabbé de MfirflUeSy t.-4, p. 77-78.)
d^hommes qui, disposés à se réunir «t eboFchantà s*enteBâre, s'appliquaient à tirer de sa longue barbarie la langue même qw devait servir à leurs eommunica^ lions; travail qu'ils étaient obligés de faire, puisqu'au* cun de ces génies supérieurs qui font jaillir la lumière* du sein du chaos ne le leur avait épargné.
Vers Vaq X62% parmi ceux que réunissait ainsi le goût des lettres, Chapelain, Gombauld, Godeau, Malleville et quelques autres, vivant comme eux dans le monde et occupés d'affaires, contrariôs de ne pouvoir se rencontrer aussi souvent et aussi librement qu'ils. l'auraient désiré, convinrent d'un jour de la semaine pour se rassembler cbes Conrart, le plus commodément 16gé d'egtre eux. Ce n'était point une assemblée littéraire, mais une réunion d'hommes qui se conve^ naient sous tous les rapports, quoique les occupations de l'esprit fussent leur principal lien : a Us s'entretenoient familièrement, dit Pélisson^ comme ils eussent fait en une visite ordinaire, et de toutes sortes de
choses, d'affaires, de nouvelles, de belles-lettres 3 et
leurs conférences étoient suivies, tantôt d'une prome-» nade, tantôt d'une collation qu'ils faisoient ensemble ^)> Us se consultaient mutuellement sur leurs ouvrages, et ne se jugeaient que pour se conseiller.
Une pareille union de confiance et d'amitié n'admettait que des associés de choix; po?jr n'être pas exposés
• Wnloire de l'Académie, p. 9-10,
à en recevoir d'autres, ils avaient résolu de la tenii secrète. Durant près de quatre ans ce secret fut gardé, et ce temps fut pour eux celui d'un bonheur que sans doute ils regrettèrent plus dune fois dans la suite. « Encore aujourd*huy, dit Pélisson, ils en parlent connne d'un âge d*or durant lequel, avec toute l'inno cence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit, san^ pompe, et sans autres lois que celles de l'amitié, ils goùtoient ensemble tout ce que la société des esprits et la vie raisonnable ont de plus doux et de plus charmant ^»
Peut-être cependant, à mesure que leur goût s'épurait et en se sentant les moyens de faire autorité, commencèrent-ils à en concevoir le désir; peut-êtrfi quelques-uns d'entre eux se laissèrent-ils aller à invoquer, à l'appui de leur sentiment, celui de la réunion dont ils faisaient partie. Le secret fut divulgué. Selon Pélisson, ce fut Malleville qui le dit à. Faret *; celui-ci se présenta un ouvrage à la main*, et fut admis. 11 eu parla à Bois- Robert, qui sollicita aussi l'admission. Bois-Robert, créature du cardinal de Richelieu, était un homme qu'il n'était ni aisé de rejeter, ni indiiférent d'admettre; les anciens associés parurent le sentir : « 11 n'y avoit pas d'apparence, dit Pélisson, de luy en refuser l'entrée;
1 Histoire de V Académie, p. H .
« Ibid.
' V Honnête Homme,
car, outre qu'iljélait ami de la plupart dô ces Messieurs, sa fortune* même lui donnait quelque autorité, et le rendait plus considérable. *» Bois-Robert fut reçu, et le cardinal ne tarda pas à être instruit de l'existence de la société. . ^
Richelieu, paisible possesseur de Fautorité suprême, s'occupait alors à en jouir en la consolidant. Partageant le goût de son siècle pour les amusements de l'esprit, il les faisait servir à sa gloire et à sa politique en même temps qu'à ses plaisirs; il accordait aux lettres une protection active, dont on a peut-êti^e exagéré l'influence sur la littérature de son propre temps, mais dont on ne saurait méconnaître Feifet sur les générations suivantes, a II ne considérait l'État que pour sa vie, a dit le cardinal de Retz; mais jamais minisire n'a eu plus d'application à faire croire qu'il ménageai^ l'avenir '. » Et jamais ministre, peut-être, n'a. plus remis à l'avenir le soin de faire éclater la grandeur de ses idées : son propre caractère les empêchait souvent de produire un eifet prompt et soutenu; il comprimait par instinct ce que par calcul il avait eu dessein d'élever; poussé par le besoin de dominer et de jouir, pressé de saisir et de s'approprier ce qu'il avait fait naître, il semblait ignorer que le germe, une fois semé, appar*
i C'est-à-dire sa faveur auprès du cardinal. ^ Histoire de l'Académie, parPéHsson, p. i3. s Mémoires du cardinal de Retz, 1. 1, p. 95.
i^i DE L'ÉTAT DE LA ï»OÉSÎE ^N FRANGÉ
tient à la nature dont raclion ne saurait s'accorder avec celle de la puissance : son autorité voulait se porter jusque sur les moindres détails : «Celait, dit encore le cardinal de Retz, un très-grand homme, décidé â être le maître partout et en tout, et qui avoit au souverain degré le foible de ne point mépriser les petites choses ^ » Il protégeait les lettres en ministre et en amateur, et le gofftde l'amateur s'appuyait de l'autorité du ministre. Sa domination sur les gens de lettres était tnélée de familiarité, mais c'était la familiarité d'un maître qui donnait également ses idées poUr inspiration et de TargciU pour récompense. Vaugelas, qu'il avait chargé du Dictionnaire de l'Atadémiet l'étant venu remercier de ce que> pour prix de son travail, il lui avait fait rendre une ancienne pension qui n'était pas payée : « Eh bien ! Monsieur, lui dit* le cardinal, lorsqu'il l'aperçut, vous n'oublierez pas du moins dans le Dictionnaire le mot de pension î » — a Non, Motiseigrieur , répondit Vaugelas, et moins encore celui de reconnoissance. » La réponse était plus noble que la plaisanterie n'était délicate : ni Tun ni l'autre ne s'en aperçurent *.
Cependant en récompensant les gens de lettres par des grâces presque toujours faites au nom de l'État, Richelieu leur préparait les moyens de se soustraire
à la dépendance particulière à laquelle ils étaient
i Mémoires du cardinal de Retz, 1. 1, p. 13 et 16.
* Histoire du cardinal de Richelieu, par Aiibery, 1 1, p. 432
presque tous obligés de se soumettre. Durant sa yie, ils n'avaient pu être que les obligés de M. le cardinal; après sa mort, ils se trouvèrent les pensionnés du Gouvernement I et TÂcadémie, qu'il n'avait fondée que pour se donner un corps littéraire à protéger et à dominer, devint, quelques années après, sous la protection plus libérale de Louis XIV^ un corps littéraire qui devait bientôt ne plus appartenir qu'à la France.
Sur le compte que lui avait rendu Bois-Robert des assemblées qui se tenaient che2 Conrart, de Tesprit qui y présidait, de l'union des sentiments et de la sagesse dés décisions^ Richelieu avait conçu Tidée d'une nouvelle autorité, c'est-à-dire d'une nouvelle branche de s& propre autorité; il demanda a Bois-Robert si ces Messieurs ne voudraient pas faire un corps, et s'assembler sous une autorité publique, et il lui ordonna de leur offritt^t sa protection pour leur compagnie, qu'il feroit établir par lettres-patentes, et à chacun d'eux en particulier son affection qu'il leur témoigneroit eu toutes rencontres^» Rien ne pouvait leur être moins agréable qu'mi pareil honneur; « et lorsqu'il fut question de résoudre en particulier ce qu'on devoit répondre , à peine, dit Pélisson, y eut-il aucun de ces Messieurs qui n'en témoignast du déplaisir \ » Que]ques-^ns même voulaient
^ Histoire de V Académie , par Pélisson, p. 16-17. * IMd.
absolument qu'on refusât; ce n'était pas un caractère agréable à porter aux yeux du public que celui qu'im* primait la protection du cardinal ; elle était même souillée de soupçons assez odieux pour la faire redouter à des gens d'honneur : on lui croyait des espions chez tous les grands seigneurs, et quelques-uns des futurs académiciens, conune Serisay, intendant du duc de La Rochefoucauld, ennemi du cardinal; et Halle* ville, secrétaire du maréchal de Bassompierre, alors à la Bastille, avaient quelque raison de craindre qu'une pareille protection ne leur fît perdre la confiance de leurs maîtres. Hais up premier ministre a pour lui tous les intérêts qui ne sont pas contre lui; Chapelain, qui avait une pension du cardinal, donna des raisons assez plausibles; il leur représenta en particulier, « que puisque, par les lois du royaume, toutes sortes d'assemblées, qui se faisoient sans l'autorité du prince, étoient défendues, pour peu que le cardinal en eust envie il luy seroit fort aisé de faire, malgré eux-mesmes, cesser les leurs ^ » L'avis de Chapelain, prévalut, et des remerciments furent portés au cardinal pour qui, dès ce moment, « PÂcadémie française d devint un objet d'afTection et même de considération.
On s'occupa aussitôt de lui donner la forme qu'elle a conservée depuis; mais, comme elle l'avait prévu, elle se vit bientôt en butte aux sarcasmes et à la mé-
1 Hiêtoire de V Académie, par Pélisson, p. 2i,
SâDce.Jl n'était pas nécessaire, pour les encourir^ qu'elle fût l'œuvre d'un ministre craint et haï. Le parlement, à qui l'on avait, en 1635, apporté les lettrespatentes à enregistrer, n'accorda cet enregistrement qu'en 1637, et sur les instances réitérées du cardinal lui-même, qui menaça, en cas de nouveaux refus, de les faire présenter au grand conseil. Parmi les magistrats, les uns, indignés qu'on exigeât leur intervention dans une chose de si peu d'importance, rappelaient (c qu'autrefois un empereur, après avoir ôté au sénat la connoissance des affaires publiques, l'avoit consulté sur la sauce qu'il devoit faire à un grand turbot*. » D'autres, inquiets sur tout ce qui venait du cardinal^ ne savaient que penser d'un nouveau corps
formé par lui^ et auquel il paraissait prendre un si
grand intérêt. Le cardinal fut obligé d'écrire lui-même au premier président que « les Académiciens avoient un dessein tout autre que celui qu'on avoit pu lui faire croire *; » et l'enregistrement fut accordé, «c à la charge que ceux de ladite assemblée et académie ne connoistront que de l'ornement, embellissement et augmentation de la langue françoise, et des livres qui seront par eux faits et par autres personnes qui le désireront et voudront '. »
1 Histoire de V Académie j par Pélisson, p. 103-104.
«/^trf.,p. 81.
8 Ibid,, p. 87. L'Académie platonicienne de Florence, lors de son
Parmi le peuple, qui, sous un gouvernement absolu, ne s^occupc guère des nouveautés que pours'en effrayer, ceux qui s'occupaient de celle-ci la rattachaient à leurs craintes particulières : un marchand avait fait prix pour une maison qu'il voulait acheter dans la rue des Cinq-Diamants, où logeait Chapelain, chez qui s^assetnblait alors V Académie ^; ayant remarqué qu'à certains jours de la semaine, il arrivait là beaucoup de voitures, il en demanda la cause, l'apprit et rompit son marché, disant qu'il ne voulait pas demeurer dans une rue où se faisait toutes les semaines « une cadémie de manopoleurs'». D'un autre côté, le public était disposé à tourner en ridicule un corps qui prétendait le soumettre à ses décisions : si quelqu'un des académiciens témoignait, pour certains mots ou certaines tournures de phrases, une de ced aversions communes et natu-
rétablissement par Cosme I«r, grand-duc de Toscane, fut de même coiilrainle à abandonner toute étude philosophique pour s*occuper surtout du perfectionnement de la langue italienne. (Voyes Tiraboschi, Stor. délia Letter. Ual, t. VU, part, i, p. 143, édit. de Venise, i796.)
' Conrart s'étant marié en 1634, on Jugea à propos de Changer le lieu des assemblées, qui se tinrent d'abord chez Desmarets, puis chez plusieurs autres académiciens, jusqu'à ce qu'enfin, au commencement de 1643, après la mort du cardinal de Richelieu, le chancelier Séguier, qu*à la fin de la même année TAcadémie choisit pour protecteur, ayant désiré qu'elles se tinssent chez lui, elles s'y fixèrent iiisqu'à ce qu'elles fussent transférées au Louvre. (Histoire de VAeth iémie, par Pélisson, p. 23 et 151.)
* ma., p. 93.
AYANT €0BN£1LL£. 407
relies dans un temps où les mots étaient une si grande afikirey «Tenvie et la médisance, dit Péliâson» faisoient d'abord passer cela pour une décision académique * ; » et la comédie des Àcudémiciens % de Saint-Évremond, où on les représente se disputant et s'injuriant pour des mots que les uns veulent condamner et les autres absoudre^ montre quelle était, à leur égard, la disposition des gens du monde^ Les gens de lettres euxmêmeSy incertains entre le public etPautorité, semblèrent d'abord n'approcher qu'arec circonspection d'un corps sur la nature duquel ils ne se formaient encore aueutie idée bien arrêtée '; peut^tre quelques-uns de ceux-là même qui en faisaient partie trouveront-ils quelquefois leur orgueil blessé de Pesclavage auquel TAcadémie devait les assujettir, et Maynard, qui en était^ fit ce quatrain :
En cheveux gris il me faut donc aller, Gomme un enfant, tous les jours à Técole : Que je suis fou d'apprendre à bien parler, Lorsque la mort vient m^ôter la parole !
* Histoire de VAcadémiet par Pélisson, p. H7-H8. Gomberville détestait car; il prétendit un jour ne Tavoir jamais employé dans son roman de Polexandre^ où cependant il se trouva trois fois : ou en condut que l'Académie voulait bannir le cut; ce fut le sujet de beaucoup de plaisanteries et de celte lettre de Voilure qui commence par car. (Voyez les Lettres de Voiture, t. LUI, p. 132.)
« Œuvres de Smnt'Evretmmd, 1. 1.
« Bardin, le premier des académidens morts depuis la fondation j avait été accusé d'avoir reçu avec froideur sa nomination lorsque l'Académie, au commencement, Tavail choisi pour un de ceux qui
On a débattu, depuis deux siècles , les avantages et les inconvénients d'une semblable autorité : peut-être eût-il fallu examiner d'abord s'il était possible qu^au commencement du dix-septième siècle, il ne s'établit pas une Académie. Lorsque chez un peuple peu nombreux, et par un concours de circonstances heureuses, morales ou politiques, les lumières se répandent avec une certaine égalité et d'une manière soutenue , lorsque chaque homme se trouve dans une situation qui lui permet de jouir de ses droits et de déployer ses facultés^ les Académies sont peu nécessaires, et, par le cours naturel des choses, elles ne se forment point ou n'acquièrent aucun pouvoir. Mais partout oà les lumières et le goût des lettres, fruit d^une étude particulière et non du développement général de l'espèce humaine, seront la richesse de quelques individus et non le patrimoine de toute une nation, les hommes de lettres se chercheront et se réuniront; si des rivalités les divisent momentanément, un intérêt plus constant les ramènera à l'union ; et , tant qu'il n'y aura entre eux nul autre obstacle que l'amour-propre, l'amourpropre même formera le lien qui, à travers leurs animosités personnelles, leur fera sentir le besoin de cher-
devaienl compléter le nombre de quarante. Il s'en excusa ensuite. Ce fut probablement d'après quelques exemples de ce genre que l'Académie arrêla de ne recevoir personne qui ne Teût fait demander. [Histoire de l'Académie, J>ar Pélisson, p. 347-348 )
cher, dans leurs suffrages réciproques, un appui contre l'ignorance et les caprices de la ffiultitude. Jamais de telles réunions n'avaient été plus nécessaires que dans la première moitié du dix-septième siècle, au milieu d'un monde occupé de littérature, sans la connaître ; elles s'étaient formées naturellement et de tous côtés ; et naturellement aussi la plus distinguée par la réputation de ses membres^ ou par leur situation dans le monde , devait acquérir une puissance d'opinion qu'elle eût conservée par sa propre force, ou qu'elle n'eût perdue que pour se voir remplacée par une autoriié semblable; car il fallait alors, pour la langue et le goût, une autorité à laquelle on pût recourir dans Fincertitude de l'usage que chacun cherchait à fixer; et celle qui fut instituée dans TAcadémie française régna au nom de Tusage qui aurait régné sans elle. .;
A la vérité, les premiers académiciens, dans une ferveur de législation qui les consola probablement de l'honneur qu'on les avait forcés d(î recevoir, proposèrent plusieurs lois d'une sévérité aussi étrange que tyrannîque; par exemple, Sirmond «vouloit que tous les académiciens fussent obligés, par serment, à employer les mots approuvés par la pluralité des voix dans rassemblée; » en sorte, comme le lait observer PéliSson, « que celui qui y aurait manqué, auroit commis, non pas une faute, mais un péché *.» Cette absurde propo-
* UUidre de V Académie, par Pélisson, n. 57-58.
sition fui rejetée. On décida^ d'autre part^ que pour qu'un académicien pût mettre son titre à la tête d'un
ouvrage, il faudrait que cet ouvrage eût été approuvé
par.rAcadémie, dont le libraire prêtait serment de n' j
rien changer après cette approbation. Mais U ^écessité
de passer par cette espèce de chancellerie gênait les
académiciens; ils cessèrent bientôt des^y soumettre, ei
le libraire n'eut auci^ne peine à tenir son serment ',
Ainsi furent^ ou rejetées, ou insensiblement éludées
toutes les contraintes qui avaient pour base le caprice
des nouveaux législateurs^ et non la puissance de
Tusage et des mœurs du temps. Et qu'on ne pense pas
que cet usage dépendit de l'Académie ; elle put quel^
quefois donner de la vogue à la médiocrité, jamais
lutter contre le génie : sa sévérité pour Famour de
Chimène n'a pas empêché Boileau de nous vanter
la douleur vertueuse De Phèdre malgré soi perâde, incestueuse.
Sans doute on rechercha le suffrage de l'Académie j mais les ouvrages qu'on fit pour lui plaire furent ceux que l'esprit du temps lui commandait d'approuver. Un talent, réellement admiré du public, ne pouvait maaquer de trouver accès auprès d'un corps qui devait rechercher tous les appuis de Topinion, seule base de son existence : si quelques hommes supérieurs en fu-
Histoire de Amdémùi, par Pélisson, p. 129, 139 liû
AYANT CORNE! tLE. Ml
rent éloignés par des obstacles étrangers à la différence des opinions académiques, cette exclusion n* eut jamais le moindre elîet sur leur gloire ou sur leur puissance littéraire : Molière et La Fontaine, pour n'être pas de TÂcadémie, n'en furent pas moins bien vus ni moins honorés, soit par le public^ soit par les académiciens eux-mêmes; et ils n'en contribuèrent pas moins à la for* mation du goût et des opinions littéraires, telles qu'elles se sont maintenues en France.
Ce fut donc la réunion des gens de lettres qui fit autorité dans la littérature; PAcadémie, comme académie, demeura réellement ce qu?elle devait être, un corps chargé de «nettoyer la langue», et delà défendre contre la corruption qu'y pouvaient introduire les vicissitudes des modes de la cour, la barbarie des formes du Palais, et l'argot des différentes professions *. Si^ en réduisant le langage à l'usage raisonnable et généralement approuvé, l'Académie se montra quelquefois un peu sévère, si l'on devait prendre à la lettre la scène de la comédie des Académiciens, où Ton voit W^^ de Gournay disputant inutilement avec l'Académie en faveur du mot angoisse *, que nous a laissé l'usage, cette circonstance nous apprendrait en même temps que l'usage l'a souvent emporté. Si on décida que le
* Histoire de V Académie ^ par Pélisson, p. iO. f ( Olez moult eijaçoil bien que mal à propo;^
Mais laissez pour le moins hlandiee, angoiste et los.
OEuvres de Saint-Èrremond, t. I.
Dictionnaire de l'Académie contiendrait tous les mots de la langue^ le résultat de cette décision fut que la langue, en s'étendant, étendit le Dictionnaire. Les mots devenus nécessaires, ou soutenus par une invention heureuse, surent bien s'y faire place; et en attendant cette place, V invaincu de Corneille passa dans la poésie, où personne n*eût osé le condamner*. La véritable autorité en ce genre a donc été celle de nos grands maîtres, ou plutôt du sentiment général qui les a presque toujours approuvés. C'est comme écrivains en possession de se faire accueillir du public^ que les académiciens ont été les organes et quelquefois les régulateurs de ce sentiment; comme académiciens, ils n'en ont été que les archivistes.
L'influence directe de l'Académie française sur la littérature, en général, n'a donc été que faible et bor« née; elle en a été le représentant plutôt que le guide, Sansdoute les gens de lettres, en ambitionnant, dans un corps considéré, une place honorable, récompense de leurs travaux, ont sacrifié quelquefois, peut-être sans le savoir, quelque chose de l'indépendance qu'aurait conservée leur talent s'ils avaient vécu isolés et livrés à leurs impulsions naturelles; la poésie surtout, qui se nourrit d'inspirations solitaires, a pu perdre un peu de sa verve originale et libre à cette discussion fréquente
Ton bras est invaincu, mais non pas invinrible.
Corneille, le Cid,
AVANT CORNEILLE. Mi
des idées, à ce commerce d'esprit journalier, plus faVoîable aux progrès delà raison qu'aux élans de l'imagination; mais c'estsur les poètes médiocres que s'est surtout exercée cette influence, et si le génie ne s'y est pas entièrement soustrait, il[n'en a jamaisété ni étouffé, ni asservi. Chaque écrivain, en particulier, a peut-être été moins libre; mais la littérature, en général, Ta été davantage. Tel a été l'effet direct et positif qu'a eu, pour l'existence des gens de lettres, l'établissement de l'Académie. Le premier moment d'hésitation avait été court ; l'empressement devint général pour entrer dans une compagnie que protégeait le premier minis* ire. Le Chancelier Seguier, alors garde-des-sceaux, fil plus que de la protéger, lorsqu'il demanda d'en être membre *, et lorsque, devenu protecteur, après la mort deRichelieu, il sollicita l'admission de son fils *. H assistait fréquemment aux séances de l'Académie, et il y maintenait une scrupuleuse égalité, ne voulant pas que ceux-là même des académiciens qui étaient de sa maison l'appelassent Monseigneur. Ces petites circonstances et d'autres semblables firent bientôt du titre d'académicien un titre distinct et honoré qui, lorsque le roi futdevenu protecteur de l'Académie, ne parut audessous de l'antbition d'aucun homme de la cour. Les
l En 1635.
« Le marquis de Coislin, reçu en 1652. Déjà avant le garde des sceaux, îe secrétaire d'Étal, M. de Servien, avait élc reçu en 1634.
deux classes furent donc plus rapprochées que jauiuis ; mais leur situation respective était changée : Thomme de lettres, certain d'être accueilli dans le monde, avait à disposer, en faveur de Vhomme du monde, d'une distinction d'autant plus précieuse que> durant plus d'un siècle et demi, la classe des gens de lettres, fertile en talents distingués, quoique d'ordres différents, ne laissait que bien peu de place aux talents, toujours moins académiques^ des gens du monde. A mesure que, sous Louis XV, les distinctions de la cour devinrent moins honorables, les distinctions de l'esprit furent plus recherchées, et les gens de lettres disposaientde cette palme. Au début du dix-septième siècle, ils avaient été obligés de consacrer leur talent aux frivoles passe-temps de la société ; quand le dix-lmitième siècle arriva, la société voulut entrer dans les idées sérieuses qui occupaient leurs méditations. Révolution de mœurs qui devait bientôt devenir une révolution intellectuelle, puis une révolution politique, et changer la face du monde après n'avoir changé d'abord que les relations des gens du monde et des gens de lettres dans la société. Mais je m'arrête devant l'immense horizon et le profond abîme qui s'ouvrent en même temps. Je n'ai voulu que rechercher les principales causes et retisacer les caractères originaux de Fétat des lettres, surtout de la poésie, en France, aux approches et au début du dix-septième siècle, dans les temps qui préparèrent Corneille. J'ai
AVANT CORNEILLE. Ho
gardé jusqu'ici le silence sur rétablissement fixe des théâtres et sur Timpulsion qui tourna le goût de la France vers la littérature dramatique ; c'est à Corneille qu'appartient la première gloire de cette littérature; c'est à lui que doit se rattacher l'histoire de ses pre« miers pas.
CORNEILLE (pieree)