‹ Corneille et son tempsChapitre 16 sur 63 · COMPARUTION DE PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

COMPARUTION DE PIERRE CORNEILLE

DEVANT LE LIEUTENANT DE POLICE, AU CHATELET, POUR CONTRAVENTION AUX RÉGLEMENTS SUR LA VOIRIE.

(Juillet 1667.)

Letlre du 30 juillet 1667 à Madame..., par KosiNet. (Extrait de la Muse historique de Loret .)

« Avant que d’achever ma lettre,

Je dois encore un mot y mettre De ce qui se passe à Paris,

Et cela pourra bien réveiller les esprits.

La police est toujours exacte au dernier point;

Elle ne se relâche point.

Jugez-en, s’il vous plaît, par ce que je vais dire : Vous pourrez bien vous en sourire;

Mais vous en concluerez, et selon mon souhait ,

Qu’il ne faut pas vrayement, que notre bourgeoisie Nonchalamment oublie De tenir son devant, matin et soir, fort net.

Vous connaisses assez l'aîné des deux Corneilles,

Qui pour vos chers plaisirs produit tant de merveilles Hé bien, cet homme là, malgré son Apollon,

Fut naguère cité devant cette police,

Ainsi qu’un petit violon,

Et réduit, en un mot, à se trouver en lice,

Pour quelques pailles seulement ,

Qu’un trop vigilant commissaire Rencontra fortuitement * Tout devant sa porte cochère.

Jugez un peu quel affront !

Corneille, en son cothurne, étoit au double mont Quand il fut cité de la sorte;

Et, de peur qu’une amende honnit tous ses lauriers, Prenant sa muse pour escorte,

Il vint, comme le vent, au lieu des plaidoyers.

Mais il plaida si bien sa cause.

Soit en beaux vers ou franche prose,

Qu’en termes gracieux la police lui dit :

« La paille tourne à votre gloire; .

Allez, grand Corneille, il suffit. »

Mais de la paille il faut vous raconter l’histoire,

Afin que vous sachiez comment Elle éloil à sa gloire, en cet événement :

Sachez donc qu’un des fils de ce grand personnage Se mêle, comme lui, de cueillir des lauriers,

Mais de ceux qu’aiment les guerriers,

Et qu’on va moissonner au milieu du carnage.

Or, ce jeune cadet, « Douay faisant voir

Qu’il sait des mieux remplir le belliqueux devoir,

D’un mousquet espagnol, au talon, reçut niche,

Et niche qui le lit aller à clochc-pié ;

Si bien qu'en ce moment étant estropié.

Il fallut, quoi qu’il dît, sur ce cas, cent fois, briche, Toute sa bravoure cesser Et venir à Paris pour se faire panser.

Or ce fut un brancard qui, dans cette aventure,

Lui servit de voiture,

Étant de paille bien garni :

Et comme il entra chez son père.

Il s’en fit un peu de litière.

Voilà tout le récit fini ,

Qui fait voir à la bourgeoisie (Il est bon que je le redie),

Qu’il faut, comme par ci-devant,

Qu’ elle ait soin de tenir toujours net sou devant. »

(Page ï#5.)

Page 1