‹ Corneille et son tempsChapitre 17 sur 63 · SUR LA TRADUCTION EN VERS · texte numérisé non relu

SUR LA TRADUCTION EN VERS

DE UmtATlOM DE JÊSCS-CHRIST , PAU CORNEILLE.

Corneille commença cct ouvrage en 1631, et publia les vingt premiers chapitres du Livre I à Rouen, vers la Ou de celte année, presque au moment où François de Harlay de Chanvallon, qui devint plus tard (en 1671) archevêque de Paris, prenait possession de l’archevêché de. Rouen.- « Comme ce prélat, dit Corneille, dans sa dédicace au Pape Alexandre VII (Fabio Chigi, élevé au Saint- Siège le 7 avril 1653) a des talents merveilleux pour remplir toutes les fonctions d'un grand pasteur, et une ardeur infatigable de s’eri acquitter, les plus belles lumières qui m’aient servi ù l’exécution de celte entreprise, je les dois toutes aux vives clartés des instructions éloquentes et solides qu’il ne se lasse point de donner à son troupeau, ou aux rayons secrets et pénétrants que sa conversation familière répand h toute heure sur ceux qui ont le bonheur dé l'approcher.... Je lui ai voulu faire, en lui dédiant mon ouvrage* non pas tant un présent de mon travail qu’une restitution de son propre bien. Mais la bonté que cet archevêque a pour mo.i, l’a préoccupé jusques h lui persuader que, cct essor de ma plume pouvant être utile à tous les Chrétiens, il lui falloit un protecteur dont le pouvoiï s’étendit sur toute l’Église ; et l’ayant regardé comme le premier fruit des Muses chrétiennes depuis qu’il occupe * la chaire de Saint-Romain , il a cru que l’offrir à Votre Saipteté, c’étoit lui offrir en quelque sorte les prémices de son diocèse. Ses commandements ont fait taire cette juste défiance que j’avoi3 de

ÉCLAIRCISSEMENTS

ma foiblesse ; et ce qui n’étoit sans eux qu’un effet d’une insupportable présomption, est devenu un devoir indispensable pour moi, sitôt que je les ai reçus. Oserai-je avouer qu’ils m’ont fait une douce violence ? »

Alexandre VII était poète lui-même. Il avait, dans sa jeunesse, composé des poésies latines que l’on imprima au Louvre en 1636, après son exaltation sous ce titre : Philomalhi muscs juvéniles. Corneille lut ces poésies, et les admira beaucoup, surtout celles où il est parlé de la mort. 11 termina et publia alors , en 1656. la cinquième et dernière partie de sa traduction de Y Imitation de Jésus-Christ, dont les 2*, 3* et 4e parties avaient paru à Rouen en 1652, 1653 et 1654 : « Oserai-je avouer, dit-il, dans sa dédicace au pape , que j’ai été ravi de pouvoir prendre cette occasion d’applaudir à nos Muses, et de vous remercier pour elles des moments que vous avez autrefois ménagés en leur faveur, parmi les occupations illustres où vous attachoient les importantes négociations que les Souverains Pontifes, vos prédécesseurs, avaient confiées à votre prudence. Elles en reçoivent ce témoignage éclatant et cette preuve invincible que non-seulement elles sont capables des vertus les plus éminentes et des emplois les plus hauts, mais qu’elles y disposent même, et conduisent l’esprit qui les cultive, quand il en sait faire un bon usage. C’est une vérité qui brille partout dans ce précieux Recueil de vers latins, où vous n’avez point voulu d’autre nom que celui dMmi des Muses, — et que ce grand Prélat (Harlay de Chanvallon) a pris plaisir de me faire ootr des premiers. Il me l’a fait lire, il me l’a fait admirer avec lui ; et pour vous rendre justice partout durant cette lecture , je ne faisois que répéter les éloges que chaque vers tiroit de sa bouche. Mais entre tant de choses excellentes, rien ne fit alors et ne fait encore , tous les jours, une si forte impression sur mon âme, que ces rares pensées de la mort que vous y avez semées si abondamment. Elles me plongèrent dans une réflexion sérieuse qu’il falloit comparoître devant Dieu, et lui rendre compte du talent dont il m’avoit favorisé.

Je considérai ensuite que ce n’étoit pas assez de l’avoir si heureusement réduit à purger notre théâtre des ordures que les premiers siècles y avoient comme incorporées et des licences que le& derniers y avoient souffertes ; qu’il ne me devoit pas suffire d’y avoir fait régner en leur place les’^tertus morales et politiques, et quelques-unes même des chrétiennes; qu’il falloit porter ma

reconnoissance plus loin, et appliquer toute l’ardeur du génie à quelque nouvel essai de ses forces, qui n’eût point d'autre but que le service de ce grand maître et l'utilité du prochain. C’est ce qui m’a fait choisir la traduction de cette sainte morale qui, par la simplicité de son style, ferme la porte aux plus beaux ornements de la poésie; et, bien loin d’augmenter ma réputation, semble sacrifier à la gloire du souverain auteur tout ce que j’en ai pu acquérir en ce gc^e d’écrire.

Après avoir ressenti des effets si avantageux de cette obligation générale que toutes les Muses ont à V. S., je serois le plus ingrat de tous les hommes si je ne lui consacrois un ouvrage dont elle a été la première cause. Ma conscience m’en feroit, à tous moments, des reproches sensibles. ...»

L’ouvrage fut approuvé, avant sa publication , par deux docteurs en Sorbonne, Robert Le Cornier de Sainte-Hélène et Antoine Gaulde , vicaires généraux de M . de Harlay. Sur les gardes d'un exemplaire donné en 1831 à la bibliothèque publique de Rouen, par M. Henri Barbet, maire de la ville, on lit, écrits de la main de Corneille, ces mots :

« Pour le R. P. Dom Augustin Vincent, chartreux, son trèshumble serviteur et ancien ami , Corneille. »

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