LES BOMAINS DANS NICOMÈDE
Ainsi, ce drame de Nicomède nous offre trois aspe ainsi dire superposés : d'abord les intrigues d'Arsinc l'héroïsme et l'ironie de Nicomède ; enfin, dans une lointain, exploitées par Arsinoé en apparence et bra> vertement par Nicomède, la fortune et la politique d qui, d'un progrès sûr, à travers les petites intrigui dépit des vaiues bravades,
S'achemine à grands pas à l'empire du monde.
En résumé, trois éléments en présence : la ruse, la la force ; Arsinoé, Nicomède et Rome.
EntreArsinoé et Nicomède, l'intérêt ne peut pas C'est Arsinoé qui conduit la pièce, tout au moins j quatrième acte ; c'est pour Nicomède, cependant, que semble faite réellement. Peu importe que ses géi colères aient été calculées d'avance par Arsinoé coi élément de succès pour elle, et qu'avec sa noble : prince ne fasse que servir les desseins de son ennemi ne voyons, nous, à notre tour, dans les intrigues d'. que le moyen dont le poète s'est servi pour mettre < Nicomède, pour donner à sa grandeur d'àni" ■ ' i - < > ironie l'occasion de se révéler tout entières. Arsinoé féliciter de la ruse qui a séparé le prince de son ar
cette imprudence de Nicomède favorise les projets de la reine, elle sert en même temps à grandir le héros, en nous le montrant, loin de tout appui efficace, luttant contre Arsinoé avec ta seule énergie de sa force morale.
Il- reste alors dans la pièce Nicomède en face des Romains. Au point de vue dramatique, Nicomède devait naturellement l'emporter. Corneille ne pouvait guère chercher l'intérêt principal de sa pièce dans l'exposé, forcément assez froid par luimême, — d'une politique, fût-ce de la politique romaine. Mais il a eu l'art de laisser Nicomède au premier plan, sans pour cela sacrifier les Romains.
Quand le poète d'Horace, de Ctnna, de Pompée, aurait, pour une fois, sacrifié les Romains dans une de ses pièces, personne n'aurait le droit de le lui reprocher, en l'accusant de s'être mis en contradiction avec lui-même. Il n'y a aucune raison pour vouloir à toute force chercher dans l'œuvre entière d'un auteur dramatique une unité que le poète n'a pas prétendu y mettre. Il suffit que chaque pièce, prise à part, ait son unité et sa valeur propre.
Mais, étant données ses idées particulières, son respect pour le nom romain et aussi pour la vraisemblance historique, Corneille ne pouvait guère être tenté d'abaisser les Romains devant Nicomède. Il eût été difficile, d'ailleurs, de faire accepter à un public, — à un public du xvn e siècle, surtout, —l'idée que <;e petit roi de Bithynie pût braver impunément la puissance romaine au lendemain des guerres puniques. Aussi Corneille n'a-t-il point risqué cette exagération. Il a su très heureusement concilier dans sa pièce le point de vue dramatique avec le point de vue historique : il a su présenter le héros de théâtre dans toute sa grandeur sans humilier devant lui les héros de l'histoire. Il a mis en face de Nicomède, pour représenter Rome, un ambassadeur que l'élève d'Annibal, dans la pièce, peut outrager avec le souvenir de Trasimène ; mais il a laissé intacte, derrière Flaminius, la puissance désormais invincible de Rome. Tout le monde, dans la pièce, rend hommage à cette puissance: Prusias la craint, Attale la vante