‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 121 sur 134 · LA MORALITÉ DE LA PIÈCE · texte numérisé non relu

LA MORALITÉ DE LA PIÈCE

secrète inclination : la découverte qu'il fait de son erreur, au lieu de tourner à sa confusion, n'est pour lui qu'une occasion nouvelle de montrer sa prestesse d'esprit par une brusque volte-face ; et il sort, en définitive, de toute cette intrigue, la tête haute, sans se voir ni contraint dans son amour ni même humilié dans sa vanité.

A vrai dire, la nécessité d'épouser Lucrècesans l'aimer n'eût pas été absolument pour Dorante la punition directe de ses mensonges : elle eût été beaucoup plutôt la conséquence d'une simple et innocente méprise sur le vrai nom de Clarice. Mais elle eût été aussi, il faut le remarquer, le résultat de l'engagement formel pris envers Géronte: et si Dorante a dû prendre d'une façon absolue cet engagement , c'est qu'il n'a pas vu, devant la colère de Géronte, d'autres preuves à donner à l'appui de ses explications (1) ; s'il s'est ôté la possibilité de s'y soustraire, même dans le cas d'une erreur sincère, c'est en raison de ses mensonges antérieurs: toute nouvelle excuse de sa part paraîtrait une fourbe nouvelle et ne serait point admise (2). C'est ainsi qu'un mariage forcé avec Lucrèce eût été pour Dorante le châtiment des mensonges faits à son père.

Corneille a reculé devant cette punition. Il a sacrifié aux sympathies qu'il éprouvait lui-même et qu'il pensait nous avoir inspirées pour son héros, la conclusion morale qu'il pouvait donner à sa pièce. Au lieu de nous montrer le menteur confondu, il a préféré lui permettre de conserver jusqu'au bout sa désinvolture et son aplomb (3).

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