‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 14 sur 134 · I) II · texte numérisé non relu

I) II

(5) H ,6. — II, 8 (fin). — IV 3 (fin : à don Arias).

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à une loi qu'il a fixée lui-même et qu'il maintient. — Il ne se rabaisse pas non plus quand, par égard pour les réclamations de don Diègue, il accorde à Chimène, contre Rodrigue, la faveur d'un appel aux armes qu'il réprouve et qu'il avait commencé par interdire (I). — En face de l'héroïque Rodrigue lui-même, de ce glorieux sujet dont la grandeur lui fait tort, il garde, dans son affabilité même, le ton d'une obligeante condescendance. La conscience un peu naïve de sa prétendue supériorité le met à l'aise dans sa reconnaissance, et la chaleur même de ses remerciments donne l'impression d'un prince qui se sent assez haut pour que la gloire d'un sujet ne lui porte point ombrage. Il est vrai qu'il s'agit d'un jeune homme, d'un débutant, plein lui-même de soumission et de respect envers son roi; mais,» par l'attitude même qu'ils ont l'un envers l'autre, ces rapports entre Rodrigue et don Fernand laissent intacte la dignité royale.

Cet air de supériorité qu'il sait garder envers Rodrigue après la victoire de celui-ci, n'empêche pas, cependant, qu'il se soit montré un peu trop oublieux, en présence de l'attaque des Maures, de ses devoirs de roi. C'est là, en effet, le côté faible du personnage. On peut admettre que tout d'abord, sur l'avis encore incertain qu'il a reçu d'une agression possible, il se borne, pour ne point jeter dans la ville une alarme inutile, à « faire doubler la garde aux murs et sur le port (2) ; » mais quand les Maures ont paru, quand ils ne sont plus qu'à une heure de Séville i3), il est inexcusable de ne point agir.

La cour est en désordre et le peuple en alarmes, (III, 6.)

dit le père de Rodrigue à son fils ; et le roi, que devient-il dans ce désarroi général ? — Tout ce qu'a pu faire Corneille, c'est d'éviter de nous parler de lui, c'est de rie pas nous y faire pen-

(1) iv, 5.

(i) Cf. 11, 6.

(3) 111, 6. Les Maures vont descendre, et le flux et la nuit

l)ans une heure à nos murs les amènent sans bruit/

ser. — Le rôle du roi est ici sacrifié aux exigences de la pièce ; il n'agit point, tout simplement parce qu'il fallait laisser agir Rodrigue. Comme roi, don Fernand est inexcusable dans ce moment ; mais, comme personnage, il joue le rôle que lui imposait l'ensemble de la tragédie, dont il n est qu'un ressort secondaire. Il oublie son devoir envers TE^tpour mieux remplir son devoir envers Rodrigue, en le laissant tout seul sauver l'Etat.

En résumé, don Fernand n'a, dans le Cid, qu'un rôle subordonné aux nécessités de l'action principale. Malgré son titre de roi, il est assez effacé, parce qu'il doit l'être, en effet, au point de vue dramatique. Mais, tel qu'il est, conditionné pour ainsi dire par les personnages de premier plan, destiné presque uniquement à écouter tour à tour Chimène, don Diègue, Rodrigue, et à régler le combat avec don Sanche, — il reste encore, son attitude en face des Maures mise à part, une figure assez vraisemblable en elle-même et assez intéressante. Ce n'est point un grand roi, mais tous les rois, même dans les tragédies, ne sont point obligés d'être grands. Il a du moins un caractère personnel assez marqué, où une aimable bonhomie se mêle à un sentiment modéré de la dignité royale.

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