IL — LE COMTE ET LE ROI
Le comte de Gormas est, à la cour de .don Fernand, le type du grand seigneur orgueilleux, arrogant, facilement rebelle, quand ils lui déplaisent, envers les ordres souverains, ayant d'ailleurs la légitime fierté de sa vaillance et des services rendus : il reconnaît pourtant, en définitive, l'autorité royale. Il parle du prince avec beaucoup de désinvolture :
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : Ils peuvent se tromper comme les autres hommes.... (I, 3.) ;■"
mais c'est dans un mouvement de colère, apf es une injustice dont il se croit victime, qu'il s'exprime ainsi. Il soufflette le
rival heureux que le roi lui a préféré, mais c'est dans l'élan d'un emportement qu'il regrettera plus tard, sans vouloir, il est vrai, le réparer (1). Il refuse la soumission qu'on lui demande de la part du roi, mais il sait bien ce qu'il pourra lui en coûter. S'il s'écrie fièrement ;
Un, seul jour ne perd pas un homme tel que moi, .(II, 4)
c'est surtout dans l'idée que le roi n'osera pas se priver luimême d'un serviteur si précieux (2). — En somme — et c'est là justement ce qui fait la noblesse de son attitude, — il reconnaît que son refus pourra avoir pour lui de fâcheuses conséquences (3), mais il est prêt à les accepter plutôt que de faire une chose qu'il regarderait comme une humiliante réparation ; il est résolu à tout perdre, plutôt que l'honneur : et la mâle énergie de ce sentiment le fait marcher de pair, à cet instant, avec don Diègue lui-même.