‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 17 sur 134 · IV. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

IV. — CONCLUSION

Cette cour du roi don Fernand, sans nous occuper dans la pièce plus qu'il ne convient, a donc, en somme, un aspect assez vivant. Il nous importe assez peu, du reste, qu'elle soit, ainsi, bien conforme à ce qu'était en réalité la cour du roi qui régnait en Çastille vers Tan 1050, ou à ce que pouvait être, en général, une cour espagnole du xi e siècle. — Le milieu où se passe l'action du Cid est, en apparence, emprunté au moyen âge, mais Corneille ne s'est pas attaché à faire œuvre d'historien en observant exactement les mœurs de l'époque. Il voyait son drame à travers un modèle espagnol qui, tout en gardant davantage la couleur historique par cela môme qu'il subissait plus directement l'influence de la légende castillane, avait déjà largement mêlé, —parfois avec quelquesdisparates, — l'esprit du xvi e siècle avec celui du xi e . — On pourrait soutenir qu'avec sa simplicité un peu patriarcale, avec son rôle de justicier, le roi don Fernand donne assez bien l'illusion de ce que pouvait être un prince du xi e siècle; on pourrait prétendre aussi que le comte de Gormas avec son attitude rebelle nous donne l'impression de quelqu'un de ces grands vassaux batailleurs et insolents qui entouraient les princes de cette époque ; mais il est incontestable aussi que Corneille, sauf pour certains détails qui tenaient étroitement à son sujet même, n'a nullement conservé la rudesse de cet âge violent et grossier. Il ne pouvait d'ailleurs la conserver tout entière sans créer un désaccord choquant entre les mœurs de sa pièce et la manière dont il avait conçu, pour les idéaliser, les personnages de Rodrigue et de Chimène. Le monde où l'on se sent transporté est celui d'une chevalerie romanesque et idéale, mélange d'histoire et de fantaisie, où se meuvent à l'aise les deux amants cornéliens.

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