‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 27 sur 134 · LE SYSTÈME DRAMATIQUE DE CORNEILLE DANS LE CID · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DRAMATIQUE DE CORNEILLE DANS LE CID

Le Cid fut la révélation du génie de Corneille. Cette révélation se fit par la rencontre heureuse du beau sujet, éminemment dramatique en lui-même, que fournissait à Corneille un auteur espagnol, — avec les secrètes tendances de son propre génie. Corneille prit conscience de lui-même en exprimant ainsi, pour la première fois, — et dans ce qu'elle avait à la fois de plus pathétique et de plus élevé, — la lutte du devoir et de la passion. Il sentit tout le parti qu'il pouvait tirer de sujets de ce genre, où une idée morale se mêle à l'intérêt dramatique ordinaire, où l'admiration se joint à la pitié pour remuer jusqu'au fond l'àme du spectateur.

Il avait trouvé sa voie. Il la poursuivit. Il se plut à reprendre et à traiter, dans de nouvelles pièces, des thèmes semblables. Mais, à la fois par un besoin de variété et par suite du développement naturel de son génie, il devait modifier peu à peu sa conception première. Il prétendra grandir de plus en plus ses héros, en nous montrant, de plus en plus facile, de plus en plus rapide, de plus en plus absolu dans leur âme, le triomphe de la volonté sur la passion, — ce triomphe qui n'est obtenu chez Rodrigue et chez Chimène qu'au prix d'efforts sans cesse répétés dont les deux amants sont les premiers à gémir. Au lieu de se plaindre ainsi des efforts à faire sur eux-mêmes, les héros futurs de Corneille y trouveront de plus en plus leur plaisir : ils se féliciteront, au lieu de s'en désespérer, des occasions qui leur seront données de montrer leur

Page 1