‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 43 sur 134 · LE PROCES D'HORACE · texte numérisé non relu

LE PROCES D'HORACE

A défaut de l'unité d'action, l'unité d'impression peut suffire à la rigueur, — bien que ce ne soit pas là l'idéal du système classique, — pour rendre une pièce de théâtre intéressante. Le défaut de la tragédie d'Horace serait alors moins dans le quatrième acte que dans le cinquième. — Sans doute, après le meurtre de Camille, nous avons besoin d'être fixés sur le sort d'Horace : le cinquième acte a donc avec le quatrième un lien naturel au point de vue de l'action; il reste d'ailleurs, par l'ordre d'idées dans lequel il nous entretient, assez bien en harmonie avec l'impression générale des quatre premiers actes; mais « il est tout en plaidoyers (i) », et cette longue série d'arguments, même exprimés en beaux vers, met beaucoup de froideur dans la fin de la pièce.

Eucore ce procès, dans Tite-Live, présente-t-il un intérêt beaucoup plus vif. — Le roi,, qui, ne voulant pas encourir devant le peuple l'odieux d'une condamnation à prononcer contre le sauveur de Rome, institue des duumvirs pour le juger; les duumvirs condamnant Horace au nom de la loi, et le faisant enchaîner par le licteur; puis le roi lui-même intervenant pour suggérer à Horace l'idée d'en appeler au peuple; le procès, alors, transporté devant le peuple, et le vieil Horace prononçant devant la foule émue son pathétique plaidoyer ; tout cela forme, dans Tite-Live, un tableau d'une réelle grandeur. — Chez Corneille, le procès s'engage, comme par hasard, dans la maison d'Horace. On ne saura qu'après coup (2) qu'il y a des lois qui condamnent Horace : ni [e vieil Horace ni son fils ne semblent d'abord s'en dou* ter (3); le roi lui-même ne s'occupe que de féliciter et de

(i) Expression de Corneille dans son Examen.

(t. Par le roi Tulle, quand il rend sa sentence :

Les moins sévères lois en ce point sont d'accord ; . < Et si nous les suivons, il est digne de mort... (V, 3.)

(3) Us n'y font aucune allusion dans leur conversation du début (V» -4), oô il

consoler le père, paraissant oublier complètement que le fils est un coupable à punir : il faut que Valère le lui rappelle; ainsi, sans l'intérêt particulier qui anime contre Horace ce personnage subalterne, on ne songeait même pas à mettre en jugement le meurtrier de Camille; et c'est Valère seul qui se fait ici le représentant de la loi. Il accuse; Horace dédaigne de se défendre, et il faut le discours du vieil Horace pour mettre dans toute cette scène un peu d'émotion vraie. L'ensemble reste froid, et un peu mesquin. L'intérêt et le pathétique vont en diminuant dans la pièce, au lieu de grandir.

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